CHAPITRE II
les différences histologiques sont antagonistes (1828, p. 153-159).
3° Pour ce qui regarde la théorie du parallélisme, Von BAER la considère comme injustifiée. Il commence d’abord par montrer l'influence qu'avait prise cette doctrine. Non seulement, écrit-il (1828, p. 199), on admettait couramment que les animaux supérieurs dans chaque stade du développement de leur individu, depuis leur origine jusqu’à leur .achèvement correspondent aux formes permanentes de la série animale, mais encore on ajoutait qu’il ne s'agissait pas là seulement d’une ressemblance générale, mais d’une véritable identité, comme si la concordance était parfaite même dans les détails. Puis on en vint facilement à penser, étant donné l’absence de Vertébrés dans les couches anciennes de la terre, qu’une telle transformation avait réellement un fondement historique, enfin on narra sérieusement et dans les détails comment ils étaient dérivés les uns des autres. Rien n'était plus facile. Un Poisson gagne la terre ferme, il irait volontiers se promener, mais il ne peut y employer ses nageoires. Elles se réduisent en largeur par manque d'usage et croissent en longueur. Cela se transmet aux enfants et petits enfants pendant quelques milliers d'années Alors il n’y a rien d’étonnant à ce que les nageoires deviennent enfin des pattes. Ilest encore plus naturel que, comme le Poisson ne trouve pas d’eau sur les prés, il cherche à aspirer de l'air. Par suite il arrive enfin, dans le même long intervalle, à posséder des poumons; il
suffit pour cela que quelques générations aient vécu sans respirer. — Le long cou des Hérons vient de ce que leurs ancêtres étendaient souvent cette partie pour chercher des Poissons. Les jeunes venaient au monde avec un cou un peu plus long, et cultivaient cette mauvaise habitude qui donnait un cou encore plus long à leurs descendants, de sorte qu'il est à espérer que lorsque la terre sera devenue bien vieille, le cou des Hérons n’aura plus de mesure [p. 200].— L'auteur raille et sa raillerie porte un peu à faux, car si elle montre l’impossibilité de faire venir un Vertébré terrestre d’un véritable Poisson, elle ne serait plus aussi justifiée si le point de départ se trouvait être un de ces Poissons pulmonés découverts peu après cette époque, un Dipneuste, ou simplement un Amphibien Urodèle. Mais ce n’est pas pour prendre en faute le grand embryologiste que nous rapportons le passage ci-dessus, c’est pour bien faire voir, d’après un des témoins les plus autorisés, l’état où se trouvaient à cette époque les doctrines transformistes. L'adaptation, les effets de l’usage ou du non usage des parties, la transmission des caractères acquis et le temps étaient déjà connus comme facteurs essentiels des transformations.
Après avoir exposé ce qu’il appelle l’opinion dominante, VON BAER en fait la critique. Il lui reproche d’abord [p. 201], de ramener à l’idée fausse de l'échelle animale, conception absolument insuffisante, parce qu’elle ne laisse ouverte au développement qu’une seule voie de transformation, alors qu’il en