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CHAPITRE III

et sans voiles n'est pas, par cela seul, la suprême imprudence; trop peu, si pour retenir et pacifier lésâmes, il avait compté sur de simples indications, sur des vues exprimées avec réserve, sur des fragments d'idéal qui manquaient de liens entre eux et souvent, lueurs fugitives, s'éteignaient avant d'avoir projeté toute leur clarté, donné tout leur éclat.

Peut-être n'a-t-il rien écrit de plus fort en ce sens que la page suivante sur la destination terrestre de l'homme :

« La moralité de l'homme, et son enthousiasme, l'inquiétude de ses vœux, le besoin d'extension qui lui est habituel, semblent annoncer que sa fin n'est pas dans les choses fugitives; que son action n'est pas bornée aux spectres visibles; que sa pensée a pour objet les concepts nécessaires et éternels ; que son affaire est de travailler à l'amélioration ou à la réparation du monde; que sa destination est, en quelque sorte, d'élaborer, de subtiliser, d'organiser, de donner à la matière plus d'énergie, aux êtres plus de puissance, aux organes plus de perfection, aux germes plus de fécondité, aux rapports des choses plus de rectitude, à l'ordre plus d'empire.

« On le regarde comme l'agent de la nature, employé par elle à achever, a polir son ouvrage; à mettre en œuvre les portions de la matière brute qui lui sont accessibles; à soumettre aux lois de l'harmonie les composés informes; à purifier les métaux, à embellir les plantes; à dégager ou combiner les principes ; à changer les substances grossières en substances volatiles, et la matière inerte en matière active ; à rapprocher de lui les êtres moins avancés, et à s'élever et s'avancer lui-même vers le principe universel de feu, de lumière, d'ordre, d'harmonie, d'activité. »

Gela est grand, cela est beau, cela promet; mais sou-

in SENANCOUR.

dainemenl cela s'arrête et tourne court. L'esprit consciencieux, méticuleux même du philosophe transforme en une hypothèse ce qu'il avait l'air de présenter tout à l'heure comme une certitude. 11 accumule les restrictions, exténue les couleurs, rétrécit les perspectives. L'impression demeure indécise, et d'une indécision qui pèse sur l'âme.

Voilà pourquoi, pendantprès de trente ans, Senancour, mécontent d'Obermaji, l'a non pas désavoué, mais intérieurement condamné. Le livre de V Amour lui a paru un premier, bien que très insuffisant, correctif. Un parti plus héroïque consistait à supprimer la plus grande partie iïOberman et à rattacher aux Rêveries les quelques débris subsistants. Combinaison maladroite et gauche dont, malgré des pages fortbelles, les troisièmes Rêveries n'ont gardé que trop de traces. Mais il était dit qu'en dépit de son auteur, (Jberman ne périrait point, et il était écrit que durant près d'un siècle, ce livre où l'auteur refusait de se reconnaître serait à peu près uniquement celui par lequel il serait connu, et mal connu. Lorsqu'il fut question, en 1833, de réimprimer Oberman, on eut beaucoup de peine à vaincre la résistance de Senancour. Au moins voulait-il faire des retouches, des remaniements. On ne le lui permit pas, et l'ouvrage, si longtemps entravé, prit victorieusement son vol pour accomplir une carrière indéfinie et glorieuse sur laquelle nous aurons plus tard à revenir.

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