DE LA DEUXIÈME ÉDITION
Nous voudrions remercier ici tous tes amis, anciens et nouveaux, du Père Leiioir qui ont contribué à répandre cet ouvrage.
Aux vc'érans du 4'^ colonial, il a suffi d'en connaître Vannonce pour qu'ils le réclament ; et, malgré son poids, le livre s'est envolé rapidement même hors de France, jusqu'à Constantinople, Casablanca, le lac Tchad ou Shang-Haï.
Dans leurs lettres, quels témoignages d'affectueuse vénération pour leur Père, pour leur Saint! En termes différents tous répètent à l'envi : a On ne dira jamais assez de bien de ce chrétien héroïque, de cet homme de cœur et de devoir. » Quelqu'un ajoute : « Je conserve parmi mes meilleurs souvenirs de famille le portrait de ce grand Français. En le fixant bien en face de temps en temps, on n'est jamais tenté de mal faire. » (Gustave A., de Marseillan, Hérault.) — Un ancien officier : « Je n'ai pas rencontré pendant la guerre d'homme pour qui faie ressenti plus d'admiration que l'abbé Lenoir et, bien que protestant, fai eu avec lui les rapports personnels les plus confiants... Votre livre m'a fait connaître de notre aumônier des côtés et des traits qui rehaussent encore la vénération que fai toujours éprouvée pour cet homme exceptionnel. » (C B., d'Hgères.) — Un jeune cheminot, à qui le Père Lenoir avait fait faire sa première communion à Kaïlar, écrit : « Maintenant il est là-haut, près du bon Dieu, contemplant de ses grands bons yeux ses chers enfants laissés sur la terre. Il nous attend et prie pour ceux d'entre nous qui péchons avec inconscience et risquons de perdre à jamais ce beau paradis dont il nous
a tant parle. Il a dn gagner h paradis. Nou.'i devons Vîniiter pour être heureux. » — Plusieurs disent avec les mêmes mots, mais diversement orthographiés : « Lorsque j' ai ouvert ce livre, que j'ai vu la photo de notre brave aumônier, des larmes me soid venues aux yeux, car ça m'a rappelé tant de vieux souvenirs! » De même cet autre: « Je n'ai pu retenir mes larmes à revivre certains passages de cette vie si admirable que j'ai un peu vécue auprès de lui, vie intense pleine d'héroïsme et d'abnégation... Je possède quelques lettres de ce Saint, lettres que je conserve jalousement ; que de bonté, d'amour et de foi se dégage de chaque mot ! » {Louis R., de Lyon.) — Et enfin, — car nous n'en finirions pas de tout citer, — un ancien lieutenant, après avoir évoqué « la belle figure de celui que nous pleurerions encore si nous n'avions la consolation de pouvoir l'invoquer », ajoute : <( Je suis bien plus courageux et bien plus fier de mon titre de chrétien depuis que fai lu ces belles pages, relatant des faits que je connaissais déjà pour la plupart, mais sur lesquels on ne saurait trop revenir. » (Albert B.^.)
Les chefs parlent de même. A la veille de s'embarquer pour le centre africain, le colonel Thiry, dont l'aide nous fut si précieuse quand il était chef d'état-major du corps colonial à Paris, nous redisait pour la dixième fois : « Si f avais, moi laïque et profane, à choisir un titre pour votre livre, sans hésiter je mettrais : Un Saint. » — Avant même d'avoir ouvert le volume, le général Pruneau nous écrivait : « Laissez- moi vous dire tout de suite ma joie presque naïve devant ce titre et cette signature si connue, qui évoquent immédiatement en moi tant de souvenirs de gloire et de misère. D — Enfin le gouverneur de Paris, le général Berdoiilat , terminait ainsi une lettre du l^»' mars dernier : « Vous me faites l'honneur de citer mon témoignage à plusieurs reprises; je ne puis que vous renouveler ici l'expression de mon admiration émue pour la noble figure du Père Lenoir, qui fut un des plus magnifiques professeurs d'énergie que j'aie connus et qui, « ayant aimé nos <i marsouins, les aima et se dévoua pour eux jusqu'à la fin. »
Chose plus étonnante : ceux même à qui le nom du Père
1 C'est en partie à l'obligeance de tous ces correspondants ciuc nous devons les détails ajoutés ou précisés dans cette 2^ édition. Les principales adOilions se trouvent aux pages suivantes: 209,233, 257, 280, 296, 304, 329, 351, 376, 503, 5U, 529, 534.
Lenoir était hier entièrement inconnu se sont intéressés à son histoire. M. Maurice Blondel la considère comme un (( précieux traité d'héroïsme chrétien... Quelle surnaturelle chanson de geste! ajoute-t-il ; il n'y a rien de plus beau. » — M. Georges Goyau y voit (( l'avènement de Dieu dans un régiment de France », et, dans le Correspondant du 10 février, il consacrait tout un article à détailler les merveilles opérées par (( l'Hostie chez les coloniaux )) grâce à leur aumônier. En des formules saisissantes, dont le relief s'incruste en la mémoire, il disait : « Jésus, son Jésus- Hostie ^ sorti du tabernacle pour reposer sur sa poitrine, voulait que cette poitrine fût ambulante : Jésus- Hostie voulait aller de l'avant, descendre dans les lignes; et le Père Lenoir y descendait , si étroitement identifié avec son Dieu, qu'on ne pouvait dire s'il le suivait ou s'il le précédait... Sévère pour lui seul, il cheminait promeneur de son Christ, et son Christ était le moteur; et les invisibles impulsions qu'il subissait s'incarnaient, sous un aspect visible, dans ses initiatives d'apôtre. »
Devant « cette histoire strictement vraie, mais dépassant les homes du vraisemblable, conclut un autre écrivain, les incrédules s'arrêteront peut-être comme devant une énigme. Le Père Lenoir en savait et en proclamait le mot véritable : il n'était et ne voulait être que le docile et merveilleux instrument de l'Eucharistie, » {R. P. du Passage, Etudes , 20 février 1922.)
A ceux qui, peines de voir la France chrétienne si méconnue à l'étranger, se sont efforcés de répandre ce volume hois de nos frontières, à ceux qui déjà travaillent à le faire traduire, nous adressons un merci tout spécial. Souffrant de voir notre pays jugé d'après une littérature grivoise où nous prenons à tâche de nous calomnier nous-mêmes, ils ont eu plaisir, ainsi que le disait l'un d'eux, qui a longuement habité l'Angleterre, à trouver « autour du Père Lenoir cette admirable phalange de soldats et d'officiers chrétiens, ce petit patrouilleur, ce capitaine Coville... Vraiment, ajoutait-il, nous avons là un raccourci de la France durant la guerre plus vrai que celui de Barbusse ».
A tous ces amis, dont la plupart ne nous sont connus que par correspondance, nous recourons encore ; qu'ils nous aident
surfont à faire pénétrer cette biographie au foyer des anciens coloniaux : ce sera rendre le Père à ses enfants.
Enfin ^ comment taire notre émotion en voyant des cardinaux^ malgré les soucis de leur charge, apporter aux vertus du Père Lenoir le tribut de leur admiration ? De Rome Fun d'eux daigne écrire que de cette « belle vie du preneur d'àmes il va faire ses délices et son profit pendant le carême ». Comme M^^^ l'archevêque de Cambrai, plusieurs évêques disent : « J'ai à peine ouvert le livre, et déjà il m'a pris. » Le témoignage d'un ancien aumônier militaire, aussi perspicace que i\i°'' Ruch, a une autorité toute spéciale; on comprendra que nous l'ayons gardé pour finir :
« Un portrait fort réussi met face à face avec le héros, le saint. La plus belle photographie, ce sont les lettres du glorieux disparu. Elles sont superbes de vie, d'entrain et d'allure, de foi, de piété et de sainte audace. L'âme y palpite tout entière, pleine de vie, d'une vie puisée dans le cœur de Jésus par la sainte Eucharistie. Quel que soit le poste occupé, tranchées, ambulance, calvaire, toujours, on le sent, le Père Lenoir est — à la lettre — dans la Compagnie de Jésus. On ne peut faire de lui plus bel éloge. Les incroyants, les mondains admireront sans comprendre. Pour nous, le secret de sa force est manifeste : il aime. Il aime ses soldats, il aime la France, il aime son devoir, il aime la vertu, le sacrifice, et sans le savoir, sans y penser, il aime l'héroïsme. Mais pour lui c'est tout un. Il aime Jésus-Christ. »
Puisse, grâce à ce livre, l'aumônier des marsouins recommencer ses tournées bienfaisantes et continuer à « prendre » des âmes pour son divin Maître !
En ce 3« centenaire de la canonisation de S. Ignace et de - S. François Xavier, 12 mars 1922.
Quels que soient les termes de vénération reproduits dans celte biographie, nous déclarons, conformément au décret d'UKBAiN VIII, ne les entendre que dans le sens autorisé par la sainte Eglise.
l'adolescent. — LE RELIGIEUX. l'ÉDUCATEUR
11 nous souvient d'une conversation d'août 1914, qui peut se résumer ainsi :
(( Savez-vous que le Père Lenoir vient de s'engager comme aumônier militaire?
— Lui! Non! Il ne tiendra pas quinze jours.
— Sûrement !
— C'est une folie. Si son provincial s'était trouvé à Paris, il ne l'aurait pas laissé partir. »
Le fait est que Louis Lenoir ne réalisait pas le type que certains se forgeaient à plaisir du prêtre pour soldats, encore moins du prêtre pour marsouins : l'homme taillé comme les héros de d'Esparbès, musclé, jovial, fumant la pipe, diseur de bons mots, capable de pousser des cris formidables en s'élançant à l'attaque et d'en revenir avec un blessé sur chaque bras. Ceux qui avaient approché le Père Lenoir durant ses études, aux scolasticats de Jersey et de Hastings, avaient même pris l'habitude de le considérer comme une petite santé.
Mais la lame en lui consolidait la gaine. « Ce n'est pas Hercule qui fait le plus, a écrit Lacordaire ; une âme généreuse dans un pauvre petit corps est la maîtresse du monde V »
' Flavigny, 31 mai 1852. (Lettres de Lacordaire, édition Perreyvc, p. 172.)
Une fois de plus se sont vérifiés les axiomes de l'Evangile : « Si le grain meurt en terre, il porte beaucoup de fruit... Qui s'humilie sera glorifié... Bienheureux les doux, car ils posséderont le monde ! »
Ce n'est pas que Louis Lenoir fût humble et doux par nature. Ces vertus avaient été acquises de haute lutte.
Né le 14 février 1879 à Vendôme (Loir-et-Cher), l'enfant eut pour parrain son grand-père maternel, M. Marcel Vétillart, sénateur de la Sarthe. D'une grande fermeté de décision, celui-ci éprouva une vraie joie à voir se développer très tôt chez son petit-fils ce qu'il tenait pour une caractéristique de sa famille : l'énergie de la volonté.
'L'entêtement qui la manifesta tout d'abord réjouissait moins ses parents. Le mot « je veux » fut un des premiers que Louis sut prononcer, et il articulait ces deux syllabes avec une obstination dont on n'avait pas raison facilement. Pour obtenir une permission, il mettait tout en œuvre. Débouté, il restait tranquille, vraiment soumis ; mais son idée le poursuivait et, à la première occasion, elle se faisait jour sous une forme nouvelle.
Heureusement, le cœur était aussi tendre que la tête était dure. Très jeune, l'enfant eut l'ingéniosité de l'affection et il montrait déjà, pour les anniversaires et les fêtes, cette préoccupation de faire plaisir, qui restera au milieu des soucis les plus absorbants, jusqu'au jour de sa mort, un de ses attributs distinctifs.
De bonne heure il comprit que ce qu'il possédait n'était pas pour lui seul. Il partageait volontiers son goûter, ses jouets, sa science. Bambin de six ou sept
INTRODUCTlOiN \^
ans, quand il rentrait le soir de l'école Saint- Jean, ce qu'il avait appris dans la journée, de sœur Constance, il aimait à l'enseigner k son tour. Autoritaire, il réquisitionnait d'office d'abord sa plus jeune sœur et son petit frère, mais aussi les domestiques de la maison. L'ignorance de Caroline, brave campagnarde qui avait été sa nourrice, le peinait particulièrement; il entreprit d'en triompher. Spectacle peu banal que cet enfant martelant le B. A - BA aux oreilles de cette femme, avec le sérieux d'un homme fait, la stimulant avec des bons points et des récompenses, inventant chaque jour un moyen de vaincre ce cerveau rebelle. Mais, au lieu de regarder l'ardoise, la nourrice extasiée mangeait des yeux son nourrisson. « Monsieur Louis, s'écriait-elle, que vous êtes donc savant!... » Et Caroline ne sut jamais lire.
Dans l'enseignement du catéchisme et de l'histoire sainte, le professeur eut plus de succès. Très exigeant, il réclamait alors de tous ses auditeurs une attention respectueuse. Quelqu'un se permettait -il de trouver amusant le jeune prédicateur : « Il ne faut pas rire ainsi, disait-il, quand on vous parle du bon Dieu. »
On devine assez que ce tempérament impérieux ne favorisait pas toujours la bonne entente de Louis avec ses frères et ses camarades de collège. C'est ainsi parfois que les chefs se révèlent. Cependant, à l'approche de sa première communion, on le vit surveiller sa fougue naturelle ; sous la direction d'une sœur aînée <}ui devait aussi plus tard entendre l'appel de Dieu, il s'entraînait à marquer des victoires.
La veille de ce grand jour, le H juin 1890, Louis vint trouver sa mère : « Maman, me permettez -vous demain de demander au bon Dieu d'être prêtre? » M™* Lenoir ayant répondu oui et promis qu'elle ferait la ^4me nrièrç, l'enfant témoigna une grande joie. Et iAle fut sa ferveur le lendemain, que sa mère ne put
i«i LOUIS LENOTR S. J.
mettre en doute le résultat futur de leur commune supplication.
Dès lors, Louis considéra la communion comme son principal secours et en usa très fréquemment.
Vinrent néanmoins les années difficiles. Brillant élève de seconde, le jeune, humaniste manifestait en son jug-ement une contiance excessive. Voulant le mater, son professeur le contrecarrait parfois en présence de ses camarades ; il s'ensuivait des discussions d'où l'amour- propre de Télève sortait humilié... ou exalté. On pensa que le régime de Tinternat lui serait plus favorable. Louis le croyait aussi. Et justement, son oncle, le R. P. Vétillart, était recteur au collège des Jésuites de Tours. En mars 1893, il accepta sans g-rand'peine d'y être envoyé.
A Saint-Grégoire, Louis se classa tout de suite en tête de ses condisciples, si bien qu'à la fin de l'année, pour éviter que le « tard- venu » ne découronnât les anciens de leurs premiers prix, on dut le mettre à part et lui décerner une mention « hors concours ».
Les années suivantes , le baccalauréat de rhétorique et de philosophie ne fut qu'un jeu.
Cependant, le jeune collégien ne pensait aucunement à se faire Jésuite. A en juger par un écrit destiné à sa mère, il semble même que, durant les deux premières années de Tours, l'idée de se faire prêtre ou « apôtre des sauvages » eût entièrement disparu de ses préoccupations. Plus tard, faisant allusion à cette époque, il parlera gravement à quelques intimes, en hochant la tête, de sa jeunesse orageuse. Du milieu de sa philosophie date ce qu'il appelle sa conversion. « Alors il m'arrivait de traverser des périodes de quelques jours, ou seulement de quelques heures, où j'étais absolument dégoûté des choses de la terre et où je me tournais vers Dieu. Il s'ensuivait presque toujours l'amour
de la solitude et de la retraite ; et plusieurs fois je pensai à me faire chartreux. »
Cette idée persista. Durant la retraite de fin d'année l89o, « un matin, dit-il, comme je priais à la chapelle, je fus terrassé par cette pensée que je devais me donner tout à Dieu, complètement, parfaitement, et que le moyen le plus parfait était de me consacrer à sa louange vocale et à la contemplation )>. Mais en même temps que se confirmait son élection pour l'ordre de Saint-Bruno, il s'apercevait que tout se liguait à l'encontre : « son besoin d'activité, son imagination, sa santé. »
C'était le temps des vacances. Durant le premier mois, « je pensai aux Dominicains, chez qui l'extérieur m'attirait beaucoup, puis je revins aux ordres contemplatifs. Les Bénédictins, que je ne connaissais pas exactement, m'attirèrent pendant plus d'un mois, jusqu'à ce que j'eus fait une retraite chez eux, ce qui suffit pour me montrer que ce n'était pas ma voie. Alors je me retournai du côté des Chartreux... »
Encore !
Rentré au collège pour suivre le cours de Sciences, pendant près . d'un an il crut sincèrement qu'il serait fils de Saint-Bruno. « Ce désir fut pour moi une source de ferveur sensible... Il se peut que Jésus ait agi ainsi pour me donner le goût de la contemplation, nécessaire à tout religieux... Mais quelques jours avant la fête de saint Louis de Gonzague (21 juin 1896), il se produisit en moi un changement important. Jusque-là, chose remarquable, j'avais une répulsion marquée pour la Compagnie de Jésus et je ne voulais même pas examiner si j'avais des aptitudes pour ce genre de vie. Peu à peu, au milieu de juin, dans mes communions, aux saluts du Saint Sacrement, à la chapelle en général, cette répulsion s'effaça, pour faire place à l'indifférence, puis à la considération, enfin à l'admiration et même à la pensée que là pourrait être ma voie, pensée
\% LOUIS LENOIH S- J.
qui tout d'abord m'eiTraya et m'altrista. Je priai beaucoup. »
Le lendemain, la décision était prise : il serait jésuite. « J'étais heureux, je sentais que j'avais trouvé; et depuis je n'ai pas eu un instant de doute sur ma vocation. La retraite que je viens de faire (à Cantorbéry) a confirmé mes pensées. Je n'ai plus qu'un désir, entrer le plus tôt possible... »
Ce compte de conscience filial est daté de septembre 1896.
Toutefois, les fluctuations précédentes faisaient craindre un enthousiasme passager. L'adolescent continuait à montrer un goût très vif pour tous les sports : gymnaste nerveux et svelte, partenaire envié au tennis, il était habile au patinage et passionné pour le cheval. De plus, fort soigneux de sa personne, il ne dédaignait pas une certaine élégance et même, d'après les témoignages les plus sûrs, « une recherche un peu mondaine dans ses vêtements ».
M. Lenoir jugea prudent d'éprouver la persévérance de son fils. Louis fut inscrit comme externe au lycée de Versailles, au cours préparatoire de Polytechnique. Cette année douloureuse lui fut bien adoucie par la compagnie de sa sœur aînée, qui attendait aussi le moment de se donner toute à Dieu. Leurs efforts furent mis en commun. Si la sœur fournissait l'aide d'une piété plus vive, le frère, en prévision du chant de l'office, enseignait à la future religieuse les éléments du latin. Assis durant les vacances, à Trégastel, « dans le creux d'une de ces roches fantastiques qui s'appellent ou le Roi Gralon ou la Pierre qui tremble, nous passions, a raconté M"** Lenoir, des moments délicieux : lui grave professeur et moi son élève , lui sachant donner un véritable intérêt aux cas de la |?rammaire latine
et moi pensant : Quel éminent professeur Louis sera plus tard ! »
L'apôtre aussi se formait par les visites assidues qu'il faisait aux pauvres. Confrère de Saint- Vincent-de-Paul, déjà il s'entraînait à rappeler aux parents l'obligation de veiller à Tinstruction religieuse de leurs fils. Et la bonne grâce souriante de « ce jeune homme si comme il faut, qui vous causait si gentiment », préludait aux conquêtes de l'avenir.
Ainsi préparé, Louis entra au noviciat comrne de plain-pied (28 septembre 1897). « De tous les jeunes gens que j'eus la consolation de préparer à la vie religieuse, écrit son recteur d'alors, il était non seulement le premier- né, mais je crois le plus délicat. Je me demande même si j'ai jamais rencontré pareille activité naturelle et surnaturelle pour exploiter de très singulières ressources d'intelligence et de cœur'. »
Une seule ambition est permise au novice : se sanctifier. L'idéal proposé est sans mesure : « Soyez parfait comme mon Père céleste lui-même est parfait. » Et pour couper court à toute illusion, Jésus-Christ précise : «Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renonce lui-même et prenne sa croix. » Le frère Lenoir tendit vers ce but toutes ses énergies, envieux de ne se laisser surpasser par personne. Un jour il entend dire, comme venant d'une très bonne source, qu'un de ses frères « allait à la sainteté au pas de charge ». « A-t-il rougi, blêmi, frémi? écrit un témoin, je ne sais plus. Je me souviens seulement très bien qu'il laissa percer avec une sorte de sainte jalousie le désir de ne pas se
* Lettre à M. Leuoir, 19 juin 1917.
laisser distancer dans la perfection par un de ses jeunes frères. »
Quand il relatera plus tard l'ascendant extraordinaire de l'apôtre des marsouins, le commandant de Bélinay dira excellemment : « 11 était clair que sa vive intelligence et son exquise nature ne pouvaient suffire à expliquer ce résultat. 11 avait mérité la fécondité de son travail par une vie exemplaire et par des années de fidélité scrupuleuse aux rites sans nombre de la vie de communauté ^ »
Un tempérament aussi vif ne se pliait pas facilement à la contrainte de la règle. Les bouillonnements d'humeur qui dans le jeune humaniste avaient jadis provoqué des explosions, s'ils ne se manifestaient plus, grondaient toujours au dedans. « Quand il disait publiquement sa coulpe, remarque un de ses co-novices, le frère Lenoir s'accusait constamment d'avoir manqué à l'obéissance. Cela nous intriguait fort, car nous ne constations aucun manquement^. » Plus tard au scolasticat il lui arrivera encore de confier à ses intimes, — en latin pour obéir à la règle, — ses orages intérieurs : a Eram furiosus^n dira-t-il en souriant, légèrement honteux de lui-même. Mais de ses fureurs, autour de lui, on ne se doutait guère.
Entre novices, des discussions s'élevaient parfois, comme il convient, sur le genre de mort que chacun souhaitait d'avoir. Tel ou tel soutenait que se sentir vieillir et diminuer, après de longues années de labeur, assurait à l'âme un temps d'humiliation méritoire et de recueille«ient inappréciable. Le frère Louis n'y contredisait point ; mais sa préférence allait à faire , au plus vite, feu qui flambe et à mourir en plein travail.
* Frédéric de Bélinay, jésuite, commandant de chasseurs à pied : Sur le sentier de la guerre, Beauchesne, 1920, pp. 73-74.
* R. P. Tenncson.
Après ses premiers vœux (29 septembre 1899), il consacra deux années, selon l'usage des jeunes jésuites, à des études littéraires, sorte de rhétorique supérieure, qu'il couronna par la licence ès-lettres. Son goût pour la culture classique intégrale s'y affermit et dès lors il rompra des lances pour la langue de Démosthène, tout comme en faveur du latin. La thèse, que le grec fait <irnver les bons esprits aussi vite et toujours plus sûrement qye la spécialisation scientifique précoce, était soutenue pir lui avec flamme et sans tenir compte toujours des correctifs qu'y apportent des gens d'une plus longue expé^-ience. Dès lors également, il caressait « le rêve d'une résurrection de l'enseignement classique aux accords de la toujours jeune musique d'Homère, de Sophocle et de Platon* ». Et quand, professeur à MarneiTe, il fera jouer Antlcjone en grec et Alkestisy ce ne sera point par gageure de snobisme ou caprice d'esthète. « C'est qu'il s'affligeait de la décadence où il voyait sombrer l'esprit français , par suite de l'abandon d'une formation à laquelle nous devons en partie le génie d'un Racine. »
La philosophie vint ensuite. Remarquablement prompt à saisir l'ensemble d'une question , Louis Lenoir était néanmoins de ceux dont l'esprit a besoin, pour donner toute sa mesure, de puiser dans l'action à la fois un excitant et une détente. Déjà, au cours de son noviciat, des fatigues de tête l'avaient contraint d'aller se reposer quelques semaines en famille. Après dix mois passés sur les problèmes de la connaissance et de l'éthique naturelle, une interruption complète fut jugée nécessaire. Comme on estimait qu'un changement de climat lui serait favorable, le jeune philosophe fut envoyé au collège de Beyrouth , où la surveillance des moyens externes lui fut confiée.
^ Père Courbe, duns En. Famille, revue du collège de Marnefïe , octobre 1917
Dans la pensée de son recteur, le R. P. Clerc, ce poste devait lui permettre d'avoir ses nuits tranquilles et de. se lever tard. Mais les diflicultés étaient f2^randes. Il fiuccédait à des maîtres éminents, les R. Pères Dides' et Bouyges, qui, ayant vécu plusieurs années en Syrie, en connaissaient tout ce qui peut aider Péducateur h comprendre et à i^ai;ner les esprits : coutumes, tempéraments, lois psychologiques, ressources morales. N.e l)ouvait-on craindre que, nouveau venu dans ce pays nouveau si riche en qualités mais si nuancé de races et de religions, au milieu d'élèves dont beaucoup étaient schismatiques et un certain nombre musulmans, le Père Lenoii' ne lût long à s'adapter?
Les craintes, si elles existèrent, furent vite dissipées.
D'emblée, le jeune surveillant acquit auprès de ce petit monde « une emprise extraordinaire, s'en faisant aimer et les conduisant à Dieu^ ». Chatouilleux sur l'honneur de ses enfants, il avait à cœur « que personne n'eût des externes, par préjugé d'habitude, des jugements peu favorables. 11 les défendait en toute occasion et l'on fut bientôt forcé de rendre hommage à ce qu'on les vit capables de valoir... Il devina les qualités qui se cachaient sous les écorces les plus rudes et s'appliqua de toute son âme à les mettre à profit. // découvrit le moyen de faire appel 4 ^^wr cœur^ et beaucoup comme moi furent émerveillés de la transformation qui s'opérait en eux^ ». « C'est un sorcier, disaient de petits mulsumans, il a un charme. » Mais son recteur, qui le connaissait mieux, condensait le secret de sa sorcellerie en ce mot qui sera vrai de ses marsouins comme de ses élèves : « Ces bons enfants donnaient
* Depuis, Supérieur général de la Mission des Jésuites en Syrie. » K. P. Clerc.
3 Nous devons tous ces détails à roblif,^eance du Père Paul Rigaud, qui fut à Beyrouth le collègue du Père Lenoir.
toute leur confiance à celui qui leur donnait tout son excellent cœur. »
Cette méthode d'éducation n'était point chez le Père Lenoir le fait du hasard, elle était consciente et voulue. Parmi les fiches de lectures qu'il prit au cours de la guerre, nous avons relevé celle-ci, remarquable indice des préoccupations qui le suivaient sous les obus : « Éducation. Aimer. Sénèque, lettre 9 à Lucilius, de Sapientis aniiçitia, édit. Aube, page 74, cite ce mot d'Hécaton : Si vis amari, amaK » C'était déjà sa devise à Beyrouth. Et le R. P. Clerc ajoute : « Plusieurs de ses élèves lui sont restés très fidèlement attachés et lui ont écrit longtemps pour lui demander conseil, ce qu'auront peine à croire ceux qui se sont occupés des externes de Beyrouth. »
Après avoir terminé sa philosophie à Jersey, le Père Lenoir fit au collège français de Marnelfe, en Belgique, durant trois ans, un premier stage de professorat; nous y reviendrons. Et, en octobre 1908, il commençait au scolasticat d'Ore Place, à Hastings, ses études de théologie. C'était le portique du sacerdoce. Dans le fond de la nef mystérieuse qu'il foulait enfin, brillait l'autel où il avait la certitude de monter bientôt, pour s'enrichir de Dieu chaque matin au bénéfice des âmes. 11 y pénétrait à un âge où d'autres exercent depuis longtemps le saint ministère. Mais ce retard était largement compensé par un trésor d'expériences et d'ardents désirs.
Les décrets de Pie X qui recommandaient la communion quotidienne étaient récents (1905-1906). Ils avaient enthousiasmé l'âme ardente du religieux. « On ne peut plus en douter, répétait-il dès lors, la communion quotidienne est le régime normal du chrétien en état de
* « Si Lu veux cire aimé, -Hiinc. »
pirâce. ); Foyer déjà de sa vie spirituelle, comme elle l'est de la liturgie, l'Eucharistie allait devenir pendant quatre ans le point de convergence de ses études. Et il prendra si bien l'habitude de tout y ramener, que plus tard, quel que soit le sujet de ses instructions, dogmatique ou moral, sans jamais lasser ses auditeurs, il les conduira toujours à cette conclusion : Il faut communier.
Parmi ses confrères d'Ore Place, beaucoup pourraient signer ces lignes du Père de La Messuzière^ :
... J'avais subi, comme tous ceux qui rapprochèrent, ce charme irrésistible qui lui gagnait tous les cœurs. C'était chez moi beaucoup plus que la sympathie fraternelle, si douce cependant, qui est déjà une part du « centuple » promis aux religieux. J'avais pour le Père Lenoir de la vénération, un respect confiant, cordial : n'eût été la discrétion nécessaire, je lui aurais en toute simplicité ouvert ma conscience. Ce qui me le fit dès l'abord vénérer, c'est que j'avais senti un homme profondément surnaturel, une âme très sérieusement intérieure, malgré une activité prodigieuse et notamment une correspondance qui paraissait à d'aucuns excessive pour un jeune religieux. Il s'imposait à moi par le rayonnement de sa vertu. Plus je réfléchis à cette influence suave et comme irrésistible, plus j'en crois trouver le secret (outre des qualités de savoir-dire et de savoir-faire exceptionnelles) dans l'exquise charité du Père; et celte charité si universelle, si dévouée, si délicate, était elle-même, ce me semble, l'épanouissement normal de sa dévotion eucharistique. N'est-ce pas au soir du Jeudi Saint que le Maître disait aux Douze : « Mandadim novum ... mandatum meum : ui diligatis invicem"^. » Aussi le texte du Souvenir de Première Communion du cher Père, si heureusement rappelé en têie de son image mortuaire, résume-t-il par avance le caractère propre de sa sainteté : « Le disciple que
* Charles de La Messuzière, qui devait mourir au cours de la g-ucrrc, passa avec le Père Lenoir à Ore Place Tannée 1911-1912, alors que celui-ci, déjà prêtre, y faisait sa 4« année de théologrie.
2 « Le commandement nouveau.., mon commandement, c'est que vous vous aimiez les uns les autres. »
Jésus aimait reposa sur son cœur à la Cène, et il y puisa le secret de Tamour. «
11 était tellement tout à tous, que nul ne le connaissait sans avoir l'impression d'être de ses amis privilégiés, et on Tétait en effet, si grande était sa puissance de fraternelle et de surnaturelle affection.
Un aspect particulier de sa charité mérite d'être retenu.
« D'esprit trop sérieux pour être particulièrement boute -en- train, écrit un de ses confrères, il n'avait pourtant rien de gourmé et il s'amusait bonnement, franchement, à cœur joie, des plaisanteries des autres. Il s'en souvenait et les leur resservait de longues années plus tard. Cette satisfaction qu'il éprouvait à se délecter de l'esprit d'autrui plus qu'à briller hii-même, bien qu'il ne dédaignât point de piquer à l'occasion son grain de sel sur la conversation , me paraît avoir été un des menus traits les plus agréés de sa physionomie morale ^ »
Quoi d'étonnant si, toujours en quête d'un service à rendre, le jeune religieux parut une fois ou l'autre avoir un sourire contraint et des égards légèrement afTectés? Ceux qui, nés sous une bonne étoile, sont habitués aux prévenances, les vainqueurs de la vie, s'étonnent naïvement qu'on ait à faire le moindre effort pour être aimable envers eux : n'est-il pas naturel qu'on soit à leur dévotion? Mais les autres, les rougissants, qui s'effarouchent d'être regardés aussi bien que de ne pas l'être, les cœurs bretons, — et il s'en rencontre jusque sur les bords de la Garonne, — qui broient du noir sans savoir pourquoi, les timides, les susceptibles, les moins entourés, les étrangers embarrassés de leur langue^,
* R. P. Teiineson.
2 Tout comme le collège de MarncfFc (en Belgique), le scolasticat d'Ore Place (en Angleterre) était une maison française, exilée de France par les lois persécutrices de 1901. Mais telle était sa réputation, qu'une trentaine de jeunes jésuites, appartenant à presque toutes les nationalités de l'Ancien et du Nouveau Monde, y étaient accourus pour se joindre aux étudiants de théologie.
26 LOUIS LENOIR S. i.
ceux-là étaient tout ensoleillés, quand le sourire même un peu" forcé du Père Lenoir se posait sur eux. Or il s'y posait souvent : nulles privautés, sinon en leur faveur. Tous pourraient dire avec quel tact exquis il savait les rencontrer à tel coin de corridor, les invitant à passer avec lui la récréation, s'ingéniant à les mettre en valeur, les faisant parler de sujets qui leur étaient familiers ou spécialement agréables.
Les religieux chargés des oflices domestiques , — appelés chez les Jésuites frères coadjuteurs, — n'ont qu'une voix pour dire combien le Père Lenoir avait d'attentions pour eux, comme il aimait à venir les renseigner sur les événements du monde chrétien et les conquêtes de nos missionnaires, comme il les accompagnait en promenade le dimanche, et comme il s'ingéniait, les soirs de congés où chacun, très légitimement, songe à son repos personnel, à les soulager dans leurs plus humbles emplois. Y avait-il après le diner, — à l'occasion d'un cinquantenaire ou d'une ordination de prêtres, — une fête de famille, des chants, des illuminations? On était sûr de voir le Père Lenoir, — sa charge de « préfet de lectures » lui en donnait le droit, — arriver au réfectoire alerte et souriant : « La séance commence, disait- il aux frères, il faut que vous alliez voir ça. Ne vous inquiétez pas de desservir. Le travail sera fait, le couvert mis. J'ai une équipe. Je m'en charge. » Et tout cela de si bonne grâce qu'on ne pouvait lui résister... Menus faits, mais dont la multiplication assure à la vie de communauté son charme très doux.
Les prédilections du Père Lenoir étaient aussi pour les infirmes, surtout s'ils étaient âgés, plus encore s'ils étaient prêtres. Et quand le service à leur rendre concernait la sainte messe, — son rêve de demain ! — son dévouement n'avait plus de bornes. Pour faciliter la célébration quotidienne à un bon vieillard qui n'avait plus toute sa lucidité et moins encore sa souplesse
d'antan, le jeune théologien se fit son servant à des heures tardives très gênantes, durant des trimestres et même des semestres entiers. Après son diaconat, bien que le règlement le dispensât de cet office, il poussa l'abnégation jusqu'à le continuer longtemps encore. Quelles que fussent ses occupations, il trouvait toujours du temps pour le plaisir et la consolation des autres.
Il y avait aussi, continue le Père de La Messuzière, les âmes plus spéckdement eucharistiques, ceux qui demain seraient prêtres et qui, enthousiastes des décrets sauveurs de Pie X, entendaient bien en être les propag-ateurs éclairés et fervents. Gomme alors le cher Père se prodiguait, donnant de sa science théologique, de son temps, de son cœur! Je n'oublierai jamais nos longues causeries, dans le bois de pins du scolasticat, sur nos projets d'apostolat par la communion fréquente. Je ne crois pas profaner le texte sacré en appliquant à ces conversations saintes le mot des disciples d'Emmaûs : « Nonne cor noslriim ardens erat duni loqueretur in via^ !... »
Je dis qu'il se prodiguait. Nous habitions au 3° étage, presque porte à porte. Un jour, il me lit une lettre d'Arménie. Un de nos missionnaires lui narrait les résultats très consolants obtenus par la communion fréquente et quotidienne, comment parmi nos élèves schisma tiques plusieurs désiraient se convertir uniquement pour pouvoir recevoir plus souvent le corps du Seigneur. Le missionnaire ajoutait que, pour encourager les bonnes volontés et vaincre les résistances, il recherchait les textes les plus importants des Pères cappadociens sur la communion fréquente : ce serait un argument puissant, pour ces Orientaux si traditionnels, de leur montrer que la doctrine eucharistique de Pie X était celle même de leurs Pères dans la foi. Le Père déplorait en terminant que sa bibliothèque patristique fût bien mal montée. Deux ou trois jours après, le Père Lenoir m'apportait un travail considérable, qui a paru quelques mois plus tard dans le 7 rail d'Union: il avait fouillé les collections de Migne et relevé, depuis la
* « Notre cœur ue brûlait -il pas, tandis qu'il nous parlait sur la route ? •
28 LOUIS LKNOIR S. J.
Atoa/-/] jusqu'aux derniers Pères du v^ siècle, les textes principaux relatifs à la communion quotidienne. Le manuscrit, — 8 ou 10 pages de références ou de textes, — prenait le lendemain la roule d'Arménie.
La revue le Trait d'Union^ dont on vient de parler, avait été aussi un fruit de la charité intelligente du Père Lenoir, lors de son premier séjour à Marnefîe. 11 la fonda, raconte le R. P.' de Vallois, recteur de la maison, « sur un simple désir que je lui exprimais un jour. Trois semaines après (janvier 1907), le premier numéro paraissait. Il continua sans interruption cette œuvre, qui n'avait d'autre but que de renseigner les professeurs et surveillants de nos autres collèges sur les ouvrages, lectures, jeux, industries, pouvant leur être utiles. La petite revue fut très critiquée et à l'intérieur de Marneffe et à l'extérieur. On prédisait sa mort à brève échéance. « Ne me lâchez pas ! » disait le Père... Le Recteur n'en avait nulle envie ; il obtint même de Rome, pour l'œuvre et l'ouvrier, une bénédiction spéciale. Et la petite revue grandit.
Du scolasticat, le Père Lenoir continua souvent d'y collaborer, sans nuire en rien à ses chères études théologiques, mais pour s'en délasser. Un jour de congé, où la pluie l'avait empêché de sortir, il composa ainsi « tout un article sur l'orthographe; une autre fois, le résumé de tout un rapport sur l'utilité des études classiques et une remarquable partie documentaire de pages élevantes sur la force oui témoigne d'immenses lectures* ».
Au mois d'août 1912, le Père Lenoir, prêtre depuis un an, recevait une seconde fois son affectation pour
1 Note du Père L. Dauchcx, qui dirigea le Trait d'Union pendant la théologie du Père Lenoir.
Marnefre. Bien qu'il dût arriver de nuit et que la propriété soit à quatorze kilomètres de la gare de Huy : (( Ne m'envoyez pas la voiture, écrivait-il au R. P. Recteur; je reviendrais par le raccourci, les yeux fermés. »
Son cher Marneffe ! C'était un collège qui n'avait assurément rien de commun avec cette « vraye geaule de jeunesse captive » dont parle Montaigne.
Tous les éducateurs, sauf peut-être certains extrémistes, ont prôné, pour la formation des caractères, une heureuse alliance — chez le maître — d'affection et de rigueur et — chez le disciple — d'initiative et de discipline. Mais, suivant les époques, les pays ou les systèmes, les dosages ont varié. Les liens de confiance et d'amitié sont partout nécessaires; mais dans les collèges dexil, où Ton avait à compenser l'éloignement du foyer familial et à faire Funité entre jeunes gens accourus des provinces françaises les plus disparates, l'obligation de resserrer ces liens s'imposait plus qu'ailleurs'. Ce n'est pas au hasard que, pour la revue destinée à rendre compte des événements du collège de Marneffe, on avait choisi ce titre : en famille.
Personnellement, le Père Lenoir était un fils trop fidèle de saint Ignace pour ne pas croire, en matière d'éducation, à l'efficacité de l'obéissance. Mais, précisément parce qu'il avait souvent médité et pénétré à fond la fameuse lettre de son bienheureux Père, il ne s'en tenait pas au résumé que certains prétendent en faire, quand ils détachent ridiculement de son contexte l'expression hyperbolique Perinde ac cadaver. « Tarte
* Sous ce rapport, il y av^ait une certaine ressemblance entre MarnefTe pt l'ancien collè§:e que les Jésuites dirigèrent à Fribourg: (Suisse) durant le second quart du xix* siècle. Dans la biographie du /?. P. Barrelle , qui fut une des physionomies marquantes de cette maison, l'on retrouverait sans peine bien des manifestations de cet esprit de famille qui était si cher au Père Lenoir. (Voir la vie du P. Barrelle, par le R. P. de Chazournes, 2 in-12, Pion, 1870.)
à la crème » n'est pas une explication qui suffise à tout. Il savait (jue, pour saint Ij^nace, l'obéissance féconde n'est pas du tout l'obéissance d'exécution. « Se borner à exécuter les ordres, dit en effet le fonda-j teur des Jésuites, est une obéissance infime et très imparfaite qui nest même pas diyne du nom de cette\ vertu. Mais il faut nous élever à ce second degré, qui fait de la volonté du supérieur la nôtre; il faut nous harmoniser si bien avec lui, que ses ordres ne soient pas seulement effectivement exécutés^ mais encore affectueusement consentis K »
Formé à cette école, le Père Lenoir louait en éducation l'efficacité de la règle, mais de la règle acceptée, non pas subie. Et il estimait que son effort d'éducateur devait être d'abord d'obtenir cette soumission consentie. Plutôt que de violenter une volonté, il préférait attendre avec patience... Oh! non pas qu'il capitulât; ce n'était guère dans îa nature de celui qui jadis, à peine sevré, avait articulé « Je veux ». Mais quand un jeune entêté regimbait, le Père se gardait bien de le po'usser à bout, craignant peut-être de voir un de «es élèves renouveler le mauvais exemple qu'il avait donné luimême à ses camarades d'humanités en 1893. Maintenant toutefois sa décision, il avait assez confiance dans le bien -fondé de l'ordre qu'il donnait, assez confiance, — pourquoi le tairais-je? — dans son ascendant moral aidé de la grâce divine, pour espérer qu'il triompherait des plus obstinés par la persuasion.
C'est bien ainsi que le Préfet des études d'alors à Marneffe, le R. P. d'Ambrières, caractérise « les idées et les méthodes du Père Lenoir » : « L'éducation plus par l'ascendant moral du maître que par le cadre
* ... Vl non solum in effecln exseculio uppnreat, verum etiam in affeclii consensio. On a beaucoup écrit sur cette question. A ceux qu'elle intéresse nous recommandons volontiers la lecture des Préceples et Jugements du Maréchal Foch, par le commandant Grasset (Bei-ger-Levrault). Cf. dans les Etudes du 5 octobre 1917 : Initiative et discipline, d'après le maréchal Foch.
et la co-ntrainte du règlement; le développement de la conscience et de la personnalité chez l'enfant, en lui faisant mieux comprendre le devoir qu'il a de s'éduquer lui-même et d'apporter son initiative à l'organisation de la discipline*. »
Aux yeux du Père Lenoir, le premier but était donc d'inspirer la confiance. Mais, pour l'obtenir, il faut livrer un peu de son âme ; et dès lors le danger est évident : se laisser pénétrer par le disciple avant de le pénétrer lui-même, ce qui suffît parfois pour tout compromettre et pour que
Une maille rompue emporte tout l'ouvrage.
En face d'une collectivité quelconque, — atelier, bataillon ou classe, — le chef désigné,- nouveau venu, ne doit rien risquer qui compromette son autorité, et pour cela il lui sera peut-être nécessaire de se cuirasser un certain temps de l'air impénétrable du sphinx. Le Père Lenoir, pour son compte, brûlait cet intermédiaire, — avec l'autorisation de ses supérieurs, nous pouvons l'affirmer; — à tout le moins, il le rangeait parmi les « mesures pour rien », utiles seulement à des orchestres mal disciplinés.
Veut-on savoir quel fut son premier contact avec sa première classe de Marneffe en 1905? Un de ses collègues le raconte ainsi : « D'avance il étudia sur une photographie les têtes de ses futurs élèves de quatrième, et à leur grande surprise, le jour de la rentrée, il leur donna leurs places, en les appelant uniquement par leurs prénoms^. » Cette étude minutieuse, méthodique, cette prévenance affectueuse, ces noms de baptême, voilà qui est tout à fait du Père Lenoir; mais, de grâce, n'allons pas, pour les traiter de mièvres, les séparer de leur contexte. Ils font partie d'un ensemble.
* Lettre du 14 août 1917.
' Père Datin, leUre du 4 décembre 1917.
3a LOUIS LENOIR S. J.
L'emprise était souvent immédiate. Parler de coup de foudre serait inexact, car la douceur était extrême; mais il y avait du moins Féclair. Pour le faire sentir, rien ne vaut le témoignage de ceux qui l'ont éprouvé.
« Dans les premiers jours d'octobre 1913, a écrit l'un d'eux ^, sur le quai de la gare du Nord, on aurait pu voir un jeune nouveau perdu dans la foule des Marneffiens. Ah! oui, triste, je l'étais un peu; mais voici qu'au moment de monter en wagon, je me trouve nez à nez avec le Père Lenoir. Oh ! cher Père Lenoir, je n'ai pas été long à vous deviner. Du premier coup j'ai senti qu'il y avait en vous quelque chose de plus beau, de plus grand que dans l'âme des directeurs du collège dont je venais, quasi renvoyé d'ailleurs. Je me rappelle parfaitement l'impression que j'ai eue. Je venais de rencontrer quelqu'un qui devait m'enthousiasmer plus et mille fois plus que tous... J'ai senti nettement la présence d'un apôtre. Je ne m'étais pas trompé. Nous filions déjà à toute allure dans les plaines du Nord, lorsque le bon Père, après avoir terminé tout ce que sa charité lui avait fait entreprendre pour le soulagement des autres vint me trouver. Notre conversation, la première (je ne parle pas des quelques mots échangés à la gare du Nord), commença d'une manière toute banale. Nous passions dans la plaine où César battit les Belges. Tout naturellement le Père Lenoir me raconta la bataille... Puis, de fil en aiguille, j'arrivai aux confidences et je lui racontai toute ma vie et comment j'étais venu échouer à Marneffe. Il m'avait inspiré confiance et tout naturellement Je lui avais tout raconté. Il me regardait avec ses grands yeux si bons et si purs et, dès ce moment, je me suis mis à l'aimer immensément et à l'admirer sans trop savoir pourquoi. Après avoir fini mon histoire, je lui ai dit : « Mon père, je
* C'est le jeune homme dont nous parlons plus loin, sous le nom de Toty, cf. ch. xvi, p. 292.
« vais me meltre à communier trois fois par semaine; « mais pas plus, parce que je n'en suis pas digne. » Aussitôt il sourit très doucement et il me parla en de tels termes de la communion et de la sainte Eucharistie que dès ce moment-là je me suis senti tout désireux de ne jamais manquer une communion... »
Et la déposition se poursuit du même ton durant de longues pages.
Est-ce que je m'abuse? Mais, à lire ces confidences, un nom ne surgit- il pas à l'esprit, pour caractériser le jeune professeur, celui dont les pharisiens dépités prétendaient ternir la mémoire de Jésus et que la postérité chrétienne a recueilli comme un splendide hommage.: Seductor ille...? Du moins, le Père Lenoir réalisait à la lettre la mission dont le Sauveur avait chargé saint Pierre : « Tu prendras des âmes : Ilomines erli caplens. »
On gagne la confiance en la témoignant. A l'envi, les élèves du Père ont déclaré qu'il avait en eux une confiance « absolue ». Je crois volontiers qu'ils S3 vantent et qu'on doit a^ porter à ce mot un juste tempérament. Cependant, voici qui est assez clair pour indiquer les tendances réfléchies du professeur; c'est encore une fiche de lecture des premiers temps de guerre et empruntée, comme l'autre, à Sénèque : 'c Education. Témoigner confiance. Sénèque^ lettre 3 à Lucilius, édit. Aube, page 48 : Fidelera si putaveris faciès. Natn c/uidam fallcre docuerunt, dum timent fallij et illi jus peccandi suspicando fecerunt\ »
Reste qu'il y a telles marques de confiance que l'on peut donner individuellement à trente enfants et que la prudence interdit de leur accorder s'ils se trouvent tous réunis. Comment résoudre l'antinomie? Où sera le juste
^ « En croyant à la fidélité, vous la faites. Car certains ont enseigné à tromper en craignant de l'être; par leur soupçon, ils ont donné le droit de commettre une faute. »
milieu? Impossible de répondre, sans consulter d'abord la puissance d'autorité de l'éducateur. Mais, comme en cette matière l'illusion — hélas! — est facile, pour trouver le juste milieu, il n'y aura pas d'autre ressource que les conseils d'un ami sûr ou d'un supérieur. 11 serait assez naïf de penser que le Père Lenoir ne s'aperçût pas de l'ascendant qu'il exerçait. L'humilité ne consiste pas à nier les dons de Dieu. Il en avait conscience, et même, comme l'écrit un de ses meilleurs amis, « il aimait son influence et, s'il eut à lutter, ce fut pour y garder un absolu surnaturel et ne rien rapporter à soi*. » De cette influence il ne voulait se servir que pour persuader d'aller au devoir, ou, — pour parler de façon moins austère, — d'aller à Jésus-Christ. Ayant quitté le collège , un de ses anciens , qui continuait à lui écrire fréquemment, s'obstinait, malgré son affection pour le Père, à refuser un sacrifice que celui-ci jugeait nécessaire. Enfin, après dix lettres, où une habileté digne de Gorgias avait échoué devant la critique implacable du directeur, le jeune homme obsédé, à bout de souffle, avait jeté ce cri : « Eh bien! soit, je fais ce sacriflce,... mais uniquement parce que c'est vous. » Du tac au tac il s'attira le billet suivant :
Alors, Bob, je n'en veux pas. Vous allez vous récrier, dire que je me contredis, que je déraisonne. Libre à vous; mais je ne puis ni ne dois vous demander de sacrifice pour la seule fm de m'être agréable. Faites -le parce que Notre-Seigneur vous le demande (pour sa gloire, pour le salut de votre âme, pour votre vocation, pour le salut de beaucoup d'autres âmes), ou ne le. faites pas du tout. Voilà une lettre bien dure encore, mon pauvre enfant. Mais le mal est profond^ et il faut que le bistouri pénètre douloureusement.
On le voit, le Père Lenoir ne se contentait pas du coup de foudre initial. Du sermon sur la montagne et
* R. P. Tenneson.
du reniement de saint Pierre, il avait appris que la formation, même des meilleurs, est une longue patience et qu'elle s'obtient surtout par l'action individuelle, prolong-ée, du maître sur l'élève.
Sans doute i^ avait trop le sens social pour n'avoir pas constaté, en éducation, l'utilité du groupement. Au frottement mutuel du collège, miniature du monde où l'on vivra demain, des ano'les s'arrondissent ou se rentrent, des caractères se révèlent; on apprend à respecter les droits d'autrui, comme à faire respecter les siens ; à revendiquer sa place au soleil, mais sans morgue; à disputer le prix, mais sans envie jalouse; à triompher, mais sans orgueil; à être battu, mais sans abattement. On s'enhardit à vivre sa foi avec fierté et l'on s'initie à ce qu'un ancien maître de Marneffe a si bien appelé : l'apostolat de l'amitié ^
Mais le Père Lenoir n'avait pas la simplicité, — ou la paresse j — de supposer que le groupement a une efficacité suffisante par lui-même. Pour que l'enfant profite de tous ces avantages, il faut que quelqu'un l'éclairé, l'avertisse, le modère, le pousse, le relève; suivant le mot cher au Ratio studiorum des Jésuites, les maîtres doivent être des récents. Et c'est à quoi le jeune religieux excellait : plus que professeur, mieux que docteur, il fut surtout, pour les initiatives qu'il avait le don de stimuler, un guide admirable.
Aussi, quel zèle pour l'avancement de ses disciples! « Correction soignée des copies, compositions multiples de plans de travail, de textes de devoirs, de notes explicatives, d'abrégés de grammaires et de petits lexiques usuels. Le Père était, en l'espèce, un difficile, difficile à l'excès. Il ne se satisfaisait guère avec les ouvrages mis entre les mains de ses élèves. Il leur composait, à frais nouveaux pour lui, des éléments de
* Le Père de Pully, dans une série d'articles de Frères d'Armes et d'autres revues, par exemple dans Les Jeunes du 22 mai 1921,
36 LOUIS LENOIK S. J.
travail à sa fî\çon ; c'était une partie des labeurs où disparaissaient ses temps libres et pour lesf{uels il s'usait en des veilles prolongées ^.. » Il y eut, en cette année 1912-1913, une période de vie intense où, « de son propre aveu, avant que son recteur n'y mît bon ordre, la petite aiguille faisait parfois le double tour du cadran sans qu'il se couchât^. »
Excès assurément, mais qui montre jusqu'où le professeur poussait la conscience de son devoir détat.
Ce qui le caractérise encore davantage, c'est la méthode pédagogique rigoureuse qu'il y apportait. Comme Aristote classant les idées, il avait plaisir, après une minutieuse analyse, à ordonner ses élèves par « catégories » , afin que, les connaissant mieux, il pût non seulement les stimuler avec plus de fruit, mais aussi les faire s'entr'aider les uns les autres suivant leurs alïinités, leurs tempéraments et leurs goûts'. Tel ou tel ne parvenait pas toujours à se ranger dans ses cadres ; comme à la Chambre, il y avait des « sauvages ». On voyait alors le jeune régent frapper à la porte du Père Préfet. « Je n'arrive pas, disait-il, à comprendre ce qui se passe en cette tête. Ça ne va pas. C'est pourtant un excellent enfant. (Le professeur avait toujours, — qu'on le remarque, — un éloge à faire de ses élèves les plus médiocres.) 11 écoute, il fait des efforts, et ne réussit pas... Si vous le permettez, je le prendrai tous les soirs pendant l'étude. Nous travaillerons dans la même salle. Pendant que je préparerai de mon côté ma classe du lendemain, je lui demanderai de réfléchir à haute voix, afin de me rendre compte où est l'hiatus : si c'est la mémoire, l'intelligence, l'ignorance... 11 faut que je le
* Père Courbe, dans En Famille, octobre i9f7, p. 26.
* R. P. Tenneson.
3 L'enseignement et l'apostolat mutuels étaient une industrie chère au Père Lenoir; tel article du Trait d'Union représente bien sur ce point sa méthode (1907, p. 140); il y trouvait, outre une économie de temps, un rendement apostolique multiplié. Ainsi ayira-t-il avec ses marsouins, en les faisant, comme il le dit, « se racoler » entre eux.
désarticule. » Et il s'acharnait ainsi sur le même, sans d'ailleurs négliger les autres, des semaines entières. « Pour un jeune enfant, de nature un peu fillette, je l'ai vu employer cette méthode vingt minutes par jour, tous les jours, pendant un an. « Je ne sais si cela rendra, « disait-il; mais il faut essayer. » En nous contant cela, l'ancien Préfet hochait la tête et scandait sa phrase : « Vingt minutes par jour ! »
Somme toute, le Père Lenoir avait, pour l'avancement de ses élèves, un zèle communicatif. Il s^en montrait si passionné, et tous le sentaient si bien, que le plus apathique recevait l'étincelle et finissait aussi par désirer son progrès. Sainte rivalité dont le religieux avait trouvé l'exemplaire dans la jalousie que Dieu luimême a pour le progrès de nos âmes.
Fort de son ascendant, le jeune professeur avait, pour le développement intellectuel de tous, de grandes audaces.
Que l'on songe, par exemple, au montage à' Antigone, et aux circonstances où il présenta cette tragédie : non pas à l'occasion d'une fête, mais un 26 février 1907, au milieu de la marche des cours ; car, loin de prétendre interrompre le mouvement des études, il ne voulait que le renforcer. Sa classe de troisième avait assumé, avec la tâche de l'exécution, celle dune traduction, qui figura au libretto artistique à l'aide duquel les profanes suivirent le spectacle. Mieux encore, il trouva le moyen, lui qui n'était pas encore prêtre, d'intéresser à la chose le collège entier. « Dans les classes supérieures d'Humanités et de Rhétorique, écrit le R. P. de Vallois, on étudia avec passion Anligone, pour être à même d'en comprendre l'exécution. Seul le Père Lenoir pouvait s'atteler à une pareille entreprise, qui eut un merveilleux succès. »
A l'intérieur de sa classe, une vraie petite république
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à la romaine, il osait plus encore. Convaincu que (( rien ne paralyse autant chez la jeunesse le zèle au travail que la monotonie* », il s'appliquait, suivant le conseil de ses règles, à « varier le plus possible les exercices scolaires » et à entretenir entre ses élèves « cette honnête émulation qui est, au dire du Batio, un si grand stimulant à l'étude ». Ne risqua-t-il pas, dans l'application de ces méthodes, ce qui pour d'autres, moins doués du lluide impératif, eût été téméraire? Certains de ses meilleurs amis l'ont pensé. Leur opinion, mise en vedette ici, éclaire singulièrement par avance tel ou tel aspect des années de guerre qui vont suivre, et elle explique pourquoi le Père Lenoir fut tout à la fois passionnément aimé de la grande masse et passablement critiqué de quelques-uns.
Nous avons parlé de république... Qu'on ne s'y méprenne pas : tout son petit monde lui obéissait au doigt et à l'œil; le maître n'avait aucune envie de perdre une parcelle de son autorité : il était né chef. Cependant, il affectait de ne pas jouer au monarque. Tout lui était bon pour rompre avec les routines et favoriser les initiatives.
Mieux vaut, sur ce sujet, prêter l'oreille à ses élèves :
(( J'ai un souvenir très net de ses classes, nous écrit l'un d'eux-. Mon Dieu, quelles classes! Beaucoup y
1 Ce sont les expressions mêmes du Ratio, règle 23^ des prnfpssem'S des classes inférieures. (A noter que ce terme classes inférieures inclut, pour le Ratio, tout ce qui est en dessous de la Philosophie, y compris même la Rhétorique.) Voici comment s'exprime la règle 31^ : « 11 faut faire grand cas de la concertation et l'employer dans toute la mesure du possible, afin d'entretenir cette honnête émulation qui est un si grand stimulant à l'étude. On suscitera des engaj^ements soit individuels soit collectifs, surtout parmi ceux qui occupent des charges. Ou bien encore un seul en harcèlera plusieurs. Les simples citoyens se provoqueront entre eux et de même les magisti-ats. Parfois même un citoyen attaquera un magistrat et, s'il a le dessus, on pourra lui donner sa charge... >> Ce talîlean , où le Ratio propose un idéal à poursuivre, n'est pas précisément celui d'une classe où Ton dort...
^ Robert du Parc.
allaient avec bien plus de joie qu'à une partie de football, et j'étais de ce nombre. Il y avait une émulation extraordinaire. Au lieu des deux camps traditionnels, le Père nous divisait en sept ou huit gentes, avec un sénateur pour chef, un chevalier et un tribun. Deux sénateurs étaient consuls. Alors, le samedi, c'étaient des ^\'^ tailler, terribles pour garder le consulat ; on se provoquait avec fureur. Et puis, chaque dimanche, réunion du sénat et du tribun de la plèbe armé du droit de veto. Chaque gens avait aussi son aéroplane qui avançait... »
Mais avant de nous lancer dans l'espace, écoutons le Père Préfet de MarnefTe préciser quelques points des Pandectes spéciaux à la classe de troisième : « Le sénat faisait des lois, c'est-à-dire qu'il avait le droit d'interpréter certains points du règlement et de la discipline générale. Ainsi avait- il établi que l'on aurait toujours le droit de parler pour soutenir sa gens. Il arriva que... » Ici, je rends la parole au disciple, témoin plus immédiat des événements :
(( Dans les prélections , c'étaient des hurlements de toute la classe,... tellement que les élèves d'Humanités se plaignaient à nous, au réfectoire, que grâce à ce tapage ils n'arrivaient plus à s'entendre. Oh ! que ces classes étaient délicieuses! » Cependant, le tribun de la plèbe, chargé de revendiquer le respect de tous les droits opprimés, fit une motion auprès du sénat, qui, après une chaude discussion présidée par le fin sourire du professeur, statua « qu'il serait mieux désormais de garder le silence, sauf, toutefois, pendant la prélection pour dire — et non pas hurler : — Père ! Père ! Père ! » ... Ainsi la licence, aurait dit Montesquieu, se trouva corrigée par ses excès mêmes... L'histoire n'ajoute pas si les humanistes se déclarèrent satisfaits.
Le sénat se réunissait pour bien d'autres affaires. Dans une lettre du 13 juin 1914, à un élève que sa santé venait d'éloigner de Marneiïe, je relève ce détail :
« Hier, congé des académiciens [sans doute encore des humanistes]. Les petits troisièmes n'y ont pas droit, naturellement. J'ai quand même réuni le sénat; on a décidé des courses aux obstacles pour les leçons... » L'ingéniosité du professeur, — pardon! du sénat, — multipliait en effet les industries. Le mot « aéroplane », cité plus haut, fait allusion à un concours amusant de 1914. Durant plusieurs semaines, le ciel de la classe fut tendu d'un réseau de fils blancs, sur lequel avançaient et reculaient des avions de papier aux couleurs de la gens Boberla, de la gens Thuya ^ ou Georgia, ou Veuillolina... On devine si cela fit sensation.
Au reste, les élèves ne se méprenaient nullement sur la portée pédagogique de ces méthodes attrayantes. « Petites choses, note fort bien Robert du Parc, mais qui nous faisaient travailler à fond. »
Cette république s'était bien gardée de voter la séparation de l'Eglise et de l'Etat, a Le Sénat a décidé, écrit le Père le 10 juin 1914, que la neuvaine de communions promise le Samedi Saint se ferait du 41 au 19, de demain Fête-Dieu au vendredi de la fête du Sacré-Cœur. » Six semaines auparavant, il avait arrêté que, « pour célébrer le mois de Marie, chacun devrait parler à tour de rôle, au début de la classe, de Tune des gloires de la Sainte Vierge ». Le témoin qui rapporte le fait a beau ajouter : « Je me rappelle même avoir séché piteusement sur Stella matutlna. » cela ne l'empêche pas de rebondir pour s'écrier : « Ces classes étaient si pieuses!... Chaque fois que la moindre occasion de parler du sujet préféré — communion fréquente — se présentait, elle n'était pas manquée. Et peu à peu l'idée entrait... Personne jamais ne m'a parlé de l'Eucharistie dans des termes pareils. Ce n'est pas que ce qu'il disait fût extraordinaire. C'était la manière de le dire. On le sentait tellement plein de son sujet, tellement brûlant d'amour pour Notre-Seigneur au Saint Sacrement!... »
L'idée entrait si bien, — notons ce détail qui fait sentir la puissance d'expansion du zèle du professeur, — qu'un de ses élèves a pu écrire : « C'est grâce à lui que j'ai vu, dans ma famille, ma sœur et moi aller communier à une heure de l'après-midi plutôt que de manquer une communion; grâce à lui en grande partie que tous mes frères (qui ne furent jamais élèves de Marneffe) se sont mis à la communion fréquente... Ah! que je pourrais en dire long à ce sujet!... »
Inutile d'ajouter que cette piété s'appuyait sur une instruction religieuse solide. Celle-ci se complétait par ce que le Père Lenoir appelait des « cas de conscience » : manière vivante d'habituer cette jeunesse à ne pas laisser flotter dans les nuées de la spéculation les enseignements recuis. Veut- on un exemple?
« Hier matin, cas de conscience... J'en ai donné un très triste et malheureusement vécu... » Suit la longue histoire d'un Arménien converti, que le Père avait connu à Beyrouth, et qui, actuellement à Paris, était tombé dans la misère noire, lui et sa petite famille, à la suite d'un accident de travail...
Il cherche en vain une place... Mais les derniers sous sont partis. Alors il a dû mendier..., quêtant les restes d'une grande cuisine et entendant derrière lui les moqueries des domestiques. Or, ce pauvre garçon a été élevé, non pas dans Taisance, mais dans le luxe ; son père est un des plus riches commerçants que j'aie connus en Orient, mais schismatiquc fanatique. Aux lettres de son fils, il répond invariablement : « Renonce au catholicisme et je te rends tout. » — « Gardez votre argent, lui répond le brave jeune homme, je garde ma foi. X) ... Malheureusement, il a sa petite famille à sauver et vous voyez d'ici ses souffrances atroces, physiques et morales !... Le cas consiste à répondre à un homme qui, dans ces conditions, murmurerait contre la Providence et, désespéré, voudrait en finir avec la vie.
On voit que le i^ère Lenoir n'hésitait pas à mettre
des enfants de 14 ans en face des plus graves problèmes. C' m ne cela tranche avec l'irréel et la banalité de certains sujets de composition proposés par les manuels !
Par tout cet ensemble, les disciples sentaient que leur professeur possédait vraiment la pleine autorité, Tautorité elliciente, celle qui ne se contente pas de se déclarer « de droit divin », mais qui se fait accepter par le dévouement, la compétence et le savoir-faire.
Avec tous les travaux d'une classe ainsi comprise, avec la direction du Trait d'Union^ alors métamorphosé en un périodique polyglotte abondant, très digne de figurer dans le monde des revues, le Père Lcnoir devait être, pensera-t-on, suiïlsamment occupé. Pourtant son activité s'exer<;ait de bien d'autres manières.
D'abord, comme toujours, au soin des malades. Un de ses élèves des plus ardents, neris surexcités et tête fatiguée, avait reçu en mai 1914 Tordre d'un repos complet.
Oh! que j'ai bien su en ces jours-là, écrit-il, la charité extrême du bon Père ! Malgré ses innombrables occupations, il a passé avec moi des après-midi entières de 1 heure à 6 heures, à se promener dans le parc en causant de choses et d'autres et tâchant de me calmer. Il canotait avec moi sur les étang-s ; il cueillait avec moi des fleurs pour la statue de la sainte Vierj^e de notre classe. Ou bien, assis près de moi sur un banc, il me lisait un passage de TP^vangile, avec la même voix, la même profondeur de sentiment dont il disait le Pater à la messe et dont Notre-Seigneur devait parler aux apôlres sur la Montagne...
La fatigue persista et l'enfant, au moment où allaient commencer les compositions de prix, dut, le cœur gros, anticiper ses vacances. Mais le Pèro Lenoir ne l'oublia pas. Durant ces deux derniers mois,
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nialp^ré la surcharge inhérente à toute fin d'année scolaire, il lui écrivit plus de dix fois, et non pas de simples billets : le 30 mai, sept pages; le 2 juin, quatre ; le 4 juin, douze; le 10, six; le 13, huit; le 24, quatre; le 29, huit; et durant le mois de juillet, encore une vingtaine : en tout soixante-neuf pages. Et nous avons des raisons de croire que notre collection est incomplète.
Comment ne pas noter également ce trait si évangélique de sa carrièrç d'homme de collège? « Nommé professeur à Marneffe, écrit le R. P. Tenneson,.il me dit de son ton triomphal et convaincu : « Et puis, « ce qui me fait le plus de plaisir, c'est que je suis « chargé des domestiques. » Du même ton il me dit, au carême de 1914, qu'il apprenait le flamand pour mieux les entendre et les confesser. » Non content de leur faire le catéchiisme, « il avait organisé pour eux de petits cours du soir, une bibliothèque, une salle de jeux tranquilles et des matches de foot-ball. La plus précieuse des récompenses ne tarda pas à en revenir à ce bon prêtre selon Pie X : il vit ces humbles, ces rétifs, se mettre d'eux-mêmes à la communion quotidienne*. »
Grâce à Dieu, les dévouements ne sont pas rares parmi les chrétiens. Les intelligences sympathiques aux initiatives d'autrui le sont davantage. Il faut, pour distinguer l'ivraie du froment, tant de pénétration, et surtout il faut tant de modestie pour accepter seulement la pensée que d'autres osent bien tenter « quelque chose qui ne s'est jamais fait » ! Le Père Lenoir avait admirablement l'un et l'autre et avec la meilleure grâce il se mettait au service de tous, supérieurs, égaux ou inférieurs, pour les aider à mettre sur pied leur projet.
* Alexis DccouL, dans la Hevuc jjratique d'apoloijétiquc, 15 août 1020.
4i LOUTS LENOIR S. J.
La première fois qu'un Père de V Apostolat de la Prière vint à MarnelTe parler aux élèves de cette ligue à la fois si souple et si stimulante, il y eut, au cours de la réunion professorale qui suivit, un instant .d hésitation ; non point que tous ne fussent chaudement sympathiques à lidée, mais on ne voyait pas les moyens efficaces d'insérer les pratiques de cette association dans la vie du collège. Ce fut le Père Lenoir qui rompit le silence et, lui qui vivait si intensément dans sa prière comme dans ses actes la vie d'apôtre, il n'eut pas de peine à montrer que, pour exciter des cœurs à la vertu, au travail, à la correction des défauts, la pensée de zèle préconisée par Y Apostolat de la Prière avait un souverain pouvoir.
11 fournit de même son concours à la fondation et au fonctionnement des conférences de Saint-Vincent de Paul. A- l'intention des jeunes confrères, « il rédigeait des résumés catéchétiques pour les cours d'instruction religieuse qu'avec les humanistes ils donnaient h quelque quarante enfants de la paroisse d'Oteppe. Ou bien, lorsqu'un aperçu d'ordre social s'ouvrait à l'horizon d'un exercice scolaire, il en profitait, dans des causeries familières, pour incliner le cœur de ses élèves vers les petits paysans auxquels ils s'intéressaient avec tant de plaisir et d'animation. Procédant par éloges, il félicitait les apôtres en herbe des rapports de fraternité que ces conférences nouaient entre eux et leurs pupilles; il insistait sur le Vse divitihus! et sur le Beau pauperes! dans l'espoir que tel ou tel de ses auditeurs se laisserait séduire par un appel divin plus spécial'. »
Il ne dédaignait pas de prendre une part, même active, à leurs kermesses charitables.
Fête d'hier tout à fait réussie [en 2® division], écrit-il le 29 juin 191 4... Vous y étiez sans doute par la prière et c'est
* Père Courbe, article cité, pp. 38-3'j.
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peut-être ce qui aura mis tant de charité au cœur des conférenciers, tant de soleil sur la pelouse et tant de joie dans les veux des petits pauvres... D'abord distribution des prix au théâtre. De P*** taisait un Père Préfet de poigne et de coup d'œil : admirable ! Orchestre insensé sous la direction de D***. Chaque catéchiste va ensuite faire couronner son petit. Puis kermesse.
Le grand ami de son correspondant tenant la buvette, le Père alla Taider quelque peu, « pour essayer de combler un vide impossible à combler ». (( Du moins, ajoute -t-il avec une pointe de malice, les bouteilles de sirop ont été bien moins entamées que si Vautre avait été là... » Suit toute une description :
Deux épiciers, un bazar, la police faite par H***, qui en même temps règle l'ordre des exercices ; d'abord guignol, d'autant plus de succès que c'est plus bête, puis les altraclions..., le baquet d'eau, le baquet de farine, le baquet de son, les farces tenues par « Petit Bébé », le jeu de massacre évidemment confié à de M*** et F***, un superbe distributeur automatique invention G***, l'homme à la perche par de P***. Ensuite le mât de cocagne, les pots à casser, les sacs à percer et M*** marchand ambulant. Enfin, courses et concours, et la journée se termine devant Notre- Seigneur en le remerciant.
Ainsi le Père Lenoir faisait participer aux fêtes de famille du collège ceux qui en étaient momentanément séparés. Dans l'œuvre très haute et complexe de Téducation, il ne tenait pas ces petites joies pour négligeables
Resterait à dire que jamais, quand il en était prié, il ne refusait de prêcher aux réunions de congrégation ou à la chapelle les jours de solennité. Resterait surtout à parler de sa piété. Mais ne la devine-t-on pas à travers chacune de nos lignes? C'est à son insistance, sinon à son initiative, que se rattache cette institution
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de la dernière année de Marnelïe, de la visite du soir au Saint Sacrement, facultative pour tous les élèves Quant à lui, non contenu d'ajouter à ses exercices ordinaires de religieux le chemin de croix quotidien, — nous savons qu'il y fut fidèle même aux temps de plus grande presse*, — il aimait à venir passer encore de longs moments auprès du tabernacle. Un de ses amis, dont le nom reparaîtra fréquemment dans ces pages et à qui serait revenue la joie d'écrire la vie du Père Lenoir, si la mort ne l'avait enlevé aussi-, a dit « avec quel amour de bon pasteur il portait avec soi dans son cœur toute sa bergerie aux pieds du divin Maître; comme il détaillait à Celui-ci les besoins, les lacunes, les peines de ses brebis! ce qu'il répandait de prière fervente et de chagrin réel devant Dieu, si, par quelque fissure, une brebis s'était échappée du bercail! A voir son attitude devant le Saint Sacrement, il était manifeste que son âme ne divaguait point, qu'elle se ramassait toute sur son objet et s'entretenait avec ]e Père des Cieux de la multitude des commissions, petites et grandes, dont on l'avait chargé pour Lui. » Par la prière seule l'apôtre donnait à son zèle l'extension qu'il ambitionnait.
Mais une heure sonnait déjà, pour laquelle, à son insu et contre toute vraisemblance, Dieu l'avait préparé. « Plutôt que de jouir en paix dune œuvre fondée par moi, disait-il un jour, je préférerais passer ïna vie à l'établir ailleurs. » Il ne pensait pas être pris aussi strictement au pied de la lettre. Celui qui ne trouvait jamais qu'on lui taillât la besogne assez large
* Témoi^na^e du R. Père Teniieson et d'autres.
2 Le Père Courbe, dans l'article d'En Famille, déjà cité.
allait voir s'ouvrir un champ illimité, bien digne de son tempérament missionnaire et conquérant. « Non pas, note un de ses annalistes, que ce fm scholar et ce jardinier de jeunes âmes fût belliqueux par caractère... Quelques jours avant la déclaration de guerre, Thorizon étant déjà très sombre, il se jugea autorisé à célébrer par dévotion la messe votive de la Paix ; et c'est en pacifiste convaincu qu'il en vantait les beautés, avec une sorte de gourmandise liturgique ^ »
Comme tous les Français de 1914. le Père Lenoir était prêt à tout pour éviter à son pays Je fléau que l'Eglise range dans ses litanies à côfé « de la peste et de la famine », à tout, saut' à la perte de l'honneur.
*. Alexis Décout, article cité.