‹ Un problème de l'évolution; la théorie de la récapitulation des formes ancestrales au cours du développement embryonnaire (loi biogénétique fondamentale de Haeckel)Chapitre 86 sur 111 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

mentaire de l’embryon il faut signaler ce fait curieux que chez tous lesembryons des Mammifères, quel que soit leur sexe futur, la glande mammaire est représentée par une ébauche, et que cette ébauche continue à se développer longtemps après que le sexe est déterminé puisqu'il existe chez l'Homme une mamelle. On a naturellement pensé que dans ces dispositions l’embryon répétait les formes d'animaux inférieurs et qu’il nous rappelait un ancêtre hermaphrodite. Mais l’anatomie comparée n’est aucunement favorable à cette manière de voir. Il n’est pas du tout certain que l’hermaphrodisme soit l’état primitif de l'appareil génital (voyez P. STÉPHAN, chapitre VII).

Pour nous limiter aux Vertébrés, on ne connaît, parmi ce groupe, aucun type primitif qui soit hermaphrodite effectif. Les quelques hermaphrodites effectifs sont ou la Myxine (sans voies génitales différenciées) ou des Poissons osseux, Serrans, Daurade, c’est-à-dire des êtres spécialisés qui ne sont pas du tout sur la lignée des Mammifères et qui du reste ont des voies génitales construites sur un tout autre type que les nôtres. En effet, leurs conduits génitaux qui chez nous contractent toujours des rapports très étroits avec le rein primitif — et peuvent même emprunter son canal excréteur tout entier chez le mâle — en sont absolument indépendants chez les Téléostéens. Comme le dit P. STÉPHAN « en somme, toutes les notions zoologiques que nous pouvons appeler à notre aide nous montrent ceci : si l’hermaphrodisme existe chez quelques-uns des Vertébrés inférieurs, il

n’est pas certain qu'il soit le reliquat d’un état primitif tout à fait général chez les ancêtres de ces Vertébrés » [p. 144]. Et il ajoute plus loin [p 145-146]. « On a encore moins de droit de parler d’hermaphrodisme primitif en ce qui concerne les Vertébrés supérieurs; c’est surtout l’histoire du développement de leurs conduits génitaux qui est la cause d’une croyance si généralement répandue. Je me suis suffisamment étendu déjà sur l'insuffisance des preuves qui permettraient d'admettre cet hermaphrodisme dans leur développement ontogénétique. Mais la phylogénie reste encore plus muette à cet égard. Si les Vertébrés primitifs peuvent à la rigueur être hermaphrodites, c’est un état limité à ceux qui n’ont pas de voies génitales différenciées, nous n’avons aucune preuve que les deux sortes de voies génitales aient coexisté d’une façon active chez un Vertébré quelconque. Chez les Sélaciens eux-mêmes, l’hermaphrodisme n’existe pas et rien ne prouve qu'il ait jamais existé avec leur plan d’organisation ».

Ainsi, la disposition de l'appareil génital proprement dit ne paraît guère en faveur d’un hermaphro disme primitif et par conséquent d’une répétition de la phylogenèse. Il en est de même de la présence simultanée des ébauches mammaires dans les deux sexes, elles ne peuvent indiquer un stade ancestral où tous les individus auraient eu des mamelles, car, comme le dit encore STÉPHAN «si les ancêtres des Mammifères ont jamais été hermaphrodites, ils ont

CHAPITRE VIII 205 cessé de l’être longtemps avant d’avoir commencé à allaiter leurs petits » [p. 135].

Il est donc probable que la présence d’un canal de Wolff et d’un canal de Müller en même temps que d’ébauches mammaires dans les embryons de tous les Mammifères n’est qu’un cas particulier de ce principe de Vox BAER, que l’état initial des appareils présente d’abord la forme la plus générale possible. En développant certains points, différents suivant les cas, de cette ébauche générale, l’ontogenèse produit finalement les diverses formes très différentes que l’on observe chez les adultes.

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