CHAPITRE V
inférieurs achevés. Mais ces organes débutent aussi dans l’embryon des Vertébrés inférieurs par une forme simple comparable à celle qu'ils offrent dans embryon des animaux supérieurs. Toujours, même dans les animaux les plus inférieurs, les organes ont au début une forme embryonnaire. La corde dorsale d’un embryon trèsjeune de Sélacien n’est pas plus que celle d'un Mammifère un squelette axial, c’est une ébauche autour de laquelle le squelette axial se complètera. Il est vrai que dans le squelette axial des Vertébrés inférieurs la corde pourra jouer un rôle, tandis qu’elle ne le fait plus chez les Vertébrés supérieurs, mais la corde d’un embryon de Sélacien au stade J, par exemple, est aussi bien un organe embryonnaire que celle d’un embryon d’Homme long de 4 millimètres.
Il faut insister sur le fait que les organes embryonnaires des Amniotes ressemblent seulement aux
organes similaires des embryons de Vertébrés inférieurs parce que c’est une des objections fondamentales à la théorie de la récapitulation.
Lorsqu'on observe dans l’embryon des Mammifères un cerveau formé de vésicules rappelant celles que l’on trouve chez les Poissons à l’état adulte, il ne faut pas pour cela dire que ce cerveau reproduit celui d’un Poisson, car il ne renferme proprement rien de ce que l’on trouve dans les vésicules cérébrales du Poisson développé ; il consiste simplement en une ébauche épithéliale qui se répète à peu près la même chez tous les Vertébrés, et dans cette ébauche se
122 UN PROBLÈME DE L'ÉVOLUTION développeront plus tard des parties très différentes, suivant les groupes. Les vésicules formeront chacune ce qui appartient en propre à l'espèce considérée et qui diffèrera plus ou moins, suivant que l’on s’adressera à des espèces plus ou moins rapprochées; mais une seule chose est commune, c’est l’ébauche primitive épithéliale, qui ne fonctionne pas comme organe nerveux, et qui est le moule commun d’où sortiront, par une série de développements particuliers, une infinité de formes continues ou divergentes.
Le cœur en anse d’un embryon de Mammifère ne rappelle pas celui d’un Poisson achevé, bien qu’il soit simple comme lui et possède une oreillette et un ventricule uniques, car le cœur des Poissons perd de très bonne heure cette forme d’anse pour devenir globuleux et compact, adapté à la forme du péricarde et à une foule d’autres conditions qui l’éloignent énormément du cœur embryonnaire des Mammifères. Celui-ci ressemble simplement au cœur embryonnaire des Poissons, dont il se distingue d’ailleurs
déjà par la forte courbure de l’anse qu’il décrit, par.
sa longueur et par son développement relatif bien plus grand.
Les arcs viscéraux des embryons des Amniotes ne rappellent pas du tout les arcs branchiaux des Poissons. Ils sont très peu développés en longueur et ne jouent point le rôle topographique qui leur incombe chez ces animaux ; de plus, leur vaisseau (arc aortique) est unique et non divisé en artère et veine branchiales, comme il l’est toujours chez les animaux
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CHAPITRE V 123 branchiés. Ils ne portent point non plus de lamelles respiratoires, en un mot ils ressemblent aux arcs embryonnaires des Poissons, rien de plus (1).
Les protovertèbres, au début de leur apparition, lorsqu'elles présentent leur régularité la plus grande, ne répondent point à des organes pouvant fonctionner sous cette forme; ce sont de simples ébauches.
Aïnsi les organes des embryons des animaux supérieurs ressemblent simplement aux organes correspondants desembryons des animauxinférieurs, et c'est dans ce sens que doit être entendu le quatrième principe de Von BAER.
Les développements qui viennent d’être donnés permettent aussi de comprendre la différence importante qui existe entre les embryons des animaux de complexité diverse. Si l’on songe au degré de perfectionnement que présentent les appareils des animaux supérieurs et à cette remarque d’'Osc. HERTWIG que les organes embryonnaires ne sont que des formes transitoires pour les atteindre, on verra facilement que les premiers organes embryonnaires des Vertébrés supérieurs doivent en quelque sorte être plus embryonnaires que ceux des Vertébrés inférieurs ou, en d’autres termes, que les embryons
(1) Voyez pour le développement de la comparaison des arcs branchiaux chez les différents Vertébrés L. VIALLETON. Arch. d'anat. microse, t. X, 1908 p. 59, p. 105 et suivantes.
des Amniotes s’offriront toujours sous la forme d'êtres non viables, par opposition à ce que l’on observe chez les Vertébrés inférieurs, qui peuventnaître sous un état très simple, mais sont déjà capables de se suffire à eux-mêmes. En dehors de cette différence, il est évident que les embryons des Vertébrés, constitués au début par des organes « devenus embryonnaires » ne peuvent représenter aucune forme ancestrale ayant jamais vécu et, par conséquent, ne donnent aucun appui à la théorie de la récapitulation:
Il faut mentionner maintenant les hétérochronies qui se montrent dans un grand nombre d’organes. Ces hétérochronies ont bien été reconnues par HAECKEL, qui les attribue à la cénogenèse. Comme telles, elles ne paraissent donc pas, à première vue, pouvoir être invoquées contre la loi biogénétique, cependant elles sont si marquées, elles apportent à la structure de l’embryon des modifications si profondes, qu’un embryologiste tel que KEIBEL leur accorde une grande valeur comme arguments contraires à cette loi. Elles ont été surtout étudiées par OPPEL (1891) et par KEIBEL (1898) auquel nous en empruntons de nombreux exemples. Les hétérochronies jouent un si grand rôle dans le développement, que chez les Mammifères, suivant l’expression de KEIBEL, la loi biogénétique n’est «affirmée que par des exceptions » [p. 747].
L'amnios, remarque KEIBEL [p. 749], se présente chez les Mammifères, en partie avant n'importe quel