‹ Un prince jacobin: Charles de Hesse, ou Le général MaratChapitre 12 sur 31 · A. N. AF. II · texte numérisé non relu

A. N. AF. II

(2) En somme, il a été incarcéré au Luxembourg le 4 frimaire an II, à Saint- Lazare, le 21 pluviôse an II, chezBrunet, le 1" ventôse an II, de nouveau à Saint -Lazare, le 2 germinal an II, et mis en liberté le 23 brumaire an III.

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par le Département de Paris qui fit vendre son mobilier et ses effets, il s'estimait heureux d'obtenir sa radiation. Grâce à Dubois-Crancé, son ancien aide de camp, alors membre du Comité de salut public et du Comité de la guerre, il reçut l'arriéré de la solde qu'il n'avait pas touchée pendant sa captivité et, le 11 janvier 1795, il fut rétabli dans son grade. Après examen de toutes les pièces, le Comité de salut public reconnut qu'il n'avait été destitué que par mesure de sûreté générale, que nulle accusation n'était portée contre lui, qu'il avait « suivi constamment le sentier de la Révolution » et que, dépouillé à la fois de son patrimoine et de son état, il n'avait pas de quoi subsister. Le Comité réintégrait donc Hesse dans ses fonctions de divisionnaire et le chargeait de surveiller en cette qualité les dépôts de cavalerie de la 17 e division militaire qui comprenait Paris et les départements voisins.

Cet emploi était purement nominal et Hesse essuya toute sorte de rebuffades du bureau de la cavalerie et du bureau des officiers généraux. Il ne put jamais voir le chef de la 3 e division, Daverton, chargé spécialement des affaires personnelles, et les commis qu'il rencontra, Bourrier, Rousseau, Vitard, l'accueillirent avec froideur et même avec hostilité. Bourrier déclarait qu'il n'avait rien à communiquer au général sur ses instructions et le détail de ses fonctions. « Est-ce que, s'écriait Hesse, mon titre de surveillant ne lui convient pas ? » Rousseau eut des paroles dures et, comme s'exprime Hesse, la thèse fut encore moins favorable. Vitard dit nettement que Hesse avait surpris au Comité de salut public l'arrêté qui lui donnait deux aides de camp. Il s'irrita, il alla faire ses doléances à Pille, commissaire de l'organisation et du mouvement des armées. Mais Pille fit la sourde oreille et une lettre de récriminations qu'il envoyait à Pille, porte cette ironique mention : « A classer la lettre de Mgr le prince 3>.

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Hesse qui jadis avait le ton si haut, enrageait de ne pouvoir châtier ces commis qui « se permettaient des personnalités injurieuses ». Toutes ses demandes éprouvaient un retard de trois semaines au moins, et inutilement il se fâchait, inutilement il écrivait que ses réquisitions concernaient le bien du service et qu'elles devaient être expédiées sans délai, inutilement il priait Pille de donner à ses entours des ordres « sévères et efficaces ». Il ne reçut que le 3 février une dépèche du bureau datée du 13 janvier ! Et il répétait avec colère une de ses phrases favorites : « 11 faut donc mettre la clef sous la porte ! (1) »

Le 25 prairial an 111 ou le 13 juin 1795 eut lieu la réorganisation des états-majors. Hesse n'y fut pas compris. On lui manda le 23 juin qu'il cessait ses fonctions de « surveillant de cavalerie » et qu'il n'exerçait plus aucun emploi. Il protesta de toutes ses forces, exagéra ses services et ses infortunes. Il appartenait à l'armée depuis trente-quatre ans, il avait fait quatre compagnes des guerres de la liberté, il avait passé quinze mois dans les prisons, son mobilier et ses effets avaient été pillés et vendus, ses biens d'Allemagne étaient confisqués et sa tête mise à prix en Europe, les royalistes et les fripons le poursuivaient de leur haine parce qu'il avait adopté de cœur et d'âme la Révolution, et il était rayé de la liste des officiers généraux ! Quoi, dans le moment même où la Convention signait la paix avec le roi de Prusse et le landgrave de Hesse-Cassel, il serait destitué, avili, réduit a la plus affreuse misère par la nation française ! Et depuis cinq années il luttait fidèlement pour cette nation française contre la maison de Hesse dont il était un des membres et des héritiers directs 1 11 désirait

(i) Kesse à Pille, 3 février et 3 mars 1795 (A. G.). Sur les deux aides-de-camp de Hesse à cette époque, Rouis et Samyon, voir la not3 VIII de l'appendice.

savoir les motifs de sa destitution, connaître les noms de ses calomniateurs : il les combattrait la loi à la main avec le même courage qu'il combattait les ennemis de la République (1)!

On lui répondit d'abord qu'on ne l'avait pas destitué, qu'on le placerait prochainement, mais qu'il n'était pas compris parmi les officiers généraux que la République emploierait durant l'année 1795. Puis — le 23 juillet — la Commission des armées prit à son égard une mesure généreuse : elle reconnaissait, disait-elle, les sacrifices qu'il avait faits à la Révolution et l'ancienneté de ses services ; elle savait qu'il serait hors d'état de subsister jusqu'à l'instant où serait fixée sa retraite ; par suite, elle décidait qu'il toucherait, à litre d'appointements, 500 francs par mois, à compter du 19 juin, jusqu'à ce qu'il eût atteint les trente ans exigés par la loi et reçu son brevet de pension.

11 se tut pendant cinq mois. Mais son indemnité mensuelle ne lui était versée qu'en assignats, et le 24 décembre 1795 il réclamait de nouveau. Il jouirait plus tard, écrivaitil, lorsque la paix serait conclue, d'une fortune immense ; pour le moment, il ne pouvait vivre avec 500 francs par mois en assignats. Le pain, la viande, le vin coûtaient 60 francs la livre ou la bouteille. 11 priait le gouvernement de venir à son secours ; il jurait de défendre les Directeurs contre le royalisme menaçant et de mourir à leurs côtés ; la France était sa patrie, son unique asile.

Le surlendemain, il obtenait une audience de Barras et il suppliait le tout-puissant Directeur de le réintégrer. « Protégez-moi, disait-il dans sa requête, envers et contre tous ; si je n'avais pas d'ennemis, je serais un coquin, et. Dieu merci, j'en ai autant que vous. Justice, justice, justice ! » Barras le renvoya au ministre de la guerre.

(i) Lettre de Hesse, 15 juin, et mémoire, 13 juillet; réponse du 30 juin 1795 (A. G.).

Sur quoi Hesse, et dès le jour suivant, se tourna vers le ministre Aubert-Dubayet : confirmer l'arrêt prononcé contre lui par Aubry, ce complice du 13 vendémiaire, ce serait, assurait-il, flétrir la réputation d'un général qui servait fidèlement la République au su de toute l'Europe et que les émigrés avaient voué à la mort.

Le 6 janvier 1796, un rapport du ministre Aubert-Dubayet lui accordait sa retraite ; entré dans l'armée le 28 avril 1765, Hesse comptait trente ans de services révolus depuis le 28 avril 1795 et il avait droit à la pension promise par la loi.

Il regimba. Derechef et à plusieurs reprises il rappela son passé. Il lâcha de grands mots. Plusieurs généraux, Dumuy, Puget-Barbantane, Ransonnet, Kilmaine, Saint- Remy, O'Shee étaient rétablis dans leur grade. N'aurait-il donc d'autre récompense que « l'infamie et la mendicité » ? N'était-ilpas parent ethéritierdulandgrave de Hesse-Cassel, le seul souverain d'Allemagne qui fût, avec le roi de Prusse, l'ami et allié delà France? 11 avait fait apostiller son mémoire par Dubois-Crancé et Gauthier : les deux représentants témoignaient complaisamment que Hesse était dévoué à la République, qu'il avait exercé une surveillance très utile lorsqu'il inspectait les dépôts de cavalerie, qu'on l'avait destitué sans aucun motif, que la justice et l'humanité exigeaient sa réintégration.

Le ministre convint que Hesse ne pouvait se soutenir avec une somme de 500 francs par mois en assignats, et il proposa de le mettre en activité comme général de division à l'armée de l'intérieur. Mais le nombre des officiers généraux excédait le complet. Hesse sollicita le traitement de réforme, et il l'obtint. Durant deux ans et demi il jouit d'une pension de 4.000 francs. Mais en juin 1799 on l'avertit qu'il était mis définitivement à la retraite et que la loi du 9 messidor an IV ou 27 juin 1796 ne lui donnait que

1.800 francs par an (1). Il se plaignit, et Carnot, alors ministre de la guerre, voulait lui rendre le traitement de réforme. A quelles batailles s J est-il trouvé ? dit Bonaparte. Hesse répondit qu'il comptait trente-trois ans de service continu et qu'il avait fait cinq campagnes de la liberté — en quoi il mentait, car commander à Perpignan, à Lauterbourg, à Lyon, à Besançon, à Orléans, ce n'était pas faire campagne — mais il avoua qu'il n'avait assisté à aucune bataille. Quelques jours plus tard le bureau des états-majors demanda s'il fallait renouveler la proposition. « Il n'y a pas lieu », répliqua Carnot (2).

Mais bientôt Hesse fut emprisonné, proscrit, et il ne toucha jamais sa pension de retraite.

(t) Cf. lettres de Hesse, 3, 6. 7, il nivôse, 3, 19, 24 ventôse an IV, et au ministre, 23 nivôse, 29 ventôse, 17 germinal an IV; rapport du 2 messidor an VII.

(2) Le mot de Bonaparte est du 5 floréal an VIII ou 25 avril 1800; la demande du bureau des états-majors, du il prairial suivant ou 31 mai.

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