CHAPITRE VIII
d'universalité, ne trompera personne. « Les honnêtes gens ne croient à la révélation que devant leurs laquais, et ceux-ci ne l'ignorent pas. » Belle manière de moraliser la foule !
2e Les mœurs de la multitude ne sont pas meilleures quand la religion a beaucoup de pouvoir. N'est-ce pas une populace catholique qui a fait la Saint-Bartliélemy et la Ligue ? Les institutions humaines, lorsqu'elles ont quelque sagesse, ne sont pas moins puissantes que la religion, et on ne peut en abuser au même point. »
3° Rien n'est plus périlleux que de faire reposer la morale éternelle sur des dogmes transitoires et contestables. C'est bâtir sur le sable. « ,Que certaines gens viennent a rire de l'Immaculée Conception, il n'est plus de raison morale qui les empêche d'assassiner. 11 fallait donc leur montrer que les préceptes moraux sont fondés sur des principes dont on ne peut pas rire. »
4° Les arguments tirés de la prétendue épreuve révolutionnaire n'ont aucune valeur. « Dans le désordre d'une révolution, dans la continuelle incertitude des lois, dans l'effervescence des passionsetla guerre des partis, il est impossible qu'on ait éprouvé ce qui résulterait de l'absence des dogmes sous un gouvernement fixe, sous des lois bien faites et observées avec quelque suite. Jusqu'à ce que l'on dise dans quel moment de la Révolution cette épreuve a pu avoir lieu, je répéterai qu'on se joue de ses lecteurs en leur faisant de tels contes. »
La conclusion doit être donnée en entier :
« Celte note sera lue superficiellement; nul peut-être ne prendra la peine d'en sentir la justesse; mais du moins elle contient indirectement ma propre justification ; elle fait voir quels sont mes motifs dans toute cette critique d'un ouvrage célèbre.
« Ètes-vous convaincus? restez chrétiens. Mais si vous ne Vêtes pas, cessez d'être hypocrites. Soyez sincères : la soumission à la vérité est le premier culte ; c'est la vérité qui est certainement divine. Chez les hommes, une chose est certainement louable, la bonne foi. C'est dans la droiture et non dans l'Eucharistie qu'il y a une législation tout entière.
« 11 est également injuste, également impolitique, ou de prescrire l'exercice de la religion à ceux qui ne voient dans les religions que des fantaisies humaines, ou de l'interdire à ceux qui, jouissant de la foi, seraient obligés, en conscience, d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. »
Nous touchons ici au point qui blesse le plus particulièrement Senancour. C'est cette perpétuelle assimilation d'une croyance libre avec l'incrédulité absolue. Faut-il donc nécessairement choisir entre l'athéisme ou le catholicisme?
« J'abandonne volontiers à M. de Chateaubriand les athées ; mais je prends la défense de ceux qui, croyant apercevoir partout les traces d'une intelligence infinie, ont le malheur de ne pouvoir prononcer sur presque tout le reste...., pourquoi partager les hommes en deux classes, les chrétiens etles athées? Ce point de vue est très faux. Que ferez-vous des trois quarts du genre humain? On peut très bien admettre avec empressement l'idée consolante et raisonnable, l'idée sublime de l'existence de Dieu, et ne pas admettre une révélation ; on peut à la fois suivre sa raison et ne pas renoncer à sa raison ; on peut voir Dieu produire le phénomène de l'univers et ne le pas voir pleurer dans la crèche de Bethléem. » Poursuivant ce développement avec une ironie singulièrement âpre, il reproche à l'écrivain catholique ce procédé abusif du tout ou rien, ce