‹ Un prince anglais, Cardinal-Légat au XVIe siècle Réginald PoleChapitre 41 sur 48 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Arrivée de Pôle en Angleterre La réconciliation officielle de ce pays av«c Rome.

Pendant qu'à Bruxelles le cardinal Pôle triomphait des derniers obstacles mis par Gharles-Quint à son départ pour l'Angleterre, à Londres, le troisième Parlement du règne de Marie était convoqué. Il s'ouvrit le 12 novembre 1554. Dans les lettresde convocation, on n'avait pas strictement employé les formules usitées ; entre autres le qualificatif de chef suprême de l'Eglise jusque-là accolé au nom dii souverain avait été supprimé. Pour qui voulut bien comprendre, c'était un acheminement certain vers la réconciliation avec Rome.

Le premier souci de cette assemblée parlementaire fut d'examiner un projet de loi qui révoquait la condamnation à mort de Réginald Pôle. Le seul motif de la disgrâce du cardinal, y lisait-on, avait été son refus de reconnaître le divorce illégal du père et de la mère delà reine. Afin de mieux donner à entendre que le rappel de Pôle en Angleterre était un simple acte de justice et non une grâce bénévolement accordée, le rapporteur demanda que la cause fût jugée à nouveau.

Ce bill resta deux jours à la Chambre des Lords puis, aux Communes, on le lut trois fois en un jour. Le résultat fut celui qu'on prévoyait. Les deux Chambres abrogèrent la condamnation et restituèrent Pôle dans tous ses droits et privilèges. Pour ajouter encore plus de portée et plus d'éclat à cette disposition, le sceau fut imprimé sur or et le roi et la reine lui donnèrent leur approlrition le 22 novembre. Après vingt-trois ans d'exil, Réginald Pôle était

donc désormais légalement libre de rentrer dans sa patrie et pouvait reprendre, sans flétrissure, le rang que sa naissance lui donnait dans le royaume.

Le cardinal, à vrai dire, n'avait pas attendu cette décision pour quitter Bruxelles^ Il s'était mis en route, dès le 13 novembre, en compagnie d'Edouard Hastings.dcLord Pagetjde quarante autres nobles et de sa propre escorte, le tout formant un corps de cent-vingts cavaliers. Parmi ses amis italiens se trouvaient le fidèle Priuli, Parpaglia, Nicolas Ormanetto, Fiordibello et Stella, ses compagnons des mauvais jours. Par Gand et Bruges, le cardinal-légat atteignit Gravelines le 19 et, le même jour ,au bruit des salves d'artillerie et au son des cloches, il entra à Calais, terre encore anglaise pour quelques années seulement (1). Le lendemain, 20novembre, Pôle eut enfin la satisfaction de s'embarquer pour l'Angleterre. Quinze mois' déjà s'étaient écoulés depuis l'avènement de sa cousine Marie I

La traversée se lit rapidement en trois heures et demie, avec une escorte de six vaisseaux anglais venus à sa rencontre. A Douvres, Réginald Pôle fut reçu avec les honneurs dûs à un personnage de sang royal par l'Evêque d'Ely, Thirlby, auprès de qui il eut la joie de trouver son neveu Lord Montagne et son petit neveu François, Lord Ilastings. Accompagné dedixhuit cents seigneurs à cheval, le Légat, dans son voyage vers Londres, passa par Cantorbéry où l'archidiacre Nicolas Harpsfîeld le complimenta, puis s'arrêta à Rochester où son ami Richard Pâte, évèque de AVorcester, lui remit un message royal (2). La reine Marie, dans cetécrit, exprimait son désir de recevoir son cousin oiriciellement à titre de légat du Pape et souhaitait de le voir exercer sa juridiction comme tel dans toute son extension.

Aucune nouvelle ne pouvait être plus sensible au car-

Ci) Wilkins, Concilia, t. IV, p. 92.

(2) Ces divers détails sont narrés par un témoin oculaire de l'arrivée du Lég:»t eu Angleterre, Priuli ou Parpaglia. Il felicissimo llitorno del Reyno d'Inghiltcrra alla cath. unione. Milauo» 1554, in 4.

dinal Pôle, qui put rendre grâce à Dieu des circonstances favorables qui encourageaient sa rentrée dans le royaume. Les signes de sympathie ne cessaient pas d'ailleurs de se manifester sur son passage. A Gravesende, où son escorte s'accrût de cinq cents cavaliers, il reçut une députation composée du comte de Shrewsbury et del'évêque de Durham, Tunstall, l'informant de la révocation de sa condamnation.

Une barque royale l'attendait là pour le conduire à Londres. Il y prit place le 24 novembre pour remonter la Tamise et mit en proue sa croix d'argent, emblème de son autorité de Légat. Uneflotillcde petites embarcations, décorées de pavillons auxmultiples couleurs, suivirent sa barque tandis que, sur les deux rives du fleuve, une nombreuse population se pressait. C'était une entrée singulièrement solennelle que faisait à Londres le Légat du Pape.

Sur le quai de Westminster, au débarcadère, entre midi et une heure, le chancelier Gardiner, évéque de Winchester, venu dans sa propre barque, et plusieurs lords souhaitèrent au cardinal Pôle la bienvenue, puis le conduisirent au palais de Whitehalloù se trouvaient les souverains. Les détails de l'entrevue ont été conservés et montrent à quel point la reine s'attacha à manifester son contentement. Tandis que le roi Philippe reçut le cardinallégat à l'entrée principale du palais, Marie, entourée de ses dames d'honneur, vint l'attendre au haut du grand escalier et lui avoua n'avoir pas ressenti une joie plus complète le jour où elle était monté sur le trône (1). L'entretien dura un moment. Pôle remit aux souverains les lettres qui l'accréditaient et leur présentalespersonnesde sa suite puis, accompagné du chancelier, du duc d'Albe, des premiers seigneurs delà cour et d'une multitude de gens qui s'empressaient autour de lui, il se retira, pour se reposerdes fatigues du voyage et des émotions de la journée, au palais archiépiscopal deLambeth. Cette demeure, vacante depuis l'arrestation de Cranmer, avait été richement préparée pour servir de logement au Légat.

(1) Noailles. Ambassades, t. V.

Les jourii qui suivirent son arrivée, de grandes fêtes furent données en son honneur. Le dimanche 25, il y eutnotamment, pour se conformer au goût du temps, un brillant tournoi auquel le roi Philippe prit lui-même part, entouré des plus grands seigneurs anglais et espagnols qui composaient sa cour. Mais Pôle, excédé de fatigue, dût se faire excuser de ne pouvoir assister à cette parade et manifesta le désir de se consacrer, dès que possible, aux affaires sérieuses qui motivaient sa mission. Ce fut le roi Philippe qui prit avec lui toutes les dispositions relatives à la réconciliation officielle du royaume. La Bulle papale, donnant au cardinal-légat pleins pouvoirs pour résoudre la question des possessions ecclésiastiques, parvint à Londres le 26, en même temps qu'un Bref de Jules III à l'adresse du roi et de la reine. Réginald Pôle et les souverains virent dans la remise de cette Bulle à une heure si opportune une attention de la Providence et se plurent à le remarquer.

Le mercredi 28 novembre, jour fixé pour la présentation du cardinal au Parlement, la reine Marie, par suite d'une violente indisposition qui l'empêchait de sortir, pria les pairs et les communes de se réunir dans le vaste salon de réception de Whitehall et là, installée sur un trône avec le roi Philippe assis près d'elle à sa gauche, sous le même dais, elle présida l'assemblée. A sa droite, à une petite distance, un fauteuil avait été préparé pour le Légat. Les détails mêmes de cette cérémonie soulignent le caractère que la reine tenait à donner à cette séance.

Ce fut le chancelier Gardiner qui se chargea de présenter Pôle aux membres du Parlement. Il le fit en termes solennels et leur dit que « le très révérend Père en Dieu, Monseigneur le cardinal Pôle, Légat a latere, désigné par le Siège de Rome comme ambassadeur auprès de Leurs Majestés le roi et la reine, venait d'arriver pour traiter une des plus graves questions qui aient été soulevées dans le royaume ».Puis il pria l'assemblée de prêter « une oreille attentive et favorable » au détail que le cardinal allait lui-môme donner de l'objet de son ambassade.

Dans un long discours religieusement écouté et inter-

rompu parfois par des sanglots, le cardinal Pôle exposa, en termes mesurés mais très nets, les motifs qui le ramenaient en Angleterre. Il rappela d'abord que depuis vingtcinq ans des lois édictées personnellement contre lui l'avaient exclu de cette assemblée en le chassant même de son pays et supplia les 'souverains et le Parlement d'accepter ses sincères remerciements pour l'abrogation de ces mesures et la justice qui lui était enfin rendue. Puis, très éloquemment, il invita la nation anglaise à regretter, d'un cœur contrit, ses erreurs passées et exhorta les membres des deux Chambres à accueillir avec joie la réconciliation qu'il leur apportait au nom du Pape, « le représentant du Christ sur la terre». Investi de pleins pouvoirs pour réintégrer sa patrie dans l'Eglise romaine, Réginald Pôle tint à dire ces paroles mêmes qui fixaient exactement le sens de sa mission : « Je viens non pour détruire, mais pour édifier ;je viens pour réconcilier non pour condamner ; je viens non pour forcer, mais pour inviter.... Ma mission est toute de grâce et de clémence ».

Faisant ensuite une allusion discrète aux années d'épreuves de la reine, au temps où tout pour elle était désespéré, où de nombreux adversaires conspiraient contre sa vie, où des politiciens sans conscience s'efforçaient d'annuler ses droits à la couronne, le cardinal rappela que, seule, sans appui et sans défense, elle avait cependant triomphé. « Sa foi, dit-il dans une péroraison imagée et mystique, comme une lampe assaillie par des vents contraires, dans une nuit sombre et orageuse, s'était conservée intacte, suivant l'espoir de beaucoup de sesfîdèles, pour répandre maintenant d'abondants et chauds rayons de lumière. »

Ce premier contact de Pôle avec les représentants du peuple anglais se fit à la satisfaction générale et le chancelier,au nom des souverains et du Parlement, remercia de ses paroles le cardinal-légat, qui se retira à Lambeth. Quanta Gardiner, prenant pour exorde de son discours le texte de Moïse : « Le Seigneur a fait s'élever un prophète du milieu de tes propres frères », il confessa humblement qu'il avait été lui-même au nombre des fauteurs du schisme coupable et, partant de cette déclaration, il pressa tous

ceux qui avec lui avaient erré de se relever, de se reconnaître et de demander la reconciliation avec le Pape, « Père commun des fidèles. »

Aucune décisionne fut cepcndantprise ce jour-là, mais, le lendemain, "29 novembre 1554, au cours d'une nouvelle réunion, les deux Chambres approuvèrent à l'unanimité, moins une voix, une résolution tendant au retour de la Nation anglaise à la communion de l'Eglise catholique, à l'obtention du pardon du Pontife romain et à l'abrogation des lois schismaliqucs.

C'était pour Réginald Pôle la réalisation même de sa mission. Il en goûta pleinement la douceur, le 30 novembre, au cours des imposantes cérémonies qui se déroulèrent à Westminster-Abbey et au Palais-Royal. Ce jour-là. qui était la fête de saint André, une messe solennelle fut, en effet, chantée dans la vieille Abbaye, sur l'ordre du Roi, pour rendre publique et officielle la réconciliation avec Rome. Les Chevaliers de la Jarretière vinrent y assister en grand costume d'apparat et il y eut à la cérémonie plus de cinq cents autres nobles et barons du royaume.

Dans l'après-midi, une nouvelle manifestation grandiose s'organisa. Les Chambres s'assemblèrent et le Roi envoya le grand Chambellan, six chevaliers de la Jarretière et un nombre égal de prélats, chercher le Légat pour l'escorter jusqu'au Palais de Whitehall. Vêtu de pourpre et paré de tous les insignes de sa juridiction, le Cardinal- Légat prit place, comme l'avant-veille, sur un fauteuil, à la droite de la reine. Gardiner récapitula brièvement ce quil avait précédemment dit et demanda à tous les assistants s'ils ratifiaient leur vote et désiraient revenir à l'unité de l'Eglise Catholique et à l'obéissance due à leur pasteur suprême. L'assemblée répondit par des cris et des acclamations. Le chancelier tendit alors aux souverains une supplique pour leur demander de vouloir bien obtenir du Légat le pardon des représentants de la nation et « leur réintégration parmi les véritables membres du corps dont leurs méfaits les avaient séparés ».

Tout le protocole de cette cérémonie mérite d'être rapporté pour faire plus exactement ressortir la gravité des

■faits et l'adhésion formelle donnée alors par le Parlement à la politique religieuse instaurée par Mari.e Tudor.

Le roi et la reine lurent la supplique et la rendirent ensuite à Gardiner qui en donna lecture à haute voix pour que tous en entendissent la teneur.

L'assemblée entière se leva alors d'un même mouvement, paraît-il, pour s'avancer vers le Légat. Réginald Pôle fît quelques pas à sa rencontre, tandis que la reine, agenouillée, le pria, en son propre nom et au nom de la nation anglaise, d'accorder à tous le pardon du chef de l'Eglise. Les témoins rapportent qu'un silence impressionnant, entremêlé de sanglots, succéda à cette scène.

Pôle, d'un geste, invita chacun à regagner son siège. Puis, après avoir fait scrupuleusement état des pouvoirs dont il était investi par Rome, il prononça un discours assez long et très pathétique où Télévation des idées ne le cédait en rien à la valeur des mots employés et à l'élégance toute classique des périodes.

Il ne saurait être question de reproduire in-extenso ce morceau d'éloquence où Réginald Pôle sut établir heureusement le parallèle entre le sort fait à l'Angleterre repentante et celui des Etats de l'Allemagne « qui restaient engagés dans les mêmes erreurs et toujours en dehors du bercail ». Mais il faut souligner la profondeur des idées religieuses qu'exprima le cardinal en rendant grâce à Dieu d'avoir témoigné, dans son infinie miséricorde, une telle indulgence aux Anglais schismatiques. « Si les anges du ciel, dit-il avec la plus sincère piété, se réjouissent du retour au devoir d'un seul pécheur, quelle joie ne doivent-ils pas ressentir à la vue de tout un royaume pleurant et regrettant amèrement ses transgressions et sa chute ! »

Lorsque ce discours s'acheva, tous, parait-il, tombèrent à genoux, aussi bien le roi et la reine que l'assemblée entière. Ce fut une scène au plus haut point émouvante dont le souvenir dut rester profondément gravé dans le cœur de Pôle. Vivement impressionné de cette attitude de soumission à l'égard du Pape, qui dépassait sans doute tout ce qu'il avait pu espérer, le Légat, en vertu de l'autorité apostolique qui lui était conférée par Jules III, « re-

présentant sur tciTe de Jcsus-Ghrist », prononça d'une voix claire et distincte les formules de paix. Afin d'être compris de tous, il s'exprima en anglais pour dire les paroles qui absolvaient le royaume entier c de toute hérésie etschisme, des sentences, censures et pénalités encourues de ce chef » et réintégraient l'Angleterre dans la communion de l'Eglise romaine « au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit. Amen ».

« Amen, amen, répéta l'assemblée. Chacun se précipita dans les bras de son voisin en versant d'abondantes larmes de joie et on s'embrassa avec effusion ». C'est du moins l'expression qu'employa un historien pour déterminer le degré d'émotion qui s'était emparé de tous à à cette scène.

Les membres des deux Chambres suivirent ensuite le roi et la reine dans la chapelle royale de Saint-Etienne où un Te Deum fut chanté pour clôturer la cérémonie (1).

Cette journée parut marquer à un tel point dans les Annales de l'histoire anglaise que, plus tard, dans un concile des évoques et du clergé d'Angleterre, Réginald Pôle fit lui-même décider que le 30 novembre de chaque année serait désormais fêté avec une solennité particulière en souvenir de cet acte mémorable.

Il n'est pourtant pas trop téméraire de supposer que ces regrets des erreurs passées, si bruyamment manifes- tés, étaient pour une large part conventionnels et de surface M dans cette assemblée parlementaire où se trouvaient • réunis en grand nombre les mêmes courtisans qui, après avoir acclamé Henri VIII et Edouard "VI dans leurs réformes religieuses, devaient, quelques années plus tard, reprendre si facilement leurs erreurs pendant le règne d'Elisabeth. A vrai dire, si Pôle, dans son discours, n'avait pas eu la prudence de laisser clairement entendre que les possesseurs de biens ecclésiastiques ne seraient ni inquiétés ni contraints à la restitution, l'accueil eût été, sans nul doute, tout autre, car l'assemblée parlementaire

(1) Quirini, op. cit., t. V, pp. 315-318; Jouitial of the Uortse of Gommons, 38.

contenait justement ceux qui étaient les plus intéressés à cette décision.

Or, comme l'a remarqué un récent historien, la majorité des membres du Parlement appartenaient à une génération sceptique, mobile et frivole, qui se souciait plus des avantages temporels que des responsabilités de conscience (1). La question des biens ecclésiastiques restait donc capitale à leurs yeux, et c'est elle seule qui les aurait enclins à la révolte contre la politique religieuse de Marie Tudor, si elle n'avait pas été résolue à leur satisfaction. L'habileté de Pôle fut de s'en rendre compte en abandonnant des droits dont la légitimité ne lui paraissait pourtant pas contestable.

Il n'y a rien de complet et de définitif à Londres, tant que la Cité n'y a pas été mêlée. Aussi, n'est-on pas surpris de voir, le 1^'' décembre, le lord-maire et les aldermen prier le Légat d'honorer la Cité de sa présence et d'y faire une entrée triomphale. Cette cérémonie eut effectivement lieu le 2 décembre, qui se trouvait être le premier dimanche de l'Avcnt. Les détails en sont connus et Pôle, au cours de cette manifestation imposante, qui le rapprochait de la Tour où sa mère avait été suppliciée, put faire de philosophiques réflexions et bénir le ciel des changements qui se produisaient dans sa patrie.

De son palais de Lambeth, c'est par eau qu'il se rendit au port de Saint-Paul, à l'entrée de la Cité, puis de là, en grande pompe, il se dirigea vers la cathédrale, précédé

(1) C'est ainsi que le comtede Bedford, lorsqu'on avait abordé la question de la restitution avant que le Pape l'eût résolue dans un sens favorable à ses désirs, était entré dans une violente colère, avait arraché des mains de sa fdle un cliapelet pour le briser et le jeter au feu en déclarant qu'il estimait plus sa belle abbaye de Woburn que tout conseil paternel de l'évêquede Rome. Sir Willian Cecil n'avait pas exprimé sa pensée de façon aussiénergique, mais il partageait sûrement le sentiment de son collègue au sujet de ses bénéfices de Putney, de Morblake et de Wimbledon et avait une répugnance certaine à l'idée de se défaire des terres monastiques qui lui étaient échues en partage. Comme l'a excellemment dit Constant, «le pécheur consentait à recevoir l'absolution d'une faute dont le bénéfice lui était assuré. »

de sa croix et de ses faisceaux d'argent. Il entendit à Saint- Paul une messe du Saint-Esprit chantée par l'évêquc de Londres, Donner, un peu gauchement et comme s'il en avait perdu Ihabitude, à en croire un des Italiens de la suite du cardinal. Le roi, la reine et toute la cour y assistèrent.

Après la bénédiction donnée à la foule par le cardinallégat, l'évèque de Winchester prononça sur la place qui précède l'église, devant un public d'environ vingt-cinq mille personnes, un sermon resté fameux sur le texte de l'apôtre Paul : « Il est temps pour nous de nous éveiller du sommeil » (1). Le chancelier s'y accusa de nouveau de sa répréhensible conduite au temps d'Henri VIII et révéla aux fidèles que ce roi avait par deux fois été sur le point de demander la réconciliation avec Rome et que le Conseil d'Edouard VI avait également eu une fois la même velléité. Ces renseignements, puisés à bonne source, ne pouvaient que souligner l'arbitraire du schisme anglican. Aussi, dans sa péroraison, le chancelier exhorta-t-il les nombreux auditeurs à l'imiter dans son retour « à l'unique bercail de l'unique pasteur. » (2) L'impression produite par cet éloquent discours fut des plus vives et Réginald Pôle, profondément ému, avoua à Parpaglia n'en avoir jamais entendu d'aussi beau.

Les manifestations officielles de retour à la foi romain continuèrent à se produire les jours suivants, (3) mais, dès le 30 novembre, Pôle s'était empressé d'informer Jules III de l'heureuse issue de sa mission et il eut la satisfaction de lui dire qu'en dépit des difficultés soulevées par les ennemis de l'Eglise tout avait réussi au-delà des espéran-^^ ces conçues. Il qualifia d'admirable la conduite de 1 reine et confia au Pape l'espoir de Marie de donner bientôt le jour à un héritier. (4)

(1) Jara tempus est de somno surgere (ad Roman. XIII, 11) Î2) Quirini, op. cit., t. V, pp. 293-300.

(3) Le 6 décembre, par exemple, les deux Chambres de convO" cation allèrent s'agenouiller à Lambeth devant le Cardinal-Légal et reçurent de lui l'absoluliou de a tous leurs parjures, schis me et hérésie. »

(4) En ce qui concerne le roi Philippe, il est curieux d

Ce ne fut pourtant pas ce message qui informa le Pape des premières nouvelles du succès remporté par Pôle en Angleterre. Ces informations, qui devaient remplir Jules III de laplus grande joie, lui vinrtr-nt dans une lettre remise à Rome, dès le 14 décembre, par « Firmin », secrétaire de l'ambassadeur Jean Manrique. Les yeux baignés de larmes, le Pape embrassa le porteur de cette bonne nouvelle, puis, tombant à genoux et levant dévotement les yeux au ciel, Jules III, qui était foncièrement pieux, dit à haute voix : « Pater noster, qui es in cœlis, sanctificetur nomen tuum », cri de reconnaissance à Dieu pour le remercier d"un événement qui illustrait si grandement son pontificat. Pour témoignerplus ostensiblement encore de sa gratitude, il ordonna de tirer pendant toute la journée les canons du palais et du château Saint-Ange, puis revêtu de son étole, il se rendit à Saint-Pierre avec le plus grand nombre des cardinaux pour y entendre une messe d'actions de grâces, dans la chapelle de Saint- André, en souvenir du jour où s'était produite la réconciliation anglaise. A Rome, comme à Londres, la cérémonie se termina par un solennel Te Deum. Des illuminations annoncèrent au peuple Iheureuse nouvelle. Ce fut dans la ville une joie complète ; les cardinaux et la foule gagnèrent avec empressement l'indulgence promulguée et prirent part aux processions qui se déroulèrent pendant quatre jours.

Cette année 1554 se terminait dans l'allégresse causée par la cessation du schisme anglican. Ce n'était pourtant qu'un simple intermède dans l'histoire religieuse de l'Europe au XVP siècle.

remarquer que Pôle, fort bien impressionné par l'accueil que le prince lui avait fait, rendit compte au Pape que Philippe « témoignait à la reine autant de déférence que s'il avait était son propre fils. « (Calendar of State papers, Venet., t. V, u. 966).

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