‹ Un prêtre marié: Charles PerraudChapitre 22 sur 39 · CALME · texte numérisé non relu

CALME

M. Hyacinthe Loyson se rendit, comme l'avait pensé Charles Perraud, à la réunion ancienne-catholique de Constance. Non seulement il n'y joua aucun rôle, mais il sortit au milieu d’une séance, en manière de protestation contre un discours qui y était prononcé (1).

Quelque temps plus tard, Charles Perraud, écrivant à son ami, à propos de la naissance de son fils, revenait ainsi sur les idées qu’il lui avait exprimées relativement à la réforme de l'Eglise :

C’est avec une vive satisfaction que j'ai su

(1) Voici la note du journal de M. Hyacinthe Loyson sur cet incident :

Dimanche 14 [septembre 1873]. — Je rentre de cette séance, d’où j'ai été obligé de sortir avec éclat, en présence des injustices et des injures dont la France était l'objet de la part de ce grossier député allemand (M. Voelk, d'Augsbourg). Je suis sorti avec M. de Pressensé qui était assis près de moi, et qui partageait mon indignation.

Si la lutte actuelle était, comme l’a dit M. Voelk, la lutte entre les Germains et les Welches, je ne serais pas ici, car je suis Welche et veux le demeurer, et tout en défendant mon peuple, je ne suis point pour les guerres de race. Ce nationalisme brutal est payen : cet homme en était ivre. L’archiprêtre russe Vasilieff qui était près de moi, m'a dit dès le début de ce discours : « C'est l’'abaissement et la profanation du mouvement ! »

(1) Lettre datée du 28 septembre 1873.

que vous aviez quilté la salle des séances à |

Constance, lorsque ce malencontreux Allemand a parlé de notre pays d'une manière inconvenante.

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Le peu que j'ai pu savoir de cette assemblée m'a confirmé dans la pensée exprimée dans la dernière lettre que je vous ai écrite qu'il ne faut pas chercher à constituer des Eglises nouvelles, mais à réformer l'Eglise. A cela vous me répondrez probablement qu’une action collective est bien difficile en dehors d’une constitution positive. J'avoue que je crois tout le contraire, en réduisant bien entendu, cette action à quelque chose d’essentiellement “provisoire

extraordinaire et pour préparer les réformes É urgentes (1).

LA GRANDE DEPRESSION (1874-1879)

Au commencement de 1874, la nomination d’Adolphe Perraud à l'évêché d’Autun apporta une grande joie et un grand soulagement à

Charles (1). Celui-ci crut que, quoi qu'il advint 2) à lui-même, il ne pouvait du moins plus nufre

à son frère bien-aimé. Mais, loin de commencer une vie plus tranquille, il entra dans une période plus sombre. ,

Des maux d'estomac vinrent compliquer ses

terribles maux de tête. Le travail lui fut impos- (

sible, il cessa toute lecture et même toute correspondance. Durant quelques années, son seul bon passe-temps fut la chasse pour 1a-

(1) Sur l’épiscopat d'Adolphe Perraud, on peut consulter une étude que je lui ai consacrée dans Evéques et diocèses, 1°e série.

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quelle il avait toujours eu une passion très vive, accrue par l'intérêt de sa santé. Il allait voir en province tous ses amis chez lesquels il pouvait prendre « la liberté du fusil » (4). Mais, en ne prôchant plus, il se privait de ressources, et la gêne pécuniaire s’ajoutant à la maladie et aux difficultés de son faux ménage, il tomba dans une grande dépression. « Je dois vous avouer, encore, écrivait-il à M. Hyacinthe Loyson, le 3 août 1874, que si j'étais un peu plus riche, c’est le retirement absolu du monde que je préférerais à tout, bant je suis physiquement et moralement exténué de fatigue. » |

En 1876, M. Loyson envoya à Charles Perraud des discours qu'il venait de pronon- \ cer et un livre de l’abbé Chavard sur le célibat ecclésiastique (2). De la longue lettre par

(1) Lettre du 3 août 1874.

(2) Le célibat des prétres et ses conséquences, par l'abbé F. Chavard, curé de Genève (Genève, Benoît, 1874, in-12, XVIII-605 p.). Le livre est précédé d’une lettre de M. Hyacinthe Loyson. Il écrit à l’auteur : « Je vous félicite tout particulièrement de vous être maintenu, pendant tout le cours de votre étude, dans les limites de l'orthodoxie catholique. Vous combattez les abus, mais vous respectez l'Eglise : vous voulez une réforme, mais vous la voulez catholique. Vous savez que, si la discis

laquelle il remercia son ami de Genève, les extraits suivants nous font connaitre sa pensée et son état à cette époque.

Paris, le 20 juillet 1876.

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