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LA LÉGION d'honneur. LES FÊTES DE PAQUES
(Mars — 5 Avril 1915)
Cependant à Touest de Massiges, dans la région des Hurlus, une bataille acharnée se déroulait depuis le milieu de février. Presque tous les jours, tantôt au nord de Perthes, tantôt au nord du Mesnil, le communiqué officiel annonçait une progression de nos troupes ; progression lente, alternant avec de rudes chocs en retour, mais tenace et réelle.
Depuis l'évacuation de la Main de Massiges et notre repli sur la Tourbe, le secteur des coloniaux ne se prêtait plus à une attaque. Cependant les marsouins ne pouvaient rester Parme au pied , pendant que les camarades se battaient. Aussi, dès que l'organisation défensive fut en bonne voie, le général Gouraud offrit-il de collaborer au travail qui se faisait à sa gauche.
A douze cents mètres au nord de la ferme de Beauséjour, sur une crête, les Allemands avaient établi tout un lacis de boyaux et de tranchées qui constituaient une sorte de redoute en avant de leurs lignes. On l'appelait le Fortin de Beauséjour. Sept ou huit attaques de la l^e division métropolitaine s'y étaient
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déjà brisées. C'était le « coin de l'invité ». Les marsouins reçurent mission de l'enlever.
Le 22" colonial, malgré sa bravoure et malgré les prouesses de son légendaire Mathieu Jouy, célébrées par tous les journaux de l'époque, ne put réussir. 11 avait dû attaquer en arrivant, sans avoir pu faire les reconnaissances nécessaires. Le combat coûta 995 hommes et 16 officiers.
Quatre jours après, le 3® colonial, aidé à droite et à gauche par des éléments du 91® et du 284* d'infanterie, fut plus heureux ; il enleva le Fortin ; et malgré des contre-attaques multipliées, malgré des milliers de projectiles de tous calibres, il put s'y maintenir. C'était le 27 février. Rompant avec les traditions de l'anonymat militaire, une relation officielle communiquée à toute la presse glorifia les exploits de nos marsouins.
Depuis quelques jours déjà, de nouveaux espoirs de percée se manifestaient dans l'entourage du Père Lenoir. L'aumônier ne tient plus en place. Bien qu'il ait, une semaine auparavant, déclaré Virginy inhabitable, il s'y installe à nouveau dans la sacristie « réparée tant bien que mal ». Mais ce n'est que provisoire, car sous peu il compte bien envoyer « des lettres datées hors de France* ».
Dans les tranchées il retrouve une « besogne très consolée, des jeunes ravissants... baptêmes, premières communions, vocations ». Et sa blessure que « les médecins n'arrivaient pas à guérir. Notre -Seigneur se chargea de la cicatriser en quelques jours ».
Mais alors, nouvel arrêt... et nouvelles impatiences de l'apôtre, qu'il nous faut bien enregistrer sous peine de ne pas comprendre, en décembre prochain, quelquesunes des résolutions de sa retraite spirituelle. La passion des âmes à convertir l'attire si violemment là où
* A ses parents, :18 février.
tombent les obus, que lorsqu'il ne peut s'y rendre il soutrre le martyre. Et, naturellement, c'est contre l'auteur de tout mal, le démon, qu'il décharge sa bile. Le dimanche précédent, il avait médité, — son agenda en fait foi, — sur cet enseignement rappelé dans Tévangile du jour : « Lorsque l'esprit immonde, chassé de l'homme, a en vain cherché dans les lieuK arides un endroit de repos, il revient à la charge avec sept autres esprits plus méchants. » Et voici que le 12 mars il écrit, tout de go, à un intime :
Ce de démon m'a joué un autre tour. Samedi dernier,
après une journée très heureuse (entre autres, préparation du baptême d'un judéo-musulman libre-penseur), j'ai dû, dans la nuit, revenir à Hans-Courtémont, poyr les offices du lendemain; soit quinze kilomètres à cheval par une pluie torrentielle. J'étais déjà fiévreux en partant; en arrivant, ça n'allait pas. J'ai pu quand même donner mes deux conférences ; mais le soir, impossible de retourner à Virginy-Massiges. On me consig^na d'office sur la paille plus chaude du cantonnement. Aujourd'hui la fièvre est tombée : je pourrai « marcher m après-demain pour les offices et les parlotes et le soir repartir pour là-bas. Mais que j'ai pesté! La guerre n'a pas développé en moi la patience, ni même, hélas! la conformité au bon plaisir divin, alors pourtant qull m'a fait cent fois par jour toucher du doigt son exquise Provi* dence* !
On estimera sans doute que pareilles impatiences n'étaient pas très coupables. Et plût au ciel que tous les Français les eussent éprouvées !
* Au Père Courbe, lai mars.