CHAPITRE Vil
sion de 1869). Il constate lui-même, à plusieurs reprises, dans ces documents intimes, des suppressions et des mutilations qui proviennent de la personne même ou ont été exécutées d'après ses instructions. J'ai entre les mains ces notes, qui m'ont été données par M"e de Senancour, et dans ces enveloppes de papier gris qui devaient renfermer plus d'une confidence, je regrette de constater aussi des disparitions déplorables. Je lis, par exemple, sur la couverture d'un petit dossier, les mots suivants écrits de la main de Senancour :
« Sur les motifs.
« Notes isolées, explication de certains faits et réflexions sous des rapports personnels. »
Une étiquette attachée sur la couverture porte une indication autographe : « 11 y a beaucoup à brûler. »
Mllc de Senancour a écrit à l'encre :
« Ces notes ou mémoires ont été regardés en 18:22 et 1838. On y a mis quelque ordre. »
Puis viennent au crayon des lignes à peine lisibles :
« Notes laissées par notre père — à détruire en grande partie sans doute. »
Enfin et de la main de Sainte-Beuve, à l'encre rouge : « insuffisants. »
Voilà bien des choses sur une couverture, mais, hélas! le contenu du dossier n'y correspond guère. Des sommaires très secs excitent la curiosité sans que rien ensuite vienne la satisfaire. Ainsi nous lisons sur un feuillet à l'intérieur :
« Notes pour les années 14 août 1789 — 31 décembre 1809, donc 20 ans 4 mois 1/2. — Pour ce qui précède août 1789, voir le cahier intitulé dates, etc. — Ces notes rappellent seulement les dates, les circonstances, en attendant des explications. »
Observations personnelles.
« Ces notes n'ont pas été rassemblées dans le dessein d'en faire des Mémoires, mais comme souvenirs à mon usage surtout.
« Elles devenaient longues, j'en supprime la plus grande partie.
« J'y ajoute des remarques pour éviter de certaines erreurs biographiques, telles que par exemple celte supposition entièrement fausse que j'aie été mal avec mon père. »
Malheureusement tout cela manque. Cette date du 14 août 1789 était fort importante dans la vie de Senancour, puisque c'est ce jour-là qu'il quitta la France avec sa mère, pour n'y revenir qu'à de rares intervalles pendant dix ans, et ne s'y fixer de nouveau qu'en 1803. Le cahier qui précède 89 nous aurait fourni sur la période de jeunesse des renseignements précieux. Tout ce qui aurait trait aux courses en Suisse, aux périls courus pendant la Révolution, aux pertes successives de fortune, qui finirent par amener une gêne constante et accablante, à un mariage non expliqué et auquel aucune allusion n'est jamais faite (Senancour ne nomme sa femme qu'une fois, en passant), tout cet ensemble d'informations fait défaut. Dans ce qui reste à côté, il faut distinguer deux parties : 1° un essai incomplet, fragmentaire, tourmenté, parfois obscur à dessein, d'analyse morale personnelle; 2° une bibliographie très complète, indispensable pour se guider, pour se retrouver dans un dédale de productions diverses, de réimpressions et de rééditions, chargées de variantes, modifiées à l'infini. Sainte-Beuve a beaucoup pris dans la première partie, sans l'épuiser toutefois. J'aurai plus loin à en donner des fragments. Je me servirai davan-