MON CHER AMI
les visita dans leur chambre d'hôtel à deux lits jume au K..
L'entrevue fut triste et solennelle.
écrit (1). Bien souvent, j'ai voulu le faire, et toujours le courage m'a manqué. A force d'être écrasé par le malheur et la souffrance, on arrive à une sorte d'anéantissement où toute activité devient comme impossible. Le peu d'énergie qui reste, on doit le déployer chaque jour pour lutter contre le suprême désespoir et pour repousser les flots d'amertume ou de
colère qui menacent de tout inonder. Alors on
s'enveloppe instinctivement dans un silence mcrne, dans une solitude amère, comme ces animaux blessés qui s’enfuient et vont mourir seuls au fond des forêts. On a raison, d'ailleurs, dans un certain sens, d’abord parce qu'il est inutile de parler d’un mal auquel personne ne peut apporter de soulagement, et aussi parce qu'il vaut mieux ne pas attrister sans profit ceux qui vous aiment. X et Z, pour des motifs que je ne puis vous exposer, n'avaient à choisir qu'entre divers genres de mort ; ils ont décidé d’un commun accord d'essayer de nouveau celui auquel une souf-
(1) La lettre à laquelle Charles Perraud fait ici allusion a été détruite ou perdue. Le journal de M. Hyacinthe Loyson en conserve l'extrait suivant qu’il copia au moment où il la reçut de Vérone, le 5 février 1873 :
« Je vous remercie de vos prières ; je vous demande instamment de me les continuer. Les souffrances pour X et Z sont et seront telles, quoi qu'à arrive, que Dieu
leur ferait miséricorde en les appelant bientôt à lui. »
… St
france poussée jusqu'au paroxysme les avait violemment et subitement arrachés, il y a un an.
Dans la dernière lettre que vous avez adressée à X (1), vous lui disiez : « Je renonce à
avoir un avis sur votre situation, et surtout à
vous conseiller. » En effet, il n’y a que Dieu qui connaisse les complications inouîies d'une infortune qui, je le vois maintenant ne se terminera qu'à la mort.
Pourquoi Dieu permet-il ces existences où une douleur atroce va toujours croissant jusqu’à ce qu'elle tue ? C’est une question que se posent chaque jour avec angoisse des milliers de pauvres êtres humains. |
Dans les derniers temps de mon voyage, je rencontrais souvent un malheureux qui avait la figure à moitié rongée par un cancer. D'une main il tenait un mouchoir avec lequel il s'efforçait de cacher sa hideuse plaie, et quand. cette main était trop fatiguée, il soutenait son mouchoir de l’autre. Que de fois, la vue de ce misérable a arrêté le murmure dans mon Cœur » et sur mes lèvres ! Je le regardais de loin, je … priais pour lui, et ne pouvant plus ni morale-
| et
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ment, ni matériellement prolonger ce douloureux et solitaire voyage, me préparant à revenir ici comme un soldat marche à un combat où il croit qu'il sera tué, je me disais : Toi aussi tu vas changer de main !
Z (1) est encore malade en ce moment d’un rhumatisme aigu, et n’a pas quitté son lit depuis près de trois semaines. L'amélioration commence depuis quelques jours seulement, mais quand l'âme est à l’agonie, le corps guérit bien difficilemnet.
Cependant Z me déclare encore qu’il lui serait impossible d'accepter et de soutenir la situation beaucoup moins douloureuse cependant où sont des amis que vous connaissez (2). En effef, sauf la ressemblance de ces deux affections si profondes, si indestructibles de part et d'autre, tout le reste est absolument différent dans la situation de X et de Z et dans
celle de leurs amis.
La seule issue pour X et Z, celle qu'ils avaient follement rêvée, eût été qu'on acceptât à R... (3) la démission de X. Si jamais pareil
(1) Madame Duval.
(2) M. et M°* Hyacinthe Loyson. — Ils ne considé-
. raient pas leur situation comme douloureuse. : (3) Rome.
miracle arrivait, ils pourraient avoir encore quelques années de paix, sinon de bonheur en cette vie. Mais hélas ! le monde religieux, pas. plus que le monde politique, ne veut entendre parler d'utiles progrès, ni de pacifiques réformes.
Votre conférence sur l'Ultramontanisme et la Révolution (1), la seule que j'aie eu l’occasion de lire, ne peint que trop fidèlement cette lamentable et dangereuse oscillation entre deux extrêmes presque également fatals è l'humanité tous les deux.
Croyez bien qu'en dépit des distances, des séparations, des obstacles de toute sorte qui sont entre nous, l'amitié n’est ni ébranlée ni atteinte. Les âmes peuvent être près les unes des autres à travers le silence et l'éloignement, : comme elles sont souvent très éloignées avec. toutes les apparences et dans toutes les conditions de l'intimité.
Nous prions Dieu pour vous. Demandez-lui in.
aussi qu'il nous préserve du malheur de dou- 4 ter de sa bonté en faisant remonter jusquà …
(1) Discours prononcé le 17 juin 1873 devant les Français résidant à Genève et publié en brochure. Il a été réimprimé dans le volume Ni cléricaux, ni athées fra ris, Marpon et Flammarion, 1889).
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lui ce qui est le fait de l’aveugle et impitoyable dureté des hommes. Priez pour que notre agonie des jours et des nuits ne soit pas perdue à ses yeux, mais qu'elle aille grossir ce trésor d'expiation universelle où ont aussi leur part tant de pauvres êtres meilleurs et plus innocents que nous.
Donnez-moi de vos nouvelles et de votre famille. Si nous devons vivre séparés encore pendant les jours qui nous restent, j'espère que nous nous retrouverons à jamais avec ceux que j'ai perdus, et dont l’absence pèse chaque jour plus douloureusement sur mon âme.
Mes respectueux compliments à Madame.
Je vous embrasse de cœur.
Il est vraisemblable que si un enfant fût né de leur union, Charles Perraud et Madame Duval eussent compris autrement leur devoir, qu'ils se fussent mariés, quittes à se retirer, comme le disait Charles, dans une lointaine contrée du globe, l'Amérique ou l'Australie.
Mais voyant que leur union restait stérile, ils étaient décidés à ne point recourir à ce moyen extrème. Timide et délicate, Madame Duval ne voulait pas causer de scandale.
Quant à l'abbé, sa prudence était beaucoup moins motivée par des raisons personnelles que par l'affection qu'il portait à son frère.
Adolphe était devenu l’un des principaux membres de l’Oratoire et un candidat sérieux
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à l’épiscopat. Charles, qui l’aimait profondément et qui le savait désireux d’honneurs, n'aurait pas voulu briser sa carrière.
Or, quelle au ent été sa résolution, elle devait nuire À son frère. S'il se fût décidé à partir pour l'étranger, il était trop en vue pour que son exil passât inaperçu. Il pouvait moins encore arborer le drapeau d une réforme religieuse plus ou moins radicale, en imitant - M. Hyacinthe Loyson qui essayait à Genève.
de fonder une Eglise « catholique libérale ». na
L'un des prêtres qui était allé se joindre à M. Hyacinthe Loyson ayant fait visite à l'abbé Perraud, celui-ci lui parla avec une liberté. assez grande pour en concevoir plus tard quelques craintes. 11 crut donc devoir en écrire à son ami À) : SA
nn . Nous avons longuement et amicalement.
He avec cet ecclésiastique. Seulement j'ai oublié de lui recommander un secret absolu à Ê mon sujet, et je vous prie de lui transmettre le 4
(1) Lettre datée du 3 septembre (1873).
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plus tôt possible ma recommandation. Il m'a paru du reste intelligent et capable de discrétion, et c’est probablement pour cela que je n'ai pas songé à lui dire ce qu'il a, j'en suis sûr, compris et pratiqué déjà de lui-même.
Mon intérêt à moi n’est pas tant encore ce qui me préoccupe, que celui de mon frère auquel il ne faut pas que je brise la route au moment même cù tout le monde pense qu'il va arriver à l'Episcopat. Du reste, je ne suis entré avec ce M' dans aucune confidence personnelle, mais il a pu voir clairement deux choses (au moins) : d'abord mon opinion théorique sur le célibat forcé à perpétuité, et puis mon découragement et le désir que j'aurais de pouvoir finir ma vie dans le repos et en dehors de toute préoccupation, de toute querelle religieuse et surtout ecclésiastique.
J'ai été très heureux de savoir Madame L.
en bonne santé : je lui souhaite de tout mon cœur une heureuse délivrance. Z (1) vous remercie de votre souvenir et de l'hospitalité que vous Jui offrez ainsi qu’à X (2) ; mais il leur est absolument impossible d'accepter votre aimable invitation. X envie votre bonheur, mais
{1) Madame Duval.
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dans les étranges complications où il se trouve de toute part, je doute qu'il puisse jamais arriver en cette vie à un peu de satisfaction et de repos. Il ne faut pas oublier d’ailleurs ce qu'il vous disait dès le commencement de ses relations avec vous, c’est qu’au lieu de ressentir, comme vous, l'attrait d’un apostolat réformateur, il croyait s'être complètement trompé en se faisant prêtre, et qu'il ne désirait que le retour à la vie laïque. Cette disposition d'âme complique beaucoup les difficultés, parce qu'alors il faudrait avoir une fortune person= nelle qui lui manque. Je vois souvent ces deux A ü infortunés, et au fond je crois que Dieu leur - $ ferait une grande grâce en les rappelant le plus tôt possible à lui. a”
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di 4 :
Quant à moi, je tâche toujours de surmonter mes maux de tête si fréquents et si fati- È gants, mais je n’avance que bien lentement À dans l’examen, la correction, la copie, etc., etc. à de ces manuscrits qu'il faut cependant tâcher. d'utiliser (1).
Veuillez me rappeler au souvenir de Ma-.
presque tout le travail de l'édition, mais pour le compt "Rù de son frère et sous son autorité.
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dame L. et croire à ma sincère et constante affection.
Je vous transmets une lettre de X.
La lettre transmise portait les réflexions de Charles Perraud sur l'organisation que M. Hyacinthe Lovson donnait à son église :
Mon cher ami,
Depuis notre conversation avec la personne qui a été vous rejoindre, j'ai beaucoup pensé à votre entreprise, aux difficultés qu'elle offre et aux moyens de surmonter ces difficultés.
-Permettez-moi de vous communiquer très :
franchement et au courant de la plume, par conséquent sans beaucoup d'ordre, les idées
qui me sont venues et qui m'ont paru pouvoir
vous être de quelque utilité. Je pense que vous allez vous rendre à la réunion de Constance (1), que vous y parlerez et que probablement votre parole aura beaucoup d'influence sur la marche des choses.
Voici donc ce que j'ai considéré indispensable, si vous voulez être vraiment utile aux âmes et à l'Eglise.
(1) Le troisième Congrès des Anciens Catholiques, ouvert le 12 septembre.
. A . « 1% :sible de vous arrêter. A mon avis, mieux.
Dire hautement et répéter souvent que vous ne voulez pas fonder une Eglise, ni surtout une religion nouvelle, que vous vou- ; lez seulement créer un point d'appui, un lieu d'asile, un centre d'action commun pour tous les catholiques qui veulent ces deux choses nécessaires au progrès de l'Evangile en ce | siècle : «
1° D'abord rester catholique, puis en restant catholique, revendiquer la Réforme de l'Eglise 4 dans son chef et dans ses membres, réforme se vainement attendue depuis si longtemps. Fate
2° Donc ne proposer et surtout n'imposer .
à vos adhérents que ces deux choses, rester cathclique et revendiquer les réformes nécessaires dans l'Eglise, mais ne toucher ni à la théologie, ni aux sacrements, ni même au culte, et, par parenthèse, j'ai appris avec peine que vous étiez déjà entré dans cette voie où il faut bien comprendre qu'il vous sera impos-
vaudrait hardiment faire à ce sujet un pas en. arrière et expliquer pourquoi vous le ee 4 |
provoquer et même préparer les réformes indispensables dans l'Eglise Catholique, mais que vous ne devez ni ne pouvez les opérer vous-même, l'Eglise seule ayant une mission pour se réformer,
Si la maxime in necessariis unitas, in dubiis libertas, Vraie sauvegarde de tous les intérêts, n'était pas absolument oubliée et même foulée aux pieds dans l'administration actuelle de l'Eglise, une réunion, comme celle que vous organisez à Genève et ailleurs, n'aurait aucune raison d'être grave : parce qu'alors on pourrait demeurer dans la hiérarchie, dans la légalité et parler librement et réclamer justice.
C’est le malheur des temps qui met les âmes dans cette cruelle alternative, ou de rester dans la hiérarchie, et alors de ne pouvoir parler d'aucune réforme de l'Eglise, ou de sortir momentanément de la hiérarchie et de la léga-
lité pour pouvoir réclamer ces réformes dont
l'Eglise a besoin.
Une comparaison, que je crois très exacte, vous fera mieux comprendre encore ce que devraient être, à mon avis, les tentatives de réforme en Suisse, en Allemagne et ailleurs.
Elles devraient être, au moral, ce qu'eussent été, au physique, des villes et des pays qui au moyen-âge et au &emps de l'Inquisition, au-
raient offert l'hospitalité, la liberté et surtout la sécurité aux catholiques, en leur permettant de parler librement, à l'abri des dénonciations, des cachots, des tortures et des büûchers. Je crois cette comparaison rigoureusement exacte, car aujourd'hui supposez que le prêtre le plus irréprochable et le- plus orthodoxe, même le plus ultramontain, eût l'audace de réclamer les réformes nécessaires dans l'Eglise, à l'instant même, il sera dénoncé, torturé, brûlé vif moralement comme il l’eût été physiquement, il ya cinq ou six cents ans. ;
Dans ma conviction, votre œuvre sera fé- MT conde, si elle se borne à cela. Elle sera stérile, et même elle avortera très vite, si vous vous. … F jetez dans les nouveaux symboles de foi, dans les innovations non urgentes, non imposées par la nécessité du salut des âmes.
Donc, si j'étais à votre place, je m’imposerais moi-même et je proposerais à mes adhérents l’abstention systématique de toute inno-… vation dans l’enseignement doctrinal, dans l’administration des sacrements, dans la liturgie. elle-même. Je ne dis pas que l'Eglise ne devra + pas plus tard examiner, par exemple, la question de la liturgie en latin ou en langue vul gaire, mais je dis que vous ne devez pas et Q
vous ne pouvez pas, sans les plus graves inconvénients, toucher vous-même à cela.
Permettez-moi d'entrer ici dans quelques détails pour rendre ma pensée plus claire.
J'apprends que vous dites la messe, ou une partie de la messe, en français. D'abord en quoi cela était-il urgent, et surtout nécessaire, soit au salut d’une seule âme, soit au progrès de l'Evangile et au bien de l'Eglise ?
Et puis comment pouvez-vous empêcher tel de vos adhérents de continuer, si cela lui plaît mieux, à dire la messe en latin ? En outre, si vous entrez dans la voie des changements, des additions ou suppressions, qui fixera des limites et où s’arrêtera-t-on ? Si vous êtes vingt prêtres, vous aurez bientôt vingt manières diverses de dire la messe, et les fidèles, pas plus à Genève qu'en France, ne respecteront longtemps une religion où le culte sera livré au caprice de chacun.
Veuillez remarquer en effet que l'Evangile nous montre seulement Jésus-Christ consacrant le pain et le vin, et donnant la communion aux apôtres. Si vous ne vous imposez pas vous-mêmes, tous et unanimement, le respect provisoire des formes du culte, telles qu’elles sont en usage dans l'Eglise Catholique, j'ose
vous prédire que bientôt vous aurez des adhérents qui se borneront, d’après l'Evangile, à consacrer le pain et le vin, et peut-être même, si le cœur leur en dit, à faire cela dans un repas afin d’imiter plus exactement Jésus- Christ.
Donc, selon moi, il faudrait que chacun préparât, écrivit ses idées de réforme, même sur les questions de détail, mais s'engageât à ne rien innover en pratique, jusqu'à l'examen de la décision de tout cela par le prochain Concile … vraiment libre, qui seul aura mission et auto- ve rité pour régler tout cela avec le reste. . (
Quelle grande et suffisante mission pour.
vous et les vôtres que d'appeler, de préparer, d'amener aussi ces réformes et ce prochain.
Concile vraiment libre ! Dans ma conviction, vous l’obtiendrez à la mort de Pie IX, mais à. la condition de rester dans les bornes que j a dique et de bien faire comprendre que vous.
n'êtes rien autre chose que les auxiliaires de l'Eglise, obligés momentanément de la servir en dehors de sa hiérarchie et de la légalité, l mais qu'au lieu de travailler à la séparation, … Et vous travaillez à ramener le plus tôt possible tous les catholiques à l’unité dans la vérité et. la liberté, veritas liberabit vos.
Rappelez-vous à ce sujet deux choses qui me
reviennent en ce moment à l'esprit : votre
premier cri en sortant du couvent, je fais appel à un Concile vraiment libre. Voilà le vrai but, puis le texte de saint Augustin que vous avait donné M. de Noirlieu et où la situation de certains serviteurs extraordinaires de l'Eglise était si nettement indiquée (1). Voilà la vraie situation
Outre que vos innovations causeraient le désarroi et la division parmi vous, sauf le cas
(1) « La providence permet souvent que, par des troubles excités par des hommes charnels, des personnes pieuses soient exclues de la communauté des chrétiens. Si elles supportent cet affront et cette injustice patiemment et dans la vue de ne pas troubler la paix de
l'Eglise, et qu'elles ne cherchent pas à donner lieu à :
des innovations schismatiques ni hérétiques, elles apprendront aux hommes avec quels sentiments et avec quel amour sincère on doit servir Dieu. De telles personnes prennent la ferme résolution de rentrer dans Ja communauté, après que les troubles sont apaisés, ou si cela ne leur est pas possible, soit pendant les troubles, soit pour ne pas les augmenter encore par leur retour, elles conservent toujours la volonté de donner des conseils à ceux mêmes dont elles ont évité la violence, sans former une communauté à part. Elles défendent jusqu’à la mort et soutiennent par leur témoignage la foi qu’elles savent être annoncée dans l'Eglise Catholique. Le Père qui voit les choses cachées couronne celle-ci. De telles personnes sont rares sans doute, toutefois elles ne manquent pas : il y a même plus qu'on ne le croirait. » De Vera Religione, VI. Ce texte est très célèbre et M. George Tyrrell l’a allégué récemment en faisant remarquer que saint Augustin ne l’a jamais rélracté.
impossible où vous essaieriez d'imposer vos idées et vos nuances même à tous vos adhérents, ces innovations ont le tort immense d’effrayer beaucoup d’âmes, de donner à croire que vous fondez une secte nouvelle, de rappeler l’abbé Châtel (1) et les autres (2) …, c’està-dire en résumé, d'empêcher un grand courant d'opinion catholique de s'unir à vous ; or, ce courant, je crois qu'il serait possible de le créer, et, grâce à lui, d'arriver, à la mort de Pie IX, au concile vraiment libre que j'appellerais volontiers le Concile du Salut.
Permettez-moi encore de vous rappeler que, dans la voie des innovations, on arrive wite au Protestantisme, et même, comme l'abbé Mouls (3), à la religion purement naturelle.
Ainsi ce M° (4) me disait que l'abbé H. (5)
(1) Prêtre du diocèse de Moulins, fondateur à Paris, en 1831, d’une ridicule « Eglise catholique française ». Il se fit sacrer « évêque », dans l’église « joannite », par Machault, dit le baïilli Jean de Jutland et s'intitula primat des Gaules.
@) Mot illisible.
(3) Chanoine de Bordeaux qui quitta l'Eglise après le LenAEe: et se retira à Bruxelles. 11 mourut le 5 juillet
(4) La personne dont il est question dans la première ligne de cette lettre.
(5) Sans doute l’abbé Hurtault, prêtre du diocèse de Tours, chanoine honoraire, ancien secrétaire de l'archevêque Guibert et curé de Ballan, qui était allé à Genève rejoindre M. Hyacinthe Loyson, le 31 mai 1873.
LA
LEUNS
trouve qu'il est idoltrique d'exposer le Saint: Sacrement dans un ostensoir, un autre supprimera la réserve dans le tabernacle, un autre bientôt ne croira plus du tout à la présence réelle.
Vous me direz à cela que pour le mariage, par exemple, vous aurez déjà opéré la réforme dans votre vie à vous. D'abord je crois que si vous aviez pu revendiquer le mariage sans vous marier vous-même, vous auriez produit une impression beaucoup plus grande ; en outre, c’est là une de ces questions qui, au moins pour certains hommes, peut être regardée comme urgente, comme intéressant le salut de l'âme, comme ne pouvant pas sans danger être remise à un temps éloigné. D'ailleurs, vous n’imposez pas à vos adhérents le mariage, et vous conviendrez, je pense, avec moi que vous ne croirez vraiment avoir atteint votre but par rapport au célibat ecclésiastique que quand vous aurez obtenu sa réforme d'un concile vraiment libre, mais ayant, parce qu'il représentera l'Eglise entière, l'autorité que vous ni vos adhérents ne sauriez avoir, n'étant que des individualités (1).
(1) Ce paragraphe de la lettre de l'abbé Perraud fait allusion à un bruit d’après lequel M. Hyacinthe Loyson
}. certains d'entre eux qui, ne croyant pas l'opinion mûre
Un autre immense avantage, si Vous Vous bornez à préparer les réformes et à donner asile, pain, considération, possibilité de vie honorable et sainte, possibilité même de mariage aux prêtres qui voudraient la réclamer et préparer avec vous, c’est que, outre vos adhérents connus et publics, vous gagnerez peu à peu, mais vite et sûrement, une mulltitude d’adhérents secrets, et c’est le grand nombre de ceux-là qui rendra les réformes, le concile libre possibles à la mort de Pie IX, en préparant dès aujourd'hui l'opinion. , è
Je suis porté à croire que si dans vos discours, peut-être dans un manifeste, mieux encore dans les décisions de vos assemblées, vous pouviez faire un appel au clergé du monde entier dans le sens que je vous indique, vous verriez se rattacher à vous par des fils cachés mais solides, des milliers non seulement d'adhérents, mais de collaborateurs qui vous ont manqué jusqu'ici, et qui ro pour-
aurait imposé le mariage aux prêtres qui se joignaient à
lui. Il n’en était rien, quoique M. Loyson le conseillât à Le
Ex
pour la réforme du célibat ecclésiastique, menaïent une
vis de prêtres « indignes en grande partie » et la poli tique antilibérale du Conseil d'Etat de Genève ces j
de Genève (4 août 1874).
tant indispensables pour rendre votre entreprise féconde, et pour la conduire au succès.
Beaucoup, en effet, qui ne peuvent être matériellement et ostensiblement avec vous, pour des causes diverses, seraient avec vous de cœur et d'esprit, du jour où ils verraient clairement qu'ils ne risquent d'être entraînés par vous ni à l'hérésie ni au schisme, et qu'ils peuvent, en toute conscience, ef en toute orthodotie, collaborer avec vous à la préparation des réformes par le prochain Concile. Vous promettriez à tous le secret absolu de leurs noms et de leurs personnes, et alors je crois qu'il vous arriverait en quantité des adhésions, des encouragements, des idées, des secours de toute sorte, des écrits que l’on vous prierait de publier, ne pouvant le faire soi-même, etc. Alors vous pourriez avoir à Genève, un grand et très intéressant journal, surtout le jour où vos collaborateurs y pourraient trouver un moyen d'existence matérielle.
Je crois, en outre, que vous ramèneriez au catholicisme bien des prêtres qui se sont faits pasteurs protestants, parce qu'ils n'avaient alors que cette porte ouverte, et ce retour par vous ne serait pas un médiocre succès. Vous provoqueriez aussi beaucoup de travaux ur-
gents, par exemple, la vérification et la preuve N"2 4
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62 LA RÉFORME CATHOLIQUE nn
de tant de faits importants énumérés dans Janus (1), des enquêtes de visu sur l’état du clergé par rapport au célibat dans les diverses nations du monde, surtout dans l’Amérique du Sud, sur l'état de la foi, etc., dans l'Eglise grecque unie, etc., etc. La place va me manquer, je n’ajoute plus qu'un mot, remettant les développements à une autre fois. A votre place, je m'abstiendrais même de traiter la question de l’Infaillibilité ; c'est une bouteille à l'encre d'où chacun tire ce qu'il lui plaît, et il est vraiment inutile de se tourmenter pour cela.
Le prochain Concile libre fixera la manière de croire à ce sujet, et je n’ai aucune inquiétude sur sa décision.
Tout cela est bien confus, bien incomplet, mais il y a, je crois, des idées vraies, et je demande à Dieu qu'elles puissent profiter à vous, aux âmes que vous aimez, à l'Evangile et à l'Eglise dont vous voulez demeurer le minis- tre.
(1) Le livre de go : Le Pape el le Concile,
Alcan, in-8°).