‹ Un prétendantChapitre 11 sur 22 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Charles-Edouard resta quelque temps absorbé par les préoccupations que les paroles de master Cromby avaient éveillées en lui. A la fin il secoua doucement sa noble tête comme pour chasser des réflexions impor-

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tunes, et dit en essayant de sourire : — Vous oubliez, monsieur, que vous êtes venu ici pour y chercher quelqu'un; et j'oublie , moi , que je puis peut-être vous donner des renseignements sur celui que vous cherchez.

Charles Stuart n'eut pas besoin d'en dire davantage ; Tom rentrait en ce moment dans la salle à manger, et la scène de reconnaissance arrivait de soi. Master Gromby fut aussi étonné en voyant Tom sous un costume de highlander, qu'il l'avait été quelque temps auparavant en croyant le rencontrer sous un costume ecclésiastique.

— Permettez-moi, monsieur, de vous adresser une question , dit Charles Stuart en s'adressant à Tom. Quel est le sens de la comédie qui se joue ici? Êtes-vous la dupe ou le complice d'une mystification? et comment le nom de sir Murray se trouve-t-il mêlé à ce qui se passe? Lady Mitliden pré- ,

VU nÉMHftAPIT. f IU

tend que vous êtes le fils de Jaeques4U ; le prétendez-vous aussi ?

Ici master Cromby ne put réprimer un éclat de rire , que suivirent immédiatement ces mots :

— Lui ! le fils de Jacques IQ ! lui le rejeton d'une famille de rois ! Allons donc ! J'espère bien, monsieur Tom, que vous ne croyez pas un mot de ces billevesées-là.

— Je ne vous répondrai pas pour le moment, dit Tom, mais plus tard j'aurai des comptes à vous demander.

— Oui-da ! répliqua master Cromby ; mais vraiment il a la cervelle tournée !

Master Cromby n'ajouta rien, mais sa figure exprima cette sorte de satisfaction intérieure qu'on éprouve toujours à l'idée de châtier l'orgueil d'un fou. Il tira à son tour un carnet de sa poche , et y prit un papier plié qu'il remit à Tom. Ce papier contenait un acte de naissance en règle ot

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constatant que Tom était le fils? de demoiselle Krette Badge, ouvrière en linge dans la bonne ville d'Édimbourg^et de John CrotoJby , étudiant en médecine, qui avait déclaré être le père de l'enfant.

La lecture de cet acte de naissance et surtout de la dernière allégation qu'il renfermait , produisit sur Tom un effet difficile à décrire ; il pâlit et rougit tour à tour, et s'écria à la fin en regardant master Crumby avec indignation ;

— Vous, mon père ! cela n'est pas possible!

— Gela est parbleu! vrai, dît le petit homme eu se redressant , et si vous n'avez pas su plus tétle mystère de votre naissance, c'est d'abord que du vivant de ma femme je ne pouvais avouer une folie de jeunesse. C'est que , ensuite , et après sa mort , je ne voulais pas vous donner mon nem avant d'être sûr que vous méritiez de le porter».

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laster Cromby s'arrêta , ses petite yeux gris clignotèrent un instant, comme s'il eût voulu lutter contre l'attendrissement paternel qui le gagnait. A la suite de ce combat il •avril ses bras et dît à Tom :

— Allons, viens! viens dans mes bras f Je te pardonne les torts que tu as eus jusqu'ici, et le mépris que tu as montré pour Fhonorable profession que j'exerce. Retournons à la maison, et je m'écrierai* comme le père de l'enfant prodigue : « Mes amis , taons le veàa gras, mon fils est de retour dans la maison de son père ? »

Quelque touchante que fût cette allocution , elle n'émut pas l'orgueilleux Tom , et ce fut en vain que master Cromby continua pendant quelque temps de tenir ses bras ouverts.

— Je reste ! dil Tom ; j'attends quelqu'un à qui je veux parler et qui seul peut éclairer mes incertitudes.

— Des incertitudes ! il a encore des incertitudes ! Reste , mon garçon , et fais-en à ta tête. Mais retiens bien ceci : ou tu viendras tout de suite avec moi, ou, plus tard , quand tu viendras frapper à ma porte, tu la trouveras fermée.

— Je reste! répéta Tom.

Master Gromby haussa les épaules en signe de pitié ; il salua respectueusement le véritable prétendant et sortit en grommelant entre ses dents :

— C'est un fou! un triple fou! Jamais il n'aurait géré convenablement mon apothicairerie.

Après le départ de master Cromby, l'agitation de Tom fut à son comble. Il se promena à grands pas , se frappant de temps en temps le front, murmurant des exclamations inintelligibles. Il allait souvent à la fenêtre pour voir si celui qu'ilattendait ne venait pas.

— Ah! le voici, s'écria-t-il après un quart

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d'heure d'attente , et en laissant éclater tous les soupirs qu'il avait amassés dans sa poitrine.

Sir Murray de Broughton venait de descendre de cheval à la porte du château. Quand il entra dans la salle où se trouvaient tes deux personnages qui désiraient sa présence avec une impatience égale , quoique diversement exprimée, Toin se précipita audevant de lui et lui cria :

— Expliquez-moi votre conduite, monsieur, dites-moi la vérité.

Sir Murray ne répondit pas ; il s'avança vers le jeune prêtre irlandais , qu'il venait d'apercevoir, s'agenouilla respectueusement devant lui et lui dit :

— Dieu soit loué ! votre altesse ar enfin mis le pied sur la terre d'Ecosse, et j'espère qu'elle ne la quittera plus.

Puis, se relevant , il ajouta avec ce Ion bref et positif qui lui était ordinaire :

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— Nous n'avons pas de temps à perdre f venez, prince, venez !

Sir Murray de Broughton conduisit Charles-Edouard dans la chambre où Tom avait passé la nuit, et là il lui dit :

— J'ai rencontré tout à l'heure des dragons , et j'ai demandé au brigadier on il allait. « Nous retournons au château de lady Mitliden , m'ar-t-il répondu en donnant xui coup d'éperon dans les flancs de son cheval, et j'espère cette fois que le prétendant , qui se cache sous- les habits dîna prêtre irlandais , ne nous échappera pas.. »

— Ea effet , le* dragons sont déjà venus ici , dit Charles-Edouard ; on aura appris mon débarquement et signalé le costume que je porte. Y a4-il moyen de leur échapper, sir Murray?

— Oui , sans doute ; ils doivent être à quelque distance , et votre altesse aura le temps de fuir.

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— Mais si je garde ee costume, la première ronde de soldats anglais nie reeon-' aaitra et m'arrêtera.

— Je n'ai aucun déguisement à donner à votre altesse, dit sir Murray embarrassé et inquiet. S* fait ! ajoata-t-il après un instant de réflexion, et votre altesse n'a plus rien à craindre»

Sir Murray venait de se rappeler le modeste bagage dont Tom s'était dépouillé la veille pour revêtir le costume de bighlander r et qu'il avait apporté avec lui. Le paquet qui contenait l'habit, la culotte de nankin et le chapeau de l'élève apothicaire, était déposé dans un cein. Sûr Murray le prit et aida le prétendant à se couvrir de son nouvel ajustement.

— Fartons maintenant r dit sir Murray quand la toilette du prince fuit achevée.

Deux coups frappés à la porte résonnèrent en ce moment , et en même temps sir Murray

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reconnut la voix de lady Mitliden , qut demandait s'il était permis d'entrer.

— Est-ce un nouveau malheur qu'on vient nous annoncer? pensa Charles Stuart.

— Sir Murray , dit lady Mitliden en entrant et en parlant à l'oreille de ce dernier, le brigadier Maxwell est devant la grille du château et demande qu'on remette entre ses mains un prêtre irlandais qu'il a vu chez moi.

— Ce prêtre irlandais, c'est le prince, madame !

— Le prince! dit lady Mitliden en tombant à son tour à genoux devant celui qu'elle avait traité d'imposteur et de vagabond.

Pendant que lady Mitliden faisait ainsi pénitence, sir Murray avait tiré vivement un poignard caché sous ces habits ; à l'aide de ce poignard il coupa les rideaux d& l'alcôve et les divisa en plusieurs bandes qu'il noua les unes au bout des autres. Cela fait,

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H attacha un bout de cette échelle improvisée à la barre d'appui de la croisée , tandis que l'autre bout lancé par lui allait raser le sol.

— Prince, dit-il à Charles Stuart , voici le seul moyen de salut qui vous reste.

Charles-Edouard n'hésita pas; il passa son corps en dehors de la croisée, et, se glissant de nœud en nœud , il eut bientôt touché la terre. Sir Murray saisit la corde à son tour ; mais avant de se confier à la corde de sauvetage, il dit à lady Hitliden :

— Le prince est sauvé si nous pouvons avoir une heure d'avance sur les dragons anglais. Une heure d'avance ! entendez-vous, madame? Le son d'un pibroch vous apprendra alors notre arrivée en lieux sûrs.

Pendant ce temps, les dragons étaient restés à la grille du château. Effrayé par les paroles que le brigadier Maxwell avait prononcées en arrivant, l'intendant de lady

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Mitliden refusait de les laisser passer, et lai discussion commençait à s'échauffer.

A travers une croisée du premier étage , Tom contemplait cette scène avec effroi. Revenu enfin de ses folles idées de grandeurs, désabusé, désespéré, furieux, il s'écriait :

— Je n'étais donc qu'un jouet , un plastron, un mannequin; en un mot, le personnage ridicule d'une plate comédie ! Et si la comédie n'était pas encore à sa fin ; si, grâce au maudit costume que je porte, les dragons allaient me prendre pour celui dont j'ai joué le rôle, s'ils allaient m'arrèter ! C'est bien cela , ajouta-t-il en voyant le brigadier Maxwell qui tirait son sabre d'un air menaçant, on veut me sacrifier jusqu'au bout, on veut me perdre pour en sauver un autre !

En parlant ainsi , Tom se précipita dam la chambre à coucher dans laquelle il avait la veille inauguré lui-même sa royauté d'un

jour; il avait bâte de reprendre ses habits de prolétaire etde fuir ces lieux, témoins de ses déceptions. Une nouvelle déception l'attendait encore , et son exaspération fut au comble quand il chercha son bagage et ne le trouva pas. n était trahi , vendu , livré , cela devenait évident. En proie à mille inquiétudes, ne sachant comment fuir, il s'approcha de la fenêtre encore ouverte et & laquelle pendait encore la corde improvisée qui avait facilité la fuite du prétendant. Tom n'hésita pas , et il allait, lui aussi, tenter cette dernière chance de salut; mais au moment de se lancer , il remarqua que la fatale échelle , au lieu de descendre jusqu'à terre, avait été dénouée à une hauteur de trente pieds au-dessus du sol.

— C'est fait de moi ! murmura Tom en reculant.

Pendant quelque temps il resta immobile et la tête baissée, semblable à une victime

qui se résigne au sacrifice. De grosses gouttes de sueur coulaient de son front. Il ne sortit de son engourdissement qu'en entendant les éperons des dragons anglais résonner sur le pavé de la cour du château. Ce fut alors qu'il aperçut les habits que Charles- Edouard avait quittés avant de fuir : sans réflexion et comme un insensé qui obéit machinalement aux impulsions de ses nerfe , Tom s'empara de ces habits, s'en affubla et cacha ses boucles de cheveux blonds sous la perruque tonsurée du prêtre irlandais. Ainsi métamorphosé de highlander en abbé,* il se précipita tête baissée hors de la chambre dans le but de fuir au plus vite ; mais à peine mettait-il le pied sur le seuil de la porte, qu'une main vigoureuse s'abattit sur son épaule , et en même temps la voix rude du brigadier Maxwell lui adressa ces mots :

— Au nom du roi , prince, je vous arrête !

Derrière le brigadier étaient rangés huit

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dragons , le sabre au poing et prêts à agir au premier signe de leur chef. Tom ne pouvait donc pas songer à faire résistance, aussi se contenta-t*il de s'écrier :

— Mais je ne suis pas prince ! je suis élève apothicaire ; laissez-moi aller !

— Inutile de feindre , prince , dit le brigadier gravement; nous avons votre signalement et nous pouvons opposer des preuves à votre dénégation.

Ici le brigadier Maxwell déplia un papier qu'il tenait dans sa main et lut à haute voix ce qui suit :

« Signalement du prince : Yeux bleus , « nez droit, bouche petite et bien dessinée , « carnation claire et rosée , peu de barbe , « taille cinq pieds un pouce. »

Le brigadier interrompit sa lecture pour dire à Tom :

— Vous voyez , prince , que votre portrait est exact.

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— Mais je suis la dupe d'une horrible machination! s'écria Tom ; je suis la victime d'une ressemblance inexplicable s.

— Continuons, dit le brigadier :

« Costume du prince : Habit noir à la « française , ouvert par devant , cravate « blanche , rabat ; culotte de soie noire , « bas noirs , souliers à boucles , perruque « qui couvre des cheveux blonds bouclés. »

Le brigadier s'arrêta de nouveau , s'approcha de Tom et enleva avec prestesse la perruque qui le coiffait.

1 La ressemblant sur laquelle est fondée cette nouvelle- n'est pat de pure invention. On Ut dam VHùtoir* d'Eco ut par M. Amédée Pioliot, un autre fait de oe genre: «Le fils d'un orfèvre <« d'Edimbourg) nommé Roderic Mac-Kenaie, qui avait pris parti « pour Charles-Edouard, lui donnait a cette- époque une preuve « de fidélité qui montre quel dévouement il inspirait eaeore à « ses partisans. Il y avait une ressemblance remarquable de taille « et de visage entre le prince et oe jeune homme, qui errait dans « les environs de Glen Horiston, où les soldats croyaient enfin <c dire sur les traces de Charles-Edouard ; lorsqu'ils le reneontrè- « rent ils s'écrièrent que leur fortune était faite et ilsTentourè- « rent. Mac-Kensie se garda bien de les détromper, il leur vendit u chèrement sa vie ; puis quand il se sentit blessé a mort, il sut u affecter une dignité royale pour mourir et leur dit r IHalhou- «« ceux, vous avei tué votre prince, etc. »

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— Vous le voyez , prince , dit le brigadier en apercevant les magnifiques cheveux blonds de Tom qui ondoyaient sur ses épaules , tout est exact . et vous n'avez plus qu'à nous suivre de bonne grâce.

Tom était atterré; tout se tournait contre lui, et le costume qu'il avait pris pour se sauver concourait à le perdre. Cependant il ne pouvait encore se décider à suivre le brigadier, et il cherchait dans son cerveau quelque moyen suprême de salut. Tout à coup une lueur d'espoir éclaira ses traits ; il s'adressa au brigadier et lui dit vivement :

— N'appartenez-vous pas au régiment du colonel Gardiner?

— Oui , sans doute.

— Ne connaissez-vous pas le brigadier Maxwell?

— Je suis moi-même le brigadier Maxwell.

— Je suis donc sauvé! s'écria Tom. Vous connaissez miss Ketty, et vous en croiriez

son témoignage si elle vous déclarait que je suis Tom , l'élève de master Cromby , et non le prince que vous cherchez.

— Miss Ketty est-elle ici? demanda le brigadier.

— Elle est ici.

Miss Ketty fut appelée aussitôt, et en entrant dans la salle où se passait cette scène, elle s'écria à la vue du brigadier :

~ Mon cousin Maxwell !

Lady Mitliden était entrée presque en même temps que miss Ketty , et elle s'arrêta , inquiète de ce qui allait se passer.

— Ma cousine , dit le brigadier à Ketty, ce n'est pas ici le moment de vous exprimer le plaisir que j'éprouve à vous rencontrer; je suis ici dans l'exercice de mes fonctions, et vous êtes appelée à porter témoignage dans une affaire grave. Parlez sans crainte , miss Ketty, et rendez hommage à la vérité. Connaissez- vous monsieur? ajouta-t-il en

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désignant Tom, qui attachait sur Ketty son regard suppliant.

Ketty hésita et ne répondit pas , car elle se rappelait les recommandations que Tom avait eu le malheur de lui faire précédemment.

— Ne me connaissez-vous pas? s'écria Tom , épouvanté de cette hésitation. Répondez donc, miss Ketty, ne me connaissez-vous pas?

Lady MiUiden s'approcha doucement de Ketty et lui dit à voix basse :

— Au nom du ciel , faites ce que vous m'avez promis , mon enfant.

— Connaissez-vous monsieur ? répéta le brigadier.

— Je ne le connais pas, répondit miss Ketty.

Cette réponse, faite avec fermeté, produisit sur les principaux acteurs de cette scène un effet diversement senti. Tom se tordit les

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mains, et le brigadier Maxwell répéta de nouveau à Tom : Suivez-mai , prince ! tandis que lady Mitliden levait les yeux au eiel avec une expression de reconnaissance profonde.

— Marchons ! dit Tom au brigadier avec un accent plein d'amertume; puisque miss Ketty me renie , que ma destinée s'accom-

A peine les dragons furent-ils sortis que miss Ketty éprouva comme des remords : sa physionomie, qui jusqu'alors avait conservé son caractère habituel de joyeuse insouciance , devint sérieuse et inquiète , et ce fut avec une émotion réelle qu'elle dit à lady Mitliden :

— J'ai fait ce que vous vouliez, ma marraine , mais s'il arrivait malheur à M. Tom !

Lady Mitliden ne répondit pas. Déguisant mal ses vives préoccupations , elle se dirigea rapidement vers une fenêtre qui ouvrait sur

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la campagne; et là , les yeux fixés sur les bruyères , dont une légère brise agiiait les panaches dentelés, l'oreille tendue comme pour percevoir les moindres bruits qui se confondaient dans l'espace , elle semblait ne plus s'apercevoir de la présence de Ketty. Celle-ci eut beau répéter son exclamation sur un ton plus dolent encore, lady Mitliden ne bougea point , et se contenta d'imposer silence de la main à la jeune fille, dont l'inquiétude croissait de moment en moment. La vieille dame était toujours attentive et muette, et cependant on n'entendait dans le glen que le froissement des feuilles du tremble et du bouleau, et la voix confuse des torrents qui roulaient au loin dans la montagne. Déjà lady Mitliden commençait à désespérer et miss Ketty à laisser échapper quelques sanglots qu'elle avait peine à étouffer, lorsque tout à coup un son aigu et traînant, le son du pîbroch, couvrit les mur-

mures confus de la plaine. Lady Mitliden se pencha vivement à la fenêtre , puis se retourna vers Ketty, et, s'adressant à la pauvre enfant , qui alors sanglotait tout de bon.

— Rassurez-vous, lui dit-elle ; dans quelques heures , tout au plus, le prisonnier sera libre. Nous pouvons, mon enfant, remplir toutes deux nos intentions, moi en vous dotant, vous en offrant à M. Tom votre main et votre dot.

A peine eut-elle achevé ces mots, qu'une voix mâle et vibrante entonna ce chant national des highlanders :

Réveille-toi, ma vaillante claymore, Ton bon Chariot est enfin de retour; Comme la nuit s'enfuit devant l'aurore,. Devant toi tu verras l'Anglais fuir à son tour. Demain le jour de la vengeance, Demain le grand jour des moissons.

Ainsi qu'une impure semence Tu faucheras les bataillons !

A la suite de ce couplet les échos de la

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vallée répétèrent les dernières modulations de la cornemuse écossaise.

Lady Mitliden prit les deux mains de Ketty et lui dit avec effusion :

— Mon enfant, Dieu vous récompensera de votre pieux mensonge , vous avez sauvé Charles-Edouard.

Les prévisions de lady Mitliden s'accomplirent. Rendu à la liberté, Tom devint Fépoux de miss Ketty , et plus tard le successeur de master Cromby. Les voisins de Tom qui avaient appris ses aventures et sa royauté d'un jour, l'appelaient en riant : Le dernier des Stuarts.

Quant à celui qui porta en effet ce nom illustre, tout le monde sait comment, après une série de marches victorieuses , il succomba à Gulloden et quitta à travers mille dangers cette Ecosse qu'il ne devait plus revoir.

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