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CHAPITRE VII

Protestation déiste de Senancour. — Xotes intimes. — Théories politiques et sociales. — L'habitant des Vosges. — Brochures patriotiques (1814-1815). — Jugements sur Napoléon et la Restauration.

S'il y a de tout dans cette deuxième édition des Rêveries, c'est qu'il y avait de tout aussi dans l'àme de l'auteur à ce moment de son existence. Le caractère contradictoire de ces divers essais n"avait pas été sans le frapper et l'inquiéter. Pour y donner une sorte d'unité, il résolut d'y ajouter une quarante-quatrième Rêverie, et, par le fait, il introduisit dans son livre une contradiction de plus.

Ce nouveau et dernier chapitre présente, comme on en va pouvoir juger, sinon une conclusion, ce mot-là avec Senancour est toujours prématuré, à coup sûr une très nette affirmation de déisme. Ce qu'il y a de curieux, c'est que cette déclaration est une réponse à des commentaires qui ne sont pas venus jusqu'à nous, mais qui n'étaient dénués ni de justesse ni de probabilité.

« Ils ont dit, ici-bas, ceux de qui je n*ai pas été compris, ils ont dit que je ne reconnaissais point de Dieu; mais ont-ils entendu ce mot, Dieu, lumière, ordre, vie ! Si Dieu n'est pas, quelque chose peut-il

èlre? Puissance de l'être subsistant et réglé ! un pressentiment de l'ordre nie prosterne à ta vue, mais si j'en avais une connaissance moins imparfaite, je serais anéanti devant toi, ô Immuable !

«.... Quelle que soit la faiblesse de ma pensée, pourquoi m'accuser de délire avec tant de précipitation 1 Je ne me suis point fait un Dieu ridicule ; je n'ai point avili l'étincelle sublime qui est en moi; je n'ai point blasphémé le nom saint; je n'ai point cherché Dieu dans les images que les artisans fabriquent, mais je l'ai adoré dans l'univers : et telle est la misère de l'âme humaine, que les consciences scrupuleuses s'alarment quand on ne croit pas à leur manière; elles veulent qu'on fasse Dieu inquiet et passionné comme nous, elles ne veulent point qu'on s'avance d'un pas dans l'infini pour s'approcher de lui. Si on le fait grand, disent-elles, c'est pour s'en éloigner ; à les croire, si Dieu est impassible, la moralité n'a plus de base.

« ....Dès mon enfance, je me suis senti sous l'œil de l'inaltérable vérité; et il m'est impossible de concevoir qu'il y ait quelque chose de bon, si ce n'est le vrai, ou quelque chose de réel hors de l'harmonie universelle. Principe infini d'ordre et d'existence, Dieu ou Vérité ! serait-ce étant homme, que je rentrerais sous le voile qui couvre les organes débiles de l'enfance et de la brute; ou serait-ce en voyant, que je m'efforcerais de ne point voir ? Me dirais-je, voilà le jour, et je veux croire à la nuit. »

L'importance de ces pages est extrême. Bien des conséquences s'en dégagent en sens divers.

Le fait d'une expresse affirmation déiste chez Senancour, que nous reportions à 1819, se trouve maintenant fixé dix ans plus tôt. Mais voici qui est plus grave : Senancour se plaint que dans les ouvrages

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