CHAPITRE Il
«Le même animal, disait-il, appartient, dans les différentes époques de son existence, par la disposition de ses principaux organes, non seulement à des genres différents, mais même à des classes différentes ». Peu après, il donnait à cette théorie tout son développement et une publicité plus efficace en l’exposant explicitement dans son Manuel d’ Anatomie humaine, publié en Allemagne en 1815, traduit en français en 1825.
Dans les règles générales de formation des organismes, qui constituent la première partie de l’anatomie générale par laquelle commence le Manuel, il formule ainsi la règle VIII: « Aucun organe n’a exactement les mêmes qualités à toutes les époques de son existence. Nul ne ressemble parfaitement à lui-même dans toutes les phases de sa vie.
Chaque organe, et par suite l'organisme entier, par- court certaines périodes qui lui sont assignées dans
l’ordre normal et régulier » [p.43] (1). Il développe cette loi à laquelle il donne le nom de /o1 de déveloÿpement, dans diverses propositions secondaires, dont la 142 renferme l'exposé complet de la théorie du
parallélisme. Elle est ainsi conçue: « Les degrés de développement que l'Homme parcourt depuis son ori- gine première jusqu'au moment de sa maturité par-
(1) Cette citation et toutes les autres du même auteur sont faites d'après la traduction française du Manuel d'Anatomie, par JoURDAN et BRESCHET.
faite, correspondent à des formations constantes dans la série animale » |[p. 491.
Il appuie d’abord cette proposition sur des considérations générales: l’analogie plus grande des diverses parties et des diverses régions, le nombre moins considérable des organes, l’uniformité de couleur, la mollesse plus grande, la texture moins prononcée, la différence de volume relatif, la naissance des organes due à la réunion de plusieurs parties d’abord isolées [p.50]; puis il emprunte des exemples particuliers aux différents systèmes organiques.
Dans le système vasculaire, la veine omphalo-mésentérique, qui se développe la première chez l'embryon, rappelle ce qu’on observe dans les Méduses. Le cœur qui, au début, se montre simplement sous la forme d’un point peu dilaté, peu musculeux, oblong du système vasculaire, est comparable à celui de la plupart des Vers. La séparation des oreillettes d'avec les veines caves représente le cœur de la plupart des Mollusques. Plus tard, la communication des deux ventricules rappelle ce qui existe chez la plupart des Reptiles [p. 51].
Le système nerveux naît par l’adossement de deux cordons rappelant les deux cordons des Invertébrés. La moelle est plus longue dans le principe et descend plus bas dans le canal vertébral, chez l'Homme, de même que la moelle dorsale de la plupart des Poissons, des Reptiles, de tous les Oiseaux et de presque tousles Mammifères se porte jusqu’à l’extrémité postérieure du corps. Le peu d'épaisseur des parois des ventri-
CHAPITRE I 21 cules et l’absence de circonvolutions à la surface du cerveau rappellent l’état de choses qui persiste chez les Vertébrés inférieurs [p. 52-53].
L’extrémité postérieure du canal intestinal demeure close plus longtemps que l’antérieure, comme on voit chez plusieurs Zoophytes la bouche faire en même temps fonction d’anus. Le canal intestinal est beaucoup plus simple durant les premières périodes de la vie fœtale, l'intestin grêle et le gros intestin ne sont pas encore séparés et l’estomac se distingue à peine. Les cavités nasale et buccale sont d’abord réunies, leur séparation est graduelle, on en trouve les étapes chez divers animaux [p. 53].
Les organes sexuels sont d’abord construits d’après un même type et leur forme primitive est celle des organes femelles. Les testicules du mâle restent longtemps cachés dans l’abdomen, disposition qui persiste chez la plupart des animaux. La matrice parcourt, en se développant, des formes permanentes dans la série animale. Elle a d’abord de longœues cornes qui font songer aux oviductes séparés des Reptiles et des Poissons [p. 54-55].
Le système urinaire-est d’abord formé de deux reins, les deux reins sont réunis primitivement comme chez les Poissons et certains Reptiles, ils sont lobés comme chez la plupart des Vertébrés inférieurs à l'Homme [p 55].
Le thymus apparaît tard, mais il prend ensuite un orand développement et le fœtus ressemble à cet égard aux Rongeurs, aux Amphibies, et à plusieurs
plantigrades chez lesquels le thymus persiste toute la vie. dans son entier développement. La thyroïde est d’abord formée de deux lobes parfaitement distincts, comme chez la plupart des Mammifères [p. 55-56|.
Le système osseux présente des analogies très remarquables, d’abord par son apparition tardive, puis par son évolution qui nécessite un passage à l’état cartilagineux, conservé chez certains Poissons. Enfin il n’y a pour ainsi dire pas un os quine passe, dans son développement, par plusieurs des formes qu’on sait être permanentes chez les animaux ; les vertèbres et les os du crâne sont formés chez l’embryon de pièces distinctes, qui restent séparées chez la plupart des animaux inférieurs jusqu’à l'Homme [p. 56-571.
La forme extérieure de l’embryon parcourt aussi plusieurs formations inférieures. Le défaut de distinction entre la tête et le tronc, dépourvu lui-même de membres, rappelle ce quia lieu dans les Vers et les Mollusques. Là où les membres paraissent pour la première fois dans la série animale, ils ne représentent que des moignons courts, sans doigts, tels que dans l'embryon. Dans beaucoup d'animaux les orteils sont jusqu’à un certain point réunis par une membrane natatoire, ce qui rappelle les doigts d’abord confondus dans l’embryon humain. Enfin la colonne vertébrale de ce dernier se terminesensiblement, dans le principe, par un petit prolongement analogue à une queue [p. 57-58].
Ces développements montrent qu'il est très légitime