CHAPITRE \ I. 7V
d'alors, et ce défi parait se compliquer d'un appel indirect à l'Empereur; mais que tout cela est voilé et enveloppé !
« Quelques hommes s'étaient facilement persuadé qu'un gouvernement assez puissant pour suivre une politique sage et pour choisir les moyens de perpétuer une grande puissance irait épouser les terreurs d'un pouvoir mal assuré, chercher avec passion l'assistance des plus frêles appuis, et repousser, comme ceux dont les ténèbres protègent les manœuvres, cette lumière qui doit au contraire éclairer toute sa gloire.... 11 n'est qu'un moment pour tout ; les efforts les plus ingénieux ne ramèneront pas les temps de Charles IX. Le zèle de ces temps-là fut touchant; mais avec moins de zèle, aujourd'hui, les mœurs sont moins atroces, les usages sont moins ridicules, les provinces sont moins divisées, l'État est plus puissant, le gouvernement est plus respecté, les peuples sont plus heureux, et le nom français a plus de gloire. Pardonnez au siècle qui prépara tant de prospérités. .. »
Le tour et le détour ne sont vraiment pas maladroits. Notre philosophe, qui n'est pas sans savoir que l'Empereur a peu de goût pour les Idéologues et encore moins pour la Révolution, s'attache à prouver que le xvme siècle, le siècle de l'idéologie par excellence, est pour beaucoup dans la prospérité présente et n'est pour rien dans les horreurs révolutionnaires.
« Comment donc ose-t-on répéter tous les jours que les crimes de la Révolution furent l'ouvrage de la philosophie? Les révolutions de Rome et tant d'autres furent-elles moins atroces? 11 n'y avait point en France d'institutions fixes ; il n'y avait point de gouvernement réglé pendant l'extrême rapidité des événements dans ces années funèbres. La sagesse eût pu régner : l'é-
SI» SENÀflCOCR.
Lranger le craignit, il envoya la mort, qui n'en laissa pas le temps. La violence des commotions poliliques hâtée par l'or, el précipitée par l'impatience du génie
français, incendia les ruines qu'elle devait ranimer. Si le crime la suivit, c'est que la passion et le crime eurent seuls assez de promptitude dans ces jours d'ivresse.
« 11 est d'une fausseté palpable que la Révolution française soit une épreuve de la philosophie, qu'elle nous en ait montré les résultats, que les philosophes aient pu alors ce qu'ils eussent voulu, et que dans cette tourmente ils aient fait l'expérience de ce que leur autorité paisible eût produit sur les peuples.
« 11 est également faux que la Révolution ait montré à la terre des crimes nouveaux....
« Les crimes de la Révolution n'eurent d'autre cause que les causes ordinaires du crime chez tous les peuples dans les temps de crise; on employa l'instrument qui s'offrit a la main, comme on en eût employé d'autres, sans qu'il soit juste d'accuser l'ouvrier qui avait poli, pour un travail utile, cet acier qu'on fit servir au meurtre ; en France, pendant deux ou trois années, quelques tyrans subalternes abusèrent de certains mots, comme à trois cents lieues d'ici l'on abusé, pendant dix siècles, de certaines phrases....
« Si les écrits de Montesquieu, de Jean-Jacques, de Voltaire, ont été l'un des moyens de la Révolution, ce n'est pas une raison d'admettre qu'ils en aient été la cause. Cette cause était dans la situation des choses. Le Contrat social ou le Sens commun n'étaient pas plus nécessaires à la chute de Louis XVI qu'ils ne le furent a celle de Charles 1er.
« Pourquoi rendre Jean-Jacques ou Montesquieu responsables de ce qu'ils n'ont ni désiré ni conseillé, de