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CHAPITRE Vil

lui eût fait entendre le langage de la modération et du libéralisme :

« Il m'eût montré, dans les bénédictions des peuples, une autre source de gloire: mon humeur altière, et peut-être un peu dure, ne me l'indiquait point, cependant ma raison ne l'eût pas méconnue. Après deux ou trois années de combats, l'Europe instruite de ma fermeté, convaincue de ma modération, aurait enfin joui du repos, et l'intérêt contraire d'une seule puissance n'aurait pu s'y opposer. Aussi fort, aussi actif que Charlemagne, chef comme lui d'une dynastie nouvelle, mais faisant, dans un siècle plus avancé, des choses plus utiles, j'aurais déterminé l'application de ce mot : Je viens après mille ans changer ces lois grossières. Mon fils, j'ignore si je régnerais aujourd'hui, si ce travail trompeur me serait encore imposé ; mais je sens que j'aurais eu des heures heureuses, et que j'ai trop tard pressenti les vraies jouissances d'un grand prince. »

Sous une forme un peu étrange, Senancour manifeste ici une disposition qui correspondait à celle de beaucoup de ses contemporains. Sans doute on était las, excédé de guerres atroces et d'absolutisme, mais d'autre part, on craignait beaucoup un retour aux errements, à l'esprit de l'ancien régime, une revanche officielle de la contre-révolution. On se prêtait malaisément à l'idée d'une France amoindrie, perdant ses nouvelles conquêtes et reniant ses nouveaux principes. Pacifique et libéral : tel devait être le gouvernement que la France accepterait. Voilà le programme que l'on traçait à Louis XV11I et, qu'à son défaut, l'on croyait pouvoir encore proposer au glorieux captif de File d'Elbe. La Charte octroyée rassurait peu. On demandait davantage au roi.

« Qui peut croire, écrivait Senancour dans le petit

opuscule intitulé Juin et 11 juillet i81i, à la liberté des cultes et de la presse, et à l'indépendance réelle de je ne sais quelle Chambre un peu législative, sous un roi qui est roi par la seule grâce de Dieu, et qui même a été roi durant dix-neuf ans sans que la grâce se manifestât. Tout ceci est disparate.... »

Et il ajoutait, poursuivant son hypothèse, dont la réalisation, au fond, lui semblait peu probable:

« Je suppose un 14 juillet (un quart de siècle s'étant écoulé depuis le moment le plus mémorable des premières époques d'une révolution dont le terme et le dernier résultat sont encore douteux), je suppose le roi déclarant que tout ce qui a été fait à son arrivée était soumis à ces premières circonstances et ne le satisfaisait pas lui-même, que connaissant mieux chaque jour le vœu des Français pour l'ordre public et le repos intérieur, mais aussi pour la force et la dignité de la France, il hâte le moment où il avait pensé que l'on pourrait tout constituer, et qu'ainsi l'on procédera dans tout le royaume à la nomination de représentants chargés de rédiger une constitution conforme à la disposition générale des esprits dans une grande partie de l'Europe. »

L'indifférence ou plutôt l'hostilité de la Restauration en présence de pareils vœux contribue à expliquer l'extrême facilité avec laquelle s'accomplit le mouvement des Cent-jours, et l'accueil favorable que firent à Napoléon des libéraux tels que Sismondi, Benjamin Constant et Senancour. La brochure De Napoléon témoigne fortement de cet état d'esprit et en reçoit une importance historique.

Les motifs qui ont dicté ces pages à Senancour sont des plus simples et des plus honorables. Il les expose avec une courageuse candeur:

« Je n'ai pas vu sans impatience que, depuis la re-

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