SOL
autre, dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l'égalité disparut... » (8).
Granger est bien loin de partager la même opinion :
« Alors nous nous prenons à réfléchir, chacun de notre côté, sur la duperie de cet individualisme outré. Il songe, lui, (mon voisin) que si hier il m’avait donné son superflu, il le retrouverait aujourd’hui dans le mien ; et moi, je songe également qu'aujourd'hui je lui ferais volontiers l'abandon de mon superflu, si hier il m’avait tiré de ma détresse. Dans de pareilles dispositions d’esprit, il devient inutile pour moi de chercher à lui arracher par la force ou la ruse ce dont j’ai besoin, et à me créer insensiblement un droit sur son travail. Moi d’ailleurs, par un instinct d’équité, et peut-être par la crainte de représailles, je préfère m’aboucher cordialement avec lui. Mon voisin, pénétré des mêmes sentiments, accepte avec empressement mes propositions, et nous convenons de faire à l’avenir des partages réciproques de nos produits, et de placer ainsi notre existence à l’abri des chances malheureuses » (9).
(8) Discours sur l’origine de l'inégalité, 2° partie.
(9 « A chacun selon son Travail » p. 18-19.