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CHAPITRE XII

l'abbé Guillon, Lacordaire, Lamartine, l'abbé de Lamennais, Jules Michelet, maitre de conférences à l'École normale, Norvins, Eugène Sue, les peintres Paul Delaroche, Monvoisin, les médecins Andral, Arnal, Bouillaud, les architectes Destouches, Malpièce, le musicien Berton, l'avocat Berryer, etc., etc. Tant d'illustres collaborateurs ne purent donner à l'Institut historique ni la vitalité ni le rang auxquels ses fondateurs avaient pensé qu'il serait en droit de prétendre. La société traîna pendant plusieurs années une existence peu brillante et elle s'éteignit sans que personne saluât d'un regret sa disparition. Je ne crois pas que Senancour y ait fait aucune communication. 11 s'en retira vers 1840, eL à cette époque, le même secrétaire perpétuel, Eugène de Monglave, lui exprima en ces termes les regrets des membres de Y Institut :

i Paris, le 16 janvier 40.

a Monsieur et très honorable Collègue,

« J'ai fait part aux membres de votre classe de la résolution où vous êtes de vous séparer de nous, ce qui leur a causé de bien vifs regrets, dont ils m'ont chargé d'être auprès de vous l'interprète. L'Institut historique, par cela même qu'il est si juste appréciateur du mérite de chacun de ses membres, s'enorgueillit en effet de vous compter dans ses rangs, et votre démission est sans contredit l'un des actes qui peuvent lui causer le plus de peine. Nous nous étions habitués à l'idée de vous regarder comme devant être perpétuellement des nôtres en retour du mode d'appréciation dont vous êtes si justement l'objet de la part de vos collègues : nous aimons même à nous flatter encore aujourd'hui de l'espoir que votre résolution ne sera pas définitive, et avant de la considérer comme telle, j'ai cru devoir vous faire

pari de la peine qu'elle nous cause a tous, persuadé, comme je me plais à l'être, que vous n'y serez point indifférent.

* Veuillez, elc.

« Eugène de Monolave. »

Contrairement aux espérances et aux désirs manifestés dans celte lettre, Senancour ne revint pas sur sa résolution. Quels en avaient été les motifs ? Le dossier où il avait classé les renseignements relatifs à Ylnstitut historique ne contient à cet égard aucune indication. Fut-il conduit par l'indépendance de ses idées à s'écarter d'une société où l'élément ecclésiastique était représenté assez brillamment et qui pouvait avoir des tendances orthodoxes? Cela est peu probable, car Y Institut fort modeste, trop modeste sans doute, ne parait avoir eu jamais des intentions dogmatiquesou des vues de propagande. Une explication plus simple se pourrait tirer de l'âge de Senancour. 11 avait alors soixante-dix ans. L'édition d'Oberman chez Charpentier venait de jeter un dernier éclat sur son nom. Ses pensées entièrement tournées vers le problème religieux redoublaient en lui l'amour delà retraite. Enfin risquerai-je une conjecture terre à terre et qui ne laisse pas que d'être assez vraisemblable: la cotisation pour chaque membre de Y Institut historique était de vingt francs, ainsi que l'établit une quittance que j'ai sous les yeux. Or, dans un petit ménage obligé à la plus extrême parcimonie, c'est là une somme qui pouvait paraître lourde, une contribution coûteuse et qui ne rapportait rien.

Senancour a toujours été pauvre, et ce qui a rendu sa situation plus pénible, c'est que, appartenant à une famille riche, il était destiné à l'être lui-même. Ses parents furent ruinés parla Révolution et plusieurs héritages

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