CHAPITRE VII
parmi les adversaires implacables de Napoléon ou même parmi les mécontents systématiques. Ce n'est pas un partisan; souvent c'est un juge; parfois un admirateur : jamais un détracteur.
Les quatre premières brochures ont été publiées en 1814. Voici quels en sont exactement les titres : Lettre d'un habitant des Vosges sur MM. Buonaparte, de Chateaubriand, Grégoire, etc. Seconde et dernière lettre d'un habitant des Vosges, publiée par M. de Senancour, avec cette remarque en regard du titre : « Quand l'auteur d'un écrit qui peut donner lieu à quelque responsabilité ne veut pas y mettre son nom, il me paraît assez convenable que du moins celui qui se charge de le publier le signe. Senancour, éditeur; » Simples observations soumises au congrès de Vienne et au gouvernement français par un habitant des Vosges, publié par M. de Senancour; juin et 11 juillet 1811. Cette dernière brochure est signée l'Habitant des Vosges et datée du 29 juin 1814. Le 14 juillet n'y figure qu'en vertu d'une évocation de rhétorique. Viennent ensuite deux autres plaquettes : De Napoléon, publié par M. de Senancour, sans date, mais évidemment écrite pendant les Cent-jours; Quatorze juillet 1815 (une demi-feuille d'impression) signé Senancour, éditeur. Ajoutons à celte branche toute spéciale de sa production un article nécrologique sur Napoléon Bonaparte, extrait de la trente-septième livraison de V Abeille.
Senancour habitait-il réellement les Vosges au moment de la première invasion? On est assez porté à le croire, quand on voit dans la suite des Notes intimes sous la Restauration Épinal, Remiremonl, Plombières désignés comme des lieux connus et familiers. Or, la Seconde lettre porte la date de Remiremont,le 30 mai 18 1 i. Ce qu'il y a de certain, c'est que les deux premières
brochures respirent ce sentiment de susceptibilité pali-iotique, si fréquent et si naturel chez les habitants des frontières. La donnée fondamentale est celle-ci : 1° les alliés, s'ils désirent que la paix soit durable, ne doivent point pousser trop loin leurs avantages, humilier ou démembrer la France ; 2° un état de choses satisfaisant peut sortir de cette catastrophe pourvu que l'on renonce à toute pensée de retour vers le passé.
« La paix ne sera jamais qu'une suspension d'armes tant que la France se verra réduite à la rompre pour n'être pas avilie....
t Pour que l'Europe jouisse d'une longue paix (si quelque chose peut la prolonger entre les fils aînés de la grande famille des hommes), il faut que les conditions de la paix soient convenables, et qu'elles donnent de grandes espérances....
« Le congrès, dernier espoir de l'Europe, sentira-t-il la grandeur des circonstances; verra-t-il que la révolution française n'est pas une crise accidentelle qu'il faille seulement apaiser, mais un effet convulsif d'un mouvement général? Ce mouvement, il ne s'agit plus de le réprimer; il faut le régulariser avec prudence. De certaines tentatives pour ramener les vieux temps de l'Europe ne sont guère plus raisonnables que ne le furent, au milieu des arts et du luxe, les projets des niveleurs romains, anglais et français....
« Sans l'indépendance au dehors et une liberté régulière au dedans, tout perfectionnement moral devient impossible. Les machinations de la vieille politique et les guerres inutiles, la corruption et l'intrigue continueront à désoler, à avilir ce grand corps des sociétés européennes qui devrait être un modèle pour les autres parties du globe.
« Ce serait la gloire du xixc siècle de retirer de véri-