CHAPITRE VI
« Ainsi, ce n'est qu'en passant que je remarque cette inadvertance, d'après laquelle on insinue que cette édition n'est nouvelle qu'en apparence. Cependant elle est, comme le litre l'annonce, revue, corrigée ou refondue dans toutes ses parties. Jamais je ne tromperais en rien le public, et ceux qui abuseraient de mon nom pour le tromper, moi présent en France, ne le feraient pas impunément.
« Mais vous avez dit : l'adultère, le viol, suivant fauteur, ne sont des crimes que par l'imperfection des lois sociales. Ce que Fauteur appelle l'amour et les mœurs ne serait que l'abandon le plus cynique à toute la dépravation que les se?is peuvent conseiller. Cependant j'ai combattu avec des forces insuffisantes, mais avec toutes celles dont je suis capable, l'adultère honteusement toléré dans la société; et quant au viol, je l'ai déclaré crime et essentiellement crime. Sans doute, en cet endroit je n'ai rien dit de nouveau ; mais en cet endroit et en d'autres, j'ai dit expressément le contraire de ce qu'on me fait dire expressément.
« 11 en est de même sur le (et non pas les) crime de Sodome, et sur d'autres objets moins essentiels.
« Le degré de confiance que le public peut donner à tel ou tel journal en particulier ajoute à l'importance des fautes qui s'y glissent, quand elles auraient pour effet de signaler à l'animadversion des hommes de bien celui qui au contraire n'écrit que pour eux.
« Je pourrais observer que cet article du 10 juillet a été fait avec une précipitation difficile à comprendre, mais je me borne a vous prier, Messieurs, d'insérer ma lettre. »
La note qui contient et explique celle lettre rectificative est indiquée en tèle de la deuxième édition des
Rêveries. A côlé de celle indication se trouvent les suivantes :
« Les Rêveries nouvelles et autres parties de ce volume qui étaient inédiles en forment presque le tiers. Le reste est partout réduit ou changé.
« La seconde parlie d'Oberman ne sera point publiée: la première parlie d'Oberman ne sera jamais réimprimée. »
Le volume porte pour épigraphe :
« Etudie l'homme et non les hommes. »
(Pythagore.)
Ces quelques lignes sont les seules, à ma connaissance, où il soit question d'une seconde parlie possible d'Oberman. Le livre tel que nous l'avons n'était donc pas complet dans la pensée de l'auteur? 11 impliquait des développements, peul-être un correctif. Quelle solution nouvelle nous aurait apportée celte seconde partie? Aurions-nous eu un Oberman réconcilié? Senancour a-t-il rêvé d'écrire, lui aussi, son second Faust, commentaire et rachat du premier? Nous sommes réduits sur ces divers points à de pures suppositions, car ni dans les ouvrages ultérieurs, ni dans les notes intimes, dont la rédaction, commencée vers 1810, se poursuit assez lard, il n'est fait aucune allusion à ce qu'aurait pu être le dessein de celle partie complémentaire. Aucun regret non plus n'est exprimé.
Il n'en est pas de même pour la partie d'Oberman que nous connaissons, celle qui est devenue définitive. Je n'appuierai point à ce sujet, ayant eu déjà occasion de m'expliquer sur cette condamnation prononcée par l'auteur et devant y revenir quand j'aurai à parler de la résurrection littéraire d'Oberman. Qu'il suffise de remarquer que pour les philosophes pas plus que pour les politiques, le mol jamais n'a de valeur absolue.