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CHAPITRE PREMIER

du xviuc siècle et de la HévoluLion, les Morelly, les Babeuf, les Chaumette. En ce qui a trait à l'émancipalion sociale, les Rêveries sont d'une indécision qui touche à la faiblesse; la politique en demeure nuageuse, obscure. Il ne pouvait en être autrement. La France et, avec elle, le monde étaient lancés depuis plus d'un demisiècle dans un mouvement en avant que 1789 avait accéléré jusqu'au vertige et à l'héroïsme. On avait eu de l'extraordinaire, on attendait du prodigieux. L'inconnu seul, ïexcelsior seul était possible. L'auteur des Rêveries arrivait tout juste pour jeter de la glace sur cette ébullition. A des hommes enivrés d'espérances, exaltés par des luttes souvent victorieuses, pressentant la richesse, la domination, la gloire, il venait indiquer ce qu'il nomme lui-même « une route de rétrogradation. » Quoi d'étonnant à ce que nul ne l'ait suivi, à ce qu'un très petit nombre l'ait écouté?

Tel lui apparaît le type de l'homme primitif, atteignant par un minimum de besoins à la sécurité et à l'intensité des jouissances, tel il aime aussi à se figurer le type du peuple primitif, se désintéressant des questions de gain, renonçant a l'âpre concurrence, évitant les agglomérations nombreuses, se fractionnant en petites peuplades autonomes ou fédérées, préférant au bruit et au luxe des cités le calme réparateur, le charme fortifiant de la vie agreste. « La liberté sociale, écrit-il, est impossible aux grandes sociétés. » Evidemment, dans cette organisation élémentaire, presque rudimenlaire, qu'il rêve, l'égalité se ferait sa place. 11 a sur cette égalité des paroles très fortes, celles-ci, par exemple : « La différence des conditions est si grande que, dans cet état factice, il y a plus de dislance entre le sort des individus d'une même espèce que la nature n'en avait mis entre les habitudes et la vie des espèces

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diverses. » Un peu auparavant, il avait dit : « La cité n'est qu'une association précaire et monstrueuse dès que chacun de ses membres n'en partage pas les droits comme les charges. »

Mais celle égalité, comment s'élablira-t-elle? et par qui? Par les riches? Senancour ne les estime guère. Il les traite aussi durement que l'ont fail certains sermonnaires chrétiens : « Heureux de l'ordre social qu'une

forlune destructive consume de ses funestes faveurs!

Ridicules et misérables divinités d'œuvre humaine, etc. »

11 ira plus loin, les signalant en quelque sorte comme un péril social : « Nous vantons l'opulence, toujours ostensible, et nous taisons la misère, que tant de causes cachent et dissimulent. Jamais peuple eut-il des individus très riches sans avoir d'innombrables malheureux? » La richesse lui inspire donc peu de sympathie et de confiance, mais il ne croit guère davantage au peuple. Si on lui confie le pouvoir, « sera-t-il à l'abri des séductions, quand tous les moyens de séduction sont préparés pour l'éblouir, quand ses besoins et ses misères les autorisent tous et les légitiment? » Admettons que la classe populaire parvienne à s'élever un moment, « elle se lassera bientôt elle-même des caprices et des inepties de son autorité dans un ordre de choses étranger à ses besoins, et qu'elle ne connaissait que par d'envieux désirs. »

Tout gouvernement démocratique ou démagogique tombera directement ou indirectement, sciemment ou insciemmenl el, quelles que soient les garanties apparentes, sous la domination de l'aristocratie.

« Où est la cité dont les lois ne soient pas l'ouvrage d'une très faible minorité? L'assemblée d'un peuple n'est souvent composée que du dixième de sa population, et c'est la majorité de ce dixième qui exprime le

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