‹ Un prince anglais, Cardinal-Légat au XVIe siècle Réginald PoleChapitre 33 sur 48 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Pole nommé Légat séjourne à Paris, Cambrai et Liège sans pouvoir rentrer en Angleterre

La mission diplomatique à. laquelle Réginald Pole faisait allusion dans sa lettre aux membres du Conseil Privé anglais était d'une suprême grîivité. Il faut la décrire en détail puisque Pole en est le principal acteur et expliquer les motifs qui en justifiaient la réelle opportunité.

Depuis 1528, le despotisme religieux d'Henri VIII n'avait cessé de s'accentuer au détriment des libertés et des coutumes traditionnelles. Après s'être déclaré chef de l'Eglise anglicane, il dut faire choix d'un vicaire au spirituel et donna à son odieux conseiller Thomas CroniAvell le pas sur tous les lords laïques et ecclésiastiques du royaume et même sur l'archevêque de Cantorbéry. En fait, Cromwell devint aloi-s le personnage le plus important du pays.

Pour bien établir la suprématie royale au point de vue religieux, le nouveau vicaire général, Testé toujours simple laïque, commença par suspendre, pour un mois, les pouvoirs de tous les chefs ecclésiastiques du royaume. Le mois écoulé, chaque évoque, au moment où il sollicita avec humilité d'êlre réintégré dans ses fonctions, reçut un diplôme en vertu duquel le droit d'exercer ses pouvoirs spirituels lui était conféré à titre de représentant du roi, tant qu'il plairait au Souverain de lui en laisser la jouissance.

Cromwell ne s'en tint pas là. Un des premiers actes de

l'autorité spirituelle du roi fut do faire décréter par le Parlement» à la gloire du Tout-Puissant et à Thonneur du royaume » la suppression des monastères et couvents des deux sexes qui n'avaient p^is un revenu annuel de 200 livres sterling ou 5.000 francs. Le trésor royal s'enrichit de leurs dépouilliis.

Ce fut une lamentable histoire que celle de la disparition de ces 380 maisons religieuses (1). Après des enquêtes menées par des gens notoirement indignes (2), une série de mesures furent prises contre les habitants des petits monastères. Elles n'avaient d'autre but que de masquer d'une apparence de légalité des desseins bien arrêtés dès le principe. Les religieux laissés dans leurs couvents y restèrent dans des conditions particulièrement onéreuses et pénibles. Quant aux sécularisés, ils se dispersèrent où ils purent et un grand nombre, surtout les femmes, périrent de misère sur les grandes routes. Les monastères vides — et ce fut bientôt la règle commune — devinrent des lieux de pillage: vêtemon*^ ç.icerdotaux, vases sacrés, châsses et reliquaires précieux, joyaux artistiquesaccumulés lentement au cours des siècles, tout fit retour au trésor royal ainsi d'ailleurs que tous les biens immeubles qui servirent à apaiser bien des cupidités.

Ces agissements du roi lui aliénèrent une forte portion de ses sujets, notamment dans le Nord de l'Angleterre. Le peuple, dans ces contrées, restait encore solidement attaché à sa vieille foi. Les innovations dans les questions religieuses, le supplice des Chartreux, de Fisher et de Thomas More l'avaient déjà profondément troublé. La suppression brutale de tant de petits monastères aimés et respectés amena une véritable révolte. Ce fut d'abord, en

(1) Cf. pour tous détails à ce sujet : Dom Gasquet, 0. S. B. (au]. cardinal). Henry VJli and theEngliHh monasteries, 2 vol. 2' éd. 1888. Traduit en français, Paris 189i. — Trcsal, Les origine da schisme anglican, 1908, Ch. VII. pp. 153-191.

(2) Les deux principaux de ces enquêteurs furent, eu effet, le docteur Thomas Legh et Rictiard Layton, hommes de passion et caractères des plus vils.

octobre 1536, dans le comté de Lincoln, l'organisation d'une ligue pour la défense de l'Eglise et de ses droits. (1) Ces révoltés prétendaient éloigner Oronrwell du roi, relever l'Eglise et faire disparaître les hérétiques et leurs ' fausses doctrines, mais ils furent bientôt contraints de déposer les armes.

Ce soulèvement était à peine réprimé que tout le Nord se révolta à son tour. Les rebelles s'emparèrent d'York et en peu de temps ils furent trente mille. Sur leur bannière, portée par un noble, un Christ était représenté avec ses cinq plaies et un calice surmonté d'une hostie, symbole de la foi. De là le nom de Pèlerinage de grâce donné à cette formidable insurrection (2). L'histoire de cette révolte qui ne put être étouffée que par la ruse et la duplicité demanderait un long développement, inutile ici puisque Pôle n'y eut personnellement aucun rôle.

Mais la conséquence de cette insurrection fut que le roi y trouva un prétexte à l'abolition des grands monastères, les religieux ayant été hypocritement rendus responsables des troubles.

Or, de Rome, une surveillance très étroite s'exerçait \ sur ce qui se passait en Angleterre. Paul III estimait que sa charge suprême l'obligeait en conscience à saisir toutes les occasions de ramener au giron de l'Eglise catholique cette notable portion de son troupeau. Les excès du roi, son refus d'obéissance au pontife romain, ses efïorts pour entraîner dans sa défection non seulement ses propres sujets mais aussi ceux des rois de France et d'Ecosse, tout autorisait le pape à se départir d'une longanimité qui pouvait être taxée de faiblesse.

Il se résolut à envoyer le cardinal Pôle dans les Pays- Bas en qualité de Légat, afin de surveiller de plus près les

(1) Cal. 0 f State papers, Henry VIII, t. XI. n. 504 et suiv.

(2) M, tt. XI-XII, passim. Ce mouvement populaire est connu dans l'histoire anglaise sous le nom de « The Pilgrimaye of Grâce. »

événements qui se passaient dans sa patrie en vue, le cas échéant, d'une intervention (1).

Le choix d'un pareil envoyé s'imposait par l'autorité que donnaient à Réginald Pôle sa naissance et sa parenté avec le roi aussi bien que sa dignité et sa valeur personnelle. Les ambassadeurs de Charles-Quint à Rome et à Londres, Cifuentes et Chappuys^ joignirent leurs vives instances au désir exprimé par le Pape pour que Pôle fût chargé d'une mission. Ils en concertèrent même avec lui les détails et l'itinéraire. Le comte de Siplonti et le docteur Ortiz, venus tous deux à Rome pour y plaider la cause de la reine Catherine, engagèrent fortement aussi le cardinal anglais à entreprendre le voyage et à passer par la France, ce qu'il appréhendait à cause du rapprochement politique récent entre Henri VIII et François I".

Consultés, les ambassadt'urs français lui donnèrent comme au Pape l'assurance que leur souverain lui réserverait le meilleur accueil. Ce serait, affirmaient-ils, faire injure à François I" que de mettre en doute ses intentions bienveillantes, parce qu'un Légat du St-Siège, quelqu'il soit, est toujours sûr d'être le bienvenu en tout temps et en toute occasion auprès du roi très chrétien.

Pôle se décida donc à suivre les conseils pressants de ses amis et à prendre, pourgagner les Pays-Bas, la route beaucoup plus facile de la France.

Dans l'ignorance de ce qu'il pourrait tenter pour aller lui-même en Angleterre, il avait annoncé son intention de rester en Flandre si les circonstances l'empêchaient d'aborder dans sa patrie et d'y attendre une occasion opportune pour traverser le détroit.

Le Pape, point capital de sa mission, l'avait bien chargé de s'occuper des affaires de l'Angleterre, mais, subsidiairement, le cardinal-légat avait aussi des instructions pour

(1) Id. t. XII. Cf. aussi Quirini. op. cit. t. II pp. 34 et suiv. Déjà le 30 août lo3o, Paul III avait préparé contre Henri VIII une bulle d'excommunication. ( CaL of State Papers, Henry VUl, t. IX. u. 207.) ; celle qui dépossédait Henri VIII du royaume était imprimée et prête à être publiée (Id. t. X, p. XV. "et nn, 82, 107J

essayer d'établir un rapprochement politique entre le roi de France et l'Empereur Charles-Quint. Il devait bien disposer ces princes, ainsi que le roi d'Ecosse, en faveur de la prochaine convocation d'un concile général, projet auquel Réginald Pôle était lui-même si étroitement attaché.

Averti de rimmincncc de cotte mission, le cardinal avait cru opportun de rédiger en italien un Mémoire spécial pour exposer au Pape ses vues personnelles. Ce manuscrit conservé encore au Vatican montre à quel point il souhaitait aboutir heureusement dans sa légation. Pour cela il recommandait pardessus tout une grande condescendance envers le peuple anglais, dans la crainte que si l'on exigeait trop de lui il ne refusât tout. Mieux que quiconque h la cour romaine il connaissait le tempérament de ses compatriotes et la genèse du Schisme anglican. Aussi, faisant allusion à l'insurrection des provinces du Nord, concluait-il par ces paroles :

« Il est encore un point, Très Saint-Père, qui me paraît de grande importance et que je nepuis passer sous silence sans manquer à la confiance que l'on a mise en moi. Le cas doit être envisagé où le roi, rendu soucieux par le mécontentement général de ses sujets, promettra, afin de l'apaiser, de faire droit à leurs'griefs avec une arrière-pensée de n'en rien faire ; le danger une fois passé, il est homme à punir de morl sous différents prétextes les chefs de l'insurrection, La nation, dans cette occurrence, devrait pouvoir compter sur une assistance quelconque, qui lui permettrait de poursuivre la résistance ; il faudrait désigner quelqu'un qui pût l'encourager dans ses résolutions et fournir des fonds suffisants dans ce but. » (1)

C'était de la simple prudence. Paul III se rendit facilement à la justesse de ces observations et donna plusieurs lettres à son Légat pour l'accréditer auprès des souverains et leur faire connaître ses desseins secrets en chargeant Pôle de cette mission.

De plus, une lettre du Pape était adressée directement

(1) Quirlni. op. cit. t. II. p. 224.

au ; - " ' ' ■ ' ait sa satisfaction d'avoir reçu ses fidèles d'Angleterre n'avai ' siège de Rome que contrais' -t ensuite à témoigner à SO: elle il avait droit à ta;. 'ui prêter leur appui d;:; ' ment, dif?nit le J^ape, pa- ^, la gloire de Dieu et le désir sincère

V, se trouvait encore ai l"y voir et de lui remettre

la' xhortait à soutenir le Lé-

ga montrées par les Anglais

du Xoi 3 ancêtres. La proxi-

mit ' .. -wS anglaises en rébel-

lion- '\ ' vrai dire, favoriser cette

politique. Auàiai pour monlrei- sa sympathie au prince Ecossais, Paul III, après des phrases laudatives sur sa piété, lui annonçait-il l'envoi dune épée d'honneur.

Quaul aux lettres destinées à François P'' et à la gouvernante des Pays-Bas (2j, clîes coritenaient à peu près les mômes généralités (3).

Le ton de cette correspouduiice, la mission même de Pôle ont amené certains historiens anglicans à accuser le cardinal de forfaiture envers son souverain légitime. Reproduisant des critiques anciennes, quelques écrivains ont même prétendu 'que Pôle aurait aspiré au trône et se trouvait, de ce chef, intéressé à une intervention armée en Angleterre, en vue d'y provoquer la chute d'Henri VIII. Déjà au XVl'" siècle, le même reproche avait été formulé et ses ennemis l'avaient accusé d'avoir pour dessein d'engager dans une guerre contre Henri VIII les princes chrétiens qu'il devait rencontrer au cours de son voyage.

(1) Jacques V était devenu le goiidre de François I ' en épousant sa lille Madeleine.

(2) Cette gouvernante des Pays-Bas était la reiue-douairière de Hongrie, sœur de Charles-Qùint.

(3) Quirini, op. cit. t. II. p. 217.

Rien de sérieux ne corrobore cette thèse et Pôle lui-même s'est justifié de ces accusations en écrivant au successeur d'Henri VIII ces propres lignes : « Je confesse volontiers que je fus envoyé en ambassade auprès de l'Empereur et du roi de France par Celui dont le devoir était de rechercher par tous les moyens un remède aux maux existants alors en Angleterre. Mais je n'avais d'autre visée que d'amener ces princes à employer des méthodes de douceur et de bienveillance qui leur eussent permis de relever un ami et un frère tombé dans le pire des abîmes, pour ensuite l'affermir sur son trône, bien loin de lui nuire et de l'opprimer » (i). Tout ce que l'on sait de Pôle et de son attitude dans ces affaires si délicates permet de croire 'à la véracité de cette déclaration. Ce serait méconnaître son caractère que de lui prêter des sentiments de haine aussi bien que des mobiles d'ambition personnelle. Il n'avait au surplus aucunement le tempérament du conspirateur et si, dans son entourage ou dans quelques milieux politiques, on put peut-être baser sur lui certains espoirs, il était bien le dernier à songer àlesréaliser.

Nommé Légat au consistoire secret du 7 février 1537, le cardinal quitta Rome le 18 du même mois. Son vieil ami iMatteo Giberti, qui avait été lui-même légat en Angleterre en 1522, consentit à l'accompagner dans son lointain voyage, malgré son âge déjà avancé. Il connaissait François I«' et Henri VIII. A Rome on espérait que s'il déplaisait à ce dernier de recevoir un cardinal, un meilleur accueil serait peut-être réservé à Giberti Francesco délia Torre, secrétaire de l'évêque de Vérone, Bartolomeo Lombardo, philosophe et littérateur véronais, le noble vénitien Aloys Priuli, que Pôle appelle son fidèle Achate, firent aussi partie de la suite du Légat pour achever de la rendre en tout conforme à son rang et à l'importance de sa mission.

Comme on entrait en Carême, le cardinal, malgré les fatigues du voyage, voulut en suivre les observances à la lettre. De santé médiocre, il ne pouvait que s'en trouver

(1) Quirini, op. cil. t. IV. p. 306.

bien vite incommodé, Beccatelli, secrétaire de Contarini, qui l'avait accompagné le premier jour, en prévint son patron à son retour à Rome. Aussi voit-on Gontarini écrire au Légat des conseils de modération, l'engageant à prendre soin de sasanté et à s'en rapporter au jugement et aux avis de l'évêque de Vérone et de Priuli. « Il n'y a pas, en effet expliquait-il avec autorité, de plus dangereuse illusion — et les gens pieux et prudents par ailleurs y tombent plus facilement — que colle qui leur fait juger comme superflues les précautions ordinaires à prendre, sous le prétexte qu'ils doivent avoir en la Providence une foi aveugle. De pareilles idées ne sont, en réalité, que l'effet de la présomption et de l'orgueil ».

Dans une réponse pleine d'humour datée de Bologne le 20 février, Pôle tranquillisa son ami et l'assura s'être soumis à ses injonctions. S il n'avait pas obéi plus tôt, dit-il, aux conseils de ceux qui étaient chargés de veiller sur lui, c'était dans la seule crainte de causer du scandale. Pour prouver que la santé et la force ne lui font pas défaut» il parle de son rapide voyage, sans interruption, entre Rome et Bologne (1).

Le Légat et sa suite furent peu après magnifiquement reçusà Sienne par lévéque-cardinalGiovannoPiccolomini et à Plaisance parle vice-légat de cette ville.

C'est de Plaisance que Pôle écrivit une seconde fois à Contarini. Profitant de ce que ses compagnons visitaient la ville et le laissaient seul un moment, il fît part à son ami du fruit de ses méditations. Il s'adressait à Contarini avecautant d'abandonque dans leurs conversations privées et la pensée de Réginald Pôle se lit si clairementdans cette lettre que la citation s'en impose :

« Que j'aie entrepris une tâche ardue et difTicile, écrivait-il avec sa tendance habituelle à se replier sur luimême et à analyser tous ses actes, personne n'en a plus conscience que moi, mais cette perspective ne m'effraie

(1) Quirini. op. cit. t. II. pp. 19-20. Pôle plaisante aimablement sur la sévérité de Giberti. Les chevaux eux-mêmes, dit-il, en ressentent les eflets. L'avant-ieille ils avaient désarçonnéi'évéque, sans lui causer d'ailleurs aucun mal.

point. Cetto mission, on effet, paraissait si (épineuse à quelques uns de mes amis réputés pour leur prudence qu'ils n'ont pas fait difficulté de dire publiquement qu'ils ne pouvaient qu'admirer mon courage ; s'ils avaient osé parler franchement, ils auraient môme dit ma témérité. D'autres ont blâmé ma simplicité qui m'a laissé entraîner daiLs une affaire également ennuyeuse et hasardée. Que répondre à tout cela? Rien à ceux qui ont formulé des objections, mais je me dis bien des choses à moi-même et je vous les dirai à vous aussi, mon ami, ce qui est la môme chose que de penser tout haut ». (1)

^îalhcureusement la suite de cette lettre est perdue. C'est fort dommage, car vraisemblablement elle montrait plus explicitement encore que Pôle ne se faisait guère illusion sur les dangers qui l'attendaient et sur le résultat fort problématique de sa mission. Le début de ces réflexions intimes permet pourtant d'affirmer que Pôle se préparait avec courage à la difficile tâche qui lui était confiée et avait certainement déjà prévu le cas où Henri VIII trahirait les promesses faites, pour les apaiser, aux rebelles des comtés du Nord.

Après s'être reposé un jour à Plaisance, il poursuivit par étapes son voyage. Dès son arrivée sur le territoire français il fut partout reçu avec des marques particulières d'honneur. C'était l'ordre même envoyé par François I".

Mais un semblable itinéraire entraînait de gros frais de représentation. Le cardinal ne tarda pas à constater que les subsides octroyés par Rome étaient manifestement insuffisants et ne répondaient nullement aux besoins de sa suite. Aussi, de Lyon, où il se trouvait le 24 mars,pria-t-il Contarini de solliciter du Pape une augmentation de ses ressources. S'il en était réduit à cette requête désagréable, c'était parce qu'Henri VIII avait supprimé la pension annuelle payée auparavant et l'avait dépouillé de ses bénéfices. Privé des envois d'argent de sa propre famille, Pôle insiste sur le fait que sans ce secours pécuniaire du Pape, il lui sera impossible de mener à bien sa mission.

(1) Id, t. II. p. 23.

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serait accordée comme subvention extraordinaire. Tl ne voulait pas, en effet, créer '"^ '-■' ■' -^ '^'^ -. • cn'mt les appointements de quin, lièrement à tout amb l'Italie. Contarini, en r sion, le priait de viser " ■

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là les doléances de ses sujets et à discuter avec eux les griefs religieux qui avaient donne naissance aux troubles. Cette assemblé.e d'York, d'abord fixée à la fih de mr^vs, avait été remise au 24 juin. Mais en promettant pon p^.rdon aux révoltés, le roi voulait simplement gagner le temps nécessaire à la concentration- de forces suffisantes pour les surprendre et arriver, suivant ses propres exnressions, à a exterminer entièrement par le fer et par le t>u ces traîtres, leurs femmes et leurs enfants ». (1)

Quelque déconcertant que fût récrasemcnt complet de ces rebelles, Pôle résolut pourtant de poursuivre son voyage. S'il ne pouvait s'immiscer directement encore dans les affaires d'Angleterre, il gardait du moins l'espoir de réaliser les autrevS parties du programme de sa mission.

Or, une autre déception, fort cruelle aussi, l'attendait à Paris. A son arrivée dans cotte ville, il y fut bien reçu par le clergé et par le peuple avec toutes sortes de démonstrations de respect et d'honneur, mais, le soir même de son entrée dans la capitale, le roi, alors à Hesdin avec sa cour, lui fît signifier par écrit, par l'entremise de Monsieur de Matignon, qu'il ne pourrait le recevoir ni même

(1) Id. t. II. p. 51.

lui permettre de séjourner dans le royaume. En même temps l*ole était averti de ne pas demander une audience, car le roi se verrait dans Tobligation de la lui refuser. François I*"" se justifia, à vrai dire, d'une semblable conduite, qui répugnait à ses sentiments personnels, en la disant impérieusement dictée par Henri VIII, ennemi avéré du cardinal. Or, dans l'intérêt môme de ses propres affaires, François I*' affirmait ne pouvoir ni ne vouloir s'aliéner l'amitié du gouvernement anglais. (1)

En s'exprimant ainsi, le roi de France semblait sincère. Sa singulière attitude peuts'expliquer par lalutte acharnée engagée entre lui et Charles-Quint. Le conflit était alors dans toute son acuité. Chacun des deux belligérants recherchait l'aide et l'amitié du prince anglais et celui-ci avait eu l'habileté de leur laisser entendre que tout appui accordé par l'un d'eux au cardinal-légat serait suivi dune rupture avec l'Angleterre. (2)

Henri VIII était même allé plus loin dans sa haine contre Pôle et lautorité pontificale qu'il représentait. Ses deux ambassadeurs à la cour de France, l'évèque de Winchester, Gardiner, et sir Francis Brian, avaient mandat d'insister auprès de François P^" pour que le « Cardinal traitre » leur fût livré pour être conduit enchainé en Angleterre. (3) Comme l'écrivit le nonce à Paris, Rodolfo Pio, si semblable programme s'était réalisé, le cardinal Pôle, aurait alors été « inscrit au catalogue des marlys » sans tarder.

Chevaleresque, le roi de France recula devant une trahison de cette nature. Il s'efforça même d'adoucir autant qu'il le put ce que sa conduite officielle envers le Légat pouvait avoir de dur et d'humiliant. Il accorda, en effet, plusieurs audiences à Amiens à Giberti et fît escorter Ré-

(1) PâUavichn. htoria delConcilio. L. IV. ch. 4.

(2) Toutefois il convient d'ajouter que François l" avait fait prévenir Henri VIII par le baiUi de ïroyes de l'arrivée de Pôle, qui venait appuyer la révolte deses sujets. Cl. CaUnd, of State l'apers, Henry VIII, t XII. p. 1, n. 623.

(3) Ibid. n. 939.

ginald Pôle jusqu'à la frontière du royaume par une compagnie de ses gardes.

Ces derniers détails sont donnés par Pôle lui-même dans sa correspondance avec le Pape et avec le nonce RodoUo Pio, justement absent de Paris en ce moment par suite de son récent transfert de l'évéché de Faënza à l'archevêché de Carpi.

Naturellement, dans ses lettres, le cardinal ne put taire son indignation de la façon dont un roi, généreux par nature et très chrétien par religion, traitait un Légat du Pape. De pareils procédés, écrivait il, violent toutes les lois qui régissent les nations et un tel outrage n'aurait même pas été peut-être subi au cas d'envoi en mission auprès d'un chef de brigands.

Pôle ne s'en tint pas d'ailleurs à un bref résumé de cet incident d'ordre diplomatique assez à prévoir pourtant pour tout esprit un peu au courant de la politique des ennemis de Charles-Quint. Il s'étendit au contraire avec une réelle ingénuité sur les mobiles élevés qui auraient dû empêcher François I" d'agir à son égard comme il l'avait fait. Profondément froissé, il estima que l'attitude du roi de France laissait supposer une absence totale de dignité et de principes chez un monarque qui, à son avis, semblait se soucier fort peu des droits communs de l'humanité. En tout temps, en effet, toute personne revêtue du caractère d'ambassadeur n'était-elle pas tenue pour inviolable (1), remarquait-il avec humeur, sans tenir assez compte du généreux refus qu'opposait précisément François l" à la demande d'Henri VIII de faire arrêter son cousin Réginald.

Obligé de quitter sans retard la France, le cardinallégat, à rencontre de ce que le nonce avait projeté pour lui, ne pouvait songer à passer directement en Angleterre en compagnie des souverains Ecossais, qui se trouvaient encore à Rouen, Ses faits et gestes étaient surveillés de trop près parles agents d'Henri VIII pour que semblable tentative lût à essayer. Il se détermina donc à se rendre

(1) Quirinl, op. cit. t. II. pp. 23 et 30.

dans les Pays-Bas autrichiens où il pensait être à la fois, plus en sûreté et plus à proximité d'un port anglais. N'avait-il pas du reste le droit d'attendre de la part de rempereur un accueil bienveillant puisque sa mission avait été conseillée au Pape par les ambassadeurs mômes de Charles-Quint?

Mais Pôle, dans cette seconde partie de son voyage, devait trouver encore bien des embûches sur son chemin. Le sort semblait le mener de désappointements en désillusions, lui si co;i fiant dans les promesses et la bonne volonté de ses semblables.

A son départ de Paris, il gagna d'abord Cambrai, ville libre et neutre. Le voyage ne fut pas sans dangers, malgré l'escorte donnée par François I*', car les routes étaient alternativement sillonnées par les bandes françaises et impériales qui se combattaient.

Dès son arrivée à Camî)rai, le cardinal écrivit à Bruxelles, au Prince-Evéque de Liège, président du Conseil de la régente des Flandres, pour lai demander le sauf-conduit nécessaire en vue de poursuivre sa route. Or, son messager, à peine parti, fut arrêté à Valenciennes par le gouverneur de la ville, le frère de l'évèque de Cambrai, et lui fût renvoyé sous prétexte qu'on ne pouvait laisser aller plus avant, sans connaître le bon plaisir de la régente, quelqu'un venant de France.

Pôle attendit alors tout un mois sans obtenir ce qu'il désirait. Il ne tarda pas d'ailleurs à comprendre que les raisons mômes, qui avaient motivé son expulsion de France, poussaient aussi l'Empereur à le tenir éloigné de ses Etats. Un agent du roi d'Angleterre, Hutton, était, en effet, arrivé récemment i\ la cour impériale et sans grande peine avait décidé Charles Quint à suivre sesintérêtf personnels et égoïstes et à négliger plutôt les affaires religieuses de l'Angleterre. Ce n'est pas, au surplus, dans cette seule circonstance que la politique le cédait au vrai bien de l'Eglise chez le futur ermite de Saint- Yust.

Navré de ce contretemps qui menaçait de se prolonger, le cardinal Pôle obtint d'intéresser à sa cause Robert de Croy, l'évèque de Cambrai. Celui-ci voulut bien envoyer un de ses familiers au prince-évêque de Liège pour l'in-

former de la situation embarrassée du Légat. Il y a à peine une journée de voyage entre les deux villes. Le messager pourtant ne revint qu'au bout de dix jours, chargé non d'une lettre, mais d'une simple communication verbale de Tévéque. Le prélat faisait dire à Pôle qu'il lui serait bien difficile de quitter la ville où il était en sûreté, étant donné les dangers auxquels il serait exposé, s'il en sortait, et les embûches que ses ennemis lui avaient préparées. Appui, secours et protection lui étaient néanmoins promis par l'évéque dans le cas où le Légat jugerait opportun de venir résider dans sa principauté, mais un déguisement pour le voyage était alors conseillé. (1)

L'idée de ce déplacement ne déplut pas, dans son principe, à Réginald Pôle. C'était même, crut-il, le meilleur parti à prendre, vu les circonstances. Seule la pensée de voyager incognito et de déroger ainsi à la dignité dont il était revêtu parut fortement lui répugner et l'empêcha de se mettre en route tout de suite. Le désir de p':^^uvoir un jour continuer ouvertement son voyage l'encourageait à prendre patience, mais sa situation à Cambrai devint vite assezdélicate. Après l'avoir reçu en ami, l'évéque PtObertdeCroy s'inquiéla, en effet, de la froideur que lui témoignaitlegouvernementde Bruxelles. Enbon courtisan, il parut alors régler sa conduite sur celle de ses chefs hiérarchiquesetse montra beaucoup moins-empressé auprèsde son hôte. Le cardinal en fut douloureusement surpris et, après bien des instances, décida l'évéque à envoyer à la cour un second messager, son archidiacre. Celui-ci revint onze jours après porteur de cette réponse dilatoire de la reine régente et duprince-évêque': « Dès que l'affaire aura été débattue au Conseil, Sa Majesté enverra une escorte pour accompagner le Légat à Liège où l'évéque promet un accueil en rapport avec les circonstances. »

Le Cardinal fut obligé de suspendre encore ses projets. Il en eut d'autant plus de regret que les nouvelles venues de Rome n'étaient pas sans le peiner, très certainement.

(1) Cal. of State papers, Henry VUl, t. XII. part. V. n.

Moins tonace que son Légat, le Pape, en effet, avait vite perdu espoir de voir Pôle pénétrer en Angleterre. Aussi devant l'insuccès probable de toute tentative en ce moment et circonvenu peut-être par les ambassadeurs de Charles-Quint, prescrivit-il au cardinal de rentrer en Italie pour y prendre part au concile général convoqué à Mantoue par une bulle de 1536. Le Pape, pour ménager ses susceptibilités, lui faisait remarquer qu'il y serait plus utile {\ la cause de rEgliso qu'en restant dans les Pays- Bas dans l'expectative du rapprochement anglais.

Comme Pôle, retenu malgré lui à Cambrai, avait des loisirs forcés, il en profita pour répondre longuement à Paul III, analysant, comme il savait le faire, les détails de son voyage et les mobiles de ses actes. Après avoir assuré le Pape de sa volonté d'obéir à ses ordres, il exprima l'avis que son retour immédiat en Italie n'allait pas sans de grosses difficultés. Forcé de reconnaître l'inutilité de courir pour l'instant le moindre risque pour mener à bien sa mission anglaise, il plaida néanmoins en faveur de la prolongation de son séjour en Flandre, ne serait-ce, disait-il, que pour avoir une heureuse influence sur ses compatriotes, gens de bien qu'il ne fallait pas décourager dans leur zèle. (1)

Cette lettre était déjà expédiée à Rome, lorsqu'après six semaines d'attente à Cambrai, Pôle reçut enfin de Bruxelles une escorte pour le conduire à Liège. Le trajet ne s'eiïectua pas sans encombre et, dès son arrivée, le cardinal écrivit de nouveau à Paul III, le 10 juin, et au Sacré-Collège pour se louer de la généreuse hospitalité du prince-évêque et de l'accueil empressé des habitants de la ville.

Mais, à Liège comme à Cambrai, le danger restait le même pour Pôle, il grandissait môme, car les agents du roi d'Angleterre poursuivaient sans relâche leurs intrigues secrètes (2). Leurs stratagèmes n'ayant pas réussi à lui faire quitter le voisinage des côtes anglaises

(1) Quirini, op. cit. l. II. pp. 59, 61, 63.

(V Cal. of State Papevs, Henry VlllA. \l\. 697-701.

cour revenir à Rome, ils se décidèrent à l'assassiner. Henri VIII l'avait déjà déclaré coupable de haute trahison, avait confisqué toute sa fortune et mis sa tête au prix de cinquante mille couronnes. Les assassins pouvaient donc tramer sa perte avec impunité. Ils s'y efforcèrent de leur mieux sans tarder.

Pôle était à Liège depuis quelques jours lorsque fut interceptée unelettre de Hutton, l'ambassadeur anglais à la Cour de Bruxelles, destinée cà l'un de ses compat'riotes. Sous une forme un peu énigmatique, il l'assurait que tout ce qu'il avait concerté serait agréable h Sa Majesté et qu'il était en droit d'attendre une récompense en rappo.t avec ses services- C'était très évidemment la disparition du cardinal Pôle qui motivait cette lettre. Ce personnage, en effet, on le sait par Pôle lui-même, vint un soir le trouver en se donnant pour banni de son pays et sans moyens d'existence. Son désir était que le cardinal le prit à son service. Craignant sans doute d'avoir été démasqué ou peut-être effraye du crime qu'il préméditait, il repartit le lendemain même, avant la pointe du jour, sage décision au reste car on l'eût jeté en prison si son séjour s'était prolongé^ de quelques heures. C'est un exemple, entre plusieurs autres de même nature, qui trahit bien la malveillance des ennemis du cardinal. Devant l'insuccès de ces tentatives, Pôle aimait cà trouver dans les événements des preuves de la sollicitude de la Providence à son égard et ne manquait pas de remercier Dieu de le protéger en toutes circonstances.

Cependant Henri VIII, tenace dans ses haines comme dans toutes ses passions, ne se découragea pas. Il fit proposer au Conseil privé des Flandres, dont leprince-évêque de Liège était membre, un véritable marché, puisqu'en échange de la personne du cardinal-légat, il offrit de fournir à l'Empereur pour l'aider dans sa campagne contre la France, un contingent de quatre mille fantassins, dont il aurait payé la solde durant dix mois. Ces avances n'eurent aucune suite et l'évèque de Liège, Erhard de la Marche, les fit connaître au cardinal. La réponse de celui-ci montre sa grandeur d "âme et son'mépris de la vie :

« Le roi, dit-il, se trompe si en agissant ainsi il a Tintention de me nuire ; en m'cnlevant la vie, il me procurerait un repos qui dépasserait toute la peine qu'il voudrait me faire. En un mot, il se conduirait à mon endroit comme quelqu'un qui aide son voisin à se dévêtir afin de pouvoir se reposer. » Cette comparaison est à retenir et permet de comprendre à quel stoïcisme la pensée chétienne de l'au-de là avait conduit Réginald Pôle.

Au milieu des vicissitudes de sa mission, il réservait toujours une large part aux préoccupations religieuses et, durant son séjour forcé à Liège, qui fut d'environ trois mois, il s'appliqua à donner à son entourage un exemple constant de piété et de travail.

Une lettre do Priuli du 28 juillet permet de connaître très exactement l'emploi habituel du temps du Légat et des principaux personnages de sa maison. Ils passaient la matinée dans leurs appartements quand leurs alTaircs ne les appelaient pas au dehors. Une heure et demie avant le principal repas, tous se réunissaient dans une chapelle domestique et là, sous la présidence de l'évêque de Vérone, leur maître de chapelle, le bréviaire se récitait en commun. Après la messe, on passait à table ; la lecture y était de règle et se faisait d'ordinaire dans un ouvrage de^saint Bernard, puis on conversait. Le repas terminé, lévêque lisait généralement un passage de la Démonstration évangclique d'Eusèbe de Ccsarée (1). Pendant la récréation, la causerie se poursuivait une heure ou deux et chacun ensuite se retirait dans ses appartements.

Le soir, une heure et demie avant le souper, on s'assemblait de nouveau pour achever en commun la récitation de l'oilice, Vêpres et Complies, vraie règle monastique à laquelle Pôle était de cœur très attaché. Foncièrement pieux et désireux d'entretenir chez lui comme chez ses commensauxle souci de la perfection, le cardinal-légat commentait lui-même tous les deux jours les Epitres de

(1) Gibcrli avait fait réccMuncnt traduire en latin celle Démonstration dKuscbe, comme le montre la préface dédiée par Douât de Vérone à Paul III.

SI Paul. Il avait commencé par la première à Timothée. C'était un sujet de grande édification pour son entourage. « Combien de fois, écrivait Priuli à Beccatelli, j'ai désiré que vous et l'évêque de Fano fussiez présents aux conférences de cet excellent homme et témoins du respect, de l'humilité et de lintelligence avec lesquels il s'acquitte de ce devoir ; elles sont de tout point remarquables et je ne crois pas que mon affection pour lui me rende partial dans cette appréciation. » Après la conférence, le souper était servi. Comme on était alors en plein été, la récréation du soir se prenait ensuite au dehors, soit dans les jardins, soit en barque sur la Meuse. « Nous ne cessons de regretter, dit encore Priuli, l'absence de Beccatelli et de Monseigneur de Fano ; nous souhaiterions qu'ils pussent partager avec nous cette façon délicieuse et irréprochable de passer le temps. Que de fois Monseigneur le Légat me répète ce mot de Virgile : « Certè Deus nobis hœc otia, fecit » ; « C'est certainement Dieu qui nous a préparé de tels loisirs », à quoi il ne manque jamais d'ajouter : « Que n'avons-nous ici avec nous Monseigneur Contarini ! » (1)

Si la vie était ainsi douce et paisible à Liège, l'argent et le luxe n'y étaient pour rien etTéconomie la plus grande était pratiquée. En communiquant à Pôle la permission du Pape de tirer sur les banquiers pontificaux toutes les sommes nécessaires à sa mission, Contarini l'avait averti d'user de cette autorisation avec modération. Pôle savait le trésor romain fortement obéré. Aussi prescrivit-il à Priuli d'établir avec précision le détail de ses dépenses. Il tint ensuite à envoyer à Rome le relevé de ses notes pour qu'on ne pût pas le soupçonner de prodigalité. Il certifia de plus que tous ceux qui avaient quelque emploi dans sa maison étaient attentifs à pratiquer la plus stricte économie à ce point que si Caton le Censeur revisait leurs comptes, il ne trouverait rien à retrancher. L'évêque de Vérone, adjoint pourtant à Pôle pour l'assister dans des affaires plus importantes, avait condescendu à entrer

(1) Quirini, op. cit. t. II. p, lOi.

dans ce calcul minutieux. « Sa présence seule, dit le Légat, suffit pour arrêter toute superfluité et pour garantir la décence et le bon ordre ».

En juillet, Paul III se décida à donner de nouveau à son Légat l'ordre de regagner Rome. Sa présence dans le voisinage de l'Angleterre, écrivait-il, n'avait plus sa raison d'être ; elle pouvait au contrairedevenir une source d'ennuis pour le généreux évoque de Liège qui, en dépit de toutes les menaces d'Henri VIII, se montrait toujours d'un rare désintéressement vis-à-vis de son hôte. Comme Pôle devait traverser les Etats de l'Empire, le Pape le prévenait de la démarche faite en même te.nps auprès de Ferdinand, roi des Romains, pour qu'il veillât à sa sécurité au cours du voyage (1).

Le cardinal, cette fois, ne paraît pas avoir sollicité du Pape une prolongation de sa mission, mais avant de s'éloigner de Liège il remercia par lettre les trois principaux ministres impériaux à Bruxelles {2) des témoignages d'humanité qu'ils lui avaient montrés. Il pria .l'un deux, l'archevêque de Palermc, d'assurer la régente de ses respects, mais surtout il ne sait en quels termes exprimer sa reconnaissance au prince-évèque de Liège : « Sa conduite à mon égard, seplait-il à déclarer, a été celle du meilleur des amis, il m'a traité avec la munificence d'un opulent monarque et je ne pourrai que vous être agréable en louant cet excellent homme que vous aimez et honorez » (3).

Ces devoirs de politesse ainsi rendus, Pôle et sa suite se mirent en route le 32 août 1537. La veille même du départ, Priuli écrivait à Beccatelli l'éloge de l'évèque de Liège et citait des preuves de sa générosité (4). Comme le Légat avait été informé dos embûches que lui préparaient durant son voyage les émissaires anglais, ce fut

(l)Id. op. cit. t. II. p. 273.

(2) C'étaient alors de Pral, Scerper et l'archevêque de Palorme.

(3) Quirini, op. cit. t. H. pp. 48 et suiv. Le cardiual-ovéquc do Liège mourut le 16 février 1538 d'une indigestion causée par les moules.

(4) Id. op. cit. t. II. p. 102.

pour l'évêque une nouvelle occasion de se montrer servia» ble et il employa trois jours, écrit Priuli, à consulter ceux qui connaissaient le mieux les routes et à prendre toutes les précautions nécessaires pour garantir la sûreté des voyageurs.

Ces attentions prévoyantes permirent sans doute à Pôle de n'être pas entravé dans sa route. A Trente, il reçut une dépêche de la cour de Rome, datée du 12 août, qui aurait dû lui arriver avant son départ de Liège (1). Le Pape, d'après cette lettre, le laissait libre de passer l'hiver dans les Pays-Bas ou de rentrer à Kome, selon qu'il le jugerait opportun. DcBovoIona, maison de i'évùque de Véroneoù il s'était arrêté, le Cardinal répondit à Contarini que tout bien considéré il regardait comme une heureuse circonstance de n'avoir pas reçu plus tôt cette dépêche. Elle l'eût autrement rendu fort perplexe sur la décision à prendre.

A Bovolona, Flaminio et la famille de Contarini vinrent le visiter ; delà Pôle se rendit à Ilostilia, la ville voisine, puis par eau il gagna Ferrare etRavenne afin de pouvoir faire un pèlerinage à la fameuse église de Lorette. En cours de route lui parvint la nouvelle de la mort, à Bologne, de son ami Cosmo Gherico, évêque de Fano. Pôle comptait justement le rencontrer à son passage et ce deuil assombrit ses derniers jours de voyage.

Arrivé enfin à Rome, il donna au Pape un récit très détaillé de son ambassade. Elle avait échoué, il est vrai, mais 'c'était manifestement, pour une large part, la faute de l'Empereur et de François P"", et, dans son zèle religieux, Pôle ne cessait de déplorer que des princes chrétiens, par intérêt politique et temporel, aient précisément entravé sa mission diplomatique.

Il était parti d'ailleurs sans grande illusion sur l'issue possible de ses tentatives et ne pouvait, en toute justice, être rendu personnellement responsable de cet échec. Il

(1) Quirini, op. cit. t. H. p. 82.

s'était admirablement acquitté de sa tâche et les circonstances seules avaient été plus fortes que sa volonté.

Paul m le comprit. Aussi réserva-t-il à son Léprat malheureux un très affectueux accueil. Il devait bientôt faire de nouveau appel à ses conseils.

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