‹ Un problème de l'évolution; la théorie de la récapitulation des formes ancestrales au cours du développement embryonnaire (loi biogénétique fondamentale de Haeckel)Chapitre 48 sur 111 · LES FORMES EMBRYONNAIRES · texte numérisé non relu

LES FORMES EMBRYONNAIRES

Comparaisons de la forme extérieure des embryons. — Séries embryologiques, (ex.: squelette axial, cœur, système Iymphatique).— Leur caractère artificiel et leur manque de précision. — Les organes des embryons sont «devenus embryonnaires» (Osc. HERTWIG) ou comme le dit Von BAER, les embryons des animaux supérieurs ressemblent seulement aux embryons des animaux inférieurs, ex.: cerveau, cœur, arcs viscéraux, protovertèbres. — L'importance des hétérochronies dans la comparaison des embryons. |

Nous ne parlerons que brièvement de la forme extérieure des embryons. À un moment donné on a beaucoup exagéré la ressemblance que cette forme présenterait chez des animaux assez éloignés. HAEC- KEL, dans les premières éditions de l'Histoire de la création naturelle, avait représenté d’une manière très peu exacte les embryons de divers Amniotes, et leur avait attribué une ressemblance qu'ils n’ont point, ce qui lui valut les critiques fortement motivées de His (1874, p. 168-171). Depuis cette époque et en grande partie grâce à l'impulsion donnée par His, on a appris à mieux distinguer les formes primitives des embryons-et l’on sait parfaitement combien elles peuvent différer selon les espèces. La mésaven-

ture arrivée à VON BAER avec ses embryons non étiquetés, et dont on s’est si souvent servi contre son intention pour parler de l'identité de forme des embryons d'animaux très différents, était due à ce qu'il avait conservé le corps seulement de ses embryons, mais n’avait gardé ni leurs annexes ni leurs enveloppes, sans quoi il n’aurait jamais confondu un embryon de Mammifère avec celui d’un Oiseau ou d’un Reptile.

En réalité les embryons diffèrent beaucoup les uns des autres dans leurs premiers stades, et c’est ce dont s'était déjà aperçu Von BAER lorsqu'il fait remarquer que les différences entre les embryons au stade de la ligne primitive sont beaucoup plus grandes qu’entre les adultes et que l’on a peine à comprendre comment des débuts si différents aboutissent au même résultat (1828, p. 147-148). Ils diffèrent alors par leurs proportions, par leur situation sur le blastoderme, par leur forme même, puis par la manière dont se forment leurs enveloppes et leurs annexes. À un moment donné cependant, lorsque apparaissent les arcs branchiaux et un peu plus tard la courbure nuchale, les corps des embryons des différents Amniotes présentent une ressemblance assez grande et se distinguent mal les uns des autres faute de caractères saillants. Leur peau lisse et nue ne possède aucun des caractères qu’elle aura plus tard. Ils n’ont que des rudiments de membres présentant chez tous la même forme ; ilsne possèdent pas de dents et leur face courte et cachée sous le cerveau prédominant ne présente aucun des caractères qu’elle offrira chez

gt ins eh «5

er RE Le auf are RS TS É NPC, Lx v LS è

CHAPITRE V 107 l'adulte. Cependant plus les connaissances embryologiques s'étendent, plus il devient ffacile de distinguer les embryons des diverses espèces, et les différences spécifiques s’établissent en réalité d’assez bonne heure, comme le montre la citation suivante de KEIBEL (1904) : « Bien qu’il y ait d’étroites ressemblances entre les embryons des Singes et ceux de l'Homme, quand ils sont au même stade (comme SELENKA l’a montré), un examen approfondi fait voir diverses différences — même laissant de côté celle de la queue — et cela non seulement entre les embryons de l'Homme et ceux des Singes, mais encore entre les différentes espèces de ces derniers, si bien que les diverses espèces de Singes peuvent être classées sans difficulté chez des embryons de de quatre ou de cinq semaines » [p. 340].

Ces quelques mots suffisent pour indiquer où en est maintenant la question de la ressemblance extérieure des embryons. Trop communément admise à - une période, cette ressemblance n’est vraie d’une manière générale que pour les embryons des Amniotes et pendant une courte période de leur développement (celle qui précède immédiatement la formation de la courbure nuchale et qui se continue encore peu de temps après la formation de cette courbure). Les embryons des Vertébrés inférieurs diffèrent énormément les uns des autres et de ceux des Amniotes, et BASHFORD DEAN fait remarquer (1895, p.180), qu’ «il y a des différences beaucoup plus grandes dans les plans du développement d’un Ganoïde et d’un Téléostéen,

étroitement voisins l’un de l’autre, que dans ceux d’un Reptile et d’un Oiseau; et même, parmi les membres du seul groupe des Téléostéens, il y a des différences embryologiques plus frappantes que celles que l’on observe entre Reptiles et Mammifères ».

Nous n'insisterons pas davantage sur la forme extérieure et nous passerons à l’étude des organes pris isolément.

Le développement ontogénique de certains organes offre une série d’étapes qui, suivant les expressions de Osc. HERTWIG [p. 155], forment le pendant des séries montrées par l’anatomie comparée, de sorte que l’on peut admettre avec HAECKEL, et d’autres, un parallèle entre les résultats de l’anatomie comparée et ceux de l’embryologie.Mais, ajoute HERTWIG,onne peut tirer de ce parallélisme, si l’on veut l’utiliser pour les questions de descendance, aucune conclusion plus profonde, car s’il offre un appui à cette vue spéculative des morphologistes que les organes plus élevés procèdent de plus simples, les résultats de l’embryologie comparée se refusent, aussi bien que ceux de l'anatomie comparée à nous montrer l’image réelle de la série des ancêtres d’une espèce actuelle. En effet, ces séries embryologiques ne concordent avec les séries anatomiques que d’une manière très générale. Elles ne répètent point toutes les étapes que l’anatomie comparée permet d'établir, mais reproduisent simplement des dispositions générales dépourvues de caractères morphologiques précis permettant de retrouver en elles des formes déterminées. De plus,

Lis or.

Page 1