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CHAPITRE XXV

EKSISSOU

HIVERNAGE SOUS LA TENTE (Janvier 1917)

En quittant Banitza pour Eksissou, les coloniaux! avaient été salués par un avion boche, qui derrière eux, dans le bivouac, avait fait des victimes serbes et anglaises. Désagréable visite due à Timportance stratégique de ce village. Vers Banitza en effet convergeaient nécessairement tous les convois. Un coup d'œil sur la carte suffît à s'en rendre compte.

L'armée de la Macédoine méridionale s'allongeait, de l'est à l'ouest, comme un cimeterre, dont la poignée était à Salonique. Les montagnes du Païkon et du Kaïmackalan formant barrière au nord le rendaient inutilisable autrement que par sa pointe. Recourbé à partir de Banitza, il piquait droit au nord pour fouiller Monastir.

Or, pour communiquer la vie de la garde à l'extrémité, pas d'autre ressource que l'itinéraire suivi par le 4e colonial, avec passage obligatoire par le couloir d'Ostrovo*. Qu'une violente pression austro-bulgare contraignît nos troupes à un repli, c'est vers cet étran-

^ La ligne du chemin de fer elle-même, après un détour au sud pour desservir Véria, remonte par Vodéua et aboulil également à Ostrovo et Banitza.

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glement que tout refluerait. Ceux qui avaient, douza mois auparavant, retraité à travers les sinistres défilés de Demir-Kapou ne souhaitaient pas de renouveler une semblable expérience.

De plus, que feraient en ce cas les Grecs d'Athènes? Enhardis devant nos troupes en mauvaise posture, ne les prendraient-ils pas à revers?

La déchéance de Constantin avait bien été proclamée de divers côtés par ses sujets, dans la Crète, à Chio, à Sjra, à Lesbos, à Samos, à Lemnos, et même, — il faut bien, aux pays du soleil, un sourire à toute chose I — par la colonie grecque de Marseille, Constantin n'en était pas moins toujours le roi des Hellènes. Il avait eu beau présenter des excuses pour l'attentat du 2 décembre, il possédait toujours en Thessalie des troupes qui constituaient une menace. Des ofhciers, ostensiblement démobilisés à Athènes, étaient revenus en civil à Larissa, tout prêts, au moment opportun, à prendre la direction des épistrates cachés dans le pays.

La presse ne se dissimulait pas te danger : « Constantin tâche pour un moment de remettre le masque qu'il s'était trop pressé de lèvera La menace grecque devient extrêmement grave. La situation de l'armée Sarrail est, depuis la défaite roumaine, le côté le plus sombre de la situation militaire. Que sera-ce si elle doit se défendre aussi par derrière-? » Le Daily Mail demandait avec inquiétude si Salonique n'allait pas être un nouveau Gallipoli, et \ Homme enchaîné réclamait ouvertement le retrait de l'expédition.

Ce sera l'honneur de nos chefs d'avoir tenu bon malgré tout.

Contre la menace grecque, on établit au sud de Banitza des troupes de surveillance, où le 4e colonial

* Le Temps, 13 décembre.

* Journal de Genève, 7 décembre.

fut englobé. Un compap^non du Père Lenoir écrivait le 7 janvier : « La division est là, comme un poing menaçant prêt à s'abaisser sur Constantin à la moindre alerte. Nous avons autant de chances de marcher au sud qu'au nord. J'opinerais volontiers pour le sud. Le champ de bataille de Pharsale est toujours là. »

En attendant, on s'installait.

Depuis qu'ils avaient atteint les crêtes, au sortir d'Ostrovo , les coloniaux foulaient la région où s'était *. brisée l'invasion bulgare. Tout portait les traces de la J dévastation, et Gornitchevo, le premier village rencon- j tré sur la hauteur, n'était qu'un amas de ruines. Eksis- | sou n'avait guère plus d'apparence... et pour de bonnes z raisons. Au mois d'août dernier, lorsque les troupes j franco-serbes s'étaient repliées, les habitants leur J avaient tiré dans le dos; et trois semaines plus tard, \ après la reprise du village, nous y avions trouvé nos ; blessés assassinés : un adjudant avait un couteau dans i le cœur, et d'autres malheureux des balles dans la tête s'ajoutant à une blessure pansée. On n'avait pu empêcher les représailles. Triste destinée de ces populations frontières! Ballottées par le va-et-vient des envahisseurs, pillées alternativement par l'un et par l'autre, quand elles cèdent au vainqueur du jour, elles conservent au maître d'hier, qui pourra revenir, assez d'apparente fidélité pour éviter sa vengeance.

Aussi n'y avait-il pas lieu, à Eksissou, d'être trop confiant envers les rares indigènes demeurés au pays.

Volontiers, les sapeurs eussent aménagé pour leur aumônier une des maisons en terre battue restées debout

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A défaut de confort, il y aurait trouvé l'avantage fort appréciable d'une cheminée et d'un feu. « Je le lui disais, écrit son ordonnance. Mais il me répondait toujours que les hommes ne seraient pas libres pour venir le voir. » Et il s'installa, comme d'habitude, sous la tente. Des pluies viendront, transformant le camp en un vaste cloaque : peu importe ! Avec les compagnies qui chercheront de moins mauvais emplacements audessus du village, le Père Lenoir acceptera de se déplacer, mais rien de plus. La neige et la gelée se mettront de la partie : peine perdue ! « Vous pensez s'il faisait froid avec la neige! écrit encore Hugon. Le matin, il perçait la glace de son seau pour sa toilette, voilà tout. Ah! quel homme! »

Ce qui accroissait le malaise de Laumônier, c'est qu'il ne pouvait faire de mouvements pour se réchauffer, véritablement enfermé par les visiteurs, qui, d'après les témoignages unanimes, « se succédaient du matin au soir* ». Lui-même avoue qu'il ne lui reste aucune minute dans la journée pour la correspondance. Or telle était la joie qu'il paraissait éprouver dans ces entretiens, que plusieurs se demandaient s'il ne perdait pas alors la conscience du froid. Jamais, assurait-on, avocat ou médecin illustre, en voyant les clients s'écraser dans son antichambre, ne fut aussi rayonnant.

Non pas que tous ses visiteurs s'en retournassent convertis. Le Père Lenoir note au contraire, dans plusieurs lettres de ce temps-là, que l'on traverse une « détestable période au point de vue religieux, et que sur tous souffle un vent d'indifférence et parfois d'impiété ».

Le moral aussi baissait.

Les efforts redoublés de l'Allemagne pour obtenir une paix blanche, les lettres qu'elle échangeait avec l'Amé-

* Attestations, en particulier, du colonel Tliiry, du lieutenant-colonei Dcf'oort, du commandant Mury, du capitaine Monnicr, du lieutenant Bédier, de Joseph Ilugon et de Jules Avril.

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rique faisaient germer l'espoir d'un prompt achèvement de la guerre. Le 13 janvier, quand on connut à Eksissou la réponse des Alliés indiquant à Wilson leurs conditions, plusieurs se persuadèrent que l'armistice était proche. Et ces illusions contribuaient moins à fortifier les cœurs qu'à les amollir.

L'aumônier n'y voyait qu'un stimulant à se dépenser davantage. Pour remonter le moral, tout lui était bon. Le soir, quand le soleil baissait, combien de ses visiteurs se rappellent avec quel charme, soulevant la portière de sa tente, il leur faisait admirer les couleurs de ce merveilleux paysage ! Sur les plans des montagnes étagées à l'infini se dégradaient toutes les nuances, depuis le mauve brumeux des lointains, jusqu'au roux vif, avec toute la gamme des bleus, des verts et d :s roses. On ne se lassait pas de regarder. Et guidée par lui, bien rarement la pensée s'arrêtait sans remontei jusqu'à Dieu.

Quand les derniers visiteurs étaient partis, vers 9 heures et demie ou 10 heures du soir, le Père Lenoir se mettait à sa correspondance, toujours volumineuse. « Pour avoir moins froid, il se roulait dans sa couverture et s'étendait sur sa couchette ^ » C'est de la sorte qu'il trouvait le moyen , malgré ses doigts gercés et engourdis, de prolonger encore son rôle de consolateur. .

Au reste, suivant le mot d'une exquise justesse du commandant Mury, « la petite tente du Père Lenoir n'est pas son logement, c'est la chapelle ». On y venait pour prier. Quand le mauvais temps ne permettait pas de mieux faire, on en soulevait largement les panneaux, pour assister à la messe du dehors. Ainsi avait- on procédé le matin du jour de l'an et le 7 janvier.

Mais le 14, quelle joie! On put installer l'autel non

* Témoignage de plusieurs , entre autres de son oi^donnance et du capitaine Monnier.

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loin du lac de Petersko, dans le cirque de rochers qui l'entoure. C'était la première fois, depuis le départ de Marseille, que l'aumônier pouvait solenniser un dimanche. Devant un auditoire imposant, où se trouvaient mêlés aux marsouins des artilleurs, des sapeurs du génie, des cavaliers et deux généraux, il sut avec tact, mais très fermement, rappeler au sujet de la loi dominicale les droits de Dieu et des âmes.

Mes chers amis, je suis heureux d'avoir enfin pu célébrer devant vous cette Messe que nous désirions depuis si longtemps. Voilà deux mois déjà que dos circonstances diverses, toutes indépendantes de notre volonté, nous ont empêchés de nous réunir le dimanche autour d'un autel; j'en étais inquiet pour vous. Car cette assistance à la messe du dimanche n'est pas seulement une oblig-ation rigoureuse et grave, parce que Dieu l'a voulue telle, — quand elle est possible, bien entendu; — mais, de plus, elle est un besoin de notre cœur, et je dirai un besoin de notre esprit, pour l'élever au-dessus des soufFrances, des faiblesses, des vulgarités de notre vie quotidienne et entretenir en lui la pensée de Dieu...

Puis, sans effort, l'orateur s'éleva du merveilleux spectacle que l'on avait sous les yeux dans ce « théâtre de la nature », pour exposer, avec autant de force que de poésie, les principales preuves de l'existence de Dieu. Des musiciens avaient joué avant le sermon; par un de ces à-propos délicats qui lui gagnaient toutes les sympathies, le Père en profita pour renforcer son argumentation :

Pensez-vous que le vent de ces montagnes, à force de souffler dans les maisons démolies d'Eksissou, ait pu un jour par hasard assembler entre elles quelques planchettes de bois et quelques cordes et en fabriquer l'instrument qui résonnait tout à l'heure sous les doigts si légers de l'artiste? Il y a fallu l'art et le métier tout à la fois. Eh bieni vos oreilles qui m'écoutent renferment comme des violons microscopiques portant chacun plus de 6000 cordes de longueurs inégales,

pour prévoir toutes les nuances du son. Et l'on vouflrnît que ce fût là l'œuvre du hasard! Folie ou plaisanterie?

De môme que le violon supi o e un luthier, de même le mouvement des astres, l'oreille de l'homme et mille autres détails du monde supposent un Etre intelligent qui les a faits, — Etre supérieur à l'homme, puisqu'il a fait l'homme comme le reste, — et cet Etre, nous l'appelons Dieu.

Pensons à Lui, en vivant jour et nuit au milieu de ses œuvres...

Il y eut à cette messe quatre cents communions. « J'aurais voulu davantage, écrit-il à ses parents; mais il faut plus remercier que se plaindre. » Revenant quelque temps après sur cette solennité, il ajoutait : « Ce fut splendide. Un escadron voisin profita, un peu surpris, de cette communion en viatique. Des officiers me dirent : <( Mais nous ne sommes pas au danger ici! » Le lendemain même, subitement, Lescadron recevait l'ordre de s'éloigner pour aller au danger. Et ce fut sans doute la dernière occasion, — et la première pour beaucoup, — de recevoir le viatique avant de mourir ^ »

A voir l'aumônier témoigner un tel entrain pour l'organisation des cérémonies religieuses et faire constamment si bon visage à ceux. qui abusaient de son temps, on pouvait croire qu'il n'avait à cela nulle difficulté. Jugement naïf, en tout cas sammaire. Ceux qui, ayant ,1e goût des travaux de l'esprit et des méditations solitaires, ont à « recevoir » continuellement, sans avoir le droit, de par leurs fonctions, de manifester qu'on les lasse, savent fort bien que l'affabilité inaltérable ne s'obtient pas sans une sévère discipline. Et si l'accueil souriant est facile pour huit ou dix visiteurs,

' Au Père G. G., 6 février.

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il est à craindre que le onzième n'en porte la peine. Or^ est-ce sa faute à ce cher onzième, qui a besoin d'un conseil ou d'une semonce, s'il n'a pu venir plus tôt? Aussi comme on voudrait être pour lui — et même pour le douzième et ceux qui viendront après, — inlassabLement bon ! Et peut-être, enlisant les pages qui précèdent, certains ont-ils envié l'immuable sérénité du Père Lenoir... Qu'ils se rassurent! Le Père Lenoir avait intérieurement les mêmes impatiences. Un document précieux, daté du 15 janvier, en témoigne.

Nous avens déjà dit l'importance que le religieux, fidèle aux méthodes de saint Ignace, attachait à Texamen particulier. Observateur impeccable de ses règles, même au milieu des marches accablantes de Macédoine, il faisait cet examen deux fois par jour; et, suivant la recommandation de son bien-heureux Père, il en notait soigneusement le résultat. Parmi les exclamations de stupeur que nous ont, à maintes reprises, arrachées les secrets de sa vie intérieure, il y en eut une particulièrement admirative, — pourquoi le taire? — le jour où nous avons retrouvé sa feuille d'examen particulier, exactement marquée sans une lacune ^usqnk la veille de sa mort, le soir du 8 mai inclus.^

Or sur quoi portait cet examen? Le document du lo janvier nous l'apprend :

ÉLECTION, 15 Janvier 1917.

But : Acquérir la douceur de Nôtre-Seigneur et sa bonté patiente [Sainte Enfance^ Apostolat, Passion^ Eucharistie).

Par sa bonté, Il gagnait les âmes,' par mes impatiences. Je les rebute,

' Après un long- regard ^ur ce bordereau spirituel et songeant à la somme d'énerjjie qu'il avait exigée pour cire tenu à jour dans un tel bouleversement de vie, quelqu'un nous disait : « C'est plus éloquent que tous les sermons du monde. >» — Au point de vue méthode, confronter le document qui suit avec celui de l'Appendice A.

Près de la plupart ^ mon principal moyen d'apostolat est (le leur faire connaître et aimer Notrc-Seigneur en moi.

Pbatiqve : Chercher, avec Valde de Notre -Seigneur et à son exemple^ à corriger mes impatiences, surtout :

2) Envers ceux qui abusent de mon temps.

3) Dans la préparation de nos cérémonies.

Devise : « Jésus, doux et humble de cœur, rendez mon cœur semblable au vôtre! »

Sanction^ ;..»

Ainsi donc, au lendemain de cette solennité du 14 janvier, pour laquelle il n'avait épara^né aucun soin, à cette époque où Ton n'entendait qu'un concert de louanges pour rafFabilité qu'il prodiguait à ses visiteurs, seul en face de Dieu, en établissant sa revue de conscience pour le mois passé, aucun défaut ne lui semblait plus urgent à surveiller que celui-ci : ses impatiences au sujet des cérémonies ou vis-à-vis des indiscrets.

Vers la lin du séjour à Eksissou, la petite tente fut témoin d'une scène qui mit des larmes aux yeux du Père Lenoir. Le 21 janvier, parut un ordre qui rappe-

* Cette Election nous a permis un recoupement. Jusqu'alors, le Père Lenoir faisait son examen particulier sur l'esprit de prière et l'union à Notre- Seigneur, chose qu'il est difficile d'apppécier mathématiquement; et, de fait, sur la feuille \e résultat est indiqué par des lettres, signifiant bien, assez bien ou médiocre. Mais, à partir du 15 janvier, l'examen est marqué en chiffres ; c'est que les actes d'impatience, même intérieurs, peuvent plus facilement se compter. Voir feuille ci-contre.

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lait en France tous les jeunes soldats de moins de vingt ans, trop faibles, disait-on, pour supporter les fatigues d'Orient.

J'en ai eu le cœur déchiré, pour rattachement que je leur portais, pour le bien du régiment, dont ils formaient le meilleur conting-ent, et surtout pour le bien de leurs âmes, qui en souffriront peut-être...

Plusieurs en pleuraient et moi-même j'en avais les larmes aux yeux. Quelques-uns, convertis tout récents, sont venus sous ma tente la veille du départ recevoir leur Viatique : spontanément, se levant devant la sainte Hostie, ils ont juré fidélité à Notre-Seigneur et à leur devoir de soldat. Or certains d'entre eux, il y a six mois, étaient encore des apaches, et, depuis quelques semaines où je pouvais les voir très fréquemment, ils faisaient Fexamen particulier (avec feuilles à Tusage de nos Pères, sanctions, etc.), l'un sur les g"ros mots, un autre sur le dévouement aux camarades, un autre sur l'apostolat, un autre sur la présence de Dieu, qu'il avait p^-esque continuelle, un autre sur l'intimité avec Notre- Seigneur... *.

Rien n'est plus touchant que les lettres écrites dans la suite au Père Lenoir par ces jeunes, arrachés à son affection. Ils se disent « navrés d'avoir quitté le 4° », d'autant que plusieurs ont été versés aux tirailleurs sénégalais, dont la compagnie n'a tout de même pas autant de charmes que celle des marsouins. L'un raconte que « malgré qu'il soit loin du régiment, il n'est pas éloigné de Notre -Seigneur ». Un autre, qui s'excuse de n'avoir, en deux mois, écrit que trois lettres, atteste qu'il n'a pas manqué une fois à la messe du dimanche. Plusieurs notent le nombre de leurs communions, leurs efforts pour y conduire des camarades et, par des signes conventionnels, tiennent le Père au cou-

^ Raconté dans un grand nombre de lettres, notamment à ses parents, 1^1 janvier, au Garmcl de X"*, iS janvier, au R. P. de Boy nés, 5 février.

rant de leurs progrès : celui-ci dit « qu'il ne prononce plus de paroles trop mal accentuées », celui-là comment il « partage ses soulfrances avec Dieu ». De Tun d'eux, qui fait « une estage de mitralleuse » à Cavaillon , nous n'avons pas retrouvé moins de cinq lettres entre le 25 février et le 27 mars.

« Cher père, écrit-il, je vous dirais que j'ait gardé un bons souvenir de vous, que quant jie pence lès larme me vienne au yœux...

« Se matin dimenche, je suis étais avec mont camarade S. à l'éclisse saint Jaque faire la saintte comunion la ou Monsieur le curé nous a resus comme ses enfant, ou j'irais sant fautte dimanche prochain resevoir Nottre Ségneur Jésus ou il matens avec lès brad ou vert, ous je ferais à maime tans une prière pour moi que le Bout Dieu me garde toujour fidèle et surtous qu'il me laisse pa retombé dens le mauves chemin... »

Et par deux fois les lettres du jeune marsouin se terminaient ainsi : « Bien le bonjour à mont cher colonel. »

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