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bien il a besoin, dans un grand nombre de ses
-membres, d’être réconcilié avec Îles intérêts,
les affections, les devoirs de la nature humaine et de la société civile. Ce n’est qu’en s'arrachant aux traditions d’un ascétisme aveugle et d'une théocratie plus politique que religieuse, que le prêtre, redevenu homme et citoyen, se retrouvera en même temps, plus véritablement prêtre. « Qu'il gouverne bien sa propre maison, dit saint Paul, tenant ses enfants dans la soumission et dans toute sorte d’honnêteté ; car, si quelqu'ün ne sait pas conduire sa famille, comment pourra-t-il gouverner l'Eglise de Dieu ? (1)
Telle est la réforme sans laquelle, j'ose le dire, toutes les autres seront ilusoires et stériles. Laissons l'esprit de Dieu, si nous croyons à sa vertu, maintenir au milieu de nous une élite de prêtres et de filles de la charité, dont le célibat, toujours libre et toujours volontaire, soit réellement un état de pureté, un état de joie ou tout au moins de paix dans le sacrifice ! Mais, en même temps, hâtons le moment où la loi de l'Eglise, et celle de la France constitueront dans la liberté, dans la chasteté, dans la dignité, le mariage du prêtre, c’est-à-dire la
(1) I Timothée, IN, 4, 5.
concentration dans un foyer modèle, de toutes les forces de la religion ! (1)
Charles Perraud écrivit à son ami la lettre suivante, dans laquelle il usait de quelques artifices d'expressions pour éviter toute indis-
crétion, au cas où elle se fût égarée : #h
J'ai lu comme tout le monde, la lettre par laquelle vous avez annoncé votre décisive démarche. Je plains notre ami Z (2) d’être dans. l'impossibilité de toute part d'agir lui aussi
au grand jour, mais, comme il vous l'a dit
déjà, sa situation est différente de la vôtre, et sa conscience, dès lors, lui impose des devoirs différents. Quoi qu'il en soit, vous savez à quel point il est de cœur avec vous, et aussi à quel point il espère pour nous, pour lui, pour un grand nombre d'autres, en un avenir meilleur.
et plus conforme aux vrais intérêts du catho-
licisme. Pour ma part, je vous félicite de tout mon cœur de la netteté de langage avec laquelle vous affirmez que vous entendez demeu-.
rer catholique. Plus je réfléchis et plus je me …
(1) Cette lettre, datée du 25 août 1872, fut publiée par
le Temps le 3 septembre, jour où M. Hyacinthe Loyson
contractait son mariage à Londres.
convaincs que la vérité est là. Combattre avec une indomptable énergie les,.abus de l'Eglise, aimer, défendre et servir l'Eglise elle-même avec une énergie non moins indomptable. Z me charge de vous dire qu'il souffre d’être obligé de rester provisoirement vis-à-vis de vous dans un certain mystère, — il n’est pas libre sur ce point, — mais il compte que plus tard tout s’éclaircira. Malheureusement il est depuis des années dans un état d'épuisement tel qu’il ne désire et ne demande, lui, que ce qu'il appelle une démission honorable et une retraite méritée. Il aimerait, mieux que tout, l'oubli et le silence, au moins jusqu'à ce que force et santé lui soient un peu revenues. Aussi la réforme qu'il demanderait, s’il écrivait, serait moins radicale et surtout moins immédiate que la vôtre. Mais enfin chaque âme mue par la lumière de sa conscience et l’appel de Dieu, marche du pas qu'elle peut.
Je vous demande de continuer à bien prier pour nous, et je demande à Dieu de vous donner toute bénédiction (1). |
(1) Lettre datée de Bruxelles, 7 septembre 1872. — Le 19 septembre suivant, M. Hyacinthe Loyson, se rendant à Cologne, pour l’assemblée des anciens catholiques, vit à Bruxelles, en passant, l'abbé Perraud et son amie. « Ils font, écrit-il dans son journal, le voyage de leurs noces secrètes, ou plutôt leur folle et douloureuse esca-
Le mariage de Charles Perraud ne fut pas heureux. Si l'affection y fut uniformément
constante, elle fut constamment troublée par
la crainte que le public ne suspectât la nature des relations de l'abbé et de celle qui
passait pour tenir sa maison. De plus, Ma-.
dame Duval n'avait pas de fortune et Charles.
Perraud aurait voulu lui assurer l’aisance, dont il se serait plus facilement passé pour
lui-même. Or, des névralgies non seulement
l’'empêchaient de prècher, mais encore l’indui-
saient à de coûteux voyages de distractions.…
Ces voyages amenaient quelquefois des séparations, mais, après comme avant, les deux
époux reprenaient leur douce et triste coha-
bitation. Au retour d'une excursion quil:
avait faite en Italie en 1873, Charles Pere
écrivait à Monsieur Hyacinthe Loyson :
93 juillet 1872.