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CHAPITRE IX

sectes indépendantes du protestantisme américain. Elle est d'autant plus curieuse qu'au moment même où le théosophe français s'exprimait de la sorte, le sage et vertueux Channing jetait les bases de l'Église unitaire et commençait l'œuvre si courageusement reprise et poursuivie après lui par Théodore Parker.

Faut-il dire, en modifiant à peine le mot de Pascal : Vérité au delà des mers, erreur en deçà? Non assurément. Nous ne sommes ni plus indignes ni plus incapables que les Américains, de saisir et de pratiquer le vrai ; mais ils ont sur nous un grand avantage. Chez eux, on ne considère pas la stabilité de l'organisation politique et sociale comme inséparable de la fortune et delà sécurité de tel ou tel dogme. Ils ne connaissent pas, en fait de religion, ce que nous osons nommer les nécessités politiques. Peut-être parmi les hommes qui, en première instance, condamnaient Senancour, en était-il plus d'un qui pensait au fond comme lui, mais le salut de l'État, delà société, invoqué par le ministère public, devait emporter et déterminer le suffrage dans le sens de la rigueur. C'est ce que le philosophe a bien senti et ce qui lui a inspiré ce beau mouvement.

« Tout se réduit à opter entre deux maximes de conduite. La vérité est-elle un besoin de notre intelligence émanée de la vérité divine? Alors on comprendra ce mot de l'Évangile : « Quiconque fait le mal hait la lumière. » En effet, la lumière et la rectitude étant inséparables, haïr la lumière, ne pas vouloir qu'on la cherche avec modération et bonne foi, ce serait déjà favoriser le mal. Si donc ce principe doit prévaloir, le respect pour la vérité sera une convenance morale, une loi politique, une nécessité religieuse : tout examen sérieux, grave et franc sera légitime.

« Si, au contraire, il ne s'agit plus de sincérité, de

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justice, de religion profonde ; si la prudence, à la lète des États, n'esl qu'un art exercé pour le vain plaisir de la domination ; si la vérité, si la divinité sont aussi en oubli, s'il suffit d'avoir, au hasard, selon les pays, quelques croyances qu'on ne puisse examiner, c'est-à-dire qui ne pénètrent point jusqu'à l'âme, mais qui deviennent un triste moyen de police; si, parmi nous, la loi n'est conçue en termes raisonnables que pour nous abuser; si, dans cette supposition étrange, que je suis loin d'admettre comme positive, le mot outrage n'est qu'un prétexte pour empêcher un examen qui n'outrage point, regrettons alors que les circonstances ne soient pas plus grandes. En souffrant moins obscurément pour la vérité, on serait moins inutile. Il faudra peut-être regretter que le cours du temps ait refroidi les bûchers. Il y avait quelque chose de moins lent pour la passion de ceux qui haïssaient la lumière, et de moins lent aussi pour la délivrance de leurs victimes. Si celui qui ne veut qu'être vrai importune, qu'on s'en délivre : il y aura peu de malheur. Mais si cela n'est plus selon nos usages, qu'on supporte sa bonne foi, afin qu'il trouve ce genre de repos dans une patrie qui l'a du moins admis fortement en partage des malheurs publics. »

Ces derniers mots, dont l'énergie contenue et la mâle tristesse ont quelque chose de frappant, nous paraissent bien significatifs. Ils montrent l'homme sous le philosophe, et font voir que le sage, en face d'événements qui blessent sa conscience et confondent sa raison, n'est pas plus qu'un autre exempt d'émotions douloureuses ; il parvient à les maîtriser, mais il en souffre cruellement.

En se déclarant prêt à subir, pour rendre témoignage à la pureté, à la solidité de ses convictions, une déci-

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