‹ Un preneur d'âmesChapitre 37 sur 54 · Livre de Prières du Soldat Catliolique, p · texte numérisé non relu

Livre de Prières du Soldat Catliolique, p

occasion d'enseig-nement doctrinal. Les stigmates de saint François d'Assise (17 septembre), au cours des Quatre-Temps, lui permettent d'insister sur l'esprit de pénitence. A propos de saint Janvier et de l'am^ poule de cristal qui conserve un peu de son sang, après avoir raconté ce qu'il avait vu lui-même à Naples, il précise l'attitude qu'il faut tenir entre le scepticisme qui nie tout miracle et la crédulité naïve qui le voit partout. Le 21 septembre, saint Mathieu est présenté comme un modèle d'esprit de foi ; le 22 , saint Maurice et sa légion tliébéenne prêchent la honte du respect humain et la fierté d'être à Jésus-Christ. Quelques jours après, saint Michel, mis en opposition avec l'orgueil de Lucifer, olFre un exemple de discijDline et les Anges Gardiens un modèle de dévouement. Puis saint François d'Assise, le 4 octobre, saint Bruno, le 6, l'amènent à parler plusieurs fois de la vie religieuse et des moines. Enfin, le 10, François de Borgia, le duc de Gandie, chez qui la pensée de l'éternité fit naître le saint, occasionne deux instructions sur l'Enfer et le Ciel.

Gomment ne pas rappeler également que ce fut h Noroy et Erquinvilliers, le 3^ dimanche de septembre, que fut prononcé le discours : « Pourquoi Dieu ne fait- il pas cesser la guerre? d La vaillante revue Frères d'Armes le publia en tract quelques mois après, mais la censure y avait taillé une large brèche. Au temps, en effet, où d'autres avaient pleine liberté, — si même ils n'étaient pas subventionnés, — pour répandre des feuilles venimeuses contre l'armée et ses chefs, Frères d'Armes avait l'interdiction de se demander si « la guerre actuelle n'était pas Vaboulissement logique de certaines fautes... » On ne pouvait imprimer qu' « à nos fautes politiques et sociales s'étaient ajoutées des offenses directes à la Divinité ». Il paraissait dangereux pour la défense nationale de rappeler qu' « au lieu de veiller aux intérêts du pays,

nous faisions la guerre à Dieu, à ses religieux, à son nom même, systématiquement exclu de nos actes officiels )) , et que « nous rejetions hors de chez nous tout ce que Dieu, dans son amour, avait institué pour y maintenir l'ordre et la paix*... »

Ces questions délicates, le Père Lenoir se serait cru coupable, en un pareil moment, de les aborder avec un esprit de récrimination. Seul, un but doctrinal le poussait. Il ne pensait pas qu'on pût, sans elles, résoudre les difficultés soulevées si fréquemment contre la Providence. Au reste, parmi ses auditeurs, l'unanimité était complète pour reconnaître à ses enseignements un caractère de pondération et de mesure, qui lui assurait de l'ascendant même sur les non- catholiques. Artiste et poète, doué d'une sensibilité très vive, ayant le sens mystique, il n'oubliait pourtant jamais que

La parfaite raison fuit toute extrémité.

Par respect pour la doctrine, dont il était le héraut, il prévenait jalousement les déformations que les cerveaux simplistes pouvaient en faire. En insistant sur l'e'ficacité de la prière , il mettait en garde contre la superstition : « Défiez -vous de ces formules que l'on vous enjoint, avec menaces, de recopier sept ou neuf fois, vraies boules de neige du diable! » En recommandant le scapulaire, il avait soin de prémunir à la fois contre le fétichisme qui verrait en lui « un préservatif infaillible, une sorte de gris-gris » et contre « la présomption de ceux qui mettent là toute leur religion et se croiraient dispensés par cette pratique des actes beaucoup plus difficiles des vertus chrétiennes et de l'observance nécessaire des commandements ».

^ Tract no 3 de Frères d'Armes : li, rue d'Assas, Paris; le texte censuré a été rétabli dans une édition ultérieure.

Bien qu'il n'y eût plus guère, au 4% de marsouins ayant fait les colonies, peut-être s'y conservaitil encore, parmi les traditions, une vague religiosité exotique, dosée de fatalisme et de superstition, qui exigeait, plus qu'ailleurs, prudence et mise au point. De là sans doute ce remerciement adressé à une personne qui lui avait envoyé de petits médaillons : « Merci de vos Sacré-Cœur; je m'en sers, mais peu, pour des raisons particulières à mon régiment... Aussi vaudrait-il mieux, pour le plus grand bien, les utiliser ailleurs*. » Et qui donc oserait dire qu'à cause de cela il fût moins dévot qu'un autre au Sacré-Cœur?

Même préoccupation dans ce passage, que nous retrouvons sous sa plume, à deux reprises, en septembre 1915 et 1916, textuellement le même, si importante lui apparaissait la précision de doctrine qu'il renferme :

On a dit le miracle de la Marne. Mes amis, miracle signifie intervention positive de Dieu, dérogeant accidentellement aux lois de la nature, lois qu'il a lui-même posées et dont il reste le Maître tout- puissant. Il y a des miracles incontestables dans l'Évangile et dans l'histoire de TEglise. Aussi, je n'aime pas entendre pro«raner ce mot ; on lui enlève sa valeur, on le démonétise en criant au miracle pour tous les faits qui dépassent nos prévisions. Si Ton prouve un jour que Dieu soit intervenu directement dans la. victoire de la Marne, en dérogeant d'une façon quelconque aux lois de la nature, très bien, nous l'appellerons un miracle. D'ici là, contentonsnous de dire qu'en disposant les circonstances de cette bataille décisive, en inspirant nos chefs, en secondant nos efforts, Dieu nous a aidés, ou comme disaient les gens de Naïm, que w Dieu a visité son peuple^ ».

* Au Carmel de X..., 27 mai 1916.

* Ce sermon fut donné le 15e dimanche après la Pentecôte, où l'Kvanfçile raconte la résurrection du fils de la Yeave de Naïm. (S. Luc, chap. vn.)-

Car le plus extraordinaire à la Marne, où se manifesta le mieux Taicle divine, ce fut vous ^ vous, épuisés, vaincus, désorganisés, démoralisés, vous reprenant tout à coup, redevenant maîtres d'un ennemi incomparablement plus fort...

Le Père Lenoir a beau se dépenser, il n'arrive pas, à cause de l'éparpillement des troupes, à satisfaire tous ceux qui réclament sa présence. Le médecin -major du 1er bataillon lui écrit de Cuignières : « Je faisais dernièrement la réflexion que l'on ne vous voyait plus depuis qu'il n'y a plus d'obus autour de nous *. »

Mais l'aumônier n'oublie pas ceux qui souffrent. La mutinerie de Biaches avait eu son contre -coup au conseil de guerre. « Hier, j'ai fait quarante kilomètres à bicyclette pour aller consoler et réconforter quatre de mes enfants, condamnés à mort pour une heure de défaillance ou plutôt d'enfantillag-e. . . , bien triste journée. J'aurai du moins la consolation de les voir mourir en bons chrétiens et ïnonter droit au ciel'. »

En le remerciant « pour son dérangement » , l'un de ces malheureux signait : « Un ami qui vous serre cordialement la main, » puis il ajoutait : « Si vous voulez m'écrire, voici mon adresse : Monsieur N..., à la prévôté de la 2* division coloniale, secteur 13. » Le Père Lenoir avait des amis partout. Un autre condamné, — un de ces créoles dont il avait fait un si vibrant éloge, — lui disait en Une langue amphigourique, qui tout à coup devenait sincère : « J'ai grand l'honneur de vous remercier de toutes vos estimes d'ambition et de bienfaits que vous avez pu emporter

1 Lettre de M. Louis Colat, 26 septembre. * A ses parents, 12 septembre.

au VIS à vis de notre cas. Si vous saviez dans quel état d'angoisse perpétuelle j'étais, par des suites de mon corps qui soulïre et démon esprit qui travaille! Depuis que j'ai reçu votre gentille visite, il me semble que l'émoi que j'avais n'existe plus... »

L'espoir que l'aumônier avait fait -luire à leurs yeux ne fut pas trompé. Le recours en grâce, fortement motivé, fut agréé par le président de la République. Et une lettre signée des quatre coupables repentants prévint aussitôt « leur Père » que la peine était commuée en prison.

L'organisation du service religieux n'empêchait pas le Père Lenoir de songer aux orphelins et aux moins fortunés du régiment, qui avaient besoin d'une marraine. Là aussi il fallait mettre de l'ordre. Un certain nombre de protégés avaient vraiment gâté le métier, et tous en pâtissaient. A propos de demandes indiscrètes d'argent, l'aumônier écrivait :

Je tâcherai d'y remédier, le pauvre petit est excusable, étant totalement abandonné et sans éducation. Mais les envois en nature ne sont jamais de trop : Tadministration est bien loin de donner le nécessaire, comme le prétendent les journaux...

Dix jours après il reprenait son plaidoyer auprès de la même personne.

Je regrette bien que les marraines se lassent de leurs filleuls ou plutôt des soins à leur donner, car si certains commencent à démériter ou deviennent moins nécessiteux, d'autres le restent toujours et le temps, qui ajoute sans cesse à leurs souffrances, les rend de plus en plus intéressants, c'est-à-dire dignes d'intérêt. Plus je vais, plus je les plains et les admire tout à la fois. Si jamais j'ai la joie de vous les présenter, vous comprendrez tout ce qu'on a dit de plus beau sur le soldat de France.

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Éloquent pour apitoyer sur les détresses matérielles, le Père Leiioir ne pouvait l'être moins au sujet de la misère des âmes. Pour elles il imagina de trouver aussi des marraines, heureux de rendre à un mot souvent profané par la presse boulevardière quelque chose de son sens chrétien. L'occasion s'en offrit à lui en des circonstances qui méritent d'être contées.

Les conversions rapportées aux chapitres précédents ont, plus d'une fois sans doute, surpris le lecteur... De ces faits mystérieux, dont la source est divine, nous pouvons du moins trouver une explication partielle dans le dogme si consolant et trop peu utilisé de la Communion des Saints. Entre les âmes chrétiennes existent, par l'intermédiaire de leur chef Jésus, des liens surnaturels, plus éthérés mais plus réels que les ondes de la télégraphie aérienne et qui nous transmettent de Fun à l'autre certains mérites et le résultat de nos prières.

Or donc, il y avait une fois, sur une terre d'exil, un pauvre Carmel , à qui, vers la fin de 1915, le R. P. Labrosse prêta le récit du Petit Patrouilleur. Ce fut un enchantement. Plus tard, le monastère reçut, par la même voie, la première partie des Deux Marsouins de 1915. L'enthousiasme s'accrut, au point qu'en "récréation l'on en parlait sans cesse. L'une des sœurs ayant affirmé que cela lui valait autant et peut-être plus qu'une retraite, la Mère supérieure se prit à la taquiner sur ses « trois directeurs » : Raymond^, Fred et Petit-

1 f^om de baptême du Petit Patrouilleur, v. la fin du chap. vi.

AU GRAND REPOS ^t^

Pierre. Elle réponlait : « Je suis si honteuse quand je pense que j'ai peut-être reçu, en un an, plus de grâces qu'eux trois dans toute leur vie. — Quant à moi, ajoutait une autre, mon jugement particulier, je le crains, consistera en ceci : le bon Dieu placera un Fred devant mes yeux , me faisant voir d'un coup d'œil ce qu'il a reçu et fait. La comparaison ne sera pas longue, et j'ai peur qu'elle ne tourne pas à mon avantage... »

Ainsi devisait-on derrière les grilles, tant et si bien que certaines religieuses se sentirent inspirées de faire à Dieu, s'il le jugeait bon, l'abandon de Leurs consolations spirituelles, — le seul bien que possède une Carmélite, — pour obtenir aux convertis du Père Lenoir douceur dans la prière et persévérance.

La seconde partie de la merveilleuse histoire de Fred et Petit-Pierre manquait encore.

« Quel malheur, s'écriait- on, que la fin n'arrive pas! » Et, s'adressant à celle qui paraissait la moins timide, on ajoutait : « Vous devriez écrire au Père pour la lui demander. — Je veux bien, dit celle-ci en riant, mais notre Mère ne permettra jamais. » Or la Mère prieure répliqua tout de suite : « Mais si, je vous permets. »

Prise au mot, la religieuse dut s'exécuter. Ce fut l'origine de tout.

La réponse du Père Lenoir fut débordante de joie et de confusion. 11 voyait dans cette démarche « une preuve nouvelle que ses petits Saints de là-haut veillaient sur leurs camarades , en suscitant pour eux les pnères et les mérites qui feraient triompher la grâce ». Mais il suppliait de ne pas oublier devant Dieu « l'aumônier chargé de les instruire et qui est parfois si embarrassé pour le faire..., tant le manque de sainteté, d'union à Notre-Seigneur paralyse l'instrument! » A l'intérieur de l'enveloppe qui contenait cette première lettre, — huit grandes pages, — nous

avons lu ces mots tracés par l'une des lectrices : « La première lettre qui a failli me faire devenir sainte. »

« Dès lors*, chaque envoi du Père Le-noir fut poui la maison un événement. Les récréations du Garmel sont toujours pleines d'entrain ; mais quand le visage de Mère sous -prieure laissait conjecturer qu'il y avait quelque chose du 4^ colonial, c'étaient les grandes bonne? récréations. Les bateaux n'étant pas réguliers, nous restions souvent plusieurs jours sans nouvelles de nos familles. Cette lettre du Père, c'étaient tous nos ^rères et parents de la guerre que nous avions sous les yeux. Mais avant de l'ouvrir, quelle angoisse ! La première question était toujours : « Y a-t-il des conversions? » Si l'on répondait non, si les Pâques avaient été entravées par le mauvais temps, si une campagne semblait s'amorcer contre les communions du sojr, si les nouveaux renforts étaient moins assidus que les anciens aux offices, c'était évidemment qu'on avait mal prié. « Ces lettres, disait une sœur, me font l'ellet d'un coup de fouet. Priez I priez! sauvez cette âme!... C'est à en perdre la respiration. » Et nous rappelant que Fred converti avait imaginé de 5e chiner pour obtenir à d'autres la lumière de la foi, nous l'imitions, — c'était bien le moins ; — on se quêtait réciproquement des sacrifices. L'impulsion é'èait si forte que certaines n'auraient pas ouvert une porte, dit un verset de l'ofïîce ou bu un verre d'eau sans l'offrir « pour nos marsouins ». Entre soi, on ne se demandait pas un service, sans un signe qui voulait dire : C'est pour eux.

« Mais quand les nouvelles étaient bonnes, quelle joie! Les anciennes oubliaient avec les jeunes leur gravité et notre Mère devait presque imposer silence. »

* Les détails qui suivent sont tirés textuellement soit de relations écrites, soit de récits qui nous ant été faits de derrière la {grille du monastère.

Un jour, le courrier apporta l'histoire d'un librepenseur qui, élevé très chrétiennement, puis affilié aux sociétés secrètes, avait conçu pour la religion une haine féroce. Deux fois à la mort depuis le début de la guerre, il avait refusé tout aumônier.

Il y a quelques semaines, racontait le Père, il nous arrive : terreur dans son entourage, qui n'ose plus pratiquer. Quelques jours après, son escouade est violemment bombardée. « Si j'avais été touché, me dit-il ensuite, et que vous vous fussiez approché de moi, je vous aurais chassé comme un chien. » Le lendemain, pour éviter une corvée, il fait un détour et passe, sans lé vouloir, près de l'endroit où je disais la messe en plein air. Une force irrésistible le prend et le pousse dans l'assistance, tandis qu'à l'intérieur une grâce intense le bouleverse...

\ ce récit, on devine sî les cœurs battaient. Mais comment exprimer la stupeur de reconnaissance qui accueillit ce mot final du converti :

En se relevant, après sa confession, il me dit, avec un sens chrétien remarquable : « Quelqu'un, je le sens, a dû prier beaucoup pour moi. »

Ce jour-là, il y eut des larmes dans bien des yeux, de Carmélites.

D'autres fois, l'enthousiasme ne fut pas aussi caimft, on releva même quelques excès. De la joie d'une conversion foudroyante apprise aux I^rs Vêpres de sainte Anne, sa patronne, une novice se troubla tellement qu'elle agissait tout de travers. Et, comme on lui en faisait la remarque : « Oh! ma Mère, répondit-elle, je comprends que le bon Pasteur ait perdu la tête et que, pour courir après la brebis égarée, il ait laissé là

i^2 LOUIS LENOIR S. J.

les quatre-vingt-dix-neuf autres! » On prétendit aussi qu à force de prier pour les coloniaux, telle religieuse parut avoir, « en dirigeant les cérémonies du Gliœur' l'air du sergent qui fait faire Texercice ».

Petits inconvénients au prix des avantages qu'apportait cette collaboration d'apostolat. Elle était tout à fait dans les traditions du Carmel. Quand sainte Thérèse fondait sa Réforme, c'était pour prier jour et nuit et aider continuellement ceux qui sont employés au salut des âmes : « Mes sœurs, disait-elle, c'est là votre vocation, ce sont là vos affaires... Le jour où vous cesseriez dé consacrer vos prières, vos désirs, vos jeûnes à ce but tout apostolique, vous ne rempliriez plus la fm pour laquelle le Seigneur vous a réunies ici^ ».

Les Carmélites exilées s'intéressèrent même aux difficultés pécuniaires provoquées par le Livre de Prières du Soldat Catholique. 11 est tel quatrain qui, glissé dans un numéro spécimen^ attira de larges aumônes :

Va, Petit L'ivre^ et dans son âme Allume, s'il en est besoin, La douce mais brûlante flamme De l'apostolat du Marsouin.

Une prière cependant n'obtint pas l'effet qu'on espérait. Le Carmel,' au 13 septembre 1916, était « depuis un mois et un jour » sans aucune nouvelle de l'aumônier. La messagère habituelle fut chargée de s'informer. « Nos mères et sœurs croyaient que vous aviez été tué; j'ai pensé que le meilleur moyen de le savoir était de vous écrire... » La réponse vint, pacifiante, mais ne satisfit pas complètement, car elle se terminait par cette phrase : « Si le divin Maître veut bien me prendre aussi, comme je l'espère, pendant cette campagne, je me joindrai humblement à nos

* Histoire d'après les Bollandistes, Retaux -Bray, tome I, pp. 214, 338. 341.

AU GRAND KEPOS 383

Saints du 4e colonial, pour vous bénir de là -haut et vous aider à vous sanctifier beaucoup encore avant de nous rejoindre ^ »

C'était une hache à deux tranchants. L'engagement final fut enregistré évidemment avec joie. Au nom de tout le Garmel, la destinataire écrivit en bas de la lettre en soulignant quatre fois le dernier mot : « A garder précieusement à cause de la promesse, celle d.'un Sai?>t. » Mais on protesta vivement contre cette idée de partir tout de suite pour le ciel : « Si tous les bons s'en vont, il ne restera plus que des chenapans. Que deviendrons-nous dans cette triste compagnie, si le bon Dieu nous laisse ici-bas? » Et pour le convaincre, on lui lançait une sorte de syllogism.e : « Nous sommes entrées au Carmel pour sauver les âmes. Or pour cela Notre-Seigneur se sert d'apôtres. Malgré vos désirs du ciel, mon Père, puisque vous êtes apôtre, nous ferons tout notre possible pour vous retenir sur la terre. »

Si, en ce point, les Carmélites ne furent pas exaucées, elles le furent merveilleusement pour tout le reste. En maintes occasions, le Père Lenoir constata, par des convergences dont il avait seul le secret, combien fut efficace, sur les âmes dont il était chargé, l'apostolat de leurs prières.

* 7 septembre 1916.

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