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CHAPITRE VIII. 12o

L'ébauche nous en est offerte par le périsprit des spiriles, Yenveloppe astrale des lndous el le corps de gloire de saint Paul l.

Un dernier mot sur l'immortalité à la page 100, avec un singulier retour sur lui-même : « Je sais un homme qui désire l'immortalité de l'âme, et je doute que parmi tant d'hommes qui l'espèrent, il en soit un seul qui la désire plus que lui ; mais il cherche des preuves et il n'en trouve pas. Je crois en effet qu'il n'y en a point. *

Tout cela peut être très beau moralement parlant, mais on conviendra qu'au point de vue religieux, et comme réfutation d'un ouvrage spécialement religieux, c'est maigre. Un Dieu conjecture et une immortalité hypothèse, cela ne constitue pas un gros bagage et n'apporte avec soi qu'une somme de consolations très mince. Nous ne sommes pas même en face d'un bon gros déisme à la Rousseau, pas même d'un Dieu des bonnes gens à la Béranger. Cet état d'esprit est d'autant plus surprenant que nous avons vu Senancour se courroucer vertement en 1809, contre les journalistes qui le taxaient d'athéisme et de matérialisme. De 1811 a 1816 son spiritualisme est resté bien pâle et son déisme bien indécis, bien nuageux. C'est ce qui fait qu'on a pu se méprendre sur le caractère de sa critique, et que Vinet, toujours si équitable, si mesuré, l'a traité simplement d'homme d'esprit et l'a cru voltairien. Il ne l'était certes pas au sens étroit du mot. En 1834, il écrivit dans la France littéraire ~ un article vigoureusement raisonné sur l'athéisme imputé à Voltaire. Il y prend la défense de celui-ci au point de vue très formellement déiste.

1 Voir chapitre XII.

s On trouve dans le même numéro un article de Théophile Gautier en l'honneur du poète Théophile de Viau. C'est un chapitre de la série des Grotesques.

« Voltaire, écrit-il, s'est permis de renier le Dieu de bien des gens, celui qu'implorent des sectaires pour consacrer leurs passions sourdement ambitieuses, celui que demandent des littérateurs artistes pour produire quelque effet qui tienne du drame, celui après lequel on soupire afin de ramener des croyances pittoresques, enfin celui qu'il fallait pour persécuter jadis, et qu'il faut maintenant pour amuser. »

Et sa conclusion est celle-ci :

« Quant à Voltaire, il a pu n'être pas assez religieux, mais il l'a été sincèrement. »

Rousseau est trop chrétien pour lui; le Voltaire du Dictionnaire philosophique lui parait un minimum de déisme. La voie de Senancour est ailleurs. 11 ne se tire pas mal delà polémique, mais il n'est pas fait pour elle : il a trop de pondération et de modération. C'est en se repliant sur soi-même et, comme dit Bernardin de Saint-Pierre, en puisant de l'eau à son propre puils, qu'il découvrira sa vraie nature et qu'il exprimera sa vraie pensée.

Aurait-il incliné vers une théosophie à la manière de Ballanche ? 11 avait beaucoup de goût pource philosophe. Il eut un grand chagrin, à ce que m'a raconté M. Ferdinand Denis, d'avoir manqué un jour la visite de l'écrivain lyonnais. Ce n'est pas le moment de peser ici les affinités et les diversités de ces deux esprits venus des points les plus opposés de l'horizon. J'estime cependant que la religion de Senancour aurait semblé très nue à Ballanche, et le christianisme de Ballanche trop symbolique à Senancour. Le protestantisme, qui est apparu aux libéraux de ce siècle comme une demi-émancipation, ne parait pas du tout s'être présenté à notre philosophe comme une solution. Cela tient à ce qu'il n'admet à aucun degré la révélation. 11 n'en voit pas la nécessité.

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