CHAPITRE IX
sive et suprême épreuve, Senancour ne prenait pas à plaisir une attitude, et ne cherchait point à se placer sur un piédestal. 11 était, nous en sommes persuadé, rigoureusement de bonne foi. Uniquement voué au culte du vrai, il aurait envisagé sans effroi, et peut-être même avec une certaine satisfaction intime, la perspective du martyre. Les temps de transaction et d'hypocrisie qu'il traversait pesaient étrangement à cet ami de la sincérité absolue.
Ces fragments de son apologie viennent à l'appui de de nos remarques. Le ton de cette défense est calme, modéré, mais dans son élévation constante et passablement dédaigneuse, d'une invincible fermeté. Dans le cours de son plaidoyer, il eut occasion de parler de lui-même ; il le fit avec beaucoup de convenance et de noblesse, sans fausse modestie comme sans ostentation, aussi peu enclin à se diminuer qu'à s'exagérer.
« L'auteur (des Traditions), demandait-il en répondant à ses accusateurs tout en faisant avec une candeur bien spirituelle son examen de conscience, l'auteur écrit-il en général avec passion, désirerait-il agiter les esprits? 11 n'en sera pas accusé. Autant qu'il l'a pu, il a vécu à la campagne, et on sait qu'il ne prenait aucun soin pour faire parler de ses livres. Adoplera-t-il des moyens équivoques pour le triomphe de ses opinions, voudrat-il jamais que d'autres hommes soient troublés dans les leurs? Nullement; il ne s'adresse en général qu'aux esprits éclairés, et, dans le livre même des Traditions, il dit à ceux qui sont disposés à écarter les idées religieuses comme une servitude de la pensée, il leur dit du commencement à la fin : Remarquez combien il est faux que la partie élevée des peuples n'ait pas reconnu le règne de la Divinité et les sages conséquences de cette notion impérissable.