CHAPITRE VII
La formation d'Orléans. — Hesse à Orléans (16 mai 1793). — Les bataillons. — A l'armée des Alpes. — L'aide-de-camp Decaussenne à Pierre-Scize. — La garnison de Mayence. — Les troupes sorties de Valenciennes. — Garnison d'Orléans. — Le 11 e hussards. — La municipalité d'Orléans et le Directoire du Loiret. — Le représentant Laplanche. — Ses faits et gestes. — Les chasseurs bataves. — Le 19 e chasseurs à cheval. — Le 22 e bataillon de chasseurs à pied. — Mémoire de Hesse sur la défense des places frontières. — Sa correspondance avec Laveaux. — Sa dénonciation contre Félix Wimpfîen. — Sa déposition au procès de Custine. — Son aventure au ministère de la guerre. — L'adjudant-général Beaufort. — Mésintelligence entre Beaufort et Hesse. — Réconciliation. — Hesse demande son changement. — Défiances et poursuites contre les nobles et les étrangers. -- Lettre de Bouchotteà Hesse qui doit cesser ses fonctions et présenter un mémoire de retraite (13 octobre 1793).
Hesse avait obtenu la permission de passer par Paris pour faire ses doléances au Comité diplomatique : « Ma fortune et ma santé, disait-il, sont à tous les diables ».
11 pensait commander soit à Bayonne soit à Perpignan sous les ordres de Servan. Mais après les entretiens qu'il eut à Paris avec Beurnonville et Servan, il comprit qu'il serait « plus que déplacé » dans l'armée des Pyrénées. Evidemment, Servan se souvenait de Lyon.
c< Servan, écrit Hesse plus tard, me signifia qu'il ne pou-
vait me garder dans son armée ; personne ne voulait du général Marat ! »
Enfin, Berruyer, qui commandait l'armée de réserve, consentit à l'employer.
Sa lettre de service datait du 11 mars, et quelques jours après, il recevait de Berruyer l'ordre de se rendre à Niort pour conduire les troupes destinées à combattre les rebelles. Mais, la veille de son départ, il tomba gravement malade : il avait de vives douleurs à la vessie, et le médecin assurait qu'il courrait le plus grand danger s'il se mettait en route. 11 obtint du ministre, d'abord de Beurnonville, puis de Bouchotte la permission de rester à Paris jusqu'à son rétablissement. Le 21 avril, le docteur Geoffroy certifiait que H esse, « affecté d'une humeur lymphatique acre et épaisse qui s'était fixée principalement sur le bas-ventre », ne pouvait encore monter à cheval ni même supporter les mouvements de la voiture, qu'il lui fallait six semaines ou un mois de repos avant d'entreprendre un voyage un peu long, et il ajoutait qu'il serait à désirer que le lieutenant-général fût envoyé dans les provinces du Midi.
« J'étais, a raconté Hesse, rongé de chagrin, excédé de travail, dangereusement malade. » Ce chagrin, cette fatigue, cette maladie, n'était-ce pas une feinte? Hesse n'avait-il pas eu de son médecin un certificat de complaisance? Il n'aimait pas à faire campagne ni à voir l'ennemi dans le blanc des yeux. Le seul commandement qui lui plût, c'était un commandement dans l'intérieur. Dénoncer, suspendre, destituer autrui, quoi de moins périlleux?
11 guérit, mais il ne fui pas réemployé, ni, « pour comble de maux », remboursé. Dans la croyance qu'il irait à l'armée des Pyrénées, il avait, de Besançon, dépêché ses équipages à Bayonne. Il dut les rappeler et le ministre lui refusa toute indemnité. Vainement il allégua qu'il avait extraordinairement dépensé, que ses équipages avaient mis quatre-
vingt-huit jours à faire la route de Besançon à Bayonne et de Bayonne à Paris, que son meilleur cheval avait péri pendant le voyage. Pourquoi s'était-il tant pressé ?
Au mois de mai, Hesse crut aller à l'armée des Alpes, et il espérait avoir de nouveau le commandement de Lyon. Le 16 mai, il priait Bouchotte de lui donner pour adjudantgénéral un officier sûr et expérimenté, soit le capitaine Terlaing, adjudant-major de Besançon, soit son aide de camp Bouis qui réunissaient, l'un et l'autre, au civisme le talent de la comptabilité, et avant tout de lui envoyer à Lyon, dans le plus bref délai, le commissaire des guerres Lyautey qui saurait, par son patriotisme, par sa probité, par ses talents administrer un poste où il y avait un immense hôpital, un arsenal considérable, trois magasins d'effets de campement et des dépôts de vivres et de munitions de toute espèce. Le jour même où Hesse adressait cette demande, il était nommé à Orléans (1).
Le 4 mai 1793, le Comité de salut public, redoutant les progrès des rebelles de l'intérieur, décidait, sur la motion de Delmas, de tirer des armées du Nord et des Ardennes un corps qui aurait d'emblée « la force des troupes exercées ». On prendrait dans chaque compagnie des bataillons
(1) Hesse à Pache, 2i,23, 26 décembre, 5 et 30 janvier; certificat du 21 avril ; liesse à Bouchotte, 16 mai, à Deforgues, 23 mai (A. G.). Servan est alors à Paris : le 5 mars il communique au Comité de défense générale ses vues sur l'Espagne ; il paraît le 6 au Conseil exécutif pour discuter avec Custine et La Bourdonnaye le plan général de guerre ; le 8, pour donner des renseignements sur l'armée des Pyrénées ; le 15, pour proposer d'offrir à Biron le commandement en chef des forces rassemblées sur la frontière d'Espagne (Rec. Aulard, II, 263, 270, 282, 364). Hesse Pa vu trois fois au moins, le 7, le 9 et le 10 mars (7 mars, « j'ai été chez Servan... » ; 9 mars, « Servan que j'ai yu ce matin... »; 10 mars, «Servan vient de m'apprendre... »).
d.3 ligne et des volontaires nationaux de 1791 six hommes qui ne seraient pas des recrues nouvellement venues, deux de la tète, deux du centre et deux de la queue. Chaque bataillon, comptant neuf compagnies, fournirait donc cinquante-quatre hommes qui resteraient ensemble et composeraient une compagnie. Dans le nombre figuraient les sous-officiers et les officiers qui seraient choisis de même. Ces compagnies constitueraient des bataillons. Chaque bataillon aurait neuf compagnies et un état-major provisoire. Une fois arrivé à destination, il doublerait ses compagnies au moyen des recrues de dernière levée.
Tous ces hommes, armés, équipés, partirent aussitôt de leurs garnisons et cantonnements. Ils se réunirent à Arras et à Cambrai. De là, les diligences publiques, requises par le Comité, les transportèrent à Saint-Denis. De Saint-Denis, à mesure qu'ils se présentaient, et grâce aux voitures et aux chevaux de luxe dont disposaient le ministre de Tintérieur et le Département de Paris, le service des charrois de l'armée les menait à Orléans. Ils étaient organisés à Orléans en compagnies et bataillons ; puis, par les bateaux qu'on avait fait rassembler sur la Loire, ils se rendaient à Tours ou les commissaires de la Convention, de concert avec les généraux, nommaient leurs états-majors. Pour exécuter l'opération, l'administration des postes et messageries et celle des subsistances militaires reçurent chacune un million de livres.
La mesure était-elle bonne ? Des contemporains la condamnèrent. Le représentant Choudieu jugeait la composition des bataillons ridicule : officiers et soldats ne se connaissaient pas, la troupe n'avait donc pas l'esprit de corps, l'amalgame demanderait beaucoup de temps, n'était-il pas bien plus simple et plus expéditif d'envoyer en Vendée des bataillons tout prêts et tout formés ?
Le Comité comprit bientôt la faute qu'il avait commise.
Le 10 mai il revenait sur sa décision et ordonnait que les généraux des armées du Nord et des Ardennes détacheraient immédiatement quatre bataillons complets, deux de ligne et deux de volontaires qui auraient fait la campagne de 1792. Mais les premières instructions étaient déjà remplies, et les hommes tirés des compagnies s'acheminaient vers Orléans. L'arrêté du 10 mai fut regardé comme non avenu (1).
11 fallait un général pour recevoir et organiser en bataillons ces soldats envoyés du Nord dans l'Ouest. Hesse fut chargé de cette tache. Il eut ordre, le 16 mai, de se rendre à Orléans — où il arriva le surlendemain — et il présida, avec l'aide de deux commissaires-ordonnateurs, d'Hillerin et Andrieux,à la c formation d'Orléans ».
C'est, à vous dire, le seul acte mémorable de sa vie militaire.
Il organisa quinze bataillons, et il mit dans l'opération que le ministre lui avait confiée, zèle et promptitude. Le 23 mai, dix bataillons étaient formés et huit avaient déjà pris la route de Tours. Quatre autres partirent du 23 au 28 mai (2).
liesse eut plusieurs difficultés à surmonter. La plus grande partie des hommes étaient « dans l'état le plus déplorable » ; ils n'avaient que des habits en loques et uu équipement délabré. Il pria le ministre et le Département
(1) Rec. Aulard, III, 593 : IV, 34, 81, 134; Chassin, La Vendée patriote, I, 1)18 ; (îhoudieu, Mém., p. Barrucand, 379 ; Deforgues à liesse, 24 mai 1793; le Comité à Lamarche, 11 mai (A. G.).
( m Z) D'après un état de situation du 14 juin, 2 000 hommes, provenant du recrutement « sans aucune espèce d'instruction et sans armes », furent incorporés dans les bataillons d'Orléans. Le môme état donne les chiffres suivants pour certains de ces bataillons : 3°, 747 hommes ; 0% 677; 7% 664; 8% 721; 9 e , 673; 10% 641 ; 11% 756; 12°, 659; 13 e , 230; 14% 298.
de venir à son secours. Le ministre fournit quelques ressources, mais « bien insuffisantes ». Le Département fit travailler tous les ouvriers d'Orléans, et nombre de soldats furent habillés et armés ; mais beaucoup de fusils n'avaient pas de baïonnettes ou durent être réparés à Tours.
11 dut en outre « purger » les bataillons. Des hommes de l'armée du Nord et de celle des Ardennes qui n'étaient pas compris dans le contingent, avaient, de leur propre mouvement, quitté leur corps, parce qu'ils aimaient mieux servir à l'intérieur que sur la frontière et ils prétendaient entrer dans les nouveaux bataillons ; il fallut les renvoyer en Flandre et en Champagne.
12 bataillons s'étaient embarqués sur la Loire pour aller d'Orléans à Tours. Sur l'avis de Hesse, les représentants décidèrent que les trois derniers prendraient la voie de terre. On avait remarqué que le transport par eau entraînait une quantité de faux frais et que les soldats, inactifs, immobiles, glacés par la fraîcheur de la rivière, se faisaient souvent débarquer pour s'échauffer et se donner du mouvement. Par l'ignorance du conducteur, un bateau avait failli couler; aucun des passagers n'avait péri, mais les uns avaient gagné la rivière à la nage, et un bateau voisin avait recueilli les autres (1).
La formation du 15 e bataillon provoqua un incident assez curieux. Le 3 juin, Hesse n'avait encore, pour former ce bataillon, que sept détachements ou compagnies. Il lui manquait deux compagnies qui n'arriveraient peut-être jamais, Fallait-il, jusqu'à la venue problématique de deux compagnies, garder les sept autres à Orléans où elles étaient onéreuses à la République, puisqu'elles avaient l'étape? Fallait-il les envoyer à Tours telle quelles sans les organi-
(1) Hesse aux représentants, 20 mai; à Bouchotte, 27 mai ; Bouchotte aux commissaires des guerres, 3 juin (A. G.).
228 CIÏARLES DE HESSE
niser en bataillon? Le ministre prescrivit de les diriger partiellement sur Tours. Un instant Hesse avait eu l'idée de les compléter par deux compagnies d'un bataillon de Seineet-Marne. Il y avait alors à Orléans quatre compagnies de ce bataillon. Mais ces volontaires refusèrent d'entrer dans la « formation d'Orléans ». Ils déclarèrent que leurs quatre compagnies attendraient cinq autres compagnies du département pour iormer un bataillon et que, s'ils changeaient de corps, ils ne toucheraient plus leur haute paye. Ils avaient en eflet une solde quotidienne de trente sols que le Département leur avait allouée au moyen d'une imposition sur les riches. Hesse s'indigna. N'était-il pas contraire à toutes les lois de payer à un volontaire trente sols par jour? Le Département de Seine-et-Marne pouvait, si bon lui semblait, « mettre dans la poche de chaque volontaire cinquante louis » ; mais il n'avait pas le droit d'établir de son autorité privée une paye aussi élevée. Et le général marquait au ministre de la guerre : « Je vous dénonce — il ne pouvait s'empêcher de dénoncer et d'employer ce mot dénoncer qui lui était si cher — je vous dénonce ce fait comme attentatoire à la liberté publique et au maintien de la discipline et de la tranquillité ; l'intention du fondateur est perfide et punissable au dernier point (1) ».
Dès le 8 juin, liesse annonçait que sa mission était à peu près finie, et il se préparait à quitter Orléans. Deux représentants, Albitte et son ami et ancien aide de camp, Dubois- Crancé, l'appelaient à l'armée des Alpes, le demandaient, assurait-il, à cor et à cri, et, le 12 juin, Deforgues, l'adjoint du ministre, lui écrivait qu'il devait, puisque l'opération était entièrement terminée, se rendre à l'armée des Alpes sans perdre un instant. On estimait toujours son ci-» visme, sinon ses talents, et un bon juge qui, vers ce temps-
(1) Hesse à Bouchotte, 3 juin, et à Deforgues, 5 juin (A. G.).
là, donnait des notes à la plupart des chefs [de l'armée, le qualifiait ainsi : « médiocre, mais le Marat des officiers-généraux (1) ».
Déjà, selon sa coutume et un peu à l'étourdie, Hesse envoyait à Lyon ses équipages et son aide] de camp Decaussenne. Mais lui ne pouvait partir. Il n'avait pas le sol, et disait-il, la chose était facile à prouver : 1° il n'avait jamais eu et n'aurait jamais aucun rapport avec les listes civiles (il oubliait la pension de douze mille] livres que Louis XVI lui faisait) ; 2° tous ses biens étaient séquestrés ; 3° le ministre ne lui avait ni remboursé ses voyages ni même payé ses appointements : « Avec quoi voulez-vous que je vive? On ne peut vivre d'air. Envoyez-moi des fonds sur-lechamp et je pars pour Lyon; sinon, je serai forcé de rester ici eu otage. »
Le ministre ordonna de mi payer à Orléans l'arriéré de son traitement et, au milieu du mois' d'août, Hesse reçut, en outre, une somme de mille livres qui l'indemnisa de ses dépenses extraordinaires. « Ce secours, mandait-il à Paris, est venu bien à propos, car j'expirais de faim et de soif. »
Il n'alla pas à l'armée des Alpes. Non seulement les officiers supérieurs de cette armée et les commissaires des guerres menaçaient de démissionner s'ils voyaient venir le sinistre gouverneur de Lyon et de Besançon. Non seulement le brave Carcaradec, le premier des généraux'] de brigade, déclarait qu'il quitterait définitivement le service s'il tombait sous le commandement de Hesse. Mais la municipalité jacobine d'Orléans attestait que le général était indispensable, qu'elle ne saurait sans lui répondre de la sûreté de la ville, et le 15 juin, sur la demande de la municipalité orléanaise, le Conseil exécutif provisoire arrêtait que Hesse
(i) A. N. AF, 11,293, 6.
CÏIÀRLES DE HESSE
resterait à Orléans aussi longtemps que sa présence y serait nécessaire, qu'il entretiendrait l'accord convenable avec le général de l'armée des côtes de la Rochelle et les généraux des armées voisines, qu'il « pourvoirait, en bon patriote et de concert avec les corps administratifs, à préserver la République de tout inconvénient dans cette partie *. Hesse suspendit aussitôt son départ et jura de « prendre sans délai des mesures promptes et efficaces pour metttre Orléans à l'abri de toute invasion (1) ».
Il crut un instant qu'il ne reverrait plus ni ses équipages ni son aide de camp Decaussenne. Lorsque cet officier se rendit le 29 juin à la maison commune de Lyon pour faire viser ses passeports, les membres du Comité de surveillance le déclarèrent suspect. « Vous êtes, lui dirent-ils, attaché au général Hesse qui a perdu la confiance du peuple, et c'est vous qui servez d'intermédiaire entre lui et ce Dubois- Crancé que nous regardons comme l'excrément de la nature. » Les papiers de Decaussenne furent saisis ; on y trouva deux lettres où il écrivait que le fédéralisme triomphait à Lyon et que les Lyonnais traitaient les vrais républicains de factieux et d'anarchistes. Il fut arrêté sur le champ et enfermé à Pierre-Scize. La municipalité d'Orléans eut beau le réclamer. « Les éloges que vous prodiguez au général Hesse, répondit la municipalité provisoire de Lyon aux municipaux d'Orléans, peuvent être mérités ; les plaintes que nous portons contre son aide de camp, sont fondées. » Hesse recourut au ministre : il fallait obtenir la liberté de Decaussenne qui « était chaque jour dans le cas d'être assassiné pour avoir manifesté son attachement à la Convention » et qui n'avait commis d'autre crime que
(1) Hesse à Bouchotte, 8, 9, 13, 17 juin; à Jourdeuil, 14 août; Deforgues à Hesse, 12 et 15 juin (A. G.); Cf. Corrcsp. de Chépy, p. Delachenal, 79 (« Hesse, dont la réputation ici n'est pas bien établie »), et plus haut, p. 219.
ORLÉANS 23 t
d'être, comme Hesse, patriote montagnard ; il fallait faire revenir à Orléans ses équipages qui lui étaient d'une nécessité absolue ou bien « l'indemniser sur les riches aristocrates de Lyon ». Grâce aux démarches de Bouchotle et du Comité, Decaussenne put sortir de Pierre-Scize et revint le 7 août à Orléans. Le général le félicita ; « si j'étais allé comme lui à Lyon, disait-il, ma tête eût sauté dans le sac avec le républicain Chalier, ainsi que celle de mon ami Dubois-Crancé dont le nom seul est un blasphème à Lyon ; la municipalité me guettait comme un chat guette une souris (1) ! ».
Les fonctions de Hesse n'étaient pas une sinécure. Il reçut la garnison de Mayence qui rejoignait l'armée des côtes de la Rochelle. Cette garnison formait trois divisions. Elles furent accueillies avec empressement par la population d'Orléans et, comme dit leur chef, Aubert-Dubayet, comblées de soins et d'égards, d'estime et d'affection. Tous les membres des autorités civiles et militaires allèrent à leur rencontre, au son de la musique, et leur offrirent des branches de laurier. La l re division quitta la ville le 20 août ; la 2 e arriva le même jour, et la 3 e le lendemain. Des charrettes les avaient transportées. Mais ce mode de voyage fut condamné par Dubayet et par les deux commissaires nationaux Gobert et Ladoucette que le ministre avait chargés d'accompagner les Mayençais : ce n'était pas, suivant Dubayet, le moyen « d'avoir une armée vigoureusement constituée ; elle perd ainsi son ensemble, l'habitude de l'ordre et la faculté de bien marcher ». Aussi, la 2° et la 3 e division firent-elles à pied la route d'Orléans à Tours (2).
(1) Hesse à Bouchotte, 8 et 23 juillet; à Jourdeuil, !•* et 9 août; au Comité, 24 novembre; la municipalité de Lyon à celle d'Orléans, \'ô juillet (A. G.); Hesse à Laveaux, Journal de la Montagne, n 08 43 et 59; voir sur Decaussenne la note VIII de l'appendice.
(2) Dubayet à Bouchotte, 20 août (A. G.).
232 CHARLES DE EESSE
Hesse reçut également une partie de la garnison de Valenciennes que le Comité avait résolu de mettre en cantonnements avant de l'envoyer contre les rebelles de l'Ouest et du Midi. Au mois d'août il dut distribuer dans le Loir-et- Cher, selon les ressources qu'offraient les localités, 6.000 hommes d'infanterie. 11 les inspecta, leur fît donner tous les objets dont ils avaient besoin. Mais, ainsi que l'adjudant général Beaufort, ainsi que le représentant Laplanche, il jugeait que ces bataillons sortis de Valenciennes « corrompaient le pays par de mauvais principes », qu'ils méritaient le décri où ils étaient tombés, qu'il fallait les arracher le plus tôt possible à leurs cantonnements et les expédier aux Pyrénées (1).
La garnison d'Orléans était une des principales préoccupations de Hesse. 11 y avait dans la ville, lorsqu'il arriva, des dragons du 16 e ; mais ils partirent bientôt, et Orléans n'était gardé que par les troupes de passage. Au 15 juin, si les Vendéens avaient poussé leur pointe, ils s'emparaient peut-être de la cité. « Saumur est pris, écrivait Hesse, Tours menacé, Orléans sans aucune espèce de défense ; il faudra tendre la gorge ou se sauver en masse sur Paris. » Les gendarmes étaient en petit nombre. La garde nationale avait été désarmée. Son chef, Fontaine-Moreau, ne pouvait obtenir un certificat de civisme, et la municipalité refusait de le reconnaître. Or, il y avait à Orléans les magasins de subsistance de la marine et de l'armée de l'Ouest, des hô-
(1) Correspondance du 14 au 20 août. Ces 6 000 hommes furent ainsi répartis : Romorantin, 800 ; Selles-sur-Cher, 300; Saint- Aignan, 300; Montrichard, 200; Chambord, 600; Mer, 400; Biois, 1500; Château de Menars, 500; Vendôme, 500; Montoire, 500; Mondoubleau, 400. Plus tard, au 5 septembre, selon une lettre de Laplanche, 2 718 hommes de la garnison de Valenciennes étaient dispersés dans le Loiret et autres départements environnants (A. G.). Cf. sur cette garnison A. Chuquet, Valenciennes, 332.
pitaux où affluaient les blessés de la Vendée (1), un dépôt de 300 prisonniers de guerre, un arsenal et des canons que Hesse promettait de « soigner comme la prunelle de ses yeux». Il fallait garder tous ces établissements. 11 fallait protéger les convois d'artillerie et le transport des farines et des grains, assurer la libre communication de la forêt d'Orléans et des grandes routes. 11 fallait faire exécuter la loi, brider les agitateurs et les mécontents. Il fallait enfin rallier les fuyards de l'armée des côtes de la Rochelle. Hesse mandait une fois qu'en huit jours 2.000 déserteurs, pour le moins, tous très bien portants, avaient passé par Orléans, et que la vue de cette débandade produisait un effet désastreux. Ce fut même pour arrêter les progrès de cette désertion qu'il dut rester à Orléans, et il prit les mesures indispensables, prescrivant aux municipalités de rechercher tous les militaires et de vérifier leurs papiers, au commandant de la gendarmerie de découvrir et de conduire les fugitifs devant la municipalité, à la commune d'Orléans de mettre des gardes aux portes et d'envoyer tous les soldats à l'Hôtel-de-Ville où une feuille de route leur serait délivrée par le commissaire des guerres (2).
Aussi désirait-il, ainsi que la municipalité d'Orléans, quelques troupes à cheval et un bataillon de ligne. « Sans garnison, disait-il, — non sans exagération — les patriotes seraient sous le couteau des aristocrates ».
Le ministre finit par lui donner le 11 e hussards et le dépôt de la légion de Rosenthal. Le 11 e hussards n'avait que 300 hommes. La légion de Rosenthal comprenait quatre compagnies d'infanterie et près de 400 cavaliers qui formaient un nouveau régiment, le 19 e régiment de chasseurs
(1) Il y eut un instant 800 malades dans les hôpitaux d'Orléans (Hesse à Jourdeuil, 5 septembre, A. G.).
(2) Hesse à Deforgues, 19 juin, et à Jourdeuil, 12 septembre; les of liciers municipaux d'Orléans à Bouchotte, 17 juin (A. G.).
à cheval. C'était peu et Hesse s'en contenta; la municipalité d'Orléans, remarquait-il, avait déjà beaucoup de peine à trouver les subsistances nécessaires à la population civile (1).
Mais bientôt la cavalerie dut quitter Orléans. Le 20 août, sept représentants appelaient à Châlons-sur-Marne les dépôts des régiments de hussards et à Rethel les dépôts des régiments de chasseurs. Le dépôt du 11 e hussards se rendit à Ghàlons et tout le monde fut aise d'être débarrassé de ce régiment composé de Prussiens et d'Autrichiens, « de déserteurs et de mauvais sujets sur lesquels la patrie ne pouvait guère compter ». Le dépôt du 19 e chasseurs gagna Rethel ; le surplus — un escadron — joignit en hâte l'armée que Carteaux menait contre Marseille et Toulon (2).
Hesse ne se bornait pas à faire son devoir de général à Orléans et dans Y « arrondissement », à surveiller, comme il disait, les accapareurs, les espions de la Vendée, et «tous ces lâches déserteurs qui quittaient leurs drapeaux pour se rendre à Paris ». Presque chaque jour il conférait avec la municipalité et les jacobins pour déjouer les menées et les « complots liberticides » de ceux qu'il dénommait naguère aristocrates et feuillants, et qu'il qualifiait maintenant de fédéralistes.
(1) Bouchotte et Jourdeuil à Hesse, 8 sept.; Hesse à Jourdeuil, 12 sept. (A. G.). Le 11 e hussards arriva le 18 août à Orléans et comprenait 300 hommes, dont 230 montés. La légion de Rosenthal arriva le 7 juillet ; sa cavalerie comptait 386 hommes et 348 chevaux.
(2) L'éparpillement de certains régiments était tel à cette époque que le 19 e chasseurs avait son 1 er escadron à Marseille avec Carteaux, son 2 8 escadron à Saint-Maixent, son 3« escadron aux Pyrénées et un détachement à Cambrai. Le chef de brigade Dhingue protestait, dans une lettre du 1 er août, contre cette « dispersion nuisible » ; Bouchotte répondit qu'il réunirait les escadrons dès qu'il pourrait, mais qu'on devait aller au plus pressé et tenir compte des circonstances.
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Le Loiret était tranquille ; les troupes républicaines et les représentants du peuples ne cessaient de le traverser. Orléans, suffisamment maîtrisé et maté, ne bougeait pas. Le 18 mars, à la nouvelle que Léonard Bourdon avait été blessé dans une rixe deux jours auparavant à la porte de l'hôtel de ville, la Convention avait décrété que les habitants étaient en état de rébellion. Collot d'Herbois et Laplanche avaient destitué plusieurs fonctionnaires et arrêté les chefs de « rassemblements et conciliabules anticiviques ». Bourbotte, Prieur de la Marne et Julien de Toulouse avaient continué l'œuvre de Collot d'Herbois et de Laplanche ; ils avaient désarmé la garde nationale, changé le Conseil général de la commune, formé des comités» de surveillance dans toutes les sections, traduit au tribunal révolutionnaire vingt-six personnes qu'ils considéraient comme les auteurs ou les complices de V « assassinat » de Léonard Bourdon et dont neuf furent condamnées à mort. Aussi Santerre mandait-il à la fin de mai que l'aristocratie d'Orléans n'osait plus lever la tète et que la Société républicaine était excellente (1).
Mais, si la municipalité approuvait tout haut les événements qui s'étaient passés à Paris depuis le 31 mai, si les citoyens d'Orléans félicitaient leurs frères parisiens de leur conduite au 2 juin, le Directoire du département excitait soupçons et inquiétudes. Il avait, le 8 juin, transmis au Département du Cher et à celui de laNièvreune lettre du Département de la Gironde qui proposait de convoquer à Bourges les suppléants de la Convention, et Léonard Bourdon, qui vint le 19 juin à Orléans, lui reprocha vivement d'avoir colporté ce factum « dictépar un esprit contre-révolutionnaire »,
(1) Hesse à Bouchotte, 2 août (A. G.); Wallon, Les représentants du peuple en mission, II; 110; Rec. Aulard, III, 9, 100, 186, 200, 273,
lui représenta tout ce qu'un pareil acte avait « d'incivique ou d'irréfléchi». Bourdon s'en tint là. Hesse, heureux de trouver matière à dénonciation, écrivit àBouchotte, àPache, à Laveaux que le Département avait perdu la confiance publique, que cette assemblée avait eu la « lâcheté » d'envoyer au Cher et à la Nièvre la copie signée et légalisée de l'arrêté du Département de la Gironde sans avoir le courage d'arborer ouvertement l'étendard de la révolte, qu'elle tâchait par de sourdes menées de paralyser les mesures utiles à la République. Le général accusait le Directoire : ce Directoire était coupable, et d'autant plus coupable qu il était extrêmement capable ; il avait été « de moitié dans toutes les belles opérations politiques » des fédéralistes de la région, et notamment du fugitif Lesage; il combattait résolument la nouvelle municipalité d'Orléans ; il causait tout le mal possible ; son procureur-général syndic, beau-frère de Manuel, n'avait que la loi à la bouche et ne se servait de la loi que pour entraver le gouvernement. Hesse voulait réunir en un seul endroit les détachements de chasseurs à cheval ; le Département regimbait, alléguait que le régiment avait reçu contre-ordre. Hesse avait fait, de concert avec la municipalité, les meilleures dispositions pour loger la troupe sans incommoder les citoyens ; elles « devenaient infructueuses par la perfidie du Département qui se refusait à tout». Hesse approvisionnait la ville, il se nommait le pourvoyeur d'Orléans, il annonçait fièrement l'entrée de quarante-cinq voitures de blé qui franchissaient les portes le 15 juillet, et il comptait sous peu de jours remplir les magasins pour six mois et rendre les blés prêtés par la marine ; or, des envoyés du Département allaient dans les communes sous couleur d'obtenir des grains, et, en réalité, ils insinuaient aux paysans de ne rien fournir, leur conseillaient même d'arrêter les convois en remboursant le maximum. Et Hesse s'irritait, s'exaspérait contre ce Dé-
partement et ce district qui projetaient une « petite Veudée ». Il se doutait qu'ils étaient « furieux» ; ils ne le reconnaissaient plus comme général ; ils assuraient qu'il était venu à Orléans pour organiser les bataillons, que sa mission était finie, et peut-être demandaient ils son rappel au ministre. Mais il jurait qu'ils ne Y « attraperaient » pas et qu'avec l'aide de l'« excellente » municipalité dont il était inséparable, il déjouerait leurs « complots détestables » ainsi qu'il les avait déjoués (1) !
Il ne se trompait pas. Le 13 juillet, les membres du Directoire du Loiret avaient écrit à Bouchotte pour savoir si Hesse était encore employé près la force armée du département et s'il avait à cet égard une nouvelle mission ; il leur importait, disaient-ils, de connaître le commandant militaire de la ville pour lui adresser leurs réquisitions. Le ministre, convaincu que Hesse était utile, lui fit expédier des lettres de service qui l'autorisaient à commander Orléans et le département du Loiret (2).
« Le Département, marquait Hesse à Bouchotte, a dû vous écrire pour me rappeler. N'en faites rien. Je suis au fait de la besogne courante ; pas un aristocrate ne bouge l'oreille et je craindrais que mon successeur, quel qu'il fût, avec de très bonnes intentions, ne pût pas achever l'ouvrage que j'ai commencé », et il traçait, en l'assombrissant à plaisir, le tableau du Loiret : le Département, mauvais ; le District, mauvais ; le public, mauvais ; la plupart des fonctionnaires chargés du service des subsistances et des hôpitaux, dépourvus de tout brevet de civisme.
(1) Mon., 30 mai, 43 et 28 juin; Wallon, La Révolution du 31 mai et le fédéralisme, II, 33 et 444; Hist. du tribunal révoL, I, 181-184; Hesse à Bouchotte et àPache, 3, 6 et 16 juillet; àLaveaux, 25 juillet (Journal de la Montagne, n° 57).
(2) Le Directoire à Bouchotte, 13 juillet; lettres de service, du 29 juillet (A. G.).
Mais il travaillerait de la belle manière tous ces gens-là ; il dresserait, par exemple, la liste des sujets qui devaient être attachés au nouvel hôpital de Saint-Euverte et tous seraient des hommes intelligents et d'excellents patriotes. Oui, pour le bien public, il resterait encore à Orléans. « Marat, concluait-il, vient d'être assassiné et pareil sort m'attend peut-être ; je n'en deviendrai que plus ferme et plus enragé pour la Révolution ! » (1)
11 avait prié Pache d'user de son crédit pour envoyer de nouveau à Orléans, dans le plus bref délai, des conventionnels munis de pleins pouvoirs et, autant que possible, ceux que la Convention dépêchait naguère dans le Loiret, Bourdon de l'Oise, Julien de Toulouse, Collot d'Herbois, et il promettait, avec leur aide et sur sa responsabilité, dejacobiner la ville en trois semaines.
Le 2 septembre, arrivait à Orléans le représentant Laplanche, chargé d'exécuter dans le Loiret et le Cher le décret du 23 août sur la levée en masse. Ardent, fougueux, aussi « enragé » que Hesse, Laplanche venait, selon ses propres termes, exercer les augustes fonctions de l'apostolat et il se proclamait le jacobin le plus déterminé et l'« amant Bdèle » de la Montagne, se disait « à la hauteur des grands mouvements révolutionnaires du Comité», s'engageait à républicaniser, à patriotiser, à électriser, à démanueliser (2) tout le département du Loiret, à foudroyer l'aristocratie, et, à l'exemple de ses collègues Dumont et de Le Bon, à faire d'Orléans, qui se laissait gouverner par des fédéralistes et se disposait à donner la main aux Vendéens, un autre Amiens et un autre Arras. Mais il n'était pas aussi
(i) Hesse à Bouchotte, 16 juillet (A. G.). Le 30 juillet le ministre lui envoyait de nouvelles lettres de service. (2) C'est-à-dire à soustraire à l'influence de Manuel.
terrible qu'il en avait l'air et un contemporain le nomme très justement « une espèce de baladin toujours en représentation ».
Les dix sections de la ville et la Société populaire accueillirent Laplanche avec enthousiasme. Le club lui demanda la permission de former, comme à Paris, une armée révolutionnaire qui comprendrait mille des meilleurs patriotes et qui parcourrait le département avec deux canons et la guillotine pour punir les coupables, et le représentant écrivit au Comité qu'il fallait insérer dans le Bulletin de la Convention cette grande nouvelle, que les jacobins d'Orléans et les sections réunies s'empressaient de seconder ses « travaux immenses ». Il « régénérait » les administrations, et désormais toutes « marchaient à pas de géant dans le sens de la Révolution », toutes souhaitaient dans leurs adresses à la Convention que la Montagne se tînt en permanence jusqu'à la paix. 11 destituait le Département et incarcérait les quatre membres les plus coupables ainsi que le président du District et un officier municipal. Il faisait arrêter tous les aristocrates et fanatiques, tous les suspects, tous les étrangers ; il prescrivait des visites domiciliaires dans tous les châteaux des environs ; il ordonnait d'effacer et d'abattre tout ce qui rappelait l'ancien régime, tous « les vestiges de l'orgueil et de la servitude, portes féodales, arcades de sépulture ». Il s'efforçait de « soulager la sansculotterie » ; il frappait les riches et notamment les rafiineurs et les banquiers, ceux qu'il nommait les égoïstes, de taxes pécuniaires, et il distribuait l'argent aux familles pauvres ; il remettait 40.000 livres au club et 49.000 livres à la municipalité. Il célébrait des fêtes civiques où il admirait le désordre du peuple qui « marchait en dansant et en chantant, le cœur animé d'une douce ivresse ». 11 jouait au général. Le 8 septembre, de grand matin, cet ancien moine bénédictin et vicaire épiscopal de la Nièvre passait la revue
de la garnison ; il était à cheval ; il haranguait hussards et chasseurs, les félicitait de leurs manœuvres et de leurs évolutions, et il assurait que « sa présence les avait singulièrement flattés (1) ».
Il agissait en maître. Tl changeait les cantonnements de la garnison de Valenciennes dans le Loir-et-Cher et il mandait à Bouchotte que « le bien de la chose publique exigeait impérieusement » cette modification. Lorsque le ministre envoyait les chasseurs balaves à Orléans « pour y maintenir la police jusqu'à nouvel ordre sous la surveillance de Hesse », lorsqu'il écrivait aux administrateurs du Loiret que cette légion batave irait à Montargis protéger l'arrivage des grains, Laplanche se récriait : ces chasseurs n'étaient que trop connus pour leurs mauvaise conduite, pour leur incivisme, et la renommée l'avait prévenu déjà que l'indiscipline régnait dans leurs rangs et qu'ils n'aimaient pas la République. Il les mettait donc à Blois, et non à Orléans: ils ne seraient pas dangereux à Blois, « cernés de toutes parts par des troupes républicaines et au milieu d'habitants qui professaient les meilleurs principes » ; à Orléans, leur présence serait funeste parce que l'aristocratie, bien que terrassée par les mesures vigoureuses de Laplanche, « relèverait sa tète altière si elle se voyait à même d'être secondée dans ses projets liberticides ». Et Bouchotte, après avoir chargé Hesse de « purger » les chasseurs batavfcs, ordonnait qu'ils iraient à Perpignan, puis suspendait leur départ parce que ses bureaux préparaient un projet de licenciement des bataillons étrangers (2).
(i) Rec. Aulard, VI, 345, 383, 430, 520, 594; VII, 18, 348, 401, 431, 473 ; Vaultier, Souv. de Vinsurrection normande, 29.
(2) Laplanche à Bouchotte, 20 sept. ; Bouchotte à Laplanche, 30 sept.; Jourdeuil à Hesse, 14 sept., aux administrateurs du Loiret, 19 sept, et à Beauforl, 22 oct. (A. G.).
Le ministre enjoignait qu'un escadron du 19 e chasseurs, grossi de cent hommes du 11 e hussards, partirait d'Orléans le 5 septembre au matin afin de renforcer l'armée de Carteaux. Malgré Tordre de Bouchotte, Laplanche garda cette cavalerie pour contenir les malintentionnés. Ce ne fut que sur une seconde lettre de Bouchotte et sur les instances de Hesse qu'il consentit à se séparer de l'escadron. Encore les chasseurs ne purent-ils quitter Orléans que le 15 septembre; il fallait les habiller, les équiper, les armer, et rappeler soixante-quinze d'entre eux que Hesse avait envoyés depuis trois jours à Montargis et à Beaurgency pour protéger l'arrivée des subsistances (1).
Laplanche alla plus loin. Il créa de sa propre autorité un nouveau corps. La légion dite de Rosenthal, dont le dépôt était alors à Orléans, comprenait de la cavalerie et de l'infanterie. La cavalerie avait formé naguère le 19 e régiment de chasseurs à cheval. L'infanterie se composait de huit compagnies dont quatre à Orléans et les quatre autres en Vendée. Les chefs des quatre compagnies qui tenaient garnison à Orléans, prièrent Laplanche d'organiser l'infanterie de la légion de Rosenthal qui deviendrait le 22 e bataillon léger. « Il est à présumer, disaient-ils, que l'infanterie ne se réunira jamais au 19 e chasseurs à cheval puisqu'il paraît que le système de légion n'est plus en faveur. » Hesse et le commissaire des guerres Dervillé appuyaient leur demande. Dervillé jugeait qu'exaucer le vœu des compagnies de Rosenthal serait faire acte de justice ; il louait leur conduite, leur civisme, leur bravoure ; il assurait qu'elles n'avaient recueilli partout que de très bons témoignages et que la République, en donnant à ce corps l'existence légale qu'il sollicitait, açqué-
(1) Dauzeret à Jourdeuil, Laplanche à Bouchotte, Hesse à Jourdeuil, 4 et 5 sept. (A. G.).
242 CTIARLES DE HESSE
rait une excellente troupe. « Ce corps manque de tout, écrivait liesse, et malgré cela il est patriote jusqu'aux dents, sert nuit et jour, est du meilleur exemple, et j'en ai fait un Comité de surveillance !» Le 11 octobre, Laplanche créa ou, selon son expression, établit le 22 e bataillon de chasseurs à pied et dans une proclamation aux officiers et soldats, il les engagea gravement à se rendre dignes du poste qu'ils occuperaient dorénavant dans l'armée, à redoubler de zèle et d'activité ainsi que de déférence et d'égards envers leurs supérieurs, à songer toujours que la discipline et la subordination seules préparent la victoire. Bouchotte n'avait pas été consulté, et, s'il l'avait été, il aurait remarqué qu'il y avait déjà un 22 e régiment de chasseurs à pied. Laplanche lui manda simplement que le nouveau corps méritait cette a distinction flatteuse » et que le ministre n'aurait pas tardé sans doute à prendre la même mesure (1).
La présence de l'infatigable et tout-puissant Laplanche avait rejeté Charles Hesse dans l'ombre. Il fut réduit à rédiger des mémoires et des plans.
Déjà au mois d'août, dans un voyage à Paris, il avait exprimé le désir d'entretenir le Comité de la situation d'Orléans et de lui communiquer ses vues sur la Vendée (2),
Au commencement de septembre il fit envoyer au Comité par Laplanche un projet de défense des places frontières» Ce projet était, selon Hesse, infaillible. 11 n'était que banal, mais il est empreint des passions de l'époque. Construire et achever tous les ouvrages indispensables, vérifier
(1) Lettres des chefs de la légion de Rosenthal, de Hesse, de Dervillé, de Laplanche, 10 oct. (A. G.). Cf. sur le 22 e régiment d'infanterie légère qui existait déjà, A. Chuquet, La légion germanique,, chap. vu, 168.
(2) Ghabavay, Carnot, III, 24 et 120.
si le nombre des canons est suffisant et si les approvisionnements et les munitions de guerre existent pour un siège de six mois, organiser la garde nationale, éloigner de la milice bourgeoise les aristocrates et tous ceux qui ont adhéré ou coopéré au fédéralisme, choisir de bons officiers, car « c'est le chef qui fait le soldat », chasser les bouches inutiles, exiger de tous les officiers un certificat de civisme bien constaté et le serment qu'ils s'enseveliront sous les ruines de la place ou qu'ils ne se rendront que suivant les termes de la loi, telles sont les mesures proposées par Hesse (1).
Il engageait le ministre à échanger les prisonniers de guerre et à les envoyer soit dans les départements du Midi soit sur les vaisseaux de la République.
Lorsqu'un détachement du 7 e chasseurs à cheval qui faisait partie de la garnison de Mayence passait par Orléans, il écrivait à Bouchotte qu'il fallait réunir à ce détachement deux autres détachements du régiment restés à Strasbourg et à Wissembourg. Pourquoi ne pas assembler ces fragments épars, abandonnés à eux-mêmes, dépourvus sans doute de toutes choses? Pourquoi ne pas les ramasser à Orléans où il y avait des écuries et des fourrages pour contenir et nourrir les chevaux, des casernes et des hôpitaux pour loger et soigner les hommes ? Et il promettait, foi de jacobin y de pourvoir aux besoins de cette troupe, de surveiller sa conduite, et de fournir prochainement un régiment complet (2).
Il entretenait une correspondance active avec son ami de
(1) Projet infaillible de défendre les places frontières (Cf. Rec. àdlard, VI, 385). Hesse Ta reproduit dans le n° du 49 mars 1796 de Y Ami des lois, sous le titre : Moyen infaillible pour empêcher Vennemi <X attaquer les villes frontières de la République et dans l'Ami de la patrie, du 27 octobre 1797, sous le titre : Politique militaire.
(2) Hesse à Bouchotte, 16 oct. (A. G.).
Strasbourg, le jacobin Laveaux, qui reproduisait ses lettres dans le Journal de la Montagne. Tantôt il annonçait que le bataillon de l'Union, levé par le département du Bas-Rhin, formé d'excellentscitoyensetcommandépardeux hommes pleins de civisme et de talent, Muscar et Simon, avaient, durant son séjour à Orléans, mérité l'approbation unanime par sa bonne tenue et sa subordination. Tantôt il prônait Bouchotte que « les traîtres seuls pouvaient trouver inepte ou perfide. » Tantôt il retraçait les causes de la défaite des républicains en Vendée : le changement continuel des généraux, la tactique des rebelles qui revenaient après une déroute attaquer à l'improviste les patriotes enivrés de succès, l'embarras que causait le surcroît d'équipages, la quantité de femmes qui suivaient l'armée et m l'empoisonnaient par la débauche et la lâcheté », l'inexpérience des officiers et leur extrême indulgence pour les soldats qui les avaient élus. 11 insistait particulièrement sur la mauvaise qualité des recrues ; les unes, selon lui, regimbaient contre toute discipline après avoir dépensé au cabaret la grosse prime qu'elles avaient reçue pour s'enrôler ; les autres étaient des émigrés, des aristocrates, des domestiques de ci-devants qui ne visaient qu'à désorganiser les troupes en criant sauve qui peut et en mettant le feu aux caissons. Et Hesse proposait de faire marcher tous les hommes qui tomberaient au sort à moins qu'ils n'eussent payé deux soldats choisis par la municipalité de l'endroit et de rendre un décret qui punirait de mort quiconque abandonnerait ses drapeaux (1).
Entre temps, et pour se tenir en haleine, il dénonçait soit Luckner, soitDietrich, qui «tenait à lui seul la clef de toute la conspiration passée et présente », soit ses collègues et frères d'armes. Dans une lettre à Pache il citait deux généraux qu'on ne pouvait ni ne devait laisser en fonctions :
(1^ Journal delà Montagne, n os 34, 57, 59, 63.
Hallot qui l'avait remplacé à Besançon et François Wimpffen, l'avare François Wimpffen qui, « comme Basile, était à genoux devant un écu ».
Ce Wimpffen avait un frère, Félix, celui qui défendit Thionville, et Hesse détestait les deux Wimpffen, peut-être parce qu'ils étaient allemands comme lui et que, malgré cette origine, ils servaient comme lui la République française. Déjà, à Paris, dans une conversation avec Pache et Chaumette, il dénonçait Félix Wimpffen, le traitait de coquin, et lorsque le Conseil général révolutionnaire fit donner à l'Opéra une représentation gratuite du Siège de Thionville, Hesse dit de nouveau à Pache que la pièce n'était pas aussi patriotique qu'on le pensait, qu'il ne fallait pas la laisser jouer. Peu de jours après, on lisait dans les gazettes que Félix Wimpffen commandait l'armée girondine. « Vous n'avez pas voulu me croire, écrivit Hesse à Pache, vous voyez à présent le résultat! » (1)
Il ne manqua pas de témoigner contre Custine lorsque le général Moustache comparut au mois d'août devant le tribunal révolutionnaire. Dès le commencement de sa déposition il rappela qu'il avait été employé sur tous les points du territoire et envoyé du nord au midi et du midi au nord. Puis il chargea l'accusé. Mais Custine réfuta vigoureusement chacun de ses griefs (2).
Hesse reprochait à Custine de n'avoir pas au début de la guerre surpris les Autrichiens dans les gorges de Porrentruy ; « Cela, disait Hesse, lui était aussi facile qu'à moi de prendre mon chapeau. » — « Le témoin, répondit Custine, ignore donc que, si nous avions des jambes pour aller aux Autrichiens, eux aussi avaient des jambes pour fuir ? »
(1) Hesse à Pache, 3 juillet (A. G.), et aux Jacobins, 6 octobre {Journal de la Montagne , n° (35).
(2) « Il se défendit avec talent » (Mallet du Pan, Mém., p. Sayous, II, 498*
Hesse reprochait à Custine qui commandait alors à Strasbourg, d'avoir mal placé les canons sur les remparts : on avait mis les gros où il fallait des petits, et les petits où il fallait des gros. Custine répondit qu'il avait, lui aussi, trouvé que les canons étaient mal placés ; mais il avait blâmé le chef de l'artillerie qui s'était hâté de mieux disposer les pièces.
Hesse reprochait à Custine d'avoir voulu dégarnir Besançon. Selon lui, Custine lui avait prescrit de détacher de la place soixante bouches à feu. « Le déposant, répondit Custine, était à cette époque sous les ordres de Biron qui commandait l'armée du Rhin. Moi aussi, j'étais spus les ordres de Biron, et si Biron m'a donné les canons que je désirais, c'est Biron, et non pas moi, qui est responsable. »
Hesse reprochait à Custine de n'avoir pas mis H an au à contribution et puni par là de la façon la plus sensible le landgrave de Hesse-Cassel qui n'avait d'autre dieu que l'argent. Custine répondit que Hanau était une ville pauvre et que le landgrave avait son trésor à Cassel ; or, ajoutait-il, « pour aller à Cassel, il n'avait pas assez de troupes ».
Hesse reprochait à Custine de n'avoir exigé de la riche cité de Francfort qu'un millier de florins. « Hélas ! répondit Custine, d'autres ont dit que je ne devais rien exiger du tout. »
Hesse reprochait à Custine d'avoir employé à Strasbourg le commissaire des guerres Blanchard dont les deux fils avaient émigré. « Blanchard, répondit Custine, était mon seul commissaire des guerres ; le renvoyer, c'eût été renoncer à toute opération, et c'est lui qui m'a donné les moyens de prendre Spire et Mayence. »
a Pourquoi, dit enfin Hesse, pourquoi Custine, dans son récent voyage à Paris, n'est-il pas venu une seule fois au
club des jacobins détruire les bruits défavorables qui couraient sur son compte ?» — « Le club, répondit Custine, a rendu de grands services à la chose publique ; il compte beaucoup de bons citoyens ; mais les étrangers y entretiennent des émissaires qui empruntent les dehors du patriotisme et excitent la méfiance contre les généraux de nos armées (1). »
Pour assister au procès, Hesse n'avait pu quitter Orléans qu'avec une permission de Bouchotte. Il eut pendant son séjour à Paris une piquante aventure. Le 17 août, par deux fois, à 5 heures, puis à 7 heures, il se présentait au ministère de la guerre afin, comme il s'exprimait avec emphase, de « travailler de concert avec le ministre aux intérêts de la République ». Par deux fois, la sentinelle lui barra la porte parce qu'il n'avait pas une carte du bureau central. Hesse se rendit à ce bureau. Le chef, le citoyen Duverger, lui refusa sa carte et le traita, paraît-il, un peu brusquement. Hesse écrivit aussitôt à l'adjoint Jourdeuil. Duverger, disait-il, était un vizir de l'ancien régime et la consigne du ministre passait toute croyance. Comment se ferait la service si des officiers généraux qui traversaient Paris n'avaient pas accès auprès du ministre et de ses adjoints ? c< Il m'est impossible, concluait Hesse, de prendre les ordres et la convenance du citoyen Duverger. » Jourdeuil lui fît envoyer le lendemain un laisser-passer (2).
A la fin du mois de juillet Hesse avait, pour alléger sa besogne, nommé commandant temporaire d'Orléans le chef de brigade du 19 e régiment de chasseurs, Dhinge, et le ministre n'avait pas confirmé son choix. Mais Hesse avait besoin d'un second, et même de deux seconds. Ses occu-
(1) Mon. du 23 août.
(2) Hesse à Jourdeuil, 17 août (A. G.).
pations, s'écriait-il, étaient incalculables et il ne pouvait tout faire à lui seul. Il pria Bouchotte de lui donner un adjudant-général patriote et intelligent qui fût commandant de la place et qui pût l'assister dans ses opérations militaires. On lui envoya Beaufort.
C'était, lui aussi, un curieux [personnage que ce Beaufort. Soldat à l'âge de seize ans dans le régiment de Languedocinfanterie, passé ensuite aux dragons d'Orléans où il prend le sobriquet de Cœur-de-lion, il entre en 1789 dans la garde nationale soldée de Paris et y sert jusqu'en septembre 1791. Promu le 15 août 1792 adjudant sous-officier dans la 31 e division de gendarmerie, il se signale à l'armée du Nord, et Beurnonville le nomme, le23 octobre, adjudant-général chef de bataillon. Il était très brave, il fut blessé à Jemappes, et il devait à la fin de 1793 recevoir de Laplanche le grade de général de division à l'armée des côtes de Cherbourg. Mais le Comité ne lui confirma que le grade de général de brigade, et après avoir paru à l'armée des Pyrénées -Orientales, Beaufort eut sa retraite en 1795. Il fut, au 18 vendémiaire, des généraux qui défendirent la Convention, reprit du service et commanda en 1799 les îles de Ré, d'Aix et d'Oléron. Réformé en 1802, employé sept années plus tard dans l'île de Cadzand, il obtint de Napoléon une place d'inspecteur des droits réunis. Sous les Bourbons, il se vanta d'avoir été toujours royaliste, et dans le récit de ses aventures qu'il fit à divers intervalles et qu'il laissa publier dans les Fastes de la gloire, il entassa mensonge sur mensonge. Bien qu'il eût quitté la garde nationale en 1791, il assurait qu'il était au Château le 20 juin et le 10 août 1792 ; au 20 juin, il avait été maltraité par les assaillants ; au 10 août, il avait été blessé sous les yeux de d'Hervilly et sauvé par des gardes françaises. Arrêté sur l'ordre du Comité de surveillance de l'Assemblée législative, interrogé par Fauchet, qualifié de conspirateur et d'assassin du peuple, envoyé au
grand dépôt de la mairie à travers la foule qui criait « à la lanterne », il avait été transféré^ l'Abbaye et là, après une agonie de cent huit heures — tout comme Jourgniac de Saint-Méard — abandonné aux égorgeurs. Par bonheur, deux amis qui ne le perdaient pas de vue l'avaient recuilli parmi les victimes, transporté dans une maison voisine et arraché à la mort. Mais, s'il avait été ce septembrisé », pourquoi son nom n'était-il pas sur le registre d'écrou ? D'ailleurs, il se contredisait : après avoir affirmé qu'il avait été ramassé dans la rue, il prétendait une autre fois qu'il était sorti lorsque M lle de Sombreuil avait, par ses larmes, délivré son père et suspendu le massacre, que ses deux amis avaient « profité du calme pour obtenir sa liberté », qu'il avait, lui aussi, bu dans une coupe ensanglantée avec ses bourreaux. Il royalisait de même son attitude en Vendée sans se rappeler s'il avait écrit au président de la Convention et que le Moniteur [d'alors imprimait les lettres où il se glorifiait de « détruire la horde infernale des chouans », de « purger de cette race maudite le sol de la République » et d'avoir fait tuer le Chouan « de qui cette race infâme tirait son nom » (1). A l'entendre, il avait en 1793 et en 1794 joué le rôle de sauveur. Six royalistes étaient emprisonnés à Orléans, trois d'entre eux, pour avoir participé à une émeute, et les trois autres, officiers au régiment de Dauphin-infanterie, pour avoir crié Vive le roi à Valenciennes ; les trois premiers allaient être guillotinés et les trois officiers, fusillés ; Hesse pressait l'exécution ; mais par sa fermeté Beaufort avait réussi à les soustraire au supplice, et Hesse l'avait dénoncé au Comité de salut public, au ministre de la guerre et au club des jacobins. En novembre 1793, vingt Vendéens sont capturés à Mortain et
(1) Mon., 16 et 30 janvier, 8 février 1794; cf. sur Beaufort, l'Ami des lois, du 3 novembre 1796.
seize tombent déjà sous les balles ; Beaufort arrive à temps pour sauver les quatre autres. Un grand nombre de royalistes sont enfermés dans le château de Thorigny et un conventionnel enjoint de brûler les bâtiments ; Beaufort s'oppose de toutes sesforces à cet ordre barbare et ilpréserve des flammes plus de huit cents personnes, outre le château : aussi portait-il sous la Restauration, et, disait-il, avec l'autorisation de Louis XVIII « émerveillé de son exploit », le nom de BeaufortdeThorigny.il ne se souvenait plus que, d'Orléans, le 25 septembre 1793, ilpriait Bouchotte dene pas le mettre au rang des nobles en assurant qu'il était fils de soldat et petit-fils de laboureurs ! Et ce n'est pas tout ! Il avait débloqué Granville ! Il avait, avant Hoche, mérité lesurnom de pacificateur de la Vendée ! Il avait « attaqué et pris » Robespierre au 9 thermidor ! Il avait «c attaqué, pris et dispersé » les jacobins du faubourg Saint-Antoine à la journée du 4 prairial où il commandait la force armée de Paris sous les ordres de Menou ! Tant de hâbleries ne lui valurent pas le grade de lieutenant-général qu'il sollicitait. Toutefois, parce qu'il s'était en 1815 enrôlé dans la compagnie des volontaires royaux de Vincennes, il reçut une récompense de 700 francs, et parce qu'il avait perdu son emploi d'inspecteur des contributions, sa pension fut élevée de 2.000 francs à 4.000 francs.
Beaufort était arrivé le 4 septembre à Orléans. Hesse fut d'abord content de lui. « Je suis très satisfait, écrivait-il à Bouchotte, de l'adjudant-général Beaufort que vous m'avez envoyé et je vous remercie de votre choix » (1). Bientôt survint un désaccord.
Le 3 octobre Hesse mandait qu'il était calomnié depuis le matin jusqu'au soir. Il avait beau remplir quotidiennement son devoir avec zèle et exactitude sans prêter le moins
(1) Hesse à Sijas, 27 août, et à Bouchotte, 15 septembre (A. G.). ■
du monde à la médisance. Il avait beau s'enfermer dans son cabinet, s'éloigner « à mille lieues de toute espèce d'intrigues » par son patriotisme et sa « conduite inflexible ». Il s'était fait autant d'ennemis à Orléans qu'il avait de cheveux sur la tête ! Il avait découvert une trame, une « cabale monstrueuse » qui s'était formée contre lui et dont il n'avait même pas le soupçon ! On voulait le perdre dans l'opinion du représentant Laplanche, le chasser d'Orléans, lui donner pour successeur l'adjudant-général Beaufort ! (1)
Peut-être avait-il raison. Peut-être Beaufort cherchait-il à supplanter Hesse et à lui souffler le commandement du Loiret. Quoi qu'il en soit, les deux hommes ne s'entendaient plus.
Un mois après l'arrivée de Beaufort, le 5 octobre, la brouille éclatait. Ce jour-là, deux fois, à 4 et à 6 heures du soir, Beaufort envoyait un planton au logis de Hesse pour faire signer une permission, et lui-même venait chez le général à 5 heures avec le chef d'état-major de l'armée des côtes de la Rochelle. Hesse était absent. Le lendemain, Beaufort lui écrivait, non sans impertinence : « J'ai envoyé chez vous hier deux fois, à 4 heures et à 6, pour vous faire signer la permission ; vous n'y étiez pas : n'ayant pas laissé par écrit où l'on pourrait vous trouver, j'ai attendu votre lever. Nous nous sommes transportés chez vous, moi et le chef de l'état-major de l'armée des côtes de la Rochelle, hier à 5 heures du soir ; nous ne vous avons pas trouvé : je vous fais juge si je dois courir toute la ville pour votre service particulier, car mes démarches n'étaient faites que pour le chef de l'état-major qui demandait à vous parler. » Hesse lui répondit aussitôt sur un ton assez digne et habile : « J'ai signé ce matin la permission que j'aurais dû signer hier au soir ; ce qui eût été très facile, car je suis rentré
(1) Hesse à Bouchotte et à Jourdeuil, 3 et 4 octobre (A. G.).
à 8 heures précises et vous auriez pu, il me semble, me la faire parvenir par un planton. J'ai bien du regret que vous vous soyez donné la peine de vous transporter chez moi hier à 5 heures du soir avec le chef de l'état-major de l'armée des côtes de la Rochelle. Hors vos obligations de service, je suis bien éloigné de prétendre ou d'exiger vos visites particulières, et vous auriez pu également ordonner à un planton d'indiquer ma demeure au chef de l'état-major ; mais je vous prie d'agréer mes excuses pour la peine que vous vous êtes donnée. Quoique je ne doive compte de ma conduite qu'aux autorités constituées et à mes supérieurs, je dirai d'ailleurs au citoyen Beaufort que je travaille chaque jour depuis 6 heures du matin jusqu'à 4 heures du soir. A cette époque, je sors ordinairement pour aller voir, comme je le dois, les corps administratifs, ou l'hôpital Saint-Charles, ou les postes, ou la Société populaire ou même simplement quelquefois pour prendre l'air afin de me distraire de mes occupations nombreuses. A 8 heures du soir, je rentre ordinairement et je travaille jusqu'à minuit. Voilà ma conduite. »
Mais Beaufort ne gardait plus de mesure. Pourquoi Hesse, s'écriait-il, faisait-il aller et venir des troupes dans Orléans sans l'avertir ? Pourquoi ne suivait-il pas les formalités militaires ? Un bataillon de Valenciennes se présentait justement aux portes d'Orléans ; Beaufort lui refusa l'accès de la ville en alléguant qu'il n'était pas prévenu, que le bataillon marchait sans en avoir l'ordre, et le bataillon n'entra que lorsque l'officier chargé de la route eut montré ses pouvoirs.
Beaufort n'était pas encore reconnu commandant de la place. Le 6 octobre, il écrivait à Hesse que la troupe et les habitants ne lui témoignaient aucun égard : pourquoi Hesse ne l'avait-il pas fait recevoir à la parade ? Hesse répondit qu'il allait s'exécuter, que Beaufort serait reçu à
la parade comme commandant temporaire de la place ; mais, ajoutait Hesse, ce ne sera qu' « après que vous aurez rempli les formalités dictées par la loi envers les corps administratifs ; voulez-vous me mander si vous les avez remplies, pour que je puisse régler ma conduite en conséquence ? »
Les deux hommes soumirent leur querelle au ministre. Hesse disait que Beaufort était infiniment plus propre à combattre les ennemis de la République qu'à exercer les fonctions de commandant temporaire à Orléans ; qu'il avait auprès de lui, malgré le décret de la Convention, sa femme ou sa maîtresse et qu'il donnait par là un exemple très pernicieux ; qu'il fallait l'employer en un autre endroit ; sinon, que lui, Hesse, ne pourrait rester à Orléans sans dommage pour le bien de l'Etat.
De son côté, Beaufort récriminait contre le général : Hesse ne passait pas de revue et ne connaissait même pas le nombre de ses troupes ni les cantonnements de la garnison de Valenciennes, répartis dans la contrée ; le commandant temporaire, et non Hesse, exécutait tous les ordres émanés de Paris et dressait tous les états envoyés au ministère ; les officiers se plaignaient de la dureté de Hesse et le représentant Laplanche avait dû lui remontrer qu'il ne fallait pas confondre les Français libres avec des Germains et des Hessois.
Laplanche faisait alors une tournée dans le département du Cher. Lorsqu'il rentra le 10 octobre à Orléans, il apprit la mésintelligence de Hesse et de Beaufort. « Elle n'aurait pas eu lieu, dit-il aussitôt, si j'étais resté à Orléans. » 11 les appela le lendemain dans son logis ; il leur fit des reproches. N'étaient-ils pas républicains ? Ne « marchaient-ils pas dans le sens de la Révolution »? Il exigea d'eux une c explition fraternelle », un « sincère raccommodement », et ils s'embrassèrent. Hesse se crut un héros, c J'ai fait à la Ré-
publique française, s'écriait-il, le sacrifice de ma vie entière, de mes biens, de mon existence ; je lui dois encore le sacrifice de mon opinion. » La veille, il avait écrit à Bouchotte une lettre d'injures contre Beaufort ; il pria le ministre de la regarder comme non avenue (1).
Ces disputes l'avaient dégoûté d'Orléans. Dans ses lettres au ministre Bouchotte et aux adjoints Jourdeuilet Audouin il demandait son changement et sollicitait ce [poste de Besançon qu'il occupait huit mois auparavant : ce serait, disait-il, une bien vive satisfaction pour lui et le comble de son bonheur, de retournera Besançon. N'avait-il pas rendu de grands services au département du Doubs et obtenu dans ce pays « l'approbation universelle » ? N'avait-il pas fait à Besançon tout le bien possible ? N'avait-il pas quitté cette ville avec l'estime et l'amitié des patriotes ? N'y serait-il pas encore « sans ce coquin de Beurnonville, qui avait été la cause indirecte de son départ » ? D'ailleurs, il y avait toujours eu à Besançon un général divisionnaire, et pour l'instant le citoyen Reed, qui commandait, n'était que brigadier : « il est fort de mes amis, c'est moi qui l'ai fait nommer à Besançon, et nous deux réunis nous ferions de la bonne besogne et serions extrêmement utiles à cette division qui est immense. »
Maisvainementil écrivait au ministre de la guerres comme citoyen et comme général patriote ». Vainement il protestaitque sa conscience était puredepuisle 14 juillet 1789.Vainement il louait ses principes, son civisme, son « courage républicain», même ses « talents militaires ». Vainement il implorait la « protection nationale » de Bouchotte et « toute l'influence de son amitié », priait Jourdeuil d'être son défenseur, rappelait à Audouin le souvenir du vertueux Pache.
(1) Beaufort à Hesse; Hesse à Beaufort et à Bouchotte, 6 oct.; Beaufort, Hesse, Laplanche à Bouchotte, 6 et 11 oct. (A. G.).
Vainement il assurait, comme d'habitude, qu'on pouvait être tranquille sur son compte, qu'il avait renoncé aux titres et aux richesses, qu'il ne connaissait ni l'ambition ni l'intérèt ni Tamour-propre, qu'il était invariable dans sa conduite et cherchait simplement à prouver qu'un étranger devenu citoyen ne le cède à aucun Français en patriotisme et en fidélité. « Reposez-vous sur moi, marquait-il au ministre, vous serez instruit de tout et je ferai tout pour le mieux. y>
On était, à l'hôtel de la guerre, fatigué de Hesse comme Hesse était fatigué d'Orléans. On le traitait d'intrigant et de cabaleur. On trouvait qu'il changeait trop souvent de résidence. On blâmait sa « facilité à dénoncer ». Les adjoints du ministre, Jourdeuil, Audouin, Daverton, résolurent de faire une sérieuse enquête sur ce ci-devant prince et, comme ils disaient, de prendre des renseignements sur la conduite d'un homme que les vrais patriotes devaient suspecter. Mais — le 22 vendémiaire, 13 octobre — Hesse cessait ses fonctions.
La république pouvait-elle garder Hesse à son service ? Il était noble, il était prince, et le soupçon universel planait sur les militaires de la caste nobiliaire et princière. Aux Jacobinsds Paris, dèslemoisde mai 1792, lorsque Daubigny donnait à Hesse le titre de prince, plusieurs membres s'écriaient qu'il n'y avait plus de prince, et Daubigny se justifiait en disant que Hesse était étranger.En avril 1793 Marat demandait le renvoi des généraux nobles qu'il nommait des <c suppôts de l'ancien régime »,d' « infâmes privilégiés »,de u vieuxesclaves ».De tous côtés, en avril et en mai, en juin et en juillet 1793 on proposait d'exclure les nobles des emplois. Delà» croix obtenait qu'aucun d'eux ne serait reçu dans l'armée qui couvrirait la capitale. Prudhomme imputait toutes les défaites à ces « gens pourris dans le fumier des cours ». La
Commune de Paris arrêtait qu'ils ne pourraient être fonctionnaires publics. Varlet voulait qu'un décret leur interdit d'occuper uL.e seule place ; Châles, que leur règne fût « anéanti » et qu'ils perdissent leurs droits de citoyens pour ne les recouvrer qu'au bout de dix ans ; Hébert, qu'ils fussent tous congédiés, tous expulsés. Aussi la plupart des généraux n'étaient-ils que des plébéiens. Les nobles, d'Aboville, Beauharnais, Davout, donnaient leur démission parce qu'ils devenaient suspects. De jour en jour grandissait la haine contre les ci-devant, et en août, en septembre se succédaient les mesures de défiance. Les représentants Lequinio et Lejeune prescrivaient l'arrestation de tous les nobles du département de l'Aisne, et Milhaud écrivait des bords du Rhin qu'il était nécessaire de détruire Carthage, de détruire la noblesse et de mettre des hommes du peuple à la tète des Français. Les commissaires des assemblées primaires exprimaient le vœu qu'aucun noble ne fût employé avant la fin des hostilités. La citoyenne Lacombe, guidant une députation de la société des Républicaines, sommait la Convention de décréter la destitution de tous les aristocrates. Les jacobins de Paris exigeaient davantage : « Bannissez les nobles, disaient-ils, bannissez cette classe chargée de crimes, ces ennemis irréconciliables de l'égalité et de l'humanité ; qu'ils soient mis en prison jusqu'à la paix ». Le 25 septembre, Barère déclarait au nom du Comité que tous les nobles étaient des traîtres commencés, qu'ils ne pouvaient mener une guerre qui se faisait contre eux, qu'il fallait leur substituer des sans-culottes d'état et deprincipes.Le général d'Aoust qui commandait aux Pyrénées-Orientales, désirait au même instant la confirmation de son grade de divisionnaire : ce II est inutile, remarqua Audouin, de proposer des nobles, on peut leur répondre à tous négativement (1) ».
(ï) Aulard, Jacobins, III, 603 ; Le Publiciste, no 161 ; note d' Audouin
Les étrangers n'étaient pas moins suspectés et poursuivis. Déjà plusieurs avaient été incarcérés ou suspendus de leurs fonctions. L'Espagnol Gusman, qui s'était introduit dans le Comité révolutionnaire du 31 mai, se voyait jeté en prison. L'Irlandais Kilmaine, que Robespierre et Saint-Just qualifiaient d'Anglais, quittait au mois d'août le commandement de l'armée du Nord. Au mois de septembre, Audouin répliquait à un autre Irlandais, le chef de bataillon O'Shee qui sollicitait le grade de général de brigade : « Ce n'est pas au moment où la loi ordonne l'arrestation des étrangers que nous pouvons leur confier les armées de la République». Le 9 octobre, sur la motion de Fabre d'Eglantine appuyée par Robespierre, la Convention décrétait que tous les Anglais seraient appréhendés au corps et leurs propriétés provisoirement saisies. Le lti, sur le rapport de Saint-Just, elle arrêtait que les étrangers, nés sujets des gouvernements avec lesquels la République était en guerre, seraient détenus jusqu'à la paix, et Robespierre disait au cours de la discussion qu'il se méfiait de ces étrangers qui s'efforçaient de paraître plus républicains, plus énergiques que les autres et qui n'étaient en réalité que les agents des puissances, les artisans des maux dont souffrait la France : « Ce sont eux qui sèment la discorde, ils emploient le poison du modérantisme et l'art de l'exagération». Le 16 novembre, Merlin de Thionville ne proposait-il pas de n'admettre aucun étranger dans les armées? Le 12 décembre, Robespierre ne faisait-il pas rayer du club des jacobins Anacharsis Cloots, en alléguant qu'un baron allemand ne pouvait être patriote et, à la suite de son discours, la Société ne décidait-elle pas d'exclure tous les étrangers (1) ?
en marge d'un rapport du 9 sept. (A. G.) ; selon Audouin, il n'y avait plus au mois de septembre que 900 nobles dans le corps des officiers (Mon., 19 sept.); A. Chuquet, Wissembourg, 68, 179, 187, et Dugommier, 144 et 160-168.
(1) Mon., 10 oct., 18 nov., 16 déc. ; note d' Audouin à une lettre de
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liesse était donc menacé, et depuis quelque temps nombre de patriotes, de généraux, de représentants, Rossignol, Choudieu, Maure, lui reprochaient sa tache originelle. « Je suis étonné, écrivait Rossignol à Bouchotte, qu'un prince étranger soit chargé d'organiser à Orléans Parmée que commande un sans-culotte, tous les républicains pensent comme moi et vous conjurent d'envoyer un homme plus recommandable par sa naissance et surtout par ses principes. » Choudieu marquait de même que c'était une faute très grave de confier à un prince allemand la formation des bataillons républicains. Maure ne cachait pas le déplaisir que lui avait cause l'attitude de liesse durant les séances du conseil municipal d'Orléans. Un membre de la municipalité faisait de grandes politesses au général. Ces salamalecs, demandait Maure, conviennent-ils à un républicain? Le général délibérait aves la municipalité ; Maure le blâma vertement : le commandant de la place ne devait conférer, et non délibérer, avec elle qu'en temps de siège. A la suite de cet incident, liesse alla s'asseoir dans les rangs du public. Mais en vain il flatta le représentant, protesta qu'il lui avait les plus vives obligations: « Vous m'avez, disait-il, éclairé sur plusieurs points de ma conduite et je reconnais que je me trompais ». Maure se plaignit de Hesse aux jacobins dans la séance du 8 septembre : Hesse, assurait Maure, se montrait excellent patriote et tout le monde vantait son zèle, ses talents, son amour pour l'égalité ; mais il était gentilhomme et, si Ton s'abusait sur son compte, s'il était mauvais sujet, il serait plus dangereux qu'un autre parce qu'il avait le masque des vertus civiques et savait se rendre populaire.
Pourtant, Hesse croyait ôtre épargné. « Les jacobins, lit—
O'Shee, 9 sept. (A. G.) ; cf. A. Chuqoet, Hondschoote, 93, et La légion germanique, 115-118,126.
on dans une de ses lettres à Laveaux, ont demandé la destitution des nobles ; je suis prêt à leur faire ce dernier sacrifice ; mais j'ai servi fidèlement et je n'ai jamais été dénoncé, pas même par Marat qui se connaissait si bien en coquins. »
Robespierre trancha la question. Hesse à Orléans à destituer, notait-il dans son carnet. Bouchotte fut plus clément. Se rappelait-il qu'il avait appartenu comme Nassauvien et sous le nom de M. de Buchholz au régiment d'Esterhazy dont Hesse était mestre de camp commandant? Gardait-il un bon souvenir de son ancien colonel? Déjà, lorsqu'il recevait la plainte de Rossignol, il répondait que Hesse avait assez bien servi la Révolution et qu'on devait attendre pour le renvoyer qu'une mesure d'ensemble fût prise contre les étrangers. Il s'inclina devant l'ordre de Robespierre. Mais il ne destitua pas Hesse avec brutalité ; il décida simplement, le 13 octobre, que le général cesserait ses fonctions et lui adresserait un « mémoire de retraite » (1).
(1) Chassin, La Vendée patriote, III, 12-13; Ghoudieu, Mém., 379; Mon., 11 sept.; Journal de la Montagne, n° 57; Welschinger, Le roman de Dumouriez, 288; ordre de Bouchotte, du 13 octobre (A. G.). On sait que Bouchotte, qui s'était anobli et fait naturaliser Nassauvien pour être officier dans un régiment étranger au service de France, s'appelait, sous l'ancien régime, M. de Buchholz, et sans doute voulait-il aussi se distinguer de son frère qui exerçait dans le même régiment les fonctions de quartier-maître trésorier. L'inspecteur-général Heymann notait ainsi les deux frères en 1787 : Bouchotte avait « la plus grande netteté dans son travail » ; Buchholz avait « de l'intelligence, mais un peu de légèreté ». Cf. A. Ghuquet, Hondschoote, p. 2-47.