D'UNE AMBULANCE A L'AUTRE 2G
amphigourique ou fadasse le réalisme des tranchées; tel ce couplet à Notre-Dame des Dangers :
Quand derrière nos meurtrières,
Sous la grenade et le canon,
Il faut guetter des nuiis entières,
L'arme pèse et le temps est long.
Alors, tout bas, on vous fait sa prière Et, grâce à vous, le cœur reste léger. *
Mère bénie entre toutes les mères, Veillez sur nous à l'heure du danger.
Parfois, rampant dans la nuit sombre, Il faut partir en patrouilleur, etc.
Ailleurs c'est le rappel d'un devoir que le Père Lenoir juge essentiel et qu'il a vu trop merveilleusement pratiqué autour de lui pour le croire irréalisable ; et peu lui importent les rimes, à lui pourtant si fin littérateur, pourvu que l'idée passe et s'implante :
Je suis chrétien : je suis apôtre, Je dois faire aimer Jésus-Christ; J'en amènerai beaucoup d'autres Dans le chemin du Paradis.
Ou bien encore ce sont des cantiques entièrement neufs : deux pour la Communion, Jésus notre force et Le sang de Jésus ^^ ou encore celui sur Le Sang de France j qui reprend l'idée déjà développée dans l'église d'Halloy le l®"" dimanche de juillet :
Notre sang coule, ô Dieu de notre histoire Regarde-le, tu le reconnaîtras; Ce sang toujours a coulé pour ta gloire Quand tu voulus te servir de nos bras.
' Musique de G. Joucla. ('.es deux cantiques ont été au3si édités i part chez F, Laudy, 224, boulevard Saint - Germain , Paris,
Dans quelques mois, un prêtre d'Autun, musicien distingué et qui connaissait par expérience les difficultés de la tâche, pourra lui écrire : « Comme vous savez trouver la note émue et vraie ! Vos cantiques sont une prédication de premier ordres » C'était, pour le Père Lenoir, la seule chose qui comptât.
La longueur du travail avait vite dépassé ses prévisions. « Petit livre, gros travail, » disait-il, marquant le contraste. « Depuis mon arrivée, j'y travaille sans interruption (sauf pour les repas, vite expédiés, et quelques lettres rares) de 8 heures du matin à 10 heures du soir, perfectionnant et complétant sans cesse. »
Le 3 décembre , il écrit à son provincial : « Le travail est fini : je le recopie. » Le 12, il donne le dernier coup de pierre ponce, car « je compte quitter enfin Braux demain... ». Mais le 14 : « Cela devient une comédie. Hier matin, quand j'étais prêt à partir, le médecin a de nouveau regardé ma blessure et, finalement, m'a conseillé de patienter encore. Si la cicatrisation ne se fait pas, la faute en est, prétend-il, à l'état général de l'organisme, usé par la fatigue. » Le Père Lenoir veut bien concéder qu' « il y a peut-être un peu de ça » ; mais, d'après lui, la faute en est au nouveau traitement, qui n'a fait qu'envenimer la plaie.
Il s'en désole d'autant plus que le corps colonial a quitté la région. En venant saluer l'aumônier avant le départ, le général Berdoulat lui a bien confirmé que l'on allait au grand repos. Mais enfin on ne sait jamais ; et l'imprévu reste la loi de la guerre.
Les médecins heureusement sont inflexibles.
De nouveaux loisirs s'imposaient. Sans aucun retard, le Père Lenoir va les utiliser pour un autre genre de travail. Le 16 décembre, il se mettait en retraite.
1 Abbé Louis Pelin, 5 novembre 1916.