LE MÉMOIRE SUR LA SCIENCE DE L*HOMME
les cas la route de la vertu est en même temps celle du bonheur ». La religion sera renouvelée, puisque toute religion repose sur le système scientifique en vigueur ; le clergé sera réorganisé, pour donner Tinstruction au peuple. Actuellement deux corps Tout remplacé ; T Université enseigne les connaissances acquises, Tlnstitut les perfectionne: division fâcheuse, car TUniversité obéit aux littérateurs, rinstitut aux savants. Enfin la politique sera renouvelée, de sorte qu'on pourra mettre fin à la guerre actuelle. Voilà ce que feront les physiologistes quand ils auront enlevé la prééminence aux mathématiciens, « ces tristes calculateurs, enfermés derrière un rempart d'^ et de z * ». La science nouvelle s'organisera par Tunion d'un physiologiste et d'un philosophe; soyez le philosophe, conclut Burdin, je serai le physiologiste. Cette offre a séduit Saint-Simon; depuis quinze ans il s'est adonné à la science positive. Mais le voilà privé du concours de Burdin, qui est devenu médecin militaire ; il continuera cependant sa tâche, en appelant tous les physiologistes à lui fournir la collaboration nécessaire.
Et tout à coup ridée lui vient de s'adresser au D*" Bougon, qui déjà d'à secouru dans ses
^ Là-dessus Burdin, ou plutôt Saint-Simon, aposlroplie les mathématiciens, les bruUers (savants s^occupant des corps bruts) : « Toute TEurjpe s'égurge, que faites-vous pour arrêter celte boucherie ? Kien. Que dis-je ! c*est vous qui perfectionnez les moyens de destruction, c^est vous ()ui dirigez leur emploi.» Œuvres^ XL, p. 40.
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recherches. Aidez-moi, lui dit-il. Ce sera utile pour rhumanité, qui verra finir la guerre actuelle. Ce sera utile pour la France, qui est encore inférieure à « ces diables d'Anglais » dans les sciences. Ce sera utile pour les médecins; leur profession, si glorieuse au temps d'Hippocrate et des Arabes, a été discréditée par le triste enseignement des docteurs du moyen âge et par des formes ridicules que Molière a justement raillées. Ce discrédit persiste, parce que la physiologie n'est pas arrivée comme l'astronomie à une loi générale, et que les médecins, émus des sarcasmes de Molière, ont passé d'un extrême à l'autre : de pédants ils sont devenus petits-maîtres. Aujourd'hui le corps médical se relève, grâce à des hommes tels que Vicqd'Azyr, Cabanis et Bichat parmi les morts, Cuvier parmi les jeunes ; il s'agit d'accomplir la révolution scientifique préparée dernièrement par les leçons de Chaussier et de Halle. »
Après ce long préambule, Saint-Simon présente ses propres observations, les unes sur la physiologie, les autres sur l'histoire ; celles-là doivent compléter Vicq-d'Azyr, celles-ci Condorcet, Pour les premières il suit une méthode bizarre ; prenant comme point de départ certaines théories de Vicq-d'Azyr, il y joint les siennes en les attribuant toujours au même savant, de sorte que Vicq-d'Azyr est censé rapporter des faits qui se sont produits après sa mort. Tout d'abord, dit