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CHAPITRE XII

« La présence inattendue d'un tiers, M. G. PI. (Gustave Planche), a dû refroidir mon père, qu'un visage nouveau tenait volontiers en suspens. Mais celte disposition au silence fut commune à tous, et l'on ne voit pas pourquoi elle aurait été plus déplacée chez mon père que chez les autres. Sa fille, il est vrai, prononça peu de paroles. Elle était dans l'habitude, qu'elle n'aurait jamais jugée blâmable, de s'effacer devant son père, en présence des personnes qui venaient pour lui particulièrement. Si elle s'était emparée de l'entretien, on n'aurait pas manqué de dire qu'elle avait cherché à se faire remarquer, reproche qu'assurément nul n'est en droit de lui faire. On a conclu de sa réserve qu'elle avait été intimidée, ce qui précisément n'est guère vraisemblable. »

Le diner chez Foyot parait aussi avoir manqué d'entrain. Sainte-Beuve m'en a parlé plusieurs fois et il insistait sur ce point que M. de Senancour avait l'allure compassée d'un homme de l'ancien régime, arrivé tout récemment de sa province. Le capitaine de Senancour, qui aidait son père à faire les honneurs du festin, n'avait pas conservé non plus de cette réunion un souvenir très agréable.

En dépit de quelques sympathies nouvelles, les unes précieuses comme celle de Ballanche, les autres excentriques comme celle de l'écrivain catholique Madrolle l, la solitude se faisait peu à peu autour du vieillard. Boisjolin était mort en 1832, Jay s'était retiré en

1 Voici un petit billet que Senancour avait classé parmi les papiers et témoignages à conserver :

« A Monsieur de Senancour,

« Hommage de très sincère considération, de la part d'une personne qui sait apprécier son grand talent, et sa disposition profonde ;'< La philosophie catholique, ce qui déjà lui a fait faire hommage de la Démonstration de la cour pontificale. Madrolle. »

province. 11 n'y avait plus guère d'inlimité qu'avec L'excellent et dévoué Ferdinand Denis '.

Depuis 1834, Senancour ne produisait plus. Un roman très faible, Isabelle à Clémence, un article de revue sur l'athéisme imputé à Voltaire et surtout un très bon opuscule, rédigé pour la Bibliothèque populaire de l'instruction, Le petit Vocabulaire de simple vérité : voilà tout ce qu'il lui fut loisible de donner en dehors des préoccupations quotidiennes et des soins d'une santé longtemps robuste, mais qui commençait à s'altérer.

En 1834, une société s'était fondée sous le Litre d'/nstitut historique. Je ne sais comment elle se recrutait, par élection ou par désignation. Toujours est-il que le 20 avril 1834, Senancour recevait une lettre commençant par ces mots :

« Monsieur,

« J'ai l'honneur de vous annoncer que, par la nature de vos travaux, vous êles appelé à faire partie de Ylnstitut historique en qualité de membre titulaire de la deuxième classe (histoire des sciences sociales et philosophiques). » La lettre était signée Eugène de Monglave. L'auteur des Méditations, introduit sans doute par Ballanche et Jouy, se rendit à l'appel qui lui était adressé et fit partie de V Institut historique pendant six ans.

Celte société avait pour président l'auteur, alors célèbre, de l'Histoire des Croisades, Michaud. Elle comptait parmi ses fondateurs les deux Ampère, les deux Geoffroy-Saint-Hilaire, Eugène Burnouf, l'abbé Gerbet,

1 L'aimable Marie Nodier (Mme Mennessier) se souvenait d'avoir vu plusieurs fois Senancour déjeuner à la bibliothèque de l'Arsenal, chez son père, le ridèle admirateur d'Oberman.

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