‹ Un problème de l'évolution; la théorie de la récapitulation des formes ancestrales au cours du développement embryonnaire (loi biogénétique fondamentale de Haeckel)Chapitre 68 sur 111 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

des arcs, à cause du faible développement de ces derniers et des métamorphoses dont ils sont le siège au moment où l’allongement de la paroi se produit. Cet allongement est en rapport, chez les Anoures, avec l’allongement crânial de la tête qui distingue si fortement l’adulte du têtard.

Chez les Amniotes la paroi ventrale prépéricardique est constituée au début comme chez les Sélaciens, mais son accroissement ultérieur est bien différent. Au lieu de s’allonger parallèlement à l’axe du corps, comme elle le fait chez les Ichthyopsidés, elle est coudée en deux parties par la formation de la courbure nuchale entraînant celle de l’angle cervicoventral. La partie de paroi prépéricardique située en avant de cet angle passera dans la tête et en particulier dans la région infra-maxillaire ; la partie postérieure subira un accroissement intercalaire plus ou moins intense, suivant l’étendue de la colonne cervicale qui se glisse en avant, et fournira les parties ventrales et latérales du cou.

Le sinus veineux est comme le point nodal autour duquel s’opère la distribution du cœlome et la partie médiane de la paroi caudale du péricarde (mésohépatique antérieur) qui présente avec lui des rapports si étroits, forme de bonne heure, par son attache à la paroi ventrale du corps, un point fixe de la plus haute importance. Là où sera placé au début le sinus veineux, là se trouvera plus tard la limite caudale du péricarde, dont la position est un trait caractéristique de l’architecture des Vertébrés. Le

sinus est-il placé immédiatement en arrière de la région branchiale ? le cœur sera très antérieur, isolé du reste des viscères comme chez les Poissons vrais, par une cloison péricardique transversale. Le sinus est-il au contraire très postérieur? le cœur sera luimême éloigné de la région céphalique et logé avec les poumons dans la portion antérieure du cœlome ; un cou se formera et nous aurons le type des Amniotes.

A l'appui de cette importance accordée à l’architecture des Vertébrés, il est bon d'indiquer que His a déjà, en 1892, attiré l’attention sur des faits analovues, lorsque, envisageant les rapports de la bouche avec les fossettes olfactives chez les différents Vertébrés, 1l a distingué parmi eux diverses formes spéciales. Si l’on donne le nom de lèvre au bord rostral de la bouche, on peut observer d’après His, [p. 410] : 1° des lèvres faciales nées de l’union du bourgeon frontal avec le prolongement maxillaire supérieur et situées devant l’orifice interne des fosses nasales primitives, ce sont celles des Amniotes ; 2° des lèvres palatines qui, n’ayantaucun rapportavec les fosses nasales, peuvent être considérées comme plus postérieures que les précédentes, ce sont celles des Téléostéens et des Sélaciens ; enfin 3°, des lèvres pharyngiennes, ce sont celles des Cyclostomes, chez lesquels le bord crânial de la bouche naît tout entier derrière l’hypophyse, immédiatement en avant de la membrane pharyngienne. L'architecture faciale n’est peut-être pas définitivement établie par la formule

es

CHAPITRE VI 153 de His, à laquelle KEIBEL (1803) a déjà apporté quelques corrections, mais la tentative du célèbre embryologiste de Leipzig montre bien que la connaissance de l’architecture s'impose pour comprendre les relations réelles des êtres entre eux. Elle montre en outre que ces êtres forment bien des groupes distincts, et que l’on ne saurait passer de l’un à l’autre, lors même que certains de leurs organes, pris isolément,pourraient présenter entre eux une série de transitions insensibles. Par conséquent, lorsque pour faire une série organique quelconque on groupera dans une seule et même rangée progressive ou régressive des organes pris indifféremment dans ces groupes distincts, cette sériation n’aura aucune valeur au point de vue généalogique.

Les subdivisions faites dans les Vertébrés d’après leur architecture constituent autant de sous-types, auxquels peuvent s'appliquer toutes les remarques faites par Von BAER à propos des types fondamentaux (voyez chap. Il). De même que cet auteur montrait l'impossibilité de passer d’un type à l’autre et de faire dériver un Vertébré d’un Invertébré caractérisé, de même les sous-types indiqués plus haut sont, par leur ontogénie, absolument distincts et discontinus. En effet, toute leur organisation définitive découle directement de celle de leurs embryons, et il n’est pas plus possible de faire un Cyclostome avec les organes et les régions d’un embryon de Sélacien que de revenir à un Poissonen partant de l'embryon d’un Amniote, car la situation reculée du sinus vei-

154 UN PROBLÈME DE L'ÉVOLUTION neux chez ce dernier, entraîne une subdivision de la

cavité viscérale incompatible avec l’organisation d’un Poisson.

Si maintenant, essayant de trouver les formes souches des animaux supérieurs, nous cherchons quelle forme ancestrale peut représenter un embryon d’Amniote envisagé comme nous venons de le faire sous le rapport des connexions topographiques de ses différentes parties, nous voyons que cet embryon ne représente effectivement aucun animal ayant pu exister sous la forme qu’il revêt. On peut ajouter même que son développement proteste vivement contre l’idée de faire dériver directement et par de simples perfectionnements progressifs, l’organisation d'un Amniote de celle de Vertébrés inférieurs. En effet, une région très importante du corps, le cou, se développe par un procédé qui ne peut en aucune manière rappeler quoi que ce soit de phylogénétique. La formation du cou est liée au glissement en avant d’une partie du rachis, or un semblable phénomène ne

peut s’accomplir dans un animal achevé, On dira sans

doute que c’est là un phénomène cénogénétique et je le veux bien, mais il nous est impossible de concevoir comment le cou aurait pu se former d’une autre manière et par conséquent d’avoir même l’idée äu processus palingénétique que nous devrions mettre, dans le développement phylogénique des Amniotes, à la place de celui que nous connaissons dans leur développement ontogénique.

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