CHAPITRE II
animaux les plus simples, soit que cette action, persévérant jusqu’au terme de toute sa capacité possible, amène la plus grande complication des organes, effectivement il ne saurait être ici question de merveille, mais de l’action du temps, mais de progrès dans le rapport de moins à plus ».
Ailleurs, dans l’étude des diverses parties de l’appareil de la respiration, il essaye de montrer (Philosophie zoologique, p. 130-131) comment elles sont modifiées et accommodées sur la nature diverse des deux milieux, l’air et l’eau, où elles sont appelées à entrer en exercice. Enfin l’histoire d’un hyoïde anormal témoigne de l’importance qu’il attribue au fonctionnement dans la transformation des organes : « Averti (dit-il dans sa Philosophie anatomique, t. I, p. 185, note) par l’histoire de l’organisation que des os n’acquièrent jamais un développement extraordinaire qu'il ne soit occasionné par un violent exercice des muscles qui y ont leur attache, je me persuadais que les dimensions de l’hyoïde que j'avais sous les yeux pouvaient tenir à la profession de l’individu qui avait fourni cette préparation » on s’informa, et la réponse qu'il s'agissait d’un marchand d’habits criant sa marchandise dans les rues « m’apprit que je ne m'étais point abusé dans mon pressentiment ». (/bid.)
Enfin je citerai pour terminer un témoignage important qui précise la part de GEOFFROY SAINT- HiLaiRE dans la théorie du parallélisme, celui de SERRES son élève : « Au moment, dit SERRES (Aa-
tomie comparée du cerveau, 1824, t. I, p. 188) où l’idée que les Poissons sont pour un grand nombre de leurs organes des embryons permanents des classes supérieures devient en quelque sorte classique parmi les zootomistes, la justice nous fait un devoir de rappeler que M.le professeur GEOFFROY SAINT-HILAIRE a le premier émis cette grande vérité» ; (etilcite la phrase rapportée plus haut p.21).
Quand à la place qui revient à GEOFFROY SAINT- HILAIRE parmi les précurseurs du transformisme, elle est reconnue par tous les auteurs ; HAECKEL l’a bien mise en lumière dans son istoire de la création naturelle, 1874 [p. 103-104].
De neuf ans plus jeune qu'ÉTIENNE GEOFFROY SAINT-HILAIRE, JOH. FRIEDRICH MECKEL prenait le grade de docteur en 1802, puis venait à Paris, comme le firent, à cette époque et dans les années qui suivirent, plusieurs de ses compatriotes, voyageait en Italie et rentrait en Allemagne au bout de peu d'années. Dès 1811,il indiquait, dans un mémoire spécial, Essai sur les ressemblances qui existent entre l’état embryonnaire, etc., le parallélisme entre les phases embryonnaires des animaux supérieurs etles dispositions permanentes des êtres inférieurs (1).
(1) N'ayant pu me procurer le travail de MECKEL, je fais cette citation d'après l'important mémoire de KEIBEL (1898).