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CHAPITRE IX

sumé de l'histoire romaine, divisé en deux parties : République et Empire (1827). Il ne convient pas d'insister sur ces travaux, qui furent mieux certainement que des compilations, mais qui, à coup sûr, n'auraient pas suffi pour mettre un écrivain en lumière ou même le signaler à l'attention. Je me bornerai à faire observer que l'auteur s'y conforme rigoureusement à sa propre maxime : « Tout travail dont les circonstances ne nous font pas un devoir est frivole, s'il ne sert pas au perfectionnement ou au soulagement des hommes. »

Il écrit donc en moraliste des pages fortes, graves, sensées, dégageant la leçon des faits, et, ce qui est parfois visible, ne s'attachant aux faits qu'à cause de la leçon. La Chine, ce pays cher aux philosophes du xviii0 siècle, l'attirait par sa bonne réputation de tranquillité patriarcale et par les doctrines, peut-être mal interprétées, de Confucius. Dans l'Histoire romaine, il s'arrête avec complaisance sur les grands et vertueux princes, les Antonin, les Trajan, les Marc-Aurèle. On sent qu'il a un faible pour Julien et une pointe d'amertume contre Constantin. Tout ce qu'il dit est plus judicieux qu'original, pas assez relevé comme couleur ou comme intuition historique. De Beaufort, de Lévesque de Pouilly, de Niebuhr, qu'il semble connaître, il ne tire aucune indication décisive. La Science nouvelle de Vico, inaugurant la méthode qui allait renouveler l'histoire, parait en cette année 1827, avec un vivant commentaire de Michelet. Ce même Michelet publie en 1831 son Histoire romaine, richement documentée, brillamment écrite et qui reléguera définitivement dans l'ombre les modestes productions antérieures.

Je ne me suis pas astreint à l'ordre chronologique, car entre la Chine et YHistoire romaine se place le Résumé des traditions. La première édition est de 1825,

sous la rubrique Résumés supplémentaires. Si elle ne passa pas inaperçue pour le public, très friand alors de ces sortes de livres, elle échappa du moins à la vigilance du parquet. Cela est d'autant plus surprenant que justement en 1825 la police s'était opposée à la réimpression des Observations sur le Génie du christianisme. L'administration prit sa revanche en 1827, à la seconde édition des Traditions morales. L'ouvrage fut saisi et déféré à la police correctionnelle.

Ce procès a tenu une grande place et, disons-le tout de suite, une place très honorable dans la vie de Senancour. Il lui a rendu service en ce sens qu'il a remis son nom danse e qu'on peut appeler la circulation générale, dans la mémoire des hommes qui lisent les journaux plus volontiers que les livres, et dans les journaux surtout ce qui fait scandale. Boisjolin, éditeur avisé, en profita pour lancer presque coup sur coup une nouvelle édition deY Amour et une deuxième édition des Libres Méditations.

Avant de parler du procès, parlons un peu de l'ouvrage qui en fut la cause ou du moins le prétexte. L'idée qui a inspiré le Résumé des traditions était familière aux écrivains du xvme siècle. On la trouve dans Voltaire, dans Fréretet plus particulièrement dans Boulanger. Elle a été reprise de nos jours avec éclat par Michelet dans la Bible de l'humanité, parQuinet dans le Génie des religions. Cette idée, c'est qu'à travers les ténèbres du fétichisme, les incohérences de la superstition, à côté des dogmes imposés, des révélations supposées, des inventions ou des pratiques sacerdotales, la pure conscience et la saine raison n'ont jamais perdu leurs droits Jamais abdiqué, jamais permis qu'une prescription définitive s'établit. De même que Nicole a pu écrire la Perpétuité de la foi, de même les philo-

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