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CHAPITRE PREMIER

Débuts littéraires et philosophiques de Senancour. — Rêveries sicr la nature primitive de l'homme (1799).

Vers la fin de 1805, quelques jours après la bataille d'Austerlitz, paraissait un livre intitulé : De l 'Amour considéré dans les lois réelles et dans les formes sociales de l'union des sexes. Ce livre, qui se produisait, à ce qu'il semble, au milieu de circonstances assez peu favorables, fit pourtant un certain bruit et causa même du scandale. Il y eut, en 1808, une deuxième édition; le nom de l'auteur, P.... l de Senancour, commençait à se répandre. Deux ouvrages de lui, les Rêveries sur la nature primitive de l'homme, en 1799, et Oberman, en 1804, avaient passé presque complètement inaperçus.

Sur la personne de l'écrivain, on ne savait rien. A

1 Pivert, son père, contrôleur des rentes, avait titre de conseiller du roi.

•2 SENANGOUR.

trente-cinq ans ', il se trouvait dans cette situation particulière de n'avoir été ni révolutionnaire, ni militaire, ni fonctionnaire. Le 14 août 1789, à la suite de démêlés de famille, dont la cause est restée obscure, et auxquels plusieurs biographes ont attaché trop d'importance, Senancour avait accompagné sa mère en Suisse. Un an après, il se mariait à Frîbourg, avec une demoiselle de Daguet, alliée à la famille des marquis de .louffroy. Pendant la Révolution, il ne cessa d'aller et venir entre la Suisse et la France, pour veiller à la conservation d'une fortune que les événements réduisirent à très peu de chose. Arrêté tantôt comme soupçonné d'être prêtre réfractaire, tantôt comme accusé d'émigration, plusieurs fois en danger de mort, il échappa toujours, grâce à son sang-froid et à une sincérité qui n'était pas sans quelque adresse. Un jour, à la frontière, on lui demanda s'il avait sur lui des valeurs monnayées. « Fouillez-moi, » dit-il, sans vouloir répondre ni oui ni non. On le laissa passer : il était porteur d'une assez grosse somme qui aurait causé sa perte. Une autre fois, des gendarmes l'avaient enfermé provisoirement dans la salle d'une petite mairie de village. Ils y retrouvèrent leur prisonnier en train d'éludier attentivement une carte de France fixée au mur. « Le pauvre homme est trop bête pour être coupable, » se dirent ces honnêtes gendarmes. Et ils lui rendirent la liberté.

Même vie errante après la Terreur. En 1797, il reçoit l'hospitalité à Villemétrie, près de Senlis, chez un de ses amis, l'ancien garde du corps De Sautray; il y écrit les Rêveries. En 1801, il commence Oberman à Paris, dans un appartement donnant sur la place Beau-

1 H était né en 1770, à Paris.

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