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CHAPITRE VII

« Je sens que mes écrits auraient pu être utiles, si je les avais fait connaître davantage, mais faire beaucoup de pas pour le succès me paraît peu digne des arts mêmes, à plus forLe raison de l'art par excellence, celui d'écrire pour le bonheur des hommes.

« On peut voir en dix endroits du Journal de l'Empire même et, entre autres, le 27 juillet 1812 (à propos de Ghênedollé), combien l'intrigue est nécessaire aux succès dans la littérature. A plus forte raison des livres dont le sujet et la manière conviennent très peu au xixe siècle français ne peuvent-ils faire sensation dans le public. »

Ainsi donc cet auteur, peu travaillé d'une maladie si commune aux hommes de lettres, ne souhaitait le succès que dans une vue d'efficacité morale, mais sans se dissimuler que, sous ce rapport, ce succès est indispensable. Deux passages d'Oberman nous éclairent pleinement sur sa pensée à cet égard :

« La fermeté de celui qui périt au fond des eaux est un exemple perdu; la pensée la plus juste, la conception la plus sage le sont également, si on ne les communique pas; leur utilité dépend de leur expression, c'est leur célébrité qui les rend fécondes. »

EL pourtant si cette célébrité ne vient pas, si le public fait la sourde oreille ou simplement s'il hésite à se décider, faudra-t-il se décourager, renoncer a la IuLle? Le moraliste ne le pense pas :

« S'il ne suffit pas de dire des choses vraies et de s'efforcer de les exposer d'une manière persuasive, je n'aurai point de succès : voilà tout. Je ne crois pas qu'il soit indispensable d'être approuvé de son vivant, à moins qu'on ne se voie condamné au malheur d'attendre de sa plume ses moyens de subsistance. »

En avançant dans la vie, Senancour ne devait pas

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échapper complètement à ce qu'il nomme un malheur, à ce qui certainement est souvent une entrave plutôt qu'un aiguillon, une cause de déviation, parfois d'irréparable relard dans l'accomplissement de la destinée. 11 dut accepter des travaux de librairie dont nous aurons plus loin à dire quelques mots, de fastidieuses collaborations à des dictionnaires biographiques, ses ouvrages de philosophie ne lui ayant probablement rien rapporté. Les papiers intimes sont absolument muets sur ce chapitre, le plus important de tous, je pourrais dire le seul important pour la plupart de nos écrivains. Disons tout de suite que, même dans ces travaux de compilation, il porta l'esprit d'exactitude, de conscience et les habitudes moralisatrices qui sont l'honneur de ses principales productions. Dans les dernières années de la Restauration, il prit uue part assez active à la rédaction du Constitutionnel, où l'avait fait entrer l'amitié de M. Jay, de l'Académie française, et où il vit débuter M. Thiers, amené là par Manuel. Si cette collaboralion, anonyme comme elle l'était alors, ne procura pas beaucoup de célébrité ni de fortune à Senancour, elle lui permit au moins d'exprimer quelques-unes de ses vues sur la politique, qui, sauf de rares occasions, lui était ordinairement demeurée étrangère.

Suivant la rigueur des principes, mais assurément sans aucune arrière-pensée d'application immédiate et positive, Senancour était l'adversaire des grands États. Dans l'organisation, dans le fonctionnement de nos immenses agglomérations modernes, il trouvait quelque chose de factice ou, à mieux parler, de fictif. 11 évite avec soin d'employer les mots royaume, république ou empire, et de préférence il se sert du terme vague de cité, qui laisse plus de liberté à sa critique. Grâce à

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