‹ Un prince anglais, Cardinal-Légat au XVIe siècle Réginald PoleChapitre 20 sur 48 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l^etour de Réginald Pôle en Angleterre. Sa mission à Paris au sujet du divorce d'Henri VIII.

A son arrivée en Angleterre, Réginald Pôle fut cordialement reçu par le roi et ses courtisans. Sa réputation de savant l'avait précédé et les Anglais étaient fiers de lui. Aussi tous, dans l'entourage d'Henri VIII, le regardaientils comme destiné aux plus hautes fonctions dans l'Etat. Wolsey lui-même, le tout puissant cardinal (1), se montra des plus avenants. Sans retard, il chercha à l'intéresser à son projet de fondation du collège de Ohrist-Ghurch à Oxford et tenta même, par son entremise, d'obtenir que le célèbre Romolo Amaseo, de Padoue, y acceptât une chaire de professeur. (2)

Malgré ces avances de tous et ces bonnes dispositions générales à son égard, Pôle, quelque renseigné qu'il fût par les lettres de sa famille, pouvait s'attendre à de nombreuses surprises. En effet, durant son absence, bien des événements s'étaient passés en Angleterre qui devaient avoir sur son avenir une influence considérable. La cour aussi bien que le royaume n'étaient plus ce que Pôle les avaient laisses huit ans auparavant.

Les premières années du règne d'Henri VIII avaient paru riches d'espérances, qui ne se réalisèrent pas. La sol-

1. Thomas Wolsey (1471-1530). Ce Cardinal -Ministre, conscient de sa valeur et heureux de sa position, traitait très cavalièrenientle Pape Clément VII, comme en témoignentses dépêches,

2. Lettre de Pôle à Amaseo, du 27 janvier 1j29. Wolsey offrait un traitement de 300 ducats par an, les frais de voyage et des béuéfices pour les lils d'Amaseo s'ils se destinaient à l'état ecclésiastifjue. Amaseo ne se laissa pas tenter. Cal. of State Vapers, Henry VIII, t. IV, n. 5224, 79.

licitiulc jalouse des ministres y fut peut-être pour beaucoup. En tout cas, le roi se laissa peu à peu dominer par toutes les passions de la jeunesse. Safatuitéet son désir de renommée lui avaient fait entreprendre des guerres sans but, qui,aulieude rapporter quelque proQtau pays, avaient vidé les coffres remplis par le précédent roi et avaient accablé le peuple d'impôts. Les journées à la cour d'Henri VIII se passaient en tournois, représentations, bals, fêtes et mascarades, divertissements coûteux qui n'avaient d'autre objectif quj de viser à l'effet et de faire montre de splendeur et de magnificence.

Le ministre Wolsey, opportuniste au premier chef, connaissait les goûts de son maître et, pour lui plaire, déployait un luxe insolent. Au début de cette même année 1527, n'avait-il pas organisé en l'honneur du roi, dans son palais d'York Place, une fête d'une prodigalité sans précédent? La description de cette fête laissée par l'ambassadeur vénitien suffît à remplir plusieurs pages d'un infolio.

La plupart des nobles n'avaient que trop facilement suivi l'exemple de leur prince et s'étaient endettés. Pour faire face à leurs obligations et à leurs dépenses, ils pressuraient leurs fermiers, qui se voyaient forcés d'abandonner les terres et les champs en friche. C'était bien là un premier élément sérieux de trouble pour un pays où la questionreligieuse, qui avait déjà suscité tant de différends en Angleterre, allait prendre une importance capitale.

Les doctrines hérétiques importées d'Allemagne depuis quelques années avaient trouvé un accueil empressé dans certaines localités, notamment dans les comtés de l'est et du sud. Déjà excitées par la morgue des grands seigneurs, fatiguées par les vexations de fonctionnaires arrogants et tyranniques, les populations n'attendaient, semblait-il, qu'une occasion pour serévolter contre ouxet contre le clergé que les novateurs leur repi'ésentaient comme responsables de tous les maux.

La conduite privée du monarque était un scandale public. On ne comptait plus ses intrigues amoureuses. Le IG juin 1525, Polc l'avait appris en Italie, Henri 'VIII avait, en présence du cardinal Wolsey et de toute la cour, créé duc

de Richmond, Henri Fitzroy, le fils naturel qu'il avait eu six ans auparavant d'une dame d'honneur de la reine, Elisabeth Klount. Puis il l'avait fait grand amiral d'Angleterre, vice-roi dans le Nord et peut-être songeait-il à le légitimer et à le choisir pour son héritier présomptif.

Au moment même où Polerentrait en Angleterre, le roi s'était pris depuis quelque temps d'une folle passion pour unejeune Irlandaise, autre dame d'honneur de la reine Catherine d'Aragon, Anne Boleyn, dont il avait d'ailleurs déjà séduit la cadette, Marie. Vaniteuse, ambitieuse et corrompue, Anne Boleyn avait su amener le roi à lui promettre le mariage, coûte que coûte (1). Instruite par le sort peu enviable des maîtresses tluroi.ses devancières, Anne avait employé sa coquetterie à attiser la passion de son amant sans ycéder. Elle avait eu l'habileté de déclarer à Henri 'VIII qu'elle ne consentirait pas à être la risée de la cour et qu'il n'obtiendrait rien d'elle sans un mariage légitimement contracté.

Sensuel et volage, le roi depuis longtemps avait cessé d'aimer la vertueuse Catherine. La reine, premier grief, ne lui avait pas donné d'héritier mâle (2). Déplus, en diverses occasions, elle avait manqué de tact à son égard. Ne l'avait-elle pas notamment blessé dans sa vanité en prenant la défense de son neveu Charles- Quint, alors qu'Henri 'VIII, conseillé par Wolsey, s'était brouillé avec lui? Détaché de sa femme, le roi chercha par quel expédient il pourrait arriver à épouser Anne. « Je vous ferai la seule maîtresse de mon cœur, j'éloignerai tous les autres de mon affection pour ne servir que vous seule » (3). Comment allait-il procéder pour tenir cette promesse faite à la belle Anne Boleyn?

Tout naturellement, il songea au divorce. Pour calmer

1. Cf. Paul Friedmann, Anne Bokyn, Londres 1884, trad. de l'anglais sous ce titre : la/// Anne Boleyn, par Lugné-Philipon et Dauphin Meurn'er, Paris 1903; 2 vol. iu-12de 3u4et397 pp. Anne Boleyn était née en 1307.

2. Henri VIII et Catlierine d'Aragon eurent, outre Marie, née à Greenwich le 18 février lul6, trois lils et une fille qui moururent en bas âge.

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