CHAPITRE II
A la même époque, en France, ETIENNE GEOFFROY SAINT-HILAIRE cherchait à rapprocher les différentes formes animales les unes des autres, et doit être considéré sans conteste comme un des plus brillants précurseurs des doctrines transformistes.
À vrai dire, il n’a pas développé et exposé, comme l’a fait un peu plus tard MECKEL, la théorie du parallélisme, mais il admettait si bien une étroite correspondance entre les embryons des animaux supérieurs et les animaux inférieurs, qu'il s’est servi des premiers pour déterminer certaines parties des seconds. De plus, il a si bien compris l’importance du développement pour expliquer les différences anatomiques des êtres, qu’il mérite à tous égards d’être cité comme un partisan convaincu des idées auxquelles se rattache si étroitement la théorie du parallélisme. Aussi le citerons-nous longuement.
Dès ses premiers travaux, en 1706, il avait conçu l’idée de l’unité de plan desêtres vivants (1) : «Il semble que la nature s’est renfermée dans de certaines limites, et n’a formé tous les êtres vivants que sur un plan unique, essentiellement le même dans son principe, mais qu’elle a varié de mille manières dans toutes ses parties accessoires. Si nous considérons particulièrement une classe d'animaux, c’est là surtout que
(1) Toutes les citations de GEOFFROY SAINT-HILAIRE faites sans autre indication, sont empruntées au livre de son fils, Vie, travaux el doctrine scientifique d'Etienne Geoffroy Saint- Hilaire, par ISsIDORE GEOFFROY SAINT-HILAIRE,
son plan nous paraîtra évident : nous trouverons que les formes diverses sous lesquelles elle s’est plu a faire exister chaque espèce, dérivent toutes les unes. des autres ; 11 lui suffit de changer quelques-unes des proportions des organes, pour les rendre propres à de nouvelles fonctions, ou pour en étendre ou restreindre les usages. Ainsi les formes, dans chaque classe d'animaux, quelque variées qu’elles soient, résultent toutes, au fond, d'organes communs à tous : la nature se refuse à en employer de nouveaux. Ainsi {outes les différences les plus essentielles qui affectent chaque famille dépendant d’une même classe, viennent seulement d’un autre arrangement, d’une complication, d’une modijication enfin de ces mêmes organes » [p. 134-135]. Ce passage ne suffirait pas pour faire admettre chez GEOFFROY SAINT-HILAIRE l’idée d’une transformation des espèces les unes dans les autres; il pourrait exprimer simplement l’idée du développement par la nature d’un plan: qui ne se modifierait plus une fois réalisé, mais nous verrons plus loin des citations bien plus explicites. En attendant nous exposerons d’autres idées anatomiques intéressantes du même auteur.
Dans son Exposition d’un plan d'expériences, lu à l’Institut du Caire en 1800, GEOFFROY SAINT-HILAIRE se déclare convaincu : « que les germes de tous les organes que l’on observe, par exemple, dans les différentes familles d'animaux à respiration pulmonaire, existent à la fois dans toutes les espèces, et que la cause de la diversité infinie des formes qui sont