‹ Un prétendantChapitre 8 sur 22 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

En ce moment, l'étranger, qui jusqu'ici semble jouer le principal rôle dans les événements que nous racontons , entra doucement, et après avoir contemplé quelque temps Tom endormi, il s'approcha de lui sur

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la pointe du pied , le souleva dans ses deux bras et l'alla déposer sur le lit de parade. Cela fait, il tira avec soin les rideaux de façon à cacher complètement le dormeur et se retira comme il était venu. Au bout de quelques instants il rentra suivi de sept personnages vêtus comme lui et dont il eût été impossible de définir la condition.

Ces sept hommes étaient les chefs des principaux clans jacobites, c'est-à-dire, outre le vieux lord Lovât et le jeune Lochiel , que nous avons déjà nommés, Clanranald et Boisdole son frère, Donald de Sleat et le lord deMacleod, les deux plus riches propriétaires de l'île de Skie, et enfin le chef du clan des Stewarts , ou Stuarts. Pendant que les nobles highlanders s'asseyaient et formaient un cercle dont l'étranger occupait le centre, un simple montagnard , le seul de tous qui portât le costume national, se plaçait debout, sa claymore en main , sur le seuil de la

UN PMTUIDANT. 15 1

porte , comme poar défendre le passage et protéger le secret de la délibération qui allait avoir lieu. Ce simple montagnard n'était autre que notre vieille connaissance, le hé* ros de l'auberge de la Hache du Lochaber , le compagnon intrépide du gigantesque Diksdale, le brave et loyal Burke.

— Monsieur, vous voyez que nous sommes gens de parole , dit le premier le vieux lord Lovât en fixant sur l'étranger son regard perçant qui révélait les habitudes cauteleuses et l'excessive finesse de ce Mohican des montagnes de l'Ecosse. Nous vous avions promis de venir : nous voici. Mais permettez-moi de vous prévenir que cette réunion sera la dernière, et que pour mon compte je ne veux plus exposer ma vie dans l'intérêt d'une cause dont jusqu'ici vous êtes le seul agent responsable. Je ne prétends pas suspecter votre loyauté , entendez^vous , sir Murray ; mais n'est-H pas extraordinaire que

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depuis quinze jours vous nous reteniez dans ces contrées , au milieu de mille périls, en nous persuadant que le prince est débarqué et qu'il veut nous voir, ne fût-ce que pour entendre de notre bouche les objections que nous opposons à ses desseins? Êtes- vous en mesure ce soir de tenir votre promesse si souvent démentie par l'événement ? Le prince est-il réellement débarqué sur sa terre d'Ecosse? Où se cache-t-il? Nous irons le chercher et nous lui porterons respectueusement les conseils de notre expérience. Mais ne comprenez-vous pas , sir Murray , que nous ne pouvons pas exposer plus longtemps notre liberté et notre vie sur la foi d'un homme...

Lord Lovât s'arrêta. L'astucieux vieillard affectait très -souvent de suspendre une phrase commencée , comme pour chercher ses mots , mais en réalité pour dissimuler sous une apparence de bonhomie la cruauté

UN rfttTKNDANTi ISS

de ses réticences. Celle qu'il venait de se permettre offensa vivement l'étranger, à qui nous» restituerons désormais son véritable nom.

— Que voulez-vous dire, milord ? demanda sir Murray de Broughton en rougissant.

— Rien qui ne soit honorable pour vous , monsieur, répliqua lord Lovât, qui ne jouait jamais le rôle d'agresseur sans avoir ménagé d'avance ses moyens de retraite ; laissez-moi achever ma phrase et en rétablir le véritable sens. D'un homme , voulais-je dire , trèshonorable, mais qui enfin n'a que sa valeur personnelle, et n'a sans doute pas la prétention de représenter suffisamment le fils de Jacques III.

La figure de sir Murray avait repris son calme habituel, et la rougeur qui l'avait un instant couverte s'était rapidement ef-

— Ce que vous dites, milord , est parfai-

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tement raisonnable , répondit-il avec un sang-froid qui n'avait d'égal que le sangfroid de lord Lovât, et je confesse que je me suis trop hâté d'interpréter le sens de votre pensée. Quant à ces questions que vous m'adressez , milord , avant d'y répondre je désire connaître les intentions précises de ceux qui m'écoutent. Pour les vôtres , milord, je les connais déjà.

— Et moi aussi, je connais les vôtres, dit lord Lovât toujours impassible. En prolongeant cette délibération, vous voulez encore gagner du temps , nous leurrer encore une fois à l'aide de fausses espérances , et finir par nous dire : « Le prince n'est pas encore arrivé, mais attendez quelques jours*, il arrivera. » Nous avons assez attendu, sir Murray ; voilà l'opinion de ceux qui vous écoutent.

— Vous n'attendrez pas plus longtemps , milord.

Vif PHftTtRBANT. 155

Ces paroles, prononcées par sir Hurray de Broughton avec une assurance mêlée de colère, causèrent dans rassemblée ce frémis* sèment que produit l'attente d'un grave événement.

— Le prince est-il ici ? demanda le jeune Lochiel, qui, malgré son parti pris d'impassibilité, se sentait déjà ému à l'idée de cette supposition.

Sir Hurray de Broughton ne répondit pas à cette question, mais il s'approcha de l'alcôve et en tira brusquement les rideaux.

Tom conservait toujours l'attitude que sir Murray de Broughton lui avait (ait prendre; il toit couché sur le côté , la tête penchée un peu en avant, et le visage tourné vers les spectateurs. Sa main droite reposait sur son cœur r tandis que sa main gauche semblait s'appuyer sur la garde de son épée. Ses cheveux blonds ruisselaient en cascades soyeuses autour de son col et jusque sur ses

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épaules, el l'ombre de ses longs cas abaissés donnait à son visage une expression de se* rénité charmante.

Ce spectacle parut causer une vive émotion aux nobles highlanders, et lord Lovât lui-même ne put s'empêcher de la partager. L'aspect de ce jeune homme endormi et confiant leur rappelait mille souvenirs tristes et doux, et ressuscitait en eux le sentiment toujours si vivace de leur vieille nationalité écossaise. Ce jeune homme, c'était le dernier rejeton d'une race de rois légitimes , c'était le dernier représentant de l'Ecosse indépendante et glorieuse , et comme pour mieux parier à leur imagination, on eût dit que ee jeune homme avait voulu résumer dans son costume toutes ces légendes héroïques, toutes ces superstitions des temps écoulés, toutes ces chères et fraîches illusions , qui vivaient encore au cœur de tous les Écossais. La croix de Saint-André, le plaid de tartan

Dit PltTlNVàNT. 187

et l'épée, signifiaient la royauté , la patrie , la gloire.

— Vos intentions sont toujours les mêmes? demanda sir Murray de Broughton au jeune Lochiel, dont l'émotion paraissait plus vive encore que celle de ses compagnons. Quand votre prince vient vous confier sa fortune et sa tête, abandonnerez-vous Tune et livrerez-vous l'autre aux Anglais , qui la payeraient au poids de l'or ? N'étes-vous plus le petit-fils d'Évan Gaméron?

Ces paroles firent tressaillir douloureuse* ment le jeune chef. Il porta vivement la main à ses yeux pour contenir une larme près de s'échapper ; mais raffermissant sa voix autant que possible , il répondit à sir Murray :

— Ce que je vous ai dit , je suis prêt à vous le répéter : nous ne pouvons plus rien pour la cause des Stuarts. Sans le secours du gouvernement français toute tentative de

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restauration serait une folie inutile et coupable!

— Ainsi le petit-fils d'Évan Caméron, reprit sir Murray avec une généreuse chaleur, refuse de combattre sous les drapeaux du fils de Jacques m ! Le jeune Lochiel craint de verser inutilement quelques gouttes de son sang pour une cause qui compte des martyrs dans sa famille; cela est-il rçai? Est-il possible ! continua sir Murray en prenant la main du jeune chef qui trembla dans la sienne. Quoi ! c'est vous qui vous chargerez de répéter froidement à votre prince : « L'Ecosse ne peut plus rien pour vous , les Écossais n'ont plus de sang à répandre en votre nom ! » Et si le prince s'éveillait en ce moment , s'il se dressait devant vous , s'il vous disait comme il vous le dira : « Ne « suifrje plus votre prince, votre compati triote, votre ami? Abandonnez-moi donc, « puisque vous le voulez. Je combattrai, je

Vit PtfTUtlART. 150

« triompherai ou je mourrai sans vous. J'ai « déjà autour de moi quelques amis ; en- « core quelques jours, et avec eux f arbore « retendait! royal et j'annonce à la Grande- « Bretagne que Charles Stuart est venu ré- « clamer la couronne de ses ancêtres , prêt « à vaincre* ou à périr. Lochiel, dont mon « père m'avait si souvent vanté la fidèle « amitié, peut rester chez lui. Il apprendra « par la gazette le sort de son prince. »

Sir Murray s'interrompit pour laisser le temps à la sanglante ironie qui terminait cette prosopopée de s'enfoncer jusqu'au cœur du jeune Lochiel , puis il reprit avec entraînement :

— Eh bien ! si le prince vous parlait ainsi, que lui répondriez- vous ?

— Je ne sais ! balbutia le jeune chef; mais je ne veux pas avoir à lutter contre ma propre faiblesse , ajouta-l-il après une pause. En conséquence , je n'attendrai pas le réveil

de son altesse royale : je vous charge de lui remettre cette protestation, que presque tous les chefs de clans ont signée avec moi , et qui contient l'expression respectueuse, mais sincère, de nos résolutions immuables.

La protestation que le jeune Lochiel présentait à sir Murray exprimait sommairement la résolution , prise en effet par la grande majorité des chefs de clans, de ne p*s armer un seul homme si Charles ne venait pas en Ecosse avec des troupes régulières.

Le vieux lord Lovât donna le premier son assentiment à la détermination que le jeune Lochiel venait de prendre; Clanranald et Boisdole, son frère , l'imitèrent. Sir Murray jeta alternativement les yeux sur tous les assistants ; au lieu de l'enthousiasme qui les avait un instant animés , il ne trouva plus sur leurs figures que l'expression d'une compassion stérile et d'un dévouement sans efficacité.

tm PRtTBNDAlIT. 161

— 0 mon prince! est-il donc décidé, s'écria-t-il, que dans toute l'Europe tu ne trouveras pas un seul homme prêt à s'armer pour ta défense !

En parlant ainsi, il continuait à promener son regard autour de lui. Ce regard s'arrêta sur Burke', qui depuis le commencement de la scène avait donné les marques de la plus vive sensibilité. Le montagnard serrait la poignée de sa claymore comme s'il eût été prêt à marcher au combat ; ses yeux brillaient, sa bouche se crispait, sa belle et noble figure respirait l'entraînement belliqueux, l'élan chevaleresque.

— Et vous, dit sir Murray, qui avait remarqué l'agitation extraordinaire du montagnard, ne combattrez-vous pas pour votre roi?

— Oui! oui! répondit Burke; et quand bien mènje je serais le seul dans Albyn qui tirerais l'épée, je serais prêt à mourir pour mon roi et pour la bonne caiisc.

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Ces énergiques paroles du montagnard opérèrent une rapide et puissante diversion en faveur de Charles-Edouard. Les chefs de clans furent entraînés, et l'étincelle électrique échauffa lord Lovât lui-même.

— Et moi aussi, s'écria le jeune Lochîel , je partagerai la destinée dé mon prince, heureux ou malheureux; et ainsi feront tous ceux sur qui la nature ou la fortune m'a donné quelque autorité.

La joie avait reparu sur les traits de sir Murray ; mais il était encore besoin de quelque adresse pour modérer l'ardeur de fraîche date des nobles highlanders. Ceux-ci parlaient d'attendre le réveil du prince; ils voulaient conférer avec lui sans délai. Sir Murray allégua à plusieurs reprises la fatigue excessive du prétendant , et ce ne fut pas sans peine qu'il obtint un ajournement.

— A demain ! lui dirent les. cheis écos-

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sais, après s'être inclinés en passant devant Charles-Edouard.

— A demain ! répondit sir Murray.

Et quand il fut seul , il ajouta en regardant Tom, qui dormait toujours :

— A demain !... Dieu veuille que d'ici là j'apprenne du nouveau ! Demain , il serait impossible de répéter la scène que nous avons jouée ce soir.

Le lendemain , quand Tom s'éveilla , il avait la tête lourde et ne parvint pas sans effort à mettre en ordre ses souvenirs de la veille. Cependant la vue de la chambre dans laquelle il se trouvait , et surtout des tableaux dont il avait passé la revue, lui rendit peu à peu le sentiment de la situation , sentiment que l'entrée de lady Mitliden fortifia bientôt.

— Prince, dit la noble dame, en l'absence de mes domestiques , que j'ai renvoyés , et dans la nécessité où se trouve mon inten-

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dant d'avoir continuellement l'œil sur les issues de cette demeure, j'aurais peut-être dû me charger moi-même, et toute seule, des soins que réclame le service de votre table ; mais je n'ai plus ma vivacité de vingt ans , et votre altesse royale pourrait s'impatienter de ma lenteur. Permettez-moi de vous présenter une jeune fille , ma filleule , que j'ai fait venir de la ville voisine , et qui vous servira pendant les quelques jours que votre altesse passera probablement ici. Encore faut-il que cette jeune fille vous agrée pour que je la garde.

— Présentez-la-moi, dit Tom avec le plus grand sérieux.

Sur un signe de lady Mitliden, une jeune fille entra, la tête baissée et le regard fixé à terre. On l'avait probablement prévenue qu'elle allait se trouver en face d'un illustre personnage , et elle comprenait d'instinct que les grands sont comme le soleil , qu'on

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ne peut regarder en face. Peur Tom , qui s'avait pas les mêmes raisons de discrétion révérencieuse, il venait de jeter les yeux sur la personne chargée du service de sa table > et sa figure accusait un embarras étrange. Dans la jeune fille si timide et si craintive qui baissait les yeux devant lui, il avait reconnu miss Ketty en personne.

— Eh bien ! prince? demanda lady Mitliden , sollicitant par cette interrogation l'a* grément de son hôte.

Tom , dont l'embarras redoublait , ne savait que répondre. Il pensait très-judicieusement que s'il articulait une parole , Ketty allait le reconnaître, et il sentait vaguement que le coup de théâtre qui suivrait cette reconnaissance ne pouvait avoir rien de flatteur pour sa vanité. Son silence ne le sauva pourtant pas. Lasse de compter les fleurs du tapis que foulaient ses pieds , miss Ketty avait fini par lever le& yeux , et son regard

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rapide comme l'éclair avait enveloppé Tom de la tête aux pieds. La figure bouleversée de celui-ci, son attitude gênée, son costume, la décoration qui brillait sur sa poitrine , l'épée qu'il portait au côté, rien ne lui échappa. D'abord l'étonnement la rendit muette, mais une fois le premier moment passé , une vive hilarité se manifesta dans les plis de sa bouche ; et cédant à son irrésistible besoin d'expansion , elle s'écria en poussant un de ces immenses éclats de rire par lesquels Nicole salue le bourgeois gentilhomme en costume de marquis :

— Qu'est-ce que cela veut dire? pourquoi étes-vous déguisé de la sorte, monsieur Tom ? Par saint André , votre ancien patron , master Cromby, l'apothicaire, rirait bien s'il vous voyait dans cet accoutrement!

Un nouvel éclat de rire empêcha miss Ketty de continuer.

Sous le coup de ces exclamations précîpi-

VU PHtTBNDAlfT. 167

tées, Tom pâlissait et rougissait tour à tour. Pour lady Mitliden, elle perdait absolument la tète , et son élonnenient égalait sa fureur.

— Qu'a donc cette petite sotte? disait-elle en lançant sur miss Ketty des regard» courroucés. Oh ! mon Dieu ! quelle irrévérence! quel crime ! Traiter ainsi le prince dans ma maison !

Et elle continua en s'adressant à Tom d'un ton suppliant :

— Prince , je supplie votre altesse de croire que je suis complètement étrangère à tout ce qui se passe. Certainement , si j'avais pu prévoir un pareil scandale , je me serais bien gardée d'introduire auprès de votre altesse cette malheureuse, qui ne sait que rire et blasphémer.

— Voilà que je blasphème ! dit miss Ketty en exagérant le son naturellement aigre de sa voix. Voyons , murmura-t-elle , de quel

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prince voulez- vous parier? Est-ce de monsieur? Mais monsieur n'est pas plus prince que je ne suis reine* Monsieur se nomme Tom. Hier encore il était apothicaire et chargé de nettoyer tous les matins les carreaux de la boutique. Gela n'est-il pas vrai? Répondez-moi donc , monsieur Tom ? Ne voulez-vous pas me reconnaître? Alors il fallait me prévenir.

— Sortez ! dit lady Mitliden avec énergie.

— Je désire parler sans témoins à cette jeune fille , dit Tom , qui venait enfin de prendre un parti.

— Quoi ! prince , vous voulez descendre jusqu'à parler vous-même à cette petite effrontée ! objecta lady Mitliden avec étonnement. Toutefois, si cela convient ainsi à votre altesse...

— Cela convient ainsi à mon altesse, dit Tom gravement.

—Son altesse ! répéta ironiquement Ketty.

Uft ralTINDAHT. 1410

— Miss Ketty , reprit Tom quand lady Mitliden se fut retirée, je veux bien me rappeler que j'ai eu autrefois quelque affection pour tous; mais il n'en est pas moins vrai que vous venez de commettre une grave imprudence. Parce que vous m'avez connu dans une position humble et indigne de moi, est-ce une raison pour me traiter aussi peu convenablement que vous l'avez fait? Sàvez-vous si ma position n'est pas changée et si je n'ai pas droit maintenant à votre respect?

Ici miss Ketty lança un nouvel éclat de rire à travers l'allocution de notre prétendant.

— Silence ! continua Tom sévèrement , si vous ne voulez pas que je vous punisse cruellement de votre manque de savoir-vivre. Il serait imprudent peut-être de vous renvoyer d'ici , et dans la position délicate ou je me trouve placé , vos indiscrétions

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pourraient me compromettre. Hais on peut vous enfermer dansée vieux château. Ne me forcez pas, miss Ketty , à user de rigueur , el écoutez-moi. Vous devez oublier que vous m'avez connu : si lady Dtitliden vous interroge , répondez-lui qu'une vague ressemblance a causé votre méprise. Enfin , obéissez-moi , servez-moi et taisez-vous. A ces conditions, miss Ketty, mais seulement à ces conditions , je puis encore vous pardonner. Le ton flegmatique de Tom , ses menaces d'emprisonnement , avaient fini par opérer une réaction ; miss Ketty devenait plus sérieuse.

— Prenez-vous l'engagement de vous conformer i mes ordres ?

— Je le prends, dit miss Ketty.

Promesse téméraire , et que la jeune, fille

ne pouvait pas tenir. L'envie lui prit de jeter un nouveau regard sur Tom, et tout son sérieux s'évanouit :

On PBKTinOANT. 17*

— Vous êtes incorrigible, miss Ketty, reprit Tom avec mauvaise humeur; est-ce aûi8i que vous remplissez vos promesses?

— Qu'on me mette en prison , soit , dit miss Ketty entre deux éclats de rire ; je ne pourrai jamais vous prendre pour une altesse.

Tom rappela lady Mitliden et lui dit :

— Mademoiselle est décidément folle ; ma volonté est qu'on la tienne enfermée jusqu'à nouvel ordre.

Celle-ci conduisit l'incorrigible rieuse dans un petit cabinet qui servait de fruitier et l'y enferma. La prisonnière d'État ne s'y trouva pas mal , car une demi-heure après son incarcération, elle riait encore de toute la force de ses poumons.

La foi de lady Mitliden n'avait pas été ébranlée par cette scène de reconnaissance bouffonne, et elle n'eut pas de peine à se figurer que la plus inexplicable des méprises avait

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en effet causé le malheureux scandale dont elle avait été le témoin. Cette merveilleuse confiance de lady Mitliden était d'ailleurs autorisée par l'allégation si positive de sir Murray, qui lui avait dit la veille en lui présentant le highlander improvisé qu'il ramenait avec lui :

— Milady, voici celui que nous attendons depuis quinze jours. Seulement, je dois vous prévenir que le prince désire garder pour quelque temps encore le plus strict incognito, et vous le désobligeriez en ne gardant pas le secret que je vous confie.

Quand la vieille dame revint auprès de Tom , sa figure exprimait donc bien plus la tristesse du regret que le soupçon du doute, et celui-ci remarqua avec plaisir que sa loyale et généreuse hôtesse paraissait toujours disposée à le traiter avec la nufene considération qu'auparavant.

— Prince» dit-elle à Tom, le déjeuner de

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voire altesse royale est prêt , et puisque la petite folle que je vous ai présentée s'obstine dans son inconcevable oubli des convenances , j'aurai l'honneur de vous servir moimême.

— Et jamais prince n'aura été servi par des mains plus dignes et plus belles, ajouta galamment Tom en déposant un baiser respectueux sur la main de la vieille dame.

Précédé par son hôtesse, dont cette faveur précieuse avait doucement ému la vanité , Tom passa dans la salle à manger, où un déjeuner servi avec tout le soin et tout le luxe possibles l'attendait.

Avant que Tom prit la place à la table , dans un grand fauteuil couvert de velours d'Utrecht, lady Mitiiden voulut encore donner à son prince une dernière marque du dévouement de son loyalisme.

— Prince , dit-elle , le couvert dont vous allez vous servir ne doit jamais servir qu'à

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