Calcndar of Stale papey>i, Henry VIII, t. 111. n. U'.tO
taire du pape Jules III, devait être chargé de très importantes missions auprès des cours allemandes.
Deux autres professeurs de l'Université, Flaminio et Lazzaro Bonamico devinrent aussi les amis intimes du jeune Anglais et firent partie de sa famille, c'est-à-dire qu'ils vivaient sous son toit et mangeaient à sa table.
Qu'étaient au juste ces familiers ? Fils lui-même d'un professeur érudit de Bologne, Flaminio avait une renommée de poète, d'orateur et de philosophe. A la prière de son élève, bienfaiteur autant que disciple, Flaminio s'essaya le premier, en Italie, à traduire en vers les Psaumes, oeuvre délicate dédiée au Pape Paul III. Fidèle dans ses amitiés, RéginaldPole devait, dans la suite, rendre un signalé service à son ancien professeur.
Quant à Lazzaro Bonamico, c'était le maitre qui, peutêtre, jouissait alors à Padoue de la plus haute réputation. La supériorité de son intelligence avait rapidement élevé au-dessus de sa condition ce fils d'un simple paysan de Bassano, Choisi par les magistrats de Padoue, il déclina toutes les propositions avantageuses que lui firent le roi de Hongrie Ferdinand et le Pape Clément VII, désireux l'un et l'autre de l'attirer à leur cour. Dédaigneux des honneurs offerts, il préférait ne pas quitter sa situation au a Bô » où sa réputation resta grande auprès des générations suivantes. Le président de Thou, luimême, bien des années après pourtant, écrit de lui cet éloge ; « Il enseignait dans cette célèbre université à l'admiration de tous. Italiens et étrangers l'honoraient également pour sa science approfondie de l'antiquité, sa vaste érudition, son éloquence, surtout pour son jugement net et vif ». (1) Humaniste convaincu, Bonamico eût mieux aimé, avouait-il, parler comme Cicéron qu'être pape et il jugeait qu'une Tusculane valait un royaume. (2)
On se représente aisément l'influence que de tels maî-
1. De Thou, Ilist. universelle, L. XI. c. Giuseppe Marangoni, Lazzaro Bonamico e lo studio di Padova nella prima melà del cinquenle. Venise, 1901.
2. Mcéron. Mémoires, t. XXXIX, p. 193. Bonamico mourut le 8 Février \'6'Ô2, à 73 ans.
très pouvaient a\uir sur une jeuno intelligence comme celle (Je lîétrinald.
Par Leonico, sou professeur de philosophie, Pôle entra aussi en relations étroites avec plusieurs jeunes gens de grand talent et de solide science. Parmi ceux-ci, Christophe de Longui'il et quelques autres devinrent même ses familiers.
L'examen du p sso de Longueil et de ses camarades éclaire d'une façon toute particulière ce milieu plein de vie intellectuelle où Pôle, fraîchement arrivé d'Oxford, se trouva brusquement transplanté.
Bâtard d'un évéfîue de Léon, Lo.'igueil (1), né en 1 '188 ou 1490, à Malines, avait eu, avant de s'installer à Padoue, une exis-tence singulièrement mouvementée. Etudiant déjà remarquable par son savoir, il avait quitté la Sorbonne pour s'engager dans l'armée française, qui allait conquérir Naples. Puis Longueil devint en Espagne secrétaire de Philippe d'Autriche, jusqu'à la mort de ce prince en 150G. On le trouve ensuite errant sur les routes d'Allemagne, avant de s'asseoirsur les bancs des Universités de Poiîiers et de Valence. En 1513, au cours d'un voyage en Suisse avec deux amis, cet étudiant amateur d'aventures fut poursuivi comme espion, blessé au bras et oublié trente jours dans un cachot. L'année suivante, revenu à Paris, Longueil s'y fait une réputation d'avocat de talent. Repris sans doute de l'amour des voyages, il se trouve, deux ans après, à Rome où il conquiert les bonnes grâces des latinistes Bembo et Sadoleto, deux futur.s amis de Pôle eux aussi. Chassé de Rome par une cabale, Longueil erre à nouveau en France, dans les Pays-Bas et en Angleterre. Enfin, poursuivi par la nostalgie de l'Italie, il revint s'établir à l'adoue en 1520, c'esl-à-dire à l'époque où Réginald Pôle y arrivait luimême.
1. D'après Vitloriau Cian, RaRSPfina nihliogrnfica, l. XIX, 3892, Longueil serait né à Cambrai. Certains auteurs placent aussi sa naissance à Sctioontiaven, en Hollande. Son père était de Longueil, évè(|ue de Léon, chancelier de la reine .Anne de Bretagne et ambassadeur aux Pays-Bas — cf. Th. Sinmr, Christophe de Longueil, humaniste (1488-1522), Louvain, 1911.
Partout, Longueil fait rétonnement de ses contemporains pai' sa merveilleuse mémoire, son esprit et sa science universelle. Au moment de sa rencontre avec le jeune prince, il venait d'être créé par le Pape Léon X comte palatin du Latran et il avait été inscrit parmi les membres du Collège des Notaires. Pôle dut s'intéresser vivement au travail que tout jeune encore Longueil avait entrepris en vue de réfuter les thèses toutes récentes de Luther. Cette œuvre magistrale devait avoir cinq traités. La mort, malheureusement, ne lui laissa le temps que d'achever le premier. Longueil mourut, en effet, des le 3 septembre 1d-22, dans la maison même de Pôle alors que celui-ci, sur un appel de l'ambassadeur anglais, le docteur Pace, se trouvait à Venise (1).
Par di'licatesse, Longueil avait décliné l'invitation de son hôte de le suivre dans son voyage. Il ne voulait pas être importun et troubler par sa présence les entretiens de Pace et de son jeune ami. Sa santé d'ailleurs était déjà fortement ébranlée. En effet, quatre jours à peine après le départ de Réginald Polo, le ^5 août, Longueil fut saisi d'une fièvre maligne. Sans illusion sur la gravité de son état, il tint à dicter une lettre dont les termes montrent à quel point il s'était attaché à son disciple.
« Bien que mon corps, lui écrivait-il, soit accablé par la douleur physique et que je respire péniblement, attendant la mort avec angoisse, mon affection pour vous me fait surmonter mes souffrances et vous écrire ma dernière lettre. Le lendemain du jour où je vous donnai de mes nouvelles, je fus pris de violents frissons. Je ne crois pas avoir jamais autant souffert que durant ces trois derniers jours. Comprenant que ma fin est proche, je vous ai légué par testament ma bibliothèque. C'est le seul gage que je puisse vous donner en ce moment de l'estime où je vous tiens. Vous voyez que ma dernière heure arrive plus tôt que nous ne l'attendions. Que l'amitié si forte qui
1. Richard Pace fut secrétaire d'Etat et ambassadeur à Venise. 11 était doyen de Salisbury, puis il le fut de S. Paul de Londres.
nous unissait vous fasse, je vous prie, vous souvenir de moi en toute charité quand je ne serai plus. » (1)
Il y a dans ces mots une belle énergie et un appel touchant aux sentiments affectifs. Alarmé au plus haut point de ces nouvelles. Pôle eut beau presser son retour à Padouepour y soigner, y sauver, si possible, son ami, il ne devait même pas y recevoir son dernier soupir. A son arrivée, il ne trouva plus qu'un cadavre, qui, revêtu de l'habit du Tiers- Ordre, fut enseveli dans l'église des Cordeliers.
Vivement ému de cette prompte disparition, Réginald voulut rendre à la mémoire de cet homme distingué, mort à 34 ans, un tribut d'affection. Tandis que Bcmbo rédigeait une savante épitaphe pour le tombeau de Longueil, Pôle, élevant à sa manière un monument à son ami, raconta par écrit les détails de sa vie, sans cependant signer son ouvrage. Cette biographie sans prétention, gracieuse et touchante, est un chef-d'œuvre qui, à lui seul, classe son auteur parmi les bons écrivains. On y trouve à un degré rare l'élégance de la diction, la chaleur et la profondeur du sentiment et une grande maturité de pensée. Le latin y est impeccable et tout à fait digne de l'humaniste qu'il célèbre. Certains critiques estiment même que Pôle n'a jamais été aussi bien inspiré dans ses ouvrages postérieurs, rédigés pourtant avec plus d'art et d'application. Cette vie placée en tête du volume des Lettres de Longueil publié à Florence peu de temps après (-2) suffirait à établir la réputation de son rédacteur.
Parmi les autres jeunes gens que Pôle connut à Padoue, il faut noter le nom de Stanislas llosius. Ce Polonais devait, après une brillante carrière épiscopale, entrer comme Pôle, son ancien compagnon d'études, dans le collège des Cardinaux. Pendant que Longueil s'efforçait de réfuter les propositions de Luther, Stanislas llosius,
1. Culendar of Stalc paperg, Hennj VIU, t. 111, n. 24GO, 24Go.
2. .\ citer parmi les œuvres de Longueil : PerducUionis m de fènsiones duœ. \en\sc, Voï:'). ïn-^ ; Epistolaniin lib. IV. Florence, io22; Ad Lulheranos j'im damnatos oratio, 1529, iu 8.
de son côté, menait le même combat. Tout jeune encore, tandis qu'il étudiait à Cracovie, il avait écrit des satires mordantes contre Luther. N'est-il pas aussi l'auteur d'un savant ouvrage sur la foi catholique qui, composé en quatre jours, eut un succès inouï à son apparition et fut traduit dans presque toutes les langues de l'Europe et même en arabe ?
Mais Réginald Pôle ne fréquentait pas uniquement à Padoue les cercles d'étudiants. Sa situation sociale lui permettait de pénétrer dans les milieux les plus choisis où il fut connu longtemps sous le nom de « Monseigneur d'Angleterre ».
Ce fut vraisemblablement un de ses maîtres, Leonico peut-être, qui l'introduisit auprès de l'illustre Bembo. Le célèbre poète vénitien, « le prince des humanistes », installé à Padoue depuis la mort de son patron Léon X pour y soigner sa santé, fut bientôt gagné par le charme qui se dégageait de la personne du jeune anglais, par sa conversation pleine de maturité et de bon sens, par cet ensemble de qualités, qui lui faisait écrire de Pôle : « Monseigneur d'Angleterre, outre qu'il est de très noble extraction, estle plus vertueux, le plus instruit, le plus sérieux jeune homme, qui se puisse voir aujourd'hui dans toute l'Italie. » Bembo aima Pôle et celui-ci ne fut certainement pas insensible à l'attachement du grand homme.
La maison splendide et le beau jardin que le poète avait achetés à Padoue, dans le quartier San Bartolomeo, étaient, durant l'hiver, le rendez-vous des lettrés de la ville. Pôle en devint vite l'hôte assidu. Pendant les mois d'été, il ne put manquer aussi de se rendre sovivent à la villa de Santa-Maria-di-Non, délicieuse propriété que Bembo possédait, hors de Padoue, dans la région pittoresque et pleine de fraîcheur qui s'étend entre la Brenta et le Piovago (1). C'était un domaine voisin des collines euganéennes, cette contrée de rêve dont l'empereur Constantin Paléologue disait: « Si l'on n'avait la certitude que le Paradis terrestre fût en Asie, je croirais qu'il n'a pu