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CHAPITRE IV

imaginera de ne le point remplir ? Aussi ne l'imagïne-l-on pas. Les cœurs justes sont les premiers vaincus. Plus susceptibles d'élévation, comment ne seraient-ils pas séduits par celle que l'amour donne? Ils se nourrissent d'erreur en croyant se nourrir d'estime; ils aiment un amant parce qu'ils ont aimé la vertu; ils sont trompés par des misérables, parce que ne pouvant aimer qu'un homme de bien, ils croient réellement tel celui qui se présente pour réaliser leur chimère. L'énergie de l'âme, le besoin de montrer de la confiance, celui d'en avoir; des sacrifices à récompenser, une fidélité à couronner, un espoir à entretenir, une progression à suivre; l'agitation, l'intolérable inquiétude du cœur et des sens ; le désir si louable de commencer à payer tant d'amour; le désir non moins juste de resserrer, de consacrer, de perpétuer, dCéterniser des liens si chers; d'autres désirs encore; certaine crainte, certaine curiosité; des hasards qui l'indiquent, le destin qui le veut; tout livre une femme aimante dans les bras du Lovelace. Elle aime, il s'amuse : elle se donne, il s'amuse : elle jouit, il s'amuse : elle rêve la durée, le bonheur, le long charme d'un amour mutuel; elle est dans les songes célestes; elle voit cet œil que le plaisir subjugue, elle voudrait donner une félicité plus grande; mais le monstre s'amuse, et elle dévore une volupté terrible. Le lendemain elle est surprise, inquiète, rêveuse : de sombres pressentiments commencentles peines affreuses etune vie d'amertume. Estime des hommes, tendresse paternelle, douce conscience, fierté d'une âme pure; paix, fortune, honneur, espérance, amour, tout a passé. Les belles heures ont péri; les souvenirs mêmes en seront amers. Il ne s'agit plus de s'avancer dans les illusions, dans l'amour et la vie; il faut repousser les songes et user de longs

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jours fatigués des lenteurs de la mort. Femmes sincères et aimantes, belles de toutes les grâces extérieures et des charmes de l'âme, si faites pour être purement, tendrement, constamment aimées !.... N'aimez pas. »

On ne dira point que l'auteur pousse au libertinage, qu'il ouvre les voies au don juanisme; mais s'il est l'ennemi de la séduction et surtout des séducteurs, ce n'est pas pour condamner le plaisir qu'une sagesse maladroite ou de vains scrupules religieux voudraient écarter de l'amour. Il prend résolument la doctrine chrétienne à partie.

« Le christianisme, au lieu d'effectuer la réforme des mœurs, n'a fait qu'en annoncer la dangereuse prétention. Après beaucoup de licence, une pureté si grande et si vaine, inconsidérément exigée, produisit quelque dévouement réel et beaucoup plus d'hypocrisie. Interdire à l'homme toute faiblesse, et pourtant ne rien faire, ou presque rien pour former des hommes capables de suivre sincèrement une règle sévère, c'est retarder de plusieurs siècles l'amélioration morale. Perfection et servitude, c'étaient deux choses absolument incompatibles : on voulut les réunir, il n'en résulta que fanatisme et corruption.

« L'austérité ne produit rien : c'est un esprit destructeur.... »

Nous verrons plus loin ce qu'il pense de la chasteté, tout au moins de la pudeur dans les relations entre les sexes. Auparavant, il nous faut dégager son double idéal, j'entends par là le portrait qu'il se trace de la femme « vraiment aimable, » et l'idée qu'il se fait de l'amour en tant que puissance irrésistible et primordiale.

« Une femme vraiment aimable est comme une har-

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