‹ Un problème de l'évolution; la théorie de la récapitulation des formes ancestrales au cours du développement embryonnaire (loi biogénétique fondamentale de Haeckel)Chapitre 74 sur 111 · CHAPITRE VIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIl

commun entre l’appareil respiratoire d’un Cyclostome et celui d’un Sélacien, et même, dès le début, la forme et l’évolution de ces poches permettent de distinguer aisément les embryons des deux types. L’arc branchial vrai n’apparaît que chez les Poissons où 1l a toujours la forme d’une côte, plus ou moins fortement pliée à sa partie moyenne et formant un V ouvert en avant. Cette côte comprend en dedans de son épithélium de revêtement : 1° un squelette ; 20 un vaisseau (arc aortique) qui se dédouble très rapidement en une artère et une ou deux veines ; 3° des muscles qui meuvent les pièces du squelette de l’arcles unes sur les autres, ou l’arc entier sur ses voisins ; enfin, 4° des lamelles branchiales implantées sur la face externe de l’arc, suivant deux rangées séparées par un septum très court (Téléostomes) ou très long et qui les dépasse en dehors (Sélaciens). Toutes ces parties ont une importance variable, suivant la place qu’occupe l'arc ou suivant les espèces, et certaines d’entre elles peuvent même manquer dans certains arcs, mais jamais elles ne montrent dans leur développement une progression régulièrement ascendante(1). Ainsi la disposition des lamelles respiratoires diffère dans les principaux groupes d’une manière complète, et loin de se rattacher à un type

(1) Voyez pour plus de détails sur l'appareil branchial des Poissons L. VIALLETON Archives d'Anal. microsc. 1908, t. X, p. 55 et suivantes.

VIALLETON. Problème évolution. 11

Rod.

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unique plus ou moins perfectionné suivant les cas, elle paraît uniquement déterminée par la forme des parties voisines et par la nécessité de remplir le plus tôt possible le rôle d’organes respiratoires. Les filaments branchiaux externes des embryons des Sélaciens se forment les premiers sur le bord externe des arcs, parce qu'ils sont ainsi mis directement en contact avec le liquide qui baigne l’embryon, et qui ne peut circuler pour le moment entre les arcs où les lamelles branchiales se développeront plus tard, lorsque par accroissement des fentes, élargissement du pharynx et aussi par l’existence de quelques mouvements, cette circulation sera devenuepossible. La branchie externe desembryons d’Amphibiensparaît devoir son existence à l’étroitesse de la cavité branchiale recouverte par l’opercule et à l’impossibilité d’y faire circuler l’eau au début de la vie embryonnaire. Lorsque plus tard la chambre branchiale se sera beaucoup accrue chez les Anoures, par suite du développement énorme du sac viscéral dont l’opercule suit le contour externe, et que le passage de l’eau dans cette chambre sera devenu possible, des feuillets respiratoires se développeront sur ces arcs, tandis que les branchies externes s’atrophieront.

En un mot, la forme et la distribution des lamelles branchiales, au lieu d’obéir simplement à un développement sérié à partir d’une forme unique, dépendent simplement de corrélations fonctionnelles et architecturales. |

Nous avons cité comme organes à développement

CHAPITRE VII 167 direct, l’œil et l'appareil branchial, mais il y en a bien d’autres qui rentrent plus ou moins complètement dans cette catégorie. Ainsi les membres — qui ne peuvent être rattachés d’une manière certaine à aucun des appendices des Invertébrés — n’offrent point un simple développement graduel, en allant des Vertébrés inférieurs aux supérieurs, mais constituent deux formes difficilement réductibles l’une à l’autre, au moins jusqu'ici, la nageoire vraie des Poissons et la patte pourvue de doigts des animaux terrestres. Chacun de ces deux types peut présenter une foule de variations qui donnent lieu à des séries partielles parfaitement régulières, mais jamais à une série unique continue dans l’ensemble des Vertébrés.

La plupart des organes qui, chez les Vertébrés, présentent un développement progressif ne continuent pas non plus les formes plus simples des organes équivalents chez les Invertébrés, mais se présentent avec des caractères très particuliers qui en font jusqu’à un certain point comme des créations nouvelles. Et cela est vrai aussi bien pour des systèmes généraux de valeur primordiale comme le système nerveux central, que pour des organes de bien moindre importance, comme les dents. En somme, et tout en disant bien haut que l’on ne doit pas se lasser de chercher des transitions entre Invertébrés et Vertébrés, qu’il faut pousser les investigations dans ce sens aussi loin que possible, et que l’on peut espérer des recherches ultérieures la découverte de formes de transition qui ont encore échappé jusqu'ici, il

faut bien reconnaître cependant que jusqu’à aujourd'huiles efforts faits pour relier ces êtres les uns aux autres ont donné peu de résultats satisfaisants et qu’en dehors de quelques faits très frappants et d'une haute valeur, comme la ressemblance des néphridies des Annélides avec les premiers éléments du rein des Vertébrés, on trouve entre l’organisation de ces derniers et celle des Invertébrés une lacune infranchissable.

L'existence d'organes à développement direct n’est d’ailleurs pas contraire à l’idée d’évolution. L'évolution est, nous l’avons dit dans l’introduction, la seule explication possible du monde vivant. Des formes innombrables ont apparu dans le cours des temps etne peuvent avoir pris naissance que d’après les lois naturelles ; d’autre part, les rapports spécifques de certains parasites avec leurs hôtes, la distribution géographique des êtres vivants parlent plus éloquemment encore que les ressemblances de structure — parfois explicables autrement — en faveur de liens généalogiques réels entre des êtres peu différentsles uns des autres. Ce qui est en question seulement, c’est le mécanisme de cette évolution.

Jusqu'ici la majorité des évolutionnistes a cru que l’évolution ne pouvait être que lente et continue, que les grandes différences observées résultaient simplement de l’accumulation de modifications presque insensibles. Les faits de mutations mis en lumière par DE VRIES, et qui vont en se multipliantà mesure

CHAPITRE VIL 169 que l’on observe mieux, ont montré que ce n’était pas toujours vrai.

Il y a donc dans la nature des changements brusques ; ceux que l’on connaît jusqu'ici ont, il est vrai, une faible amplitude et ne dépassent pas la valeur de caractères spécifiques, mais c’est beaucoup déjà de les connaitre, parce qu’ils montrent la création brusque de formes nouvelles. Si ces faits se multiplient, si les mutations se montrent plus amples et plus fortes et deviennentainsi l’origine de formes assez différentes, 1l semble que leur apparition rentrerait bien dans une conception de l’évolution un peu différente de celle couramment admise, et telle que l’expose H BERGSON dansle livre déjà cité.

Cherchant à expliquer la formation d’un organe aussi compliqué que l'œil, l’auteur fait remarquer d’abord la complexité de sa structure opposée à la simplicité de son fonctionnement. Si compliqué que soit l'œil, la vision est un fait simple. Dès que l’œil s'ouvre elle s’opère. Le contraste entre la complexité de l’organe et l’unité de la fonction déconcerte l’esprit [p.96]. L'acte de la nature, pour faire l’œil, s’est divisé automatiquement en une infinité d’éléments qu’on trouvera coordonnés à une même idée [p. 100]. « Mais c’est ce que nous avons beaucoup de peine a comprendre, parce que nous ne pouvons nous empêcher de nous représenter l’organisation comme une fabrication. Autre chose est pourtant fabriquer, autre chose organiser. La première opération est propre à l'Homme. Elle consiste à assembler des par-

ties de matière qu’on a taillées de telle façon qu’on puisse les insérer les unes dans les autres et obtenir d'elles une action commune. On les dispose pour ainsi dire autour de l’action qui en est déjà le centre idéal. La fabrication va donc de la périphérie au centre ou, comme diraient les philosophes, du multiple à l’un. Au contraire, le travail d'organisation va du centre à la périphérie. Il commence en un point qui est presque un point mathématique, et se propage autour de ce point par ondes concentriques qui vont toujours s’élargissant. Le travail de fabrication est d'autant plus efficace qu’il dispose d'une plus grande quantité de matière. Il procède par concentration et compression. Au contraire, l'acte d'organisation a quelque chose d’explosif » [p. 100] et comme le dit ailleurs l’auteur [p.97]. « Le développement ne procède pas par association et addition d'éléments, mais par dissociation et dédoublement ». Dans la création de l’œil «selon que l’acte indivisé qui constitue la vision s’avance plus ou moins loin, la matérialité de l'organe est faite d’un nombre plus ou moins considérable d'éléments coordonnés entre eux, mais l’ordre est nécessairement complet et parfait. Il ne saurait être partiel, parce que, encore une fois, le processus réel qui lui donne naissance n’a pas de parties. C’est de quoi, ni le mécanisme, ni le finalisme ne tiennent compte, et c’est à quoi nous ne prenons pas garde non plus quand nous nous étonnons de la merveilleuse structure d’un instrument comme l’œil. Au fond de notre étonnement il y a toujours cette idée, qu’une

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