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CHAPITRE IX

prélats nommés Pères de l'Église, soit dans les sermonnaires et dans d'autres auteurs regardés comme orthodoxes. Le second recueil, non moins étendu, comprend ce qu'on a cru trouver d'équivoque dans ces mêmes livres, ou de susceptible d'une funeste interprétation, depuis les premiers jours, depuis les Augustin ou les Chrysostome jusqu'à nos contemporains. »

Cette distinction n'était pas faite pour plaire aux orthodoxes, pas plus que les objections contre la possibilité du déluge et l'inspiration divine de l'Ancien Testament. Ils ne pouvaient goûter davantage cette page ironique où la morale indoue était implicitement louée aux dépens d'une autre doctrine.

« Les disciples de Brahma ont été appelés en Grèce gymnosophistes ou sages nus, soit parce que dans quelques-uns de leurs exercices ils restaient sans vêtements, soit parce que leur doctrine n'avait d'autre base que la vérité sans voile. Ils disaient qu'on doit le bien pour le mal; que, lorsqu'on donne aux infortunés, il convient de le faire en secret; que l'homme le moins vicieux ne peut être réellement bon s'il néglige de cultiver sa raison; qu'il faut triompher de ses passions pour s'approcher de Dieu; que celui qu'elles subjuguent n'est qu'un singe retenu par une chaîne; qu'enfin on n'est vertueux qu'en faisant le bien avec désintéressement, sans calculer si jamais on en recueillera le fruit. On aimerait cette morale, on serait exposé à l'admirer, si on ne savait pas que chez les infidèles une haute raison apparente n"est qu'une turpitude déguisée. »

Voilà donc une très belle morale, et très salutaire, qui ne relève nullement des doctrines chrétiennes. Avançons davantage. L'auteur ne craindra pas de poser la morale, non point comme hostile au sentiment religieux, mais comme absolument indépendante à son égard.

144 SEiNANCOUR.

« C'est seulement dans des États mal réglés que la crainte de Dieu parait indispensable pour consacrer la patience du grand nombre, pour réprimer des penchants vicieux excités par de mauvaises lois ou de mauvaises coutumes. Si cette connaissance de Dieu n'était bonne que pour empêcher quelquefois le mal, elle ressemblerait à une invention des législateurs, à un artifice de la politique. L'idée de Dieu est plus grande, elle est utile parce qu'elle est consolante, et surtout parce qu'elle est vraie. Malheur aux peuples qui la trouvent absolument nécessaire pour l'ordre ! Mais chez tous elle est nécessaire comme vérité sublime. »

Un très spirituel moraliste, trop peu connu, Ancillon, a dit quelque part qu'il ne faut pas se servir du feu sacré pour allumer son poêle et faire cuire ses aliments. C'était aussi le sentiment de Senancour. 11 n'admettait pas Dieu comme une sorte d'ingrédient social, indispensable à la police des États. 11 se refusait également à pactiser avec ce qu'il appelait les croyances superstitieuses. «■ Dans cet essai, écrit-il, on s'occupera le moins possible des folies dogmatiques, vantées avec tant de zèle et reçues avec tant de confiance ; chacune d'elles étant méprisée dans les lieux où elle ne règne pas expressément, toutes sont jugées. » Ces quelques lignes de la préface sont à rapprocher de la très éloquente et très digne Conclusion. Celle-ci est trop étendue pour que je puisse la transcrire. J'en veux dégager seulement deux pensées : la première, relative à la philosophie du xvinc siècle. « On a demandé s'il n'y avait pas eu assez de liberté, assez de raison philosophique au xviue siècle. Non, la liberté d'esprit se croyait encore réduite à prendre l'altitude de la licence. » Réponse très nette et qui marque avec précision le point où l'écrivain se séparait des encyclopédistes. L'autre,

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