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CHAPITRE VII

tables fruits d'un rapprochement général, qui autrefois eût paru chimérique, et qui peut être rare encore. Mais le courage de l'esprit semble accordé à moins d'hommes que le courage militaire. »

La véritable conclusion qui marque nettement la direction adoptée par Senancour, direction de laquelle il ne s'écartera jamais, tient dans la phrase suivante :

« Le monde européen se trouve partagé entre l'esprit des siècles qui ne connaissaient pas l'imprimerie, et celui des siècles qui la connaissent. »

Louis XV11I est visé dans une note placée au bas de la page et qui complète cette phrase :

« On a fait à l'un des rois qui viennent d'être rétablis sur leurs trônes des reproches d'ingratitude. Ce monarque a d'autres torts plus certains. Il peut avoir jugé que les hérétiques (anglais, prussiens, etc.) avaient eu leurs raisons particulières dans les services qu'ils lui avaient rendus : mais il est impardonnable d'avoir montré trop promplement, trop à découvert, des intentions du xive siècle. »

L'auteur ne dit que quelques mots en passant sur Napoléon, auquel il reproche d'avoir mis trop de confiance dans le fait et d'avoir trop oublié la loi morale, mais il s'y était étendu dans la Seconde lettre. Et voici en quel langage digne il s'exprimait sur le souverain qu'il n'avait ni servi ni flatté, tandis que se déchaînaient etse délectaient en de basses injures tant de ses anciens admirateurs.

« Les destinées humaines sont inépuisables. La fortune semble revenir, il est vrai, sur les traces du passé, mais c'est un cercle qu'elle agrandit tous les jours dans les écarts imprévus de sa marche à la fois antique et nouvelle. Maintenant elle veut qu'un homme qui fit des choses éclatantes, et qui fut revêtu d'un grand pouvoir,

survive à ses desseins. Il voit sa marche suspendue tout à coup ; ce rapide mouvement ne l'agite plus, et l'avenir parait lui manquer ; il se cherche lui-même dans ce qui vient de finir, il demande à son génie inflexible, mais déconcerté, comment elles sont devenues stériles, ces années irrévocables. Dans la force de l'âge, impatient au milieu du silence, il revoit sa longue erreur. Réduit à une force vulgaire en présence du temps, il est là sur un rivage dont la paix l'inquiète, et dont les bornes l'indignent : il écoute les reproches, il laisse tomber les viles imputations; il attend le jour prochain où, après tous les murmures, la voix de quelques hommes justes lui annoncera les sévères jugements de la postérité. »

Donnant alors à sa pensée le recul des années pour embrasser une perspective plus étendue, l'auteur de la Lettre suppose que le fils de l'Empereur pourra devenir un jour le souverain d'un grand État « sur quelque rivage éloigné. » Puis continuant et développant son hypothèse, il place Napoléon en face de son fils et lui fait tenir un discours rempli de sagesse, dont la conclusion est qu'il faut consulter les mouvements de l'opinion et les satisfaire dans ce qu'ils ont de légitime, et non mettre son orgueil, employer sa force à lui résister.

« Vous devez favoriser l'impulsion des esprits; il convient mieux à un prince qui veut être illustre de marcher ainsi à la tête de ses contemporains que de chercher à suspendre le mouvement des âges. Mon fils, il faut aujourd'hui que l'autorité soit morale pour qu'elle soit vénérée.... »

Ce Napoléon idéal, ou du moins idéalisé, terminait son discours en exprimant le regret, assez singulier dans sa bouche, quand on connaît le véritable caractère de l'homme, de n'avoir pas rencontré un ministre qui

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