‹ Un précurseur du socialismeChapitre 10 sur 24 · LES THÉORIES ÉCONOMIQUES EN 1815 ET LES ÉCRITS DE SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

LES THÉORIES ÉCONOMIQUES EN 1815 ET LES ÉCRITS DE SAINT-SIMON

Après Waterloo se produit une évolution nouvelle dans l'esprit de Saint-Simon. Son but est. comme auparavant, de donner à la France et à l'Europe une organisation définitive ; cette fois, il croit en avoir trouvé l'instrument dans l'industrie. Une grande transformation économique allait s'accomplir en France; il faut en étudier les débuts pour comprendre le nouveau système de notre philosophe.

Ce sont les progrès des sciences qui ont rendu possible le développenn-nl industriel de notre siècle. Ces progrès étaient déjà marqués sous Louis XVI; aussi l'industrie fit-elle un grand pas en avant et, sans la Révolution, ses triomphes en France date-

raient peut-être de 1780 l. La Terreur elle-même ne l'arrêta pas ~. Après le 18 brumaire, les travaux pacifiques reprirent sous Napoléon; le blocus continental, en fermant une partie de l'Europe aux marchands anglais, obligea l'industrie française à créer des produits nouveaux, et les conquêtes de l'Empereur lui ouvrirent de vastes débouchés. Napoléon l'encourageait de son mieux; les grands prix de 10.000 francs fondés par les décrets de l'an XII n'étaient pas seulement réservés aux meilleurs ouvrages de science, de peinture ou d'art dramatique ; il y en avait pour la machine la plus utile, pour l'établissement le plus avantageux à l'industrie. Enfin les Richard Lenoir et les Ûberkampf reçurent la Légion d'honneur.

A côté de l'action du gouvernement, celle des particuliers se faisait sentir. Il y avait à Paris un groupe de libéraux, hommes de bien, que l'on retrouve en ce temps à la tête de toutes les œuvres utiles ; dignes héritiers des gentilshommes réformateurs qui vivaient sous Louis XVI, ils s'inspiraient de l'exemple de l'Angleterre et tâchaient d'imiter ses associations. Les principaux furent MM. de Lasteyrie, de Gérando et de Laborde. Tout ce groupe se réunissait dans le salon du grand industriel Benjamin Delessert; c'est là que Lasteyrie exposa les avantages tirés par l'Angleterre de la

1 Mémoires du chancelier Pasquier, t. I, p. 42.

2 Cliaptal, Souvenirs sur Napoléon, introduction (vie deChaptal).

Société pour l'encouragement des arts, des manufactures et du commerce, fondée à Londres en 1754. On résolut d'en faire autant pour la France : ainsi naquit en 1802 la Société d'encouragement pour l'industrie nationale.

Néanmoins la guerre paralysait ces efforts, et le monde des travailleurs soupirait après la paix. Elle fut obtenue en 1815, et la France, appauvrie par tant de luttes, obligée de payer aux vainqueurs une indemnité considérable, eut l'ardent désir de s'enrichir par le travail. Les premiers jours de la Restauration furent remplis par la Terreur blanche, par la lutte contre Ta Chambre introuvable, par l'occupation étrangère; mais, dès que le calme reparut, on se mita l'œuvre. Plusieurs publicistes annonçaient que l'ère des combats était close, que les seules luttes possibles entre peuples civilisés étaient les batailles pacifiques de l'industrie. Benjamin Constant l'avait prédit avant la chute de Napoléon l ; ce fut répété sans relâche dans un recueil très lu à ce moment, le Censeur européen, rédigé par Charles Comte et Dunoyer. En 1*814, Comte avait publié le Censeur ; porte-parole du Libéralisme, il ne s'y occupait que de politique proprement dite : la lutte contre le clergé, contre les émigrés, et surtout la défense de la liberté de la

1 « Nous sommes arrivés à Tépoque du commerce, qui doit nécessairement remplacer celle de la guerre... » Cité par Dunoyer, Œuvres, t. II (Paris, 1870), p. 17G.

presse étaient ses principaux soucis. Mais dans sa nouvelle Revue, qui paraît en 1817, les problèmes économiques tiennent la première place. Dès le début, Comte prouve que la question essentielle de l'ordre social est la propriété, que les gouvernements ont pour unique mission de protéger la classe laborieuse contre la classe « oisive et dévorante » : les Romains ont pu s'enrichir en pillant le monde, les modernes ne doivent vivre que par le travail '. Et voici comment un économiste renommé, Ganilh, terminait un de ses livres: « Tant que les hommes seront dominés par la passion des richesses, et il est bien à craindre qu'elle ne dure autant que l'espèce humaine, il n'y aura que deux moyens de la satisfaire, ou la guerre et les spoliations, ou la paix et le commerce. Souverains de la terre, choisissez 2 ! »

Ces exhortations produisirent un résultat pratique. Le gouvernement des Rourbons tâcha d'organiser et d'encourager l'industrie, surtout sous le ministère libéral de Decazes. En 1819 furent créés le Conseil général du commerce et celui des manufactures. La môme année l'on rétablit l'usage des expositions industrielles, qui se succédèrent tous les quatre ans sous la Restauration ; à celle

1 Considérations sur l'état moral de la nation française. (Censeur européen, t. I, p. 1 et suiv.).

2 La théorie de l'économie politique, 2° éd., t. II, p. 486 (Paris. 182?, 80-

de 1819, le roi décora dix inventeurs, parmi lesquels Jacquart, Kœchlin, Firmin Didot. Enfin Decazes créait au Conservatoire des arts et métiers trois cours nouveaux, ceux de mécanique, de chimie industrielle et, ce qui était plus significatif, celui d'économie industrielle, confié à Jean-Baptiste Say.

En même temps, de nombreux écrivains indiquaient aux capitalistes français le moyen de lutter contre la concurrence anglaise et leur exposaient ce qui était fait, ce qui restait à faire. Parmi les livres écrits sur ces questions, les plus remarquables furent ceux de Chaptal et de de Laborde ' . Ancien ministre et grand chimiste, Chaptal joignait l'expérience de l'administrateur à l'autorité du savant. Son livre commence par un tableau du passé ; puis il montre que l'industrie manufacturière et l'industrie agricole, loin de se combattre, sont destinées à s'entr'aider. Après avoir exposé la situation et les progrès possibles de l'agriculture française, il en fait autant pour les manufactures et se félicite d'avoir vu disparaître les barrières qui autrefois séparaient les fabricants des savants 2.

1 Chaptal, De l'industrie française. Paris, 1819, 2 vol. 8°. De Laborde, De Vesprit d'association, 1818. Nous le citons d'après la 2" édition, Paris, 1821,2 vol. 8°.

2 « Aujourd'hui les rapports les plus intimes existent entre eux ; le manufacturier consulte le savant, il lui soumet les difficultés qu'il rencontre, il adopte ses avis avec une entière confiance, et ils marchent de concert vers la perfection des arts. » T. II, p. 112.

iOO LES THÉORIES ECONOMIQUES EN 1815

De Laborde se place à un point de vue plus théorique, tout en évitant « ces illusions de perfectibilité et d'utopie » qui ne sont que dangereuses. Le principe unique de l'ordre social est Le travail, source de l'industrie : celle-ci comprend l'agriculture, les manufactures, le commerce. « Le travail est l'art pratique du bonheur, comme la philosophie en est la science spéculative. » Mais l'homme isolé demeure impuissant : il a besoin de l'association. Deux systèmes différents existent, celui de corporation et celui d'association : le premier, dominant sous la féodalité, a décliné peu à peu grâce à l'affranchissement des communes : c'est le second qui seul peut enrichir la France, comme il a fait la fortune de l'Angleterre. Et l'auteur d'exposer toutes les multiples associations qui lui paraissent désirables : associations municipales pour la création des produits ; associations industrielles pour l'accroissement des produits (il s'agit des banques) ; associations militaires pour la garantie des produits, c'est-à-dire la garde nationale, qui doit remplacer à peu près complètement l'armée régulière. Le crédit public, la culture, les fabriques, le commerce, l'instruction, la bienfaisance tireront également profit de l'esprit d'association. Cherchant toujours ses modèles en Angleterre, de Laborde signale avec éloges les sociétés déjà formées en Fiance: que d'autres les suivent, sous l'œil bienveillant du gouvernement qui doit se borner à

encourager ces efforts. — Tout cet ouvrage respire le patriotisme le plus sincère, les sentiments les plus nobles ; optimiste comme la plupart de ses contemporains, de Laborde prévoit des progrès rapides : « On peut déjà entrevoir, dit-il, l'époque où il n'y aura pas un individu en France qui ne saura lire, lécrire et compter, qui ne connaîtra la morale et a religion, et enfin qui sera inférieur à un autre en sentiments élevés et en connaissances utiles. » Il raille les fils de gentilshommes qui méprisent les manufactures, mais adresse également un blâme aux théoriciens trop pressés qui veulent troubler le peuple ' . Ce livre est le programme admirable <lc> esprits généreux qui rêvaient une France nouvelle, pacifique et laborieuse. .

1 ii point sur lequel insistent Chaptal et de Laborde, comme le fera Saint-Simon, c'est la nécessité pour l'industrie d'être non seulement protégée, mais honorée ; alors seulement elle attirera les regards de tous les hommes éminents. Le second rappelle qu'en Angleterre les grands industriels deviennent lords et vont siéger à côté des Nelson et des Wellington; le premier affirme que, « lors-

1 « Que ceux qui se croieDt dans leur province une importance exclusive par quelques vieux souvenirs, quelques chroniques ignorées, viennent visiter l'établissement de M. Ferrey à Essonne. » — « Vous qui appelez sans cesse les classes inférieures à la participation de tous les avantages sociaux, tremblez de les y voir parvenir sans les lumières suftisantes pour les posséder. » T. I, p. 22 ; t. II, p. 142, 151.

qu'un gouvernement n'attache pas aux personnes qui exercent une profession toute la considération qu'elles méritent, il étouffe en elles les sentiments généreux qui les portent à sacrifier leur propre intérêt à l'intérêt de leur patrie ' ».

Pendant que ces deux écrivains donnaient à l'industrie des conseils pratiques, les théories économiques étaient mises à l'ordre du jour par Jean-Baptiste Say. C'est lui qui fit connaître à notre pays la science fondée par Adam Smith, et qui proclama l'indépendance de l'économie politique, en la séparant de la politique et de l'administration. Au moment où le canon tonnait de Cadix à Moscou, l'adversaire de Napoléon démontra que tous les peuples sont unis par leurs intérêts, que la prospérité de chacun ouvre aux autres des débouchés nouveaux, que les guerres, les prohibitions, les monopoles, ne sont pas seulement des crimes, mais des fautes. Le souverain, disaitil, doit gouverner le moins possible, le moins cher possible, et se bornera garantir la sûreté des travailleurs. Paru en 1803, le Traité d'économie politique eut un grand succès et atteignit sa quatrième

i Chaplal, t. II. p. 222.

édition en 1819 ; depuis 1815 Jean-Baptiste Say enseigna ses doctrines à l'Athénée, en attendant que le gouvernement lui confiât la chaire du Conservatoire des arts et métiers. Les disciples furent nombreux : si Chaptal, ancien administrateur de l'Empire, faisait quelques réserves contre la liberté commerciale, de Laborde la louait avec enthousiasme ; d'innombrables écrits parurent, qui ne faisaient que paraphraser et développer Smith et Say. Toutefois la nouvelle doctrine était loin de s'imposer à tous ; non seulement les grands propriétaires se coalisaient contre elle pour défendre leurs intérêts, mais, dans le domaine théorique même, elle fut vivement contestée. Le débat prit une grande ampleur, intéressant le public aux problèmes économiques et par là aux problèmes sociaux qui en sont inséparables.

Les premières attaques dirigées contre les économistes vinrent des partisans de l'ancien système commercial. Ferrier, dans un ouvrage paru en 1804 et qui atteignit sa troisième édition en 1822, opposa l'administration à l'économie politique, Colbert et Necker à Smith '. Il attaqua cette prétendue science qui négligeait les sociétés pour ne voir que les produits, qui protégeait l'usure, rabaissait le travail intellectuel et glorifiait la contre-

1 Du gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce. Paris, 8°. Le système mercantile fut aussi défendu par Le Blanc de Voix.

104 LES THÉORIES ÉCONOMIQUES EN 181 u

bande; il se moqua de ces orgueilleux docteurs, Say, Ricardo, Malthus, qui ne savaient même pas s'accorder entre eux. Pendant ce temps Ganilh reprochait à la nouvelle science de rester purement spéculative, de prendre un caractère philosophique et absolu, de négliger la statistique qui en est « la partie élémentaire, nécessaire et fondamentale » ; et, comme autrefois Necker, il condamnait également le système de la liberté illimitée ou celui de la restriction à outrance '.

Des adversaires plus redoutables, mettant aussitôt le doigt sur la plaie, blâmèrent l'économie politique au nom de la morale. Ils lui reprochaient de se borner à quelques considérations vulgaires sur le moyen de produire les richesses, et d'oublier tout ce qui fait vraiment la grandeur de la science politique. Citons d'abord, dans cet ordre d'idées, un ouvrage qui n'a d'intérêt que par sa bizarrerie, celui d'Ecrement 2. Par un mélange singulier, il joint sans cesse l'éloge du luxe à des préoccupations morales et catholiques. Le budget doit être porté jusqu'à 1,500 millions; les gros impôts enrichissent le peuple en faisant circuler l'argent ; l'armée aura

1 Ganilh, ouvrage cité.

2 Ecrément, Entreliens et vues sur l'économie politique. Paris, 1817, 12°. C'est une réfutation de Ganilh. « L'économie politique, semblable à un cèdre majestueux, dont le gouvernement formerait le corps, dont les sciences et les arts constitueraient les branches, et la religion composerait la couronne, doit, à mon avis, embrasser tout ce qui exerce une influence sur le bonheur social. »

des uniformes superbes qu'on renouvellera tous les ans pour activer le commerce. En même temps il demande que les prêtres soient cinq pour cent de la population, que chaque arrondissement ait un couvent de filles. L'instruction sera universelle, avec deux instituteurs pour garçons et deux institutrices pour filles par chaque groupe de cinq cents âmes ; ainsi tous les crimes disparaîtront.

D'autres livres étaient plus sérieux. Aubert de Vitry, combattant le système de Malthus, reproche aux nouveaux savants de ne pas voir dans le progrès économique une décadence morale '. Il substitue au mot d'économie politique celui d'économie sociale, car c'est de l'homme social tout entier qu'il s'agit ; au contraire, Smith a « ravalé cette belle science, la plus noble et la plus utile de toutes, aux simples combinaisons de l'industrie, au mécanisme des travaux manuels 2 ».

L'optimisme est complet chez tous les partisans

1 Recherches sur les vraies causes delà misère et de la félicite publiques. Paris, 1815, 8°. « Il est au moins douteux (p. 30), malgré les prétentions des économistes actuels, que notre luxe, qui doit, suivant leurs maximes, faire vivre les pauvres des passions des riches, augmenter au dehors la puissance des nations par l'accumulation des richessi-s au dedans, ait fait autre chose que mettre ceux qui n'ont pas d'or à la merci de ceux qui le possèdent, que corrompre les premiers par une cupidité impuissante, les abrutir par des travaux siupides, qu'enivrer les autres par l'abus des plaisirs, qu'entrutenirconstamment le germe du désordre dans l'intérieur des sociétés eu favorisant les passions viles et sans frein. »

- P. 183. 11 loue beaucoup l'économiste allemand de Soden d'avoir combattu Smith.

de Jean-Baptiste Say; qu'on laisse l'industrie libre, s'écrient-ils, et tout ira bien. Le développement des machines leur paraît devoir, après quelques souffrances passagères, apporter aux capitalistes la richesse, aux ouvriers l'aisance et le bon marché. De même que Say, Chaptal et de Laborde vantent ces instruments du progrès l. Mais déjà quelques observateurs chagrins montraient les dangers de l'ordre de choses nouveau et, vrais précurseurs du socialisme, réclamaient la part des pauvres. Parmi eux se trouvait un médecin, Fodéré, dont le livre n'a paru qu'en 1825, l'année de la mort de Saint- Simon. Il constate la fièvre de lucre qui s'est emparée de tous 2. Les pauvres n'ont rien gagné aux améliorations économiques, puisque « la morale n'a pas marché de pair avec les productions de l'esprit ». Au lieu des calculs de comptoir auxquels se livrent les économistes, il faut un système qui assure à tous les hommes leur part dans les bienfaits delà

1 « Des personnes peu éclairées craignent toujours que l'emploi des machines n'enlève le travail à une grande partie des ouvriers qui foat employés dans les fabriques; on a dû éprouver les mêmes craintes lorsqu'on a découvert la charrue el l'imprimerie. » Chaptal, II, p. 29- — « Cette admirable combinaison du travail et du génie multiplie tous les produits, rend toutes les jouissances usuelles sans diminuer l'emploi des ouvriers, puisque, dans les fabriques comme dans l'agriculture, elles ne remplacent que le dernier échelon de la société, que le temps, pour ainsi dire, de la fatigue et de l'apprentissage. » De Laborde, II, p. 13.

2 Essai historiijue et moral sur la pauvreté des nations. Paris, 8°. « L'on ne voit de touts part (p. 6) que des fronts sourcilleux, que des gens qui veulent paraître riches, parce qu'ils craignent le mépris attaché aux apparences seules de la pauvreté. »

civilisation '. Ces machines tant vantées dégradent la classe ouvrière ; la ruine des corporations provoque une production excessive et trop souvent frauduleuse. L'auteur veut voir établir dans chaque département un Conseil du commerce et des arts industriels, libre d'autoriser ou de repousser toute machine nouvelle, et surtout chargé de taxer les salaires ; il y aura la taxe ordinaire, fixée en proportion des choses indispensables aux ouvriers, et la taxe extraordinaire, frappée temporairement sur un profit temporaire des maîtres. A côté de cette action du gouvernement, il faut l'initiative heureuse et charitable des patrons, selon le bel exemple donné par Ovven à New-Lanark.

Avant le livre de Fodéré avait paru un ouvrage beaucoup plus important par le nom et le passé de son auteur, celui de Sismondi. L'écrivain genevois comptait parmi les disciples de Smith ; son livre sur la Richesse commerciale, paru en 1803, était conforme aux théories de la Richesse des nations ; et voici que ce champion de l'économie libérale faisait volte-face et déclarait la guerre à la' nou-

1 « Un sage aménagement Je toutes les ressources, c'est-à-dire une bonne économie publique dont profitent, non pas le plus petit nombre, mais tous les membres indistinctement des diverses sociélés humaines, chacun suivant le rang qu'il y occupe, qui donne à tous l'assurance d'être à l'abri du mépris et de la misère, au moyen d'un travail soutenu, indépendant du h;isard des circonstances, et qui produise annuellement une augmentation de véritables richesses par l'augmentation du nombre de ceux qui y travaillent... » (P. 2t.) Fodéré insiste sans cesse sur l'importance de l'éducation morale.

velle école. Ce furent les souffrances causées par l'industrie nouvelle qui décidèrent sa conversion; il les avait vues en Italie, en Suisse et en Fiance; on lui avait appris qu'elles étaient les mêmes en Angleterre, en Allemagne, en Belgique. Smith considérait la richesse toute seule; Sismondi, abordant la vraie question sociale, déclare qu'il faut toujours considérer le rapport de la richesse avec la population, et que le gouvernement, loin de laisser faire, doit sans cesse intervenir. La production excessive est un mal, puisque la consommation ne peut augmenter sans cesse. L'agriculture surtout exige les soins de la société : « Elle doit soumettre la propriété territoriale à une législation qui en fasse, en effet, résulter le bien de tous, puisque le bien de tous a seul légitimé cette propriété. » Dans l'industrie, le travailleur est exposé à des chômages terribles, et les machines ont augmenté ses maux. Il y a donc beaucoup à faire. Et Sismondi, répondant à Ricardo, s'écrie : « L'économie politique n'est pas une science de calcul, mais une science morale. Elle ('gare quand on croit se guider par des nombres; elle ne mène au but que quand on apprécie les sentiments, les besoins et les passions des hommes '. » Tous les socialistes français après 1830

1 Nouveaux principes d'économie politique, ou de la richesse dans ses rapports avec la population. Paris, 1819, 2 v. 8°. — L. III, cliap. il et xn.

n'ont guère fait, sans le savoir, que répéter Sismondi.

Ainsi les ennemis de l'économie politique étaient nombreux. Elle avait aussi des partisans qui, tout en acceptant ses théories, en tiraient des conséquences toutes différentes de celles des maîtres. C'était le cas de Fazy, le futur chef du parti radical en Suisse, dans son livre V homme aux portions, imité pour la forme de L'homme aux quarante écus. Il loue Smith d'avoir introduit l'analyse dans les sciences morales, et Say d'avoir donné la méthode de l'économie politique '. Mais que d'hérésies dans son tableau de la France ! Cent mille individus, dit-il, reçoivent six millions de portions ; car la France est assez riche pour fournir à chacun de ses trente millions d'habitants « une nourriture abondante, de bon linge, de bons habits, des logements sûrs, de l'instruction et de la jouissance des arts ». Ces riches consomment une grosse part de ces portions et distribuent le reste à des gens inutiles qui sont ainsi détournés de produire. Voilà le système qu'il faut changer entièrement, en favorisant le travail, et surtout celui des petits propriétaires.

Tel était le débat engagé au moment où Saint- Simon exposa le système industriel. Il connaissait les principaux des écrits et des écrivains dont nous

1 « Aussi cette science approche-t-elle de ce degré positif hors duquel uu bon esprit ne doit plus perdre son temps à de vaines recherches et à de vaines déclamations. » L'homme aux portions. Paris, 1821, 12° (p. 171).

avons parlé; de Laborde a été cité par lui avec éloge; Comte avait fait, en 1814, bon accueil à ses articles politiques ; Jean-Baptiste Say le recevait chez lui ; Chaplal laissait insérer une partie de son travail dans un recueil dirigé par Saint-Simon. Enfin il y avait alors à Paris plusieurs industriels et banquiers aux vues larges, aux idées élevées, dont les principaux comptèrent parmi les protecteurs de notre auteur; tels furent Lafiilte, Ardoin, et principalement Ternaux1. Saint-Simon vivait donc dans la société des économistes et se proclamait leur disciple, mais, comme Fazy, ce fut un de ces élèves qui effrayent l'orthodoxie des maîtres. Sans prendre part aux discussions entre les amis et les adversaires de Say, il dut en subir l'influence, mais sa puissante originalité lui fit trouver des conclusions nouvelles. Après avoir envisagé l'industrie au point de vue purement économique, il y joignit bientôt le point de vue moral et prépara ainsi le système des saint-simoniens. Avant d'exposer sa doctrine, il faut énumérer les ouvrages ou fragments d'ouvrages où elle est contenue, et marquer ce qui a été fait par ses collaborateurs ; car ici comme auparavant Saint- Simon s'est efforcé de mettre le principe d'association en pratique pour la propagande de ses théories.

1 Ternaux prononça, le 10 juillet 1821, à la Chambre desdtputés, un discours cù il se plaignait des préjugés nobiliaires contre le travail, préjugés que le ministère semblait approuver. Ce discours lui valut les chaleureux éloges de Saint-Simon, et un couplet spécial du ChauL des industriels composé par Rouget de L'isle.

Ce n'est qu'en 1817 que Saint-Simon annonça le nouveau système ; cependant on peut le pressentir déjà dans sa note de 1816 sur renseignement mutuel. Celui-ci était une des grandes préoccupations du jour. La Société pour l'instruction élémentaire, fondée par les hommes dont nous avons déjà parlé, de Laborde, de Gérando, de Lasteyrie, voulait répandre en France la méthode de Lancaster; Carnot la favorisa pendant les Cent Jours, et la première assemblée générale se tint le 17 juin 1815, la veille de Waterloo. Les libéraux soutenaient cette association, tandis que les ultra-royalistes opposaient à l'enseignement mutuel l'enseignement simultané, en usage dans les séminaires; la lutte des deux méthodes, transformée en débat politique, dura longtemps. Saint-Simon, qui figurait parmi les premiers souscripteurs de la nouvelle Société, lui présenta en 1816 tout un programme de réformes. On faisait fausse route, selon lui, en ne recherchant comme élèves que les enfants en guenilles ; il fallait entretenir dans l'école une propreté parfaite, afin d'attirer les enfants de la bourgeoisie, qui procureraient à l'œuvre les adhésions pécuniaires indispensables ; il fallait inst nii iv la classe moyenne aussi bien que les simples

ouvriers. Puis, à côté des écoles primaires, l'auteur demande une école secondaire, où un certain nombre d'enfants sachant lire et écrire recevront une instruction spéciale ' . La France a besoin, pour payer ses dettes, de beaucoup travailler : « Son objet, c'est donc l'industrie. » Cette école lui fournira un personnel d'élite. — Toute la note est fort intéressante; notre philosophe a compris l'importance des écoles professionnelles.

C'est en 1817 que parut le premier volume de V Industrie2. A part le prospectus, il ne contient rien de Saint-Simon ; la partie politique est d'Augustin Thierry; la partie financière a été rédigée par Saint- Aubin, ancien membre du Tribunal, celui que Say appelait le bouffon de l'économie politique, « bouffon très judicieux », au témoignage de Blanqui aîné. Saint-Aubin demande au gouver-

1 « Ceci, Messieurs, mérite de fixer toute votre attention ; c'est le moyen de donner à la France l'avantage de posséder une classe d'ouvriers d'une instruction supérieure à l'instruction des ouvriers dans les autres pays. » Quelques idées soumises par M. de Sainl- Simon à l'Assemblée générale de la Société d'instruction primaire. 1816. — C'est analysé dans le Dictionnaire de pédagogie, art. Saint- Simon.

2 L'Industrie ou discussions politiques, morales et philosophiques. Dans l'intérêt de tous les hommes livrés à des travaux utiles et indépendants. Par Henri Saint-Simon. Paris, 1817, 8°. T. I. Première partie, Sur les finances, par Saint-Aubin (p. 5-224). — Seconde partie, Politique, par Augustin Thierry, tilsadoptif de Henri Saint-Simon. Puis vient une troisième partie (104 p.), encore sur les linances. La Politique porte comme sous-titre: Des yiations... — D'après la notice de Guigaiaut sur Augustin Thierry, elle avait déjà paru à part, sous ce second titre, en 1816.

nement de ne pas faire une banqueroute déguisée sous le nom de consolidation forcée, de ne pas traiter les créanciers nationaux plus mal que les étrangers. Il recommande l'usage des emprunts et critique le budget de 1817 comme mal fait, contraire aux intérêts des travailleurs, grevé de dépenses excessives pour la guerre et la marine.

Augustin Thierry, avec une ardeur juvénile, attaque la guerre et l'esprit de conquête dans sa Politique. Toute société, dit-il, est une ligue ; la nation en est une aussi. Ce qui la constitue vraiment, c'est le patriotisme ; ce qui la forme, ce n'est pas la géographie, mais la libre volonté des citoyens. « On n'associe les hommes que lorsqu'ils consentent », dit l'auteur comme pour lancer un défi au Congrès de Vienne. Le patriotisme était exclusif autrefois; pour les anciens, point de différence entre ennemi et étranger. C'est l'industrie qui a épuré ce sentiment et créé de nouveaux rapports entre les peuples. Ces rapports commencèrent par des rivalités mesquines : Delenda est Carthago, tel est le refrain que répétaient l'une contre l'autre la France et l'Angleterre. Mais un nouveau progrès s'est fait, et la coalition de 1815 a déclaré que l'existence d'une France grande et libre est nécessaire à l'Europe. La fraternité des peuples, pour être durable, a besoin que l'intérêt vienne s'ajouter au sentiment; cet intérêt serait évident si l'on n'y opposait des chimères. On pré-

tend que le domaine doit être arrondi, « que tel prince, qui n'était qu'un sot, s'étant laissé battre, il y a trois cents ans, les enfants de ceux qui Font battu sont nos ennemis naturels ». Seule, la Russie menace l'Europe et doit être surveillée ; dans l'Europe même, la guerre n'a plus de place : il y aura encore des luttes de soldats contre soldats, non de nation contre nation. Un peuple grandit par le travail, l'économie, la liberté. L'industrie déteste la guerre, à moins qu'on ne vienne l'attaquer. Dans ce cas, elle se défend vigoureusement, comme elle l'a fait en France contre les alliés de Pilnitz, en Europe contre les brigands de Bonaparte. Aujourd'hui, ces combats sont finis. « Vos armes, s'écrie le jeune historien, ce sont les arts et le commerce ; vos victoires, ce sont leurs progrès ; votre patriotisme, c'est la bienveillance et non la haine. Voulez-vous joindre à ces verlus douces les vertus fortes et mâles auxquelles leLacédémonien se formait en combattant ? 0 citoyens ! vous avez des ennemis plus acharnés que les Perses, l'ignorance et ceux qu'elle fait vivre '. »

Après ce premier volume de L'Industrie, un second parut sous le même titre'2. Une déclara lit m de principes indique l'objet de l'entreprise. Puis viennent les Lettres de Henri Saint-Simon à un Américain, où l'auteur invoque l'exemple de la

1 Celle Politique est iDséiée dans les Œuvres, t. II.

2 Paris, 1817, 8°.

jeune démocratie industrielle d'outre-mer '. Le même volume contient des extraits de brochures et de discours de Laffitte, de Casimir Périer et de M. ET**, négociant : tous recommandent le recours à l'emprunt et le payement intégral des dettes de l'Etat envers les créanciers nationaux. — Ensuite cent pages de Chaptal sont consacrées aux progrès de l'industrie depuis trente ans. Un avant-propos indique pourquoi l'on a inséré ce long morceau: l'industrie fut très libre sous la tyrannie de la Convention, aussi a-t-elle progressé malgré l'anarchie générale : donc l'industrie n'a besoin que de liberté. — La dernière partie a pour titre : Lrs trois époques, par M. X***. L'auteur résume et apprécie les trois époques qui se sont succédé depuis 1789 : l'époque révolutionnaire, l'époque guerrière, l'époque industrielle; selon lui, la Révolution est arrivée à son terme, et l'industrie donnera la paix et le bonheur. — Le volume se termine par une conclusion où il est facile de reconnaitre la plume de Saint-Simon. Puis vint le tome III de L Industrie, qui parut par cahiers successifs en 1817 ; les trois premiers sont l'œuvre d'Auguste Comte, le quatrième est de Saint-Simon. Le tome IV est aussi de Saint-Si-

1 Dunoyer attribue ces Lettres à un jeune professeur nommé Maignien ; malgré ce témoignage, la violence de Dunoyer contre Saint- Simon, les nombreux passages de ces lettres où celui-ci parle de ses campagnes d'Amérique, enfin le style qui est bien le sien, nous empécbent d'attribuer à Maignien autre chose qu'une faible part de collaboration. V. Dunoyer, ouvrage cité, p. 184 et suiv.

mon ; il en parut d'abord un premier cahier, en 1817; puis, en 1818, une autre partie intitulée Moyen constitutionnel d'augmenter les richesses de la France...

Le recueil suivant, le Politique, est annoncé comme rédigé par une société de gens de lettres ; c'est un volume de Mélanges1. Saint-Simon n'y paraît pas sous son nom ; mais ses disciples nous ont appris qu'il était l'auteur des deux articles publiés ensuite à part 2. De plus, c'est évidemment lui qui signe A, comme le prouvent les indications qui suivent chaque signature: « A., membre de la Société de Cincinnatus; A., qui a été un des premiers acquéreurs de biens nationaux ; » et d'autres dans le cours des articles 3. C'est le principal rédacteur. A côté de lui on trouve B., ancien élève de l'Ecole polytechnique, c'est-à-dire Auguste Comte, et L., qui est Lechevallière ; puis d'autres, qui signent également d'une initiale. A. s'attache surtout à montrer qu'il faut licencier presque entiè-. rement l'armée permanente; B. fait la critique du budget. A part cela, les principaux articles sont consacrés à combattre la proposition Barthélémy, qui demandait la réforme de la loi électorale. Les

1 Le Politique, par une société de gens de lettres. Mélanges. Janvier 1819.

2 Le parti national ou industriel comparé au parti antinational. — Sur la querelle des abeilles et des frelons.

3 A. parle de son voyage à York-Town et de ses onze mois de captivité sous la Terreur.

autours du Politique s'indignent : « Sonnez! sonnez l'alarme, trompettes de l'opinion publique ! » Mais bientôt ils se rassurent et se réjouissent de cette proposition qui, en excitant la colère des industriels, va secouer enfin leur torpeur '.

Le recueil suivant, L 'Organisateur, parut d'une manière encore plus confuse que les précédents, par livraisons éparses, en 1819 et 1820. La première livraison contenait un vif et piquant pamphlet contre l'inutile aristocratie des courtisans et des fonctionnaires ; cette Parabole, comme l'ont nommée les saint-simoniens, valut à l'auteur un procès retentissant. Très heureux de cette réclame inespérée, Saint-Simon développa et compléta ses assertions dans quatre lettres adressées aux jurés, tout en continuant V Organisateur avec l'aide d'Auguste Comte.

Le philosophe désire convertir à ses vues le roi et les industriels, et provoquer une alliance entre eux. C'est l'objet du recueil qui apparaît en 1821, le Système industriel. Le but assigné par lui à la société future est plus élevé qu'auparavant : elle cherchera non seulement à s'enrichir, mais à faire profiter les pauvres de ces richesses; elle suivra l'inspiration des philanthropes. Saint-Simon re-

1 Le Moniteur du 10 juin 1819 rend compte d'une discussion à la Chambre des députés sur la pétition de Saint-Simon, demandant le droit de poursuivre le sous-préfet de l'éronne et le percepteur de Doingl pour levées illégales d'impôts. Le rapport lui donne satisfaction au point de vue théorique.

vient d'une façon plus pressante encore surle même sujel dans le Catéchisme des industriels ; la forme du lirre, par demandes et réponses, est plus vigoureuse, plus frappante. Le fond n'a pas beaucoup varié : il s'agit toujours d'organiser le pouvoir temporel, confié à l'industrie, et le pouvoir spirituel, remis aux mains des savants.

Cependant Saint-Simon, après une crise de désespoir qui le mena jusqu'au suicide, avait trouvé" de nouveaux disciples qui vinrent travailler sous ses ordres. Cette collaboration produisit en 1825 le volume des Opinions littéraires, philosophiques et industrielles, portant pour épigraphe : « L'âgé d'or, qu'une aveugle tradition a placé jusqu'ici dans le passé, est devant nous. »

L'introduction a été rédigée par Léon Halévy. L'auteur montre l'incertitude où vit la société, occupée de débats stériles, et toujours à la remorque du xvme siècle. Puis, s'adressant à la jeunesse: vous cherchez anxieusement du nouveau, dit-il; vous voulez une littérature actuelle; vous n'avez qu'une pensée, « celle d'un bonheur universel et d'une perfection indéfinie ». Venez à nous, et nous vous montrerons le but; marchons tous ensemble, « et inscrivons sur nos pacifiques bannières: le paradis terrestre est devant nous ».

Rodrigues s'occupe du rôle des banquiers ; il montre, par l'exemple de Necker, de Laborde et Laffitte, les services qu'on leur doit déjà; leur rôle

augmentera encore à l'avenir, et surtout ils veilleront aux besoins de la classe la plus nombreuse. — Duverger indique le fondement de lanouvelle législation : Bentham a dit que le but des lois était l'utilité ; Saint-Simon, allant jusqu'au bout dans cette voie, montre que ce sera la production, et le prouve par l'histoire . — Le Dr Bailly traite de la physiologie appliquée à l'amélioration du régime social. La société apparaît comme un tout, une machine organisée, un véritable individu ; l'histoire de la civilisation n'est que celle de la vie de cet individu. « Une physiologie sociale, constituée par les faits matériels qui dérivent de l'observation directe de la société, et une hygiène renfermant les préceptes applicables à ces faits sont donc les seules bases positives sur lesquelles on puisse établir le système d'organisation réclamé par l'état actuel de la civilisation. »

Ensuite viennent des Mélanges, composés surtout par Ilalévy. Ln poète (c'est lui) raconte une conversation dans laquelle un prêtre, un cultivateur, un savant, un magistrat, un militaire se sont confessés à lui ; chacun avoue qu'il parle et agit contre ses sentiments ; c'est dû à l'égoïsme, la grande plaie de la génération présente. Dans un autre morceau, l'écrivain raconte qu'il avait au collège quatre amis, et qu'il les a retrouvés dans le monde placés juste en raison inverse de leur capacité. Le volume se termine par un dialogue où Ro-

drigues et Halévy mettent en scène un artiste, un savant et un industriel. On doit, disent les trois interlocuteurs, secouer le joug de la routine, le respect pour les opinions des gens comme il faut ; un homme l'a compris, Saint-Simon; aussi passe-t-il pour un cerveau dérangé. Sa philosophie est encore peu connue, parce qu'il a eu le tort de ne s'adresser qu'aux industriels. Les trois causeurs se promettent de fonder un journal pour exposer ces idées à tous ; « puissent enfin les sciences, les arts et l'industrie, cette grande trinité, former un indissoluble faisceau, et produire par leur union ce bien-être complet auquel la société a le droit de prétendre, puisqu'elle en possède tous les éléments » !

Les deux articles les plus importants de ce volume sont l'œuvre de Saint-Simon lui-même. D'autre part, il préparait le tableau de la religion des temps futurs ; la mort l'empêcha de faire autre chose que la première partie, parue également en 1825. C'est le Nouveau Christianisme.

Toutes ces brochures confuses et incohérentes,, parues de 1817 à 1825, contiennent en réalité un système, fixé dans ses grandes lignes dès le début, puis qui se développe et s'achève par les réflexions d'un penseur vigoureux. Nous allons essayer de l'exposer, en rassemblant et en ordonnant les idéeséparses dans les différents écrits de Saint-Simon.

Page 1