CHAPITRE PREMIER
par une évolution parallèle de l'hôte et de son parasite. Ces faits et bien d’autres, que je ne puis citer, ne permettent pas de douter qu’au moins dans les limites des groupes naturels, tous les membres de ces groupes ne soient liés génétiquement entre eux.
Mais si maintenant on entend par évolution les idées soutenues par HAECKEL qui, partant d’une cellule primitive simple, en fait dériver les êtres les plus compliqués et lie tous les animaux dans un arbre généalogique unique, en supposant connus les causes et le mécanisme de ces transformations, il est permis de rester sceptique, car l’évolution, ainsi comprise, renferme encore beaucoup plus d’hypothèses et de problèmes que de vérités démontrées.
Il s’en faut, d’ailleurs, que l’évolutionnisme hæckélien ait été celui du véritable fondateur du transformisme.DARWIN resta jusqu’à la fin très réservé sur la question des origines de la vie et des premiers êtres vivants. Dans son édition définitive de l’'Origine des espèces comme dans la première, il disait encore: « je crois que tous les animaux descendent de quatre ou cinq formes primitives tout au plus et toutes les plantes d’un nombre égal ou même moindre» [p. 569]. Il pensait, en 1859, que ses arguments n'étaient bons: « que pour chaque embranchement pris séparément » (Wie et Correspondance, t. Il, p. 44). Il espérait cependant que ses explications pourraient servir aussi pour l’origine de ces derniers, car ilne voudrait pas « qu’elles soient bonnes jusqu’à ce point seulement et pas plus loin », mais, pour le moment, il con-
venait que nous ne savons rien de l’apparition de l'ancêtre des Vertébrés (1bid.), et il ajoutait en d’autres endroits, que «c’est de la bêtise que de penser actuellement à l’origine de la vie ; on pourrait tout aussi bien penser à l’origine de la matière» (Vze et Correspondance, t. II, p. 306).
Je ne sais s’il a été parfois ébranlé par le brillant succès de HAECKEL, mais, pour bien montrer la position qu'il prenait encore à la fin de sa vie dans toutes ces questions, on peut citer avec la phrase rapportée plus haut sur les quatre ou cinq formes primitives d'animaux, cette pensée qui se trouve, comme la phrase précédente, dans l’édition définitive de l’Origine des Espèces : « nous n’avons pas à considérer ici comment les corps de quelques animaux sont primitivement divisés en séries de segments ou en côtés droit et gauche avec des organes correspondants, car cette question dépasse presque la limite de toute investigation » [p. 516].
Malgré ces réserves de DARWIN, le transformisme hæckélien a rencontré, à un moment donné, une adhésion très générale. On avait comme oublié les difficultés et on adoptait sans y prendre garde ce principe : qui peut le moins peut le plus. En d’autres termes on admettait couramment que les causes capables de différencier une forme donnée en une infinité d’espèces ou de genres plus ou moins rapprochés, étaient aussi celles qui avaient engendré les formes les plus distinctes, les plus écartées les unes des autres et dont beaucoup se trouvent cependant