CHAPITRE IX
où le ferme espoir du philosophe et sa haute aspiration s'affirment décidément. « Si l'esprit devient moins aveugle, Vâme sera plus religieuse. Quand de vains simulacres ne fatigueront plus des yeux formés pour une autre lumière, ils s'ouvriront aux clartés divines ; l'œuvre de l'homme tombée en désuétude laissera apparaître sans voile l'ineffable empreinte d'une plus haute pensée. »
Tel est ce livre dans ce qu'il a de durable, d'efficace et d'essentiel. 11 était absolument nécessaire de le faire connaître avant de produire sous les yeux du lecteur le passage incriminé, lequel présenté isolément n'aurait guère offert de sens. Le voici maintenant dans toute sa nudité ou toute son horreur, comme on voudra :
« La purification au moyen de l'eau était usitée en Orient. Un solitaire appartenant peut-être à une secte qui, sous le nom de Sabis, existait encore en Perse du temps de Chardin, baptisa ses disciples sur les bords d'un torrent de la Judée ; il y baptisa un jeune sage que bientôt des Juifs placèrent au nombre des prophètes. Ce dernier réformateur paraissait avoir puisé quelque notion particulière d'une haute doctrine, soit en Egypte, d'où il revenait, dit-on, soit en écoutant les Esséniens ou les plus raisonnables d'entre les Pharisiens : on le nommait Jésus.... »
Après une dissertation quelque peu subtile sur le rapport qu'on peut trouver entre le nom de Jésus et ceux de Zeus, de Jéhovah et même du dieu indou Krisna, il concluait en disant :
« D'autres analogies ont fait penser que Jésus enseignant vers le Jourdain quatorze siècles environ après la mémorable apparition de Krisna vers le Gange, a été simplement au nombre des prophètes hébreux, ou des chefs de secte, et que depuis la mort de ce respectable
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moraliste, on lui a prèle les attributs d'un personnage allégorique, d'après beaucoup d'idées orientales, et surtout d'après l'attente vague d'un Sauveur, entretenue depuis les temps diluviens. Des critiques, qui semblent s'être attachés à dire quelque chose de plus original, ont même supposé que Jésus n'avait pas existé ; on ne trouve sur ce sujet, observaient-ils, aucun monument important et authentique dans le sens ordinaire. »
Cette page, aujourd'hui, nous semble bien anodine, et c'est le cas de dire que nous en avons vu ou lu bien d'autres. Certes ce n'était point un pas en avant sur le \\ iiic siècle, mais plutôt une atténuation et comme une sorte de compromis. Les dévots ne le prirent pas ainsi. Quoique fort ébranlé, M. de Villèle était encore au pouvoir et la Congrégation dominait. La seconde édition des Traditions était à peine parue que la poursuite fut décidée.
Une note manuscrite que je trouve dans les papiers de Senancournous renseigne sur la marche de l'affaire. J'en donne telle quelle la première partie :
« Le 11 mai 1827, appris saisie de deuxième édition de Traditions morales et religieuses.... été chez le juge d'instruction le 13.
« J'ai vu Berville, avocat dans cette occasion du libraire Lecointe.
« Au tribunal de première instance audience (et remise), les 3, 17, 31 juillet.
« Le 7 août, affaire discutée.
i Le 14, jugement prononcé. 300 fr. amende et neuf mois de prison, »
Appel fut interjeté immédiatement.
Lorsque l'affaire revint au mois de janvier de l'année suivante devant la cour royale de Paris, la situation politique avait considérablement changé. Martignac